CONGÉLATION DE LA MER NOIRE
I>es témoignages historiques relatifs à la congélation de la mer Noire ne remontent pas au delà d'Hérodote. — Ils se multiplient depuis le siècle d'Auguste. — Assertions d'Ovide et de Virgile. — Congélation de la mer Noire attestée par Ammien Marcellin. — Description curieuse laissée par le patriarche Niccphorus de la congélation et de la débâcle qui eurent lieu pendant le viii" siècle. — Phénomènes do congélation constatés dans la mer Noire depuis le vin' Jusqu'au xi\* siècle. — Froids excessifs qui accablèrent l'Europe depuis le xviii« jusqu'au xix* siècle.— Les froids de Moscou, en 1815, n'eurent pour cotte époque rien d'exceptionnel ni d'inattendu. — Mer d'Azow. — Phénomènes de congélation dans les fleuves que reçoit la mer Noire. — Tableau des époques de congélation et de débâcle dans les parages de Galatz depuis 1830 jusqu'à 1852. — Tableau des phénomènes de congélation obsen'és dans les parages de Vienne. — Congélation du Dnieper et du Dniester. — Considérations sur les dix-sept exemples de congélation de la mer Noire constatés par l'histoire. — Discordance entre les époques des grands froids observés dans le bassin de la mer Noire et dans le reste de l'Europe. — Contraste frappant entre les climats de la côte septentrionale et celui de la côte méridionale de la mer Noire. — Division du Pont-Euxin en trois régions climatologiques. — Causes qui déterminent dans le Pont-Euxin les phénomènes de congélation si peu compatibles avec la latitude de cette mer.
Les témoignages de rantîquité relativement aux phénomènes de congélation dans le bassin de la mer Noire
et les fleuves qui y débouchent ne paraissent guère remonter au delà de l'époque d'Hérodote. Or, bien que le père de Fhisloire dise^ positivement que le Bosphore Gimmérien se couvre quelquefois d'une glace suffisamment épaisse pour permettre aux habitants de le traverser, rien dans la description qu'il donne de la mer Noire ne prouve qu'il eût connaissance d'autre phénomène de congélation, que de celui qu'il mentionne pour le détroit de Kertch. Non -seulement il garde le môme silence sur ce sujet en parlant des cours d'eau tributaires du Pont-Euxin, mais encore il observe à l'égard du Danube qu'en hiver et en été ce fleuve coule avec la même rapidité -.
Depuis Hérodote jusqu'au siècle d'Auguste, les monuments historiques ne nous apprennent presque rien sur les phénomènes de congélation de la mer Noire. En revanclie, les données se multiplient de plus en plus à mesure que nous nous rapprochons de Tàge d'or de la littérature romaine. On connaît les élégies qu'Ovide composa sur les bords inhospitaliers du Danube ; et, bien qu'on ne puisse admettre dans un sens rigoureusement scientifique les descriptions d'un poëte, surtout lorsqu'il écrit sous l'impression du sentiment pénible causé par le brusque passage des splendides