‹ Le bonheur des autresChapitre 19 sur 23 · VIEILLES LEVRES ET JEUNE BAISER · texte numérisé non relu

VIEILLES LEVRES ET JEUNE BAISER

avec son amoureux. Le mendiant dit, en liochant la tète .

— Autrefois, j'étais aimé par de belles jeunes femmes, blondes comme vous l'êtes, mignonne 1 et de qui les lèvres étaient aussi fraîches que les vôtres. Maintenant, vieux et laid, je ne sais plus le parfum du baiser qui se pose comme un papillon qui serait une fleur.

Mais il ne demanda pas la charité.

L'amoureuse, qui passait, fut émue.

— Avec la permission de mon ami, dit-elle au mendiant, je ferai à votre bouche triste l'aumône d'un jeune baiser.

Et l'amoureux, avec miséricorde :

— Je le permets, dit-il.

Mais le mendiant :

— Non ! non ! Je ne veux pas de tes lèvres, enfant qui passes ! Une pièce d'or, ou une feuille de laurier, peut faire renaître l'illusion des opulences ou des victoires. Mais un jeune baiser sur de vieilles lèvres ne rend pas l'amour. Les cœurs éteints sont des morts qui

ne ressuscitent pas. Partez, partez vite, enfants épris ! Que je n'entende point vos tendres voix et vos rires ! car ce qu'il y a de plus cruel pour un défunt endormi sous le gazon fané, c'est le roucoulement de deux colombes dans le cyprès de sa sépulture.

Page 1