‹ Le Boomerang, ou, Rien n'est mal qui finit bienChapitre 3 sur 13 · Quel drôle de mois de mai celte année ! Hie · texte numérisé non relu

Quel drôle de mois de mai celte année ! Hie

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combien de degrés au-dessus de zéro.

Et pas de vent.

Guillaume alluma sa cigarette, la dernière ! dans un bureau de tabac dont la caissière lui parut séduisante au possible, avec un de ces petits airs aguicheurs comme il s'en rencontre fréquemment au sein des débits. Inébranlable dans sa résolution, Guillaume descendit vers le grand fleuve parisien que le Sahara nous envie. II arriva lentement au Pont-Neuf, salua poliment Henri IV — son aïeul peulêtre, sait-on jamais, avec ce vert-galant? et descendit sur le quai.

Là, il avisa un pécheur à la ligne, qui, coiffé d'un vaste feutre, somnolait en regardant son bouchon de liège qui frétillait tlans les remous.

Le spectacle de cet homme paisible, en proie à l'ardente passion de la pêche, intéressa notre pauvre ami.

Avant d'aller répandre son moi dans le liquide de la Seine il éprouva la légitime

on grelottait dans ses fourrures ; aujourd'hui on se croirait au mois de juillet.

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curiosité de savoir avec quels genres de poissons il allait bientôt entrer en contact.

Il s'assit donc sur le quai auprès du pêcheur à la ligne.

Et il attendit.

Il attendit longtemps : cinq minutes, un quart d'heure, une demi-heure (j'abrège) puis une heure, enfin une heure un quart.

L'homme au feutre ne bougeait pas, sa main droite tenait le roseau immobile, le fil formait avec le niveau de l'eau un angle dans les 40 à 45 degrés.

Le bouchon seul frétillait.

Le visage de l'homme continuait à se dissimuler sous le feutre à larges bords.

Il semblait corpulent, l'homme, et dans toute la force de l'âge.

Une houppelande d'une étoffe passée de mode l'enveloppait.

Un vaste panier affreusement vide, un immense panier se tenait près de lui.

Citons également une boîte d'asticots et un de ces vastes couteaux moyennant lesquels on vide le poisson, quand le cas s'en présente.

Guillaume s'intéressait à cet individu qui lui semblait privé de mouvement, ainsi que le sont les cariatides des monuments et les statues de la place de la Concorde et autres objets d'art dus au ciseau de nos plus grands artistes.

Pendant son heure et demie d'attente, car il s'est bien passé un quart d'heure depuis notre dernier chronométrage, Guillaume, peu à peu, se ressaisissait, reprenait goût à la vie.

Le problème insoluble que lui offrait cet être immobile charmait déjà son esprit de poète investigateur et symboliste (quoique classique) ; il y avait en lui Tàme d'un ancien reporter qui aurait quelques tendances à faire un peu de police pour égayer ses loisirs.

Or, précisément parce que son existence s'était écoulée regrettons-le, pour la plus grande partie, dans l'inaction, Guillaume ne s'était jamais connu de loisirs réels excepté à cette heure suprême,

où, avant de mourir il avait tout le

temps.

A force d'investiguer, il remarqua qu'un

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journal froissé gisait dans le fond du panier vide.

Ce journal n'était pas un journal français. ni anglais, ni espagnol, ni belge, ni suburbain, ni italien, ni allemand, ni russe.

Guillaume cherchait vainement à quelle langue ressortissait l'écriture imprimée qui jonchait le panier vide.

Du japonais?

11 le crut un instant; puis, par un effort de sa cervelle qui, quoique d'avant-dernier ordre, possédait encore quelques notions ethnologiques, il aboutit à cette conclusion que ce journal était un journal néerlandais, ou, pour parler comme dans le temps, une o-azette de Hollande. Et il reconnut cette chose à un détail insignifiant peut-être pour un esprit superficiel, mais capital aux yeux du véritable investigateur.

Sur ce que nous autres, avisés publicistes, nous appelons la manchette, Guillaume avait déchiffré ce vocable : « Amsterdam ! ».

Par suite d'une rare mémoire que l'exercice de la versification avait accrue^ Guillaume se souvint que, tout petite

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tout petit, on lui avait appris la géographie européenne et qu'Amsterdam était une ville de la Hollande.

D'une association d'idées fort naturelles et sans hésiter, il conclut — oh ! mon Dieu, c'est bien simple — que ce pêcheur à la ligne était un marchand de fromages de Hollande.

On nomme aussi ces fromages de Hollande « tête de mort », appellation qui. parfois, chez les âmes timorées, rafraîchit la vieille gaieté de nos desserts.

Dans son état comateux de suicidable (il y a des suicidables comme il y a des contribuables ' ; c'est d'ailleurs un peu la même chose à bien réfléchir) il trouvait assez piquante cette rencontre d'un probable marchand de « têtes de mort » au moment où lui-même s'apprêtait... mais n'insistons pas sur ce point macabre et douloureux.

Antithèse comme on en trouve n'importe où, sous le pas d'un cheval, par

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