SCENE IV
J A DIS
C'est que je suis tres-curieus, <i que je m'en suis aperçu en regai-iar.l ce qui se p:iss;ii t chez vous. Ces! indiscret ;:e;:tèUr, mais il no faut p;is m'en vouloir. Cesl une vieille babl-
tnde qui attire toujours mes yeux vers \* fenêtre 'le vitre chambre, < ù vous avez remplacé un de mes anciens voisins : un étudiant qui faisait son droit, avec un cor de chasse. Celait un garçon charmant Maintenant, c'est un notaire. Par exemple, il doit être bien fort sur la qucrlion du divorce. Ah! c'était un gaillard, celui-là. Eh bien, ça m'amusait, moi. Que voulez-vous, j'aime ça, la jeunesse. Fi quand je vois des jeunes cens, il me semble que ça me rajeunit. Aussi, lorsque je vous ai vu arriver, le premier jour j'ai d'abord été très-content de mon nouveau voisinage... mais ..
OCTAVE, en souriant.
Mais?...
JADIS
Mais je n'ai pas tardé à regretter mon ancien voisin. D'abord, toutes les fois que j'ai essayé de lier connaissance avec vous, vous n'avez guère encouragé mes avances... Oh! je vois ce que c'est... mes cheveux blancs vous auront fait peur. Vous m'aurez pris pour un père sermon, un vieux radoteur. Eh bien, vous vous êtes trompé. Voyons , mon jeune ami, maintenant que vous m'avez vu de plus prés, avez-vous encore peur de faire ma connaissance?
OCTAVE
Au contraire, monsieur. J'ai peu d'expérience, et votre raison ne pourra m'ètre que d'utile conseil.
J \DIS
La raison... je n'ai jamais été bien fou d'ille, car l'expérience que vous n'avez pas encore, heurrusemeut, m'a prouvé que la raison n'était bien souvent autre chose que l'art d'éviter le bonheur.
OCTAVE, à pari.
Quel original!
Je vous étonne peut-être... J'en ai étonné bien d'autres.
( L'orr ^estre de la guinguette recommence, et on entend des rires.) Tenez, jeuru? homme, savez-vous où ils sont les gens raisonnables?... ils sont là-bas, avec les violons, (il gigotte.) Voilà encore' les fourmis qui me démangent... Ah çà! mais, dites-moi donc, si vous ne savez pas danser, ça doit bien contrarier votre maîtresse^
OCTAVE
Je n'ai pas de maîtresse, monsieur.
JADIS, an comble de l'étonnement.
Vous n'avez pas de maîtresse! Vous êtes sûr? (Octave fait an signe négatif.) Mais alors qu'est-ce que vous faites donc de vos vingt ans?
OCTAVE
Je n'ai pas de temps à donner au plaisir. Je suis pauvre, et pour moi le travail est une nécessité autant qu'un devoir. JADIS, gaiement.
Le premier devoir de la jeunesse, c'est le plaisir, et l'amour en est la première vertu. Moi, j'ai été vertueux, et ma conscience est en repos. Ne vous effarouchez pas, ma philosophie n'est pas celle qu'on trouve dans les livres, et pourtant c'est la bonne. Rassurez-vous, je ne suis pas le diable... seulement je suis très-étonné de ce que vous me dites, et, franchement, il y a de quoi.
OCTAVE
Peut-être. Mais, je vous le répète, monsieur, ma position n'est pas celle ordinaire aux jeunes gens. Je suis orphelin, sans fortune, et j'ai mon avenir à assurer. Je vis dans l'isolement, parce que les connaissances que je pourrais faire introduiraient dans mon existence des nécessités auxquelles je ne serais pas en état de satisfaire. Je vis sans amour, non parce que mon cœur est insensible, mais parce qu'il est craintif, et que j'ai entendu dire que l'amour était presque toujours une source de peines.
JADIS. '
En effet, il y a une chanson qui parle de cela. (W <iiame.)
Plaisir d'amour ne dure qu'nn moment; Chagrin d'amour dure toute la vie.