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sur l'Europe depuis plus de vingt années consécutives, puisque, dès sa première jeunesse jusqu'à Tannée 1810, qui ne précéda que de vingt-quatre mois sa malencontreuse expédition de Russie, Napoléon 1" avait vu constamment toutes les prévisions météorologiques basées sur le climat habituel des diverses contrées de l'Europe complètement bouleversées. Après de telles expériences et de tels avertissements, la prudence la plus vulgaire eût dû inspirer la précaution d'emporter pour le moins autant de pelisses et de bottes fourrées que de cartouches et d'uniformes, non -seulement lorsqu'il s'agissait de pénétrer dans l'intérieur de la Russie, mais même s'il se fût agi de passer en Italie, où pendant deux années consécutives (1808 et 1809) Naples s'était vue ensevelie sous les neiges, et où, en 1812, le thermomètre centigrade marqua dans cette ville — 11,2, ce qui, relativement, était un froid infiniment plus intense que tous les froids de Moscou dont on a tant parlé, en les chargeant d'une responsabilité qui ne leur est pas spéciale.
Quand on considère, d'un côté, l'abondance des renseignements que nous possédons sur la période comprise entre 1755 et 182/i, et, de l'aulre côté, le nombre considérable et la diversité des pays où ils ont été
recueillis , on est naturellement amené à admettre que des faits de cette nature n'eussent pu être négligés, s'ils se fussent manifestés dans le bassin de la mer Noire; par conséquent, le silence que les écrivains contemporains gardent à cet égard sur la région pontique prouve évidemment qu'il n'y a pas eu de phénomène de congélation pendant toute cette longue série de froids qui glacèrent l'Europe et une partie du Nouveau Monde. Ce fait est d'autant plus remarquable que cette époque de froids excessifs offre toutes les conditions qui auraient pu faire présumer une action efficace sur le bassin de la mer Noire; car plusieurs des hivers rigoureux dont il s'agit, entre autres ceux qui accablèrent l'Europe pendant l'espace de temps compris entre 1768 et 1816, eurent une extension trèsconsidérable, et sévirent également dans les contrées limitrophes du Pont-Euxin, par exemple dans la Hongrie, dans la Thrace, etc. D'ailleurs, ainsi que je l'ai déjà fait observer (p. 280), ces hivers anormaux avaient été tout aussi remarquables par leur Intensité que par leur fréquence. Or, ce n'est qu'après cette longue série de températures glaciales que l'hiver de 1823 sévit sur la mer Noire, dont la partie septentrionale fut prise complètement, en sorte qu'on pouvait aller à sec de Kertch à l'Ile Taman^ Une bonne partie de la Corne-d'Or fut également prise, et le Bosphore charria. Cette fois (en 1823) le phénomène de congélation dans la mer Noire parait avoir correspondu