‹ Le bonhomme Jadis; comédie en un acte, en proseChapitre 25 sur 30 · LES DEUX JEUNES GENS · texte numérisé non relu

LES DEUX JEUNES GENS

Qu'y a-t-il donc?

JADIS, suivant la mesure de Pair en inclinant la tète à droite et à gauche. Tra déri déri déra... Ah ! le bon musicien! tradéri... Jo vais vous dire, mes enfants... j'ai beaucoup aimé sur cet air-là autrefois... et rien que de l'entendre ça me dennedes envies de vous planter là, et d'aller danser avec les autres.

JACQUELINE

Quoi! monsieur Jadis... vous oseriez sortir avec cet habit-là?

OCTAVE

Devant tout le monde?

JADIS

J'ai osé bien d'autres choses sur cet air-là. Tenez, (A Cetave.) quand je me suis fait soldat... à cause de Jacqueline, (A Octave.) en montrant Jacqueline.) pas celle-là... l'autre, ma Jacqueline à moi, (Il indiqnc le portrait.) j'avais à peu près votre âge, et je n'étais certainement pas la valeur en personne... Aussi la première fuis que je me suis trouvé en face des Autrichiens, dans les plaines de la Lombardie, j'ai joliment regretté ma Bourgogne et le violon du gros Biaise... Tout à coup, notre commandant nous crie : Braves soldats, c'est notre tour; en avant!.. En avant, c'était du côté des canons. Moi, je manquais d'enthousiasme... mais voilà que la musique d'un régiment qui était en position s'avise de jouer mon air favori, tra déri déri déra. Moi, si doux, si paisible, il me semble que je reçois un coup de fouet. Je me métamorphose en lion. Les camarades partent au galop en criant: Vive la république! Je les suis en criant: Vive Jacqueline ! et nous entrons dans les rangs ennemis comme des boulets vivants.. Moi, j'allais le diable, le sabre au poing, tapant comme un sourd et fredonnant mon petit air : tra déri déra déra..,. mais voilà que je rencontre sur mon chemin un grand gaillard tout doré qui tenait un grand drapeau... Ça ferait une belle robe pour Jacqueline, que je me dis, et tra déri, je tombe sur l'Autrichien déri déra, je le coupe en deux tra déri déri... je lui enlève son drapeau, déridera. Le général m'embrasse, on met mon nom à l'ordre du jour de l'armée, et la Bépublique me donne un sabre d'honneur, tra déri déra la la. Et après ça, comment diantre voulez-vous que j'aie peur d'aller danser dans un bal? Ces diables de violons qui jouent cet air-là justement quand je suis dans mes idées... Il me semble que c'est le violon du gros Biaise qui m'appelle... Il me semble que Jacqueline m'attend... (H embrasse Jacqueline.) et je crois que j'embrasse Jacqueline.

Page 1