‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 118 sur 179 · Id., ibid., p · texte numérisé non relu

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Dans cette dernière année , l'Egypte même se ressentit de ces brusques abaissements de température, puisqu'on y vit en plein été (le 28 juillet) tomber des grêlons dont plusieurs pesaient près d'un kilogramme , et causèrent d'immenses dégâts. D'un autre côté, il parait que l'hiver de 1669, qui détermina des phénomènes de congélation dans le Bosphore, fut également très-rigoureux dans le reste de l'Europe.

Dans l'intervalle compris entre 1669 jusqu'à 1755, l'histoire ne mentionne aucun [)hénomène de congélation dans les régions méridionales du bassin de la mer Noire, bien que dans cet intervalle de quatrevingt-six années les hivers très -froids n'aient fait défaut ni à l'Europe, ni h l'Asie, ni à l'Amérique^, et que Constantinople en ait égafement éprouvé les effets (notamment en 1750), sans qu'ils se fussent traduits par l'apparition des glaces dans le Bosphore. Un phénomène de cette nature ne se trouve indiqué qu'en 1755,

1. Parmi les hivers très- rigoureux qui sévirent dans l'intervalle compris entre 1669 et 1755 figurent les suivants : celui de 1670 marqué par la congélation d'une partie de la mer qui baigne les côtes du Danemark (Schnurrer, Chronik, etc., vol. II, p. 207), et ceux de 1673, 1695, 1697, 1705, 1709, 1716, 1729 (congélation du Danube à trois reprises), 17/iO (particulièrement t;n Europe), 17/il (particulièrement en Amérique), 17/i2, 17/i4ctl750.

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et précisément à une époque où aucun hiver rigoureux ne sévissait dans le reste de l'Europe. C'est sous le règne du sultan Osman 111 (le 16 février) que les annalistes turcs signalent^ une nappe de glace non interrompue qui permettait de traverser à pied tout l'espace compris entre le cap Defterdarbouroun (près d'Ortakoï) et Sutledji^.

11 est à présumer qu'une nappe continue de glace, embrassant non -seulement la totalité de la Corned'Or, mais encore une portion méridionale du Bosphore, a dû pénétrer bien avant dans l'intérieur du détroit, et peut-être en atteindre l'embouchure septentrionale , si fortement exposée à l'action du vent du Nord. Dans tous les cas, il est vraisemblable que l'hiver de 1755 fut marqué par la congélation, sinon de la totalité, du moins de la plus grande partie du Bosphore. Cet événement remarquable correspond précisément à l'année qui tire de la destruction de Lisbonne une si triste célébrité. L'immobilisation des eaux du Bosphore ne précéda que de neuf mois l'agitation violente qu'éprouva la croûte terrestre non-seulement à Lisbonne, mais aussi sur la surface de presque toutes les parties connues de notre globe ^.

i. Hammer, Gesch. des Osm, Reichs, 2' édition , vol. IV, p. 485.

2. Faubourg de Constantinople situé sur la côte orientale de la Corne-d'Or, vis-à-vis d'Eyub.

3. Les secousses qui renversèrent Lisbonne en 1755 (1" novembre) et en 1761 (31 mars) se firent sentir non -seulement sur les continents d'Europe, d'Asie, d'Amérique, etc., mais encore dans tout l'océan AUantlque, qui fut livré à une grande perturbation.

Depuis la congélation de 1755 il ne s'écoula que soixante-huit années jusqu'au renouvellement, à Constantinople, d'un phénomène de même nature (en 1823). Dans cet intervalle, comparativement peu considérable, on vit se succéder une longue série d'hivers excessifs qui ravagèrent particulièrement les régions du nord et du centre de l'Europe, sans que les parties méridionales de la mer Noire paraissent en avoir été affectées. Et cependant, les fastes météorologiques renferment peu d'exemples comparables à ceux que nous présentent les hivers de cette époque sous le triple rapport de la continuité , de l'extension et de l'intensité du froid. Pour faire ressortir la première de ces propriétés, il suffira de rappeler que sur les quarante-huit années écoulées depuis 1768 jusqu'à 1816, vingt hivers rigoureux se succédèrent à des intervalles qui n'atteignirent que deux fois l'espace de huit années, tandis que presque toujours ces intervalles furent de deux à quatre années, ou absolument nuls *.

Quant à l'intensité et à l'extension géographique du froid, qui caractérisa cette époque vraiment gla-

1. Ces vingt années à hivers rigoureux sont : 1768, 1775, 1776, 1778, 1779, 1780, 1784, 1785, 1786, 1789, 1793, 1797, 1799, 1800, 1802, 1808, 1810, 1812, 1813 et 1816.

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ciale, les chiffres suivants, puisés dans les pays les plus divers de l'Europe parlent assez haut: en 1776, le 27 janvier, le ihermomètre centigrade marqua à Leipzig, — 28,7 ; à Montdidier, — 22,5 ; à Nancy, — 21,2 ; à Paris, —20 ; à Vienne (Autriche), —21,5*. En 1786, depuis la fin de décembre jusqu'à celle de février, dans beaucoup de contrées de l'Europe tous les fleuves furent gelés. En 1785, depuis le 18 octobre jusqu'au 14 mars, l'Angleterre, sur cent quarante-six jours, n'en compta que vingt-six sans gelée; en Allemagne (à Waldheim), le thermomètre centigrade descendit (le 27 lévrier) à — 29,2; à Paris, à Naples et dans plusieurs villes de l'Espagne, le froid acquit une intensité presque insupportable ^. En 1789 , plusieurs contrées de l'Europe virent le thermomètre descendre à — 25°\ En 1802, l'Angleterre et l'Allemagne furent encombrées de neige, et le thermomètre centigrade marqua à Stuttgart, — 26,2 ■'. En 1803, un froid excessif sévit également dans le nord et dans le sud de l'Europe, et l'on signala le l'"'" janvier, à Bialostok (Gallicie), — 48 degrés cenligrades, à Saint-Pétersbourg, le 12 mars, — 23,7; à Ekaterinenbourg, le 11 mai, — 24**; à Livourne, la mer était prise\ En 1808, les rigueurs de l'hiver parurent se concentrer dans h^ midi

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