‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 117 sur 179 · Id,, ibid., p · texte numérisé non relu

Id,, ibid., p

Depuis 1232, il s'écoula près de quatre siècles sans qu'aucune autre congélation fût signalée dans le bassin de la mer Noire; le fait ne se reproduisit que sous le règne du sultan Osman IP, pendant Thiver de 1620; à la fin de janvier, une couche épaisse de glace revêtit le Bosphore et permit aux riverains de se rendre à pied d'Europe en Asie. Or, l'intervalle de trois cent quatre-vingt-huit années qui sépare ces deux congélations du Bosphore (celles de 1232 et de 1620) fut rempli par une série de vingt hivers excessifs qui sévirent en Europe 2, sans avoir eu, à ce qu'il parait, aucune action sur le bassin de la mer Noire et sur ses détroits. Cependant, parmi ces hivers excessifs, ceux de 1341 et 13/12 eurent une extension très-considérable, et paraissent s'être fait sentir également ù Constantinople, puisqu'ils coïncident avec les froids extraordinaires que Nicephorus Gregoras y signale précisément aux mêmes

^. Hammor, desch. des Osm, Reichs, vol. II, p. 787. C'est probablement le mémo fait que M. Schnurrer place une année plus tard, en 1623 : la date donnée par Tillustre historien de Tempire ottoman mérite plus de confiance, car il puise ses données dans des sources plus authentiques, en s'appuyant sur Pautorlté des annalistes turcs, témoins oculaires des événements dont ils parlent.

2. Savoir : les hivers des années 1292, 1322, 1323, 13/|1, 1342, 1358, 1363, 1399, l/i02, l/i07, I/1O8, 1/|21, l/i33, l/i3/i, l/i57, l/i91, 1506, 1513, 151/i, 1534 et 1607.

époques, sans mentionner aucun phénomène de congélation dans la mer Noire*.

Les Byzantins n'en relatent pas non plus en 1513, année où des froids intenses glacèrent presque toute l'Europe et où le Danube et le Rhin furent convertis en une masse solide que traversaient les plus pesantes voitures 2.

Si , comme nous venons de le voir, près de quatre siècles s'étaient écoulés entre les deux congélations du Bosphore en 1232 et en 1620 , le phénomène de cette dernière année ne tarda pas à se reproduire en 1669 *, quoique sur une échelle beaucoup plus petite, car les annalistes ne parlent que de glaçons. Pendant cet intervalle de quarante-neuf années inoffensives pour le Bosphore, toute l'Europe ainsi que l'Amérique furent frappées par le fléau de terribles froids , notamment en 1642, 1658 et 1667.

1. Voici la traduction du passage curieux de Nicephorus Gregoras (Hist. Byzant.y 1. xii, 15) relativement au froid intense qui eut lieu à CoDstantinople pendant l'hiver de 13^2 : « Lorsque après avoir quitté le signe du Capricorne la terre fut entrée dans celui du Verseau, il tomba, pendant une nuit très-calme, une prodigieuse quantité de neige; son poids écrasa tellement les arbres de la ville et des environs que, le matin, on fut frappé d'un spectacle tout à fait singulier : les arbres se présentèrent complètement dépouillés de leurs branches; leurs troncs nus et décharnés se dressaient comme autant de poteaux artificiellement dégrossis et fichés en terre. » Quant à l'hiver de l'année suivante, Nicephorus Gregoras se borne à le signaler comme très-rigoureux, sans ajouter aucune particularité. II mentionne également, comme d'un froid excessif, la saison hivernale de l'année 13^1, ce qui donne pour Constantinople une série non interrompue de trois hivers excessifs, savoir : 13^1, 13/i2 et 13/|3,

Page 1