SCENE XIV
OCTAVK, avec ci ii mouvement de jalousie.
Ah! monsieur Jadis... une jeune lille.
JADIS
Cest justement pour ça; buvons. (Il regarde Oc:ave qui parât
inquiet., Est-cr que vous seriez jaloux?
OCTAVE , vivement.
Moi. jaiOUX! (Il regarde Jacqueline à la dérobée; celle-ci baisse les veux.) Pourquoi serais-je jaloux?
C'est vrai, pourquoi seriez-vo us jaloux... vous n'êtes pas amoureux. (Octave garde le silence.)
JADIS, à part.
Quel obstiné !.. voyez s'il parlera... Je vais bien le forcer... (Haut.) Buvons. Tiens! elle est vide. Dieu que c'est petit une bouteille. (11 lire de sa poche un trousseau de clés.) Dites donc , jeune homme , vous qui avez de bonnes jambes , allez donc nous chercher quelques bouteilles de vin; voilà les clés de la cave. octave, a part.
Je comprends son idée; il veut rester seul avec Jacqueline. Haut à Jadis.) Mais je ne sais pas où elle est votre cave , moi.
JADIS
C'est vrai. Elle n'est pas loin, allez. (Il montre la porte de la cuisine.) C'est là en tournant à droite, une grande armoire... qui me sert de cellier... Ne cassez rien, surtout.. (H lui donne les clés. Octave reste immobile.) Eh bien , jeune homme, à quoi pensez-vous?
OCTAVE
Hein? quoi? — Ah ! oui.
JADIS
Excusez-moi si je vous dérange ; mais je vous ai prévenu que nous étions sans façon ici... Ft puis je ne peux pas tout faire... il faut que je découpe le rôti.
O CT AV E. (11 prend les des el se dirige ycis la porte. Jadis le suit des jeux,
ainsi que Jacqueline, qui parait toute tremblante. Jadis embrasse en riant la
iiiant de Jacqueline. Arrive a la porte. Octave revient sur ses pas, jette les
cies. et retombe sur sa ebaise où il feint de s'endormir.)
Non, je ne peux pas ; je suis fatigué.
JADIS, à Jacqueline.
Ui! hi ! hi ! Dis donc, il dit qu'il est fatigué... Je crois qu'il est gris, moi, le voisin... hi ! hi ! hi !
JACQUELINE
C'est qu'il n'a pas l'habitude de boire.
JADIS, ramassant les clés et prenant le panier. Boire! Nous n'avons pas bu... Attends-moi, Jacqueline, jo vais chercher du vin.
OCTAVE, à part.
Ma ruse a réussi... et c'est moi qui resterai seul avec Jacqueline.
JADIS, regardant Octave.
lia remué... il m'observe... (Haut.) C'est étonnant... tiens, voilà que je ne puis plus marcher non plus... Dis donc, Jacqueline, (11 jette les clés à terre.) je suis comme le voisin... hi! hi! hi! ( Tapant sur la bouteille.) Ah ! méchante, ce n'est pas gentil de griser un ami.
( Il se laisse tomber comme étourdi sur une chaise.) OCTAVE. (11 fait un mouvement; Jadis lève la tèle; Ociave reprend
son immobilité. A part : ) 11 n'est pas plus gris que moi. . . (H continue à faire semblant de dormir.)
JADIS, bas à Jacqueline.
Dis donc, mignonne... il dort, hi! hi ! c'est comme si nous étions seuls.
JACQUELINE
Ah! monsieur Jadis... ce n'est pas ce que vous m'aviez pro.Ss... soyez donc raisonnable à votre âge !
JADIS
Comment, à mon âge !.. mais je n'ai que vingt ans, moi... Montrant le voisin.) Ce n'est pas comme lui, le voisin... il est trèsvieux... il ne s'appelle pas Octave, c'est Mathusalem qu'il s'appelle! Tu ne sais pas, Jacqueline, il m'a dit qu'il te trouvait laide. (A part.) Il est furieux... ça va le réveiller. (Haut.) Ce n'est pas comme moi, va, Jacqueline... je te trouve gentillo à croquer. (Il lui baise la main.) Veux-tu que je te croque; j ai encore des dents, va.