SCENE IV. <j
Mais ce n'est qu'une chanson. Voyez-vous, jeune homme, vous mirez beau vous en défendre, l'amour est une conscription à laquelle tout le monde tombe, et où l'un ne peut pas se*îair« remplacer, car elle n'admet pas de cas d'exemption. Pour mon compte, je me suis enrôlé volontairement. 11 y a bien \c?,"temps de cela, et c'est bien malgré moi que j'ai pris mon congé. Vous ferez comme les autres, vous n'avez que viii"t ans.
OCTAVE
Je les ai aujourd'hui même, dans une heure.
jadis, se récriant.
Ah ! mon Dieu , comme ça se trouve ! Ah ! que je suis content!
OCTAVE
Qu'avez-vous donc?
JADIS
J'ai, que l'anniversaire de votre naissance est aussi l'anniversaire de la mienne, et qu'à l'heure où vous aurez vingt ans moi, j'en aurai soixante... C'est-à-dire, non, c'est vous qui en aurez soixante, et c'est moi qui en aurai vingt. Car entre nous deux, jeune homme, c'est vous qui avez des cheveux blancs... C'est égal... Vous allez me faire le plaisir de rester avec moi... Nous célébrerons ensemble ce jour de fête. Mon pauvre diner, j'avais bien peur de le manger seul... heureuse? . ment, voilà un convive. Le vin est meilleur quand on est deux à le boire... J'ai vingt ans, vous en avez soixante... vous mo donnerez un bouquet, je vous en donnerai un autre... (Avec mélancolie.) Vous allez dire que je suis un vieux fou , n'est-co pas? Ah ! Dieu me la conserve, celte chère et douce folie, qui ne fait de mal à personne et qui me fait du bien, à moi... ( Gaiement.) C'est égal, je n'ai pas de perruque et je me passe de lunettes.
OCTAVE, qni a écoulé Jadis avec an redoublement de cntiosilé. Quel drôle de corps que mon vieux voisin! Il m'amuse infiniment. J'ai presque envie d'accepter son invitation. JADIS, à part.
Il io consulte... Pourvu qu'il n'aille pas me refuser. (Haoi,)
Eh bien , voisin, c'est convenu, n'est-ce pas, vous serez mon convive?
OCTAVE
Oui . monsieur, j'accepte votre aimable invitation. Seulement, je vous demanderai la permission de m'absenter le temps d'aller reporter ce travail.
(11 prend .ses papiers, qu'il remet sous son bras, et dans ce mouvement un papier tombe à (cire sans qu'il s'en aperçoive.) JAUI S.
Allez", et revenez bien vite, .l'espère que vous serez content de mon dîner. Je suis gourmand de père en fils. Mon vin est bon, mes verres sont grands, et nous allons rire.
(Il serre la main d'Octave, qui sort.)