‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 145 sur 179 · Le parmak ou doùjt a environ huit centimètres · texte numérisé non relu

Le parmak ou doùjt a environ huit centimètres

vn.

Les observations que je viens de rapporter sont trop incomplètes pour permettre d'en tirer une conclusion positive relativement à l'origine et au mode de formation des gîtes cuprifères et ferrifères de Saryari. Cependant, on peut admettre que Faction des roches éruptives y a eu une part importante. Cela est mis hors de doute par la présence des gîtes métallifères sur la côte européenne du Bosphore, dans la proximité immédiate des roches éruptives; et par l'absence de gîtes semblables sur la côte opposée, que les roches éruptives n'atteignent point. En effet, si les gîtes métallifères étaient complètement indépendants des roches éruptives, on aurait de la peine à comprendre pourquoi les mêmes thonschiefers et calcaires qui figurent sur les deux (*ôtés, séparées l'une de l'autre par le détroit qui n'a ici qu'une largeur d'environ un kilomètre et demi, ne sont pas imprégnés des mêmes minéraux; mais cette différence s'explique quand on considère que, sur la côte européenne, dans les environs de Saryari, les dépôts devoniens se trouvent en contact immédiat avec les dolérites, Umdis que sur la côte opposée les roches éruptives ne commencent à se montrer qu'à trois kilomètres environ plus au nord, c'est-à-dire dans les parages du cap Filbournou, où, à son tour, la

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liniito eiilre les dt^pôls «lovonîeiis et les roches éruptives s'annonce par nne accumulation toute pariicu- Hère de masses métamorphiques et de concrétions ferrugineuses analogues h celles de Saryari, et où il est probable que Ton trouverait également des gîtes cuprifères et ferrifères, si Ton se donnait Ja peine de les y chercher.

On peut donc admettre avec beaucoup de vraisemblance que le développement des pyrites de cuivre et de fer dans les parages de Saryari se rattache à l'action des roches éruptives placées en contact immédiat avec les thonschiefers et calcaires devoniens, bien qu'il soit réservé à des études ultérieures de résoudre la question de savoir de quelle manière cette action s'est manifestée, soit que l'éruption des dolérites ait donné lieu à un dégagement de vapeurs métalliques, soit qu'elle ait déterminé dans les thonschiefers et les calcaires des fissures qui, plus tard, auraient livré passage à des eaux thermales contenant en dissolution les éléments nécessaires pour revêtir les parois des roches encaissantes de minéraux cuprifères et ferrifères.

Quant aux masses désagrégées qui recouvrent un si vaste espace tout autour des mines de Saryari, c'est également à des études subséquentes qu'appartient la tâche très-difficile de déterminer leur origine et de

distinguer ce qui est dû à Finfluence des agents intérieurs de ce qui revient à celle des agents extérieurs; car, d'abord, les niasses argileuses peuvent provenir en partie de la désagrégation du thonschiefer et en partie de celle des roches éruptives dont le feldspath décomposé a pu fournir des quantités plus ou moins considérables de kaolin^; et, en second lieu, parmi les substances rejetées du fond des galeries, les unes ont pu arriver, à l'extérieur, déjà à l'état où elles se trouvent aujourd'hui, tandis que d'autres ne seraient que le résultat des transformations subies à la suite d'une longue exposition aux agents atmosphériques. C'est ainsi que les efflorescences de soufre et les cristaux de gypse ont pu avoir été le résultat de la décomposition des pyrites, produite par des eaux contenant en dissolution de l'acide carbonique; de même que l'action de ces eaux ur les pyrites , sur les calcaires et sur les thonschiefers a pu donner naissance à des vitriols de fer et de cuivre, au gypse, à l'alun, au soufre, etc., qui, à leur tour, ont pu engendrer d'autres nouvelles combinaisons, en subissant l'influence des agents tantôt réductifs, tantôt oxydants. D'ailleurs, on sait, par de nombreux exemples, que les dépôts renfermant des

1. La présence du kaolin parmi les masses terreuses blanches qui jouent un si grand rôle dans les mines de Saryari, vient en effet d'être mise hors de doute par M. Oreali, chimiste italien, attaché, si je ne me trompe , au service du gouvernement ottoman. Pendant mon dernier séjour à Tharapia , j'ai lu dans le Journal de Consiantinople un article qui annonçait que ce savant avait découvert dans les parages dont il s*agit des quantités de kaolin assez considérables pour pouvoir fournir des matériaux abondants à la fabrication de la porcelaine.

pyrites de fer ou de cuivre sont de véritables laboratoires chimiques qui fonctionnent sous nos yeux avec une activité ininterrompue; témoin les curieux phénomènes qu'offrent à cet égard les dépôts de lignite et de houille où la présence de pyrites donne lieu à des métamorphoses continuelles, ainsi que le fait ressortir M. le docteur H. Laretz dans un travail important qu'il vient de publier dans V Annuaire minéralogie de M. G. Leonhard, sous le titre de : Minéraux associés aux substances combustibles fossiles ^.

Quoique le minerai de Saryari présente des proportions métalliques très -considérables de minerai, il est loin de fournir à ceux qui l'exploitent le bénéfice que l'on eût pu en retirer si l'on avait un moyen économique de le travailler sur les lieux mêmes. Malheureusement il n'existe point dans les environs de Constantinople d'établissement métallurgique propre à des opérations de cette nature, et d'un autre côté les pyrites de Saryari constituent des masses trop peu puissantes pour couvrir les frais qu'exigeraient la création et l'entretien d'un semblable établissement, destiné exclusivement aux produits de cette seule localité, bien qu'il soit très-vraisemblable qu'une investigation minutieuse

4, \eues Jahrb, fur Miner., etc., année 1863, p. 655,

lifiO LK nOSPHORK

de la côte asiatique doive avoir pour résultat d'y découvrir plus d'un gîte cuprifère ou ferrifère. Il n'en est pas moins vrai que, pour le moment, les concessionnaires des mines de Saryari n'ont guère d'autre moyen de faire valoir leur minerai, que celui de le vendre à l'état brut aux spéculateurs, qui le transportent en Europe ; de manière que, dans cette circonstance comme dans bien d'autres, les habitants de la Turquie ne peuvent consommer le produit de leur propre pays qu'après avoir payé un tribut considérable à l'étranger. La quantité de minerai brut que fournissent annuellement les mines de Saryari peut être évaluée à 124,000 kilogr. que Ton vend à raison de 60 paras (environ 25 centimes) l'ok (1,284 grammes). Or, en admettant, d'après une évaluation très-basse, qu'un kilogramme de minerai ne contienne qu'un sixième de cuivre pur, le kilogramme de ce métal ne serait payé qu'à raison de 1 fr. 50 cent.; et en doublant cette somme pour tenir compte des frais d'opérations métallurgiques et du transport, le kilogramme de cuivre pur ne reviendrait qu'à 3 francs, ce qui certes assurerait aux aquéreurs du minerai de Saryari un assez beau bénéfice.

Nous terminerons notre aperçu du domaine devonien de la côte européenne du Bosphore par l'examen de ses caractères paléontologiques.

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Le point qui m\i présenté le plus de restes organiques est le plateau qui descend, par une pente assez rapide, vers le gros village d'Arnaoutkoï, notamment la partie de ce plateau où, à peu de distance au nord du village, se trouvent plusieurs carrières fournissant d'abondants matériaux de construction. La roche est un calcaire bleu foncé, disposé en strates puissantes, dont le plongement dominant est au nord 50" est, sous des angles de 50 à 60 degrés. Elle est généralement revêtue d'une couche jaunâtre d'oxyde de fer, qui ne pénètre que rarement bien avant dans l'intérieur de la roche, et qui représente en quelque sorte la zone de la vie animale dont ces calcaires ont été le siège; car partout où ils se trouvent imprégnés de la substance ferrugineuse, ils sont littéralement pétris d'innombrables empreintes, moules et fragments organiques, ii la vérité pour la plupart indéterminables, mais parmi lesquels on peut distinguer les formes suivantes :

Queue de Phacops latifronsf

Fragment d'une empreinte problëmaUque pouvant appartenir à une très-grande térébratule striée.

Rhynchonella Pereti Vern. Fragment qui rappelle Tespèce d'Espagne à laquelle M. de Verneuil a donné ce nom.

Moule de Rhynchonella.

Spirifer suàspeciosu^ Vern. Tout à fait semblable à l'espèce de Néhou (Cotentin) qui se place entre le S. subspeciosus d'Espagne et le S. Rousseau de Bretagne.

Moule d'une Leptœna semblable à celle d'Espagne identifiée autrefois par M. de Verneuil avec la L. Dulertrii, et qui ne s'en distingue en effet que par de légères différences dans les stries, ce qui ne constitue qu'une variété propre au devonien inférieur.

Orthis Gervillei Barr. Se trouve à Néhou, à Vise (Bretagne), en Espagne et en Bohùme. Elle n'est ici qu'à l'état d'empreinte, mais cependant assez bien conservée pour être reconnue à ses stries, dont quelques-unes sont beaucoup plus fortes que les autres.

Fragment d'une grande Orthis.

Moule de Clionetes.

Plusieurs Cyatophyllum indéterminables.

Bien que sur la côte d'Europe les parages d'Arnaoutkoï constituent la localité la plus riche en fossiles, ce qui peut-être est dû en partie aux dénudations artificielles qu'elle présente, les traces organiques se manifestent sur une foule d'autres points de ce littoral , où des recherches ultérieures, et surtout la création de nouvelles dénudatîons, auront sans doute pour résultat d'en faire découvrir un plus grand nombre. Aussi, pour le moment, me bornerai-je à signaler les formes suivantes que j'ai recueillies le long du Bosphore au nord et au sud d' Arnaoutkoï , sans mentionner beaucoup d'autres localités qui ne m'ont offert que des indices indéterminables.

Fragments de la queue d'un Cheirurus, voisin de Cheirurus claviger des terrains siluriens de la Bohême. — Carrières situées près du grand Champ des morts de Péra, sur la roule qui conduit de ce faubourg à Buyukderé.

Spirifer subspeciosiis Vern. — Environs de Tharapia, de Kalender et de Yenikoï.

Leplxna laticosta Conr. — Kalender.

• Dutertrii Murch. — Entre Tharapia et Yenikoï.

Clwneies sarcinalata Schl. — Kalender.

Boblayei Vern. {Bulletin de la Société géologique de France.)

— Tharapia.

Stromatopora polymorphn. — Tharapia.

Ces fossiles suffisent déjà pour prouver que les caractères paléoiitologiques, si distinctement prononcés dans les parages d'Arnaoutkoï , s'appliquent à l'ensemble de la côte européenne comprise entre Péra et Buyukderé', et que par conséquent cette côte appartient tout entière, non-seulement au même terrain, mais encore au même étage. Nous verrons qu'il en est ainsi également de la côte opposée, sur laquelle nous allons passer.

I^ délimitation du domaine devonicn de la côte asiatique est bien plus difficile que celle de la côte européenne, en raison de la manière différente dont l'un et l'autre de ces domaines se comportent à leurs points de contact avec les dépôts plus récents. En effet, dans la portion européenne, les terrains devoniens se détachent plus ou moins nettement des dépôts tertiaires limitrophes, dont les caractères minéralogiques et stratigraphiques suffisent déjà à eux seuls pour les faire distinguer des premiers, parce que les

roches qui composent les dépôts tertiaires n'ont aucune analogie extérieure avec celles des terrains devoniens, et contrastent par leur stratification horizontale avec le redressement des couches paléozoïques. Il n'en est pas de même du terrain devonien de la côte d'Asie, où ce terrain se trouve en contact immédiat avec le terrain crétacé dont les caractères minéralogiques et stratigraphiques souvent se rapprochent tellement de ceux 4|i terrain devonien, qu'à défaut de fossiles, les considérations puisées dans ces deux caractères ne suffisent point pour faire distinguer les deux terrains l'un de l'autre. C'est donc; à des études futures qu'est réservée la tAche de tracer la ligne de démarcation qui sépare, au nordest et à l'est, le terrain devonien du terrain crétacé; en conséquence j'ai exclu de ma carte cette portion encore peu connue du terrain devonien, et je me contenterai de signaler ici la limite que je lui assigne, en plaçant à peu de distance au sud-ouest-sud du cap Karabouroun le point de contact entre les roches éruptives et entre le terrain devonien et le terrain crétacé, et en traçant de ce point une ligne qui s'étendrait au sud-est jusqu'au méridien de la petite ville de Gebissc», et là s'infléchirait au sud-ouest-sud pour aboutir à la côte septentrionale du golfe d'Ismit, à peu près dans les parages où se trouve Gebissé. Cette petite ville représenterait donc (provisoirement) le point le plus avancé au sud-est de la zone devonienne du littoral de la merde Marmara, point situé à peu de distance à l'est-sud-est de Touzla, qui termine ma carte de ce côté.

Les roches qui composent le domaine devonien de la côte asiatique du Bosphore ont la plus grande analogie avec celles que j'ai signalées sur la côte opposée; seulement^ dans la partie asiatique de ce domaine, les quartz acquièrent un développement et une importance qu'ils n'ont point dans la partie européenne. Quant aux conditions stratigraphiques des roches, elles présentent, des deux côtés du détroit, le même défaut de constance et le même caractère de violentes perturbations. Afin de mieux apprécier toutes ces particularités, nous allons parcourir en divers sens le domaine devonien de la côte d'Asie, ainsi que nous l'avons fait à l'égard de la côte d'Europe. En conséquence nous longerons d'abord le littoral du Bosphore depuis Skutari jusqu'à la limite septentrionale du territoire devonien, située dans les parages de Filbournou; puis nous le traverserons de nord-ouest au sud-est, en nous dirigeant de Beïkos à Kartal par Arnaoutkevi et les massifs montagneux de l'Alemdagh et de l'Aïdosdagh; enfin nous suivrons le littoral de la mer de Marmara, depuis Touzla jusqu'à Skutari , et nous terminerons notre revue ]>ar les Iles des Princes.

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La partie de là côte comprise entre Skutari et le cap de Filbournou est composée de calcaires bleu foncé et de thonschiefers identiques à ceux qui bordent le littoral opposé. Toutefois, sur la rive asiatique, les calcaires et les thonschiefers ne forment qu'une bande du littoral , comprenant les falaises qui encadrent la côte ainsi que la région inférieure des vallées qui débouchent de ce côté. Cette bande, dont la largeur varie selon les localités, mais qui peut être évaluée en moyenne à trois ou quatre kilomètres, est bordée du côté de Test par une vaste zone quartzeuse, dans laquelle on entre aussitôt que Ton a remonté les vallées ou les coteaux qui descendent vers la mer; il n'est cependant pas facile de saisir les relations de gisement entre les deux groupes de roches, bien que par leurs caractères minéralogiques , par leurs contours et surtout par leurs teintes généralement claires, les quartz se détachent presque partout des calcaires et du thonschiefer limitrophes *. Ainsi les hauteurs qui

1. Quelle que soit; la relation entre les quartz non fossilifères et les calcaires et thonschiefers, caractérisés par leurs fossiles devoniens, toutes ces roches se trouvent si intimement liées entre elles, qu'il est difficile de ne pas les considérer comme faisant partie du même terrain. Sur plusieurs points, les (juartz occupent une position plus élevée que les calcaires et les thonschiefers, et il ne serait pas impossible que les

dominent du côlé de Test la profonde vallée de Tchuboukly sont composées de masses considérables de quartz blanc, régulièrement stratifié, et dont les couches sont tantôt verticales, tantôt inclinées au sud 30 degrés est, sous des angles de 70 à 80 degrés. Cependant, en descendant de ces hauteurs par une longue pente sillonnée de gorges pittoresques qui vont se confondre dans la belle plaine de Tchuboukly, on voit, à quatre kilomètres environ à Test de ce village, les quartz passer insensiblement, d'abord à un grès jaunâtre, et ensuite au calcaire bleu foncé, souvent fortement jauni par l'oxyde de fer et renfermant çà et là des empreintes indéterminables de Spirifer, Orthis, Leplaena, etc. Les calcaires, que l'on y exploite dans de vastes carrières pour la fabrication de la chaux, présentent un plongement dominant au nord, sous des angles de 30 à 70 degrés. C'est une belle pierre à surfaces fraîches, mais complètement dénuée d'indices organiques exclusivement réservés aux variétés calcaires revêtues d'ocrés ferrugineuses. Au-dessus de Kanlydja les calcaires plongent au sud 40 degrés ouest sous des angles de 30 degrés, et entre Tchuboukly et Indjirkevi le long de la côte, au sud-ouest; plus au nord, entre Sultanieh et Beïkos, la plage laisse percer les calcaires en couches prcvsque

quartz du Bosphore, qui, sur le bord asiatique du détroit, jouent un si grand rôle, y représentassent les assises supérieures du terrain devonien, comme cela a lieu dans les Pyrénées, et notamment dans les parages de Bagnères-de-Luchon , où le terrain devonien offre également des bancs de quarzite, que M. Leymerie range dans Tétage le plus récent de ce terrain. (Voir liulL de la Soc. gëol. de France, 2* série, t. XIX. Réunion extraordinaire à Saint-Gaudens, p. llûl.)

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verticales, tandis que les hauteurs qui bordent cette plage sont exclusivement composées d'énormes accumulations de sable jaunâtre, chargé de blocs calcaires.

Malgré leur puissance, il est probable que ces dépôts détritiques ont été formés sur place, et résultent de la désagrégation des calcaires ; du moins n'offrentils nulle part de traces dinstinctes de stratification; les blocs ont tous des arêtes plus ou moins tranchantes, et ne paraissent pas avoir été roulés.

En se dirigeant de Beïkos vers le mont Géant (Yuchadagh), on voit, sur les versants méridionaux et orientaux de la montagne, affleurer des thonschiefers gris-jaunàtres, ainsi que des grès schisteux, tandis que le long de la côte, les pentes occidentales du mont Géant sont exclusivement composées de calcaires. Ils y sont mis à nu dans plusieurs belles carrières dont les parois sont toutes striées par les couches puissantes plongeant le plus souvent au nord 60 degrés est, et quelquefois au nord , sous des angles de 30 à 40 degrés. C'est un calcaire noir, compacte , traversé par de nombreux liions de kalkspath blanc feuilleté ; la roche renferme beaucoup de petits cristaux hexaèdres de pyrite de fer, et elle éclate sous le marteau, ce qui lui donne l'apparence d'une dolomie; cependant les réactifs les plus simples prouvent qu'elle est autre, car, même en morceaux assez considérables, elle se dissout à froid dans l'acide chlorhydrique en ne laissant qu'un dépôt de substance charbonneuse. La carrière la plus belle est située tout près de la mer, et fait face à l'endroit de la côto d'Europe où se trouve Buyukdéré. C'est toujours le

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même calcaire fonccS plus ou moins cassant, plongeant au nord 30 degrés ouest, et au nord, ou bien à couches verticales. Dans toutes ces carrières du mont Géant, si favorables aux recherches paléontologiques, il m'a été impossible de découvrir la moindre trace organique. Excepté les matériaux de construction qu'ils fournissent, ces calcaires sont destinés à la fabrication de la chaux; aussi trouve-t-on des fours nombreux tout le long de cette partie de la côte, et le village Oumouryeri n'est-il composé que de cabanes habitées par les charbonniers.

Entre le mont Géant et Anadolou-kavakghy, le littoral est bordé par des rochers considérables du même calcaire, offrant les plus grandes variations statigraphiques. Ainsi dans les parages de Madjarkalessi , au pied de la batterie qui s'y trouve, le plongement est au nord 10 degrés ouest, sous des angles de 80-90 degrés, tandis que tout près de 1;\ il est presque en sens inverse. Dans les parages d' Anadolou-kavakghy, le calcaire noir est remplacé par un thonschiefer jaune ou grisâtre qui passe à un grès micacé schisteux, à couches verticalement redressées, ou plongeant soit au nord, soit au sud; mais, à peu de distance au sud de Filbournoukalessi , ce grès passe à son tour à une marne blanche schisteuse, plongeant au sud 10 degrés est, ou ayant ses couches verticalement redressées. C'est dans ces parages que la limite entre les dépôts devoniens et les roches éruptives vSe trouve signalée par un amas confus de masses désagrégées, coloriées de teintes diverses, et dont il est impossible de déterminer la composition

sans une analyse chimique. Les variétés rouges rappellent les rognons d'argile imprégnés d'oxyde de fer qui figurent dans les amas des roches désagrégées des parages de Saryari, sur la côte d'Europe. (V. p. 654.) Le coup d'œil rapide que nous venons de jeter sur la zone littorale de la côte asiatique confirme donc ce que j'ai déjà fait observer plus haut, relativement i Tanalogie que présentent les roches dont sont composées les deux rives du Bosphore. Nous verrons maintenant que cette concordance disparaît aussitôt que l'on quitte la zone littorale de la côte d'Asie, ainsi que nous allons le faire en nous dirigeant de Beïkos vers la côte septentrionale du golfe d'Ismit en passant par Arnaout-kevi, et les groupes montagneux d'Alemdagh et d'Aïdosdagh.

Lorsque de Beïkos on remonte la belle vallée boisée où se trouvent les villages d'Akbaba et Dereseki, on voit que jusqu'aux parages d'Akbaba les puissants dépôts détritiques laissent partout percer les calcaires foncés, plongeant tantôt au sud-ouest, tantôt au nord; mais à peu de distance à l'est d'Akbaba, on entre dans le vaste domaine quartzeux que l'on ne quitte presque plus que dans les régions limitrophes du golfe d'Ismit. Dans l'espace compris entre Akbaba et Arnaout-kevi,

les quartz se manifestent soit en galets arrondis ou blocs plus ou moins considérables, un peu roulés ou complètement frais, soit en rochers présentant des variétés infinies sous les rapports des contours, des teintes et de la structure, depuis les masses les plus solides, grenues, à cassure saccharoïde, jusqu'aux schistes à apparence homogène et à cassure conchoïde, ou à des masses friables pulvérulentes ou pâteuses; le tout est panaché de nuances rouges, violettes, jaunes, etc. La profonde vallée dans laquelle se trouve le gros village grec d'Arnaout-kevi est traversée de sud-ouest au nord-est par un ruisseau qui débouche dans un des affluents du Rivas-tchaï. A peu de distance au sud du village, la rive gauche du ruisseau est bordée de rochers d'un conglomérat quartzeux très-solide et à éléments tellement menus, que la roche a l'apparence d'une masse cristalline à grain très-fin. Ce conglomérat, que le marteau a souvent de la peine à entamer, est régulièrement stratifié; les couches plongent au nord 50 degrés est , sous des angles de 70 à 80 degrés. En remontant la vallée d'Arnaout-kevi on voit, à peu de distance au sud de ces rochers de conglomérat, affleurer des schistes violets plus ou moins quartzeux, passant à des masses désagrégées d'argile, souvent très-puissantes, qui recouvrent presque la totalité de la contrée entre Arnaout-kevi et les hauteurs qui dominent à l'est la vallée de Tchuboukly, hauteurs qui, comme nous l'avons vu, sont composées de quartz stratifiés.

Entre Arnaout-kevi et les contre-forts septentrionaux

de rAlemdagh, les quartz n'affleurent que localement; mais aussitôt que Ton commence à gravir le versant nord-ouest de la montagne, ils se montrent de tous côtés en masses considérables, tantôt sous la forme de roche homogène compacte ou désagrégée, tantôt à Tétat de conglomérats dont les éléments constitutifs offrent les plus grandes variétés sous les rapports de leurs dimensions et de leur degré de cohésion, passant d'un conglomérat très-grossier composé de blocs de quartz et de thonschiefer, à une brèche dont les particules fragmentaires très-petites lui impriment le caractère d'un véritable grès; le tout nuancé de teintes les plus diverses. A mesure que l'on descend du nord au sud les hauteurs arrondies qui se rattachent au versant occidental de l'Alemdagh, la contrée s'aplanit et les quartz se trouvent masqués par des dépôts de sable souvent rougis par l'oxyde de fer. C'est au milieu de ces dépôts que se trouvent les villages d'Ermeni-kevi et de Soultan-tchiflik. Dans les parages de SarykadjTi, misérable bicoque turque, les quartzites sont associés à des masses de calcaire foncé ; les deux roches apparaissent tour à tour dans la partie de l'Aïdosdagh que l'on traverse, et où les calcaires plongent le plus souvent au sud 20 degrés est, sous des angles de 50 à 60 degrés. A huit kilomètres environ au sud -est de Sarykadyn, la contrée commence à s'incliner vers la côte de la mer de Marmara , et l'on aperçoit la nappe azurée de la Propontide avec les pittoresques îles des Princes. En descendant cette surface inclinée, profondément ravinée, et sillonnée de hauteurs arrondies, on

voit les quartz passer d'abord à un grès micacé, verdâtre, h grain fin et se fendant en parallélipipède, puis au calcaire Weu foncé et au thonschiefer qui finissent par remplacer le grès; aussi composent-ils exclusivement les massifs assez élevés qui bordent cette partie du golffi d'Ismit depuis Touzla jusqu'à Skutari. C'est cette zone littorale que nous allons désormais parcourir.

Au nord-ouest de la petite ville de Gebissé, la plage maritime acquiert un développement considérable et se déploie en larges surfaces, revêtues pour la plupart de dépôts détritiques dont il n'est pas toujours facile de déterminer l'origine et Tâge. Ces cordons littoraux sont diversement découpés de manière à former sur quelques points des isthmes allongés, comme entre autres celui que termine le cap de Touzla (Touzla-bouroun) et qui se rattache à la côte par une plaine ondulée. Les hauteurs qui bordent cette plaine littorale, au nord-est et au nord, et qui se confondent, par des ramifications insensibles, avec les groupes montagneux du Yakudjakdagh et de l'Aïdosdagh, ont des contours arrondis et des surfaces nues et arides, sillonnées par le calcaire bleu foncé, si caractéristique pour le terrain devonîen du Bosphore, et dont les couches inclinent le

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plus souvent au sud-est. Les dépôts détritiques qui revêtent la plage laissent fréquemment percer ces calcaires. C'est ainsi qu'à un kilomètre environ au nordouest du village Touzla on voit, à travers de ces dépôts, affleurer des couches plongeant au sud-ouest-sud. Entre Touzla et Pendik, la côte ne s'élève quef peu au-dessus du niveau de la mer, tout en laissant percer çà et là des roches calcaires. La vaste et sinueuse baie de Pendik se dirige du nord-ouest au sud-est. La saillie qui forme son bord occidental est assez unie, mais des côtés nord et nord -est la baie n'a qu'une plage étroite, resserrée par les hauteurs arrondies qui se rattachent aux Yakudjakdagh et Aïdosdagh. Sur le bord occidental de la baie les couches calcaires plongent au sud 20, 30, AO degrés ouest, tandis qu'un peu plus à l'ouest le plongement est au nord 30 degrés est, sous des angles de 50 à 60 degrés. A mesure que de Pendik on s'avance vers Kartal, on voit la côte hérissée de falaises de plus en plus considérables, à couches généralement inclinées au sud-ouest; tout à côté de Kartal le plongement est au sud 30 degrés ouest, sous un angle de 80 degrés.

A l'ouest de Kartal, sur la route qui conduit à Skutari, les dépôts détritiques (diluviens?) de la côte offrent les plus grandes variations sous les rapports de leur épaisseur et de leur distribution, car tantôt ils masquent complètement la charpente solide de la contrée, tantôt ils laissent percer les calcaires soit sur pied, soit en gros blocs détachés. Les rochers qui, à environ quinze kilomètres à l'ouest-nord-ouest de Kartal

s'avancent jusqu'à la mer sont divisés en couches plongeant au sud 25 degrés est, sous un angle de 45 degrés, quelquefois au sud-ouest. Le renflement allongé qui porte Kadikoï et qui se termine du côté de la mer

par un promontoire nommé Munda-bouroun, est composé de calcaire bleu foncé, souvent schisteux et passant au thonschiefer; les conditions stradgraphiques de ces roches portent les traces des plus grandes perturbations, car les couches sont redressées et ployées en tout sens. Kadikoï, qui occupe l'emplacement de la célèbre Chalcédoine, est séparé de Skutari (l'antique Chrysopolts) par une belle plaine que bordent au nordouest les hauteurs arrondies sur lesquelles est situé cette sorte de faubourg asiatique de Constantinople , faubourg qui , par son étendue et sa nombreuse population, a tous les caractères d'une ville indépendante.

Géologiquement et topographiquement, les îles des Princes ne forment que l'appendice naturel de la côte que nous venons de parcourir; aussi, sous le double rapport de leurs caractères minéralogiques et stratigraphiques, les roches qui composent ces îles offrent-elles la plus grande analogie avec celles de la côte opposée et doivent-elles, selon toute probabilité, faire partie du môme terrain devonien, sans que malheureusement les

îles des Princes m'aient fourni une trace organique quelconque; ce qui est d'autant plus étonnant que l'île de Prinkipo n'est séparée que par un bras de mer, ayant seulement trois kilomètres de largeur, des parages littoraux de Kartal si riches en fossiles. En conséquence, je me bornerai à quelques observations relatives aux deux îles principales, savoir : Prinkipo et Khalki.

La roche qui compose particulièrement l'île de Prinkipo est un calcaire très-variable dans sa composition et dans ses teintes; il est généralement plus ou moins riche en concrétions et imprégnations ferrugineuses qui le colorent en jaune ou en rouge. Ces substances ferrugineuses sont l'objet d'une exploitation assez considérable dans les environs de la petite ville de Prinkipo et notamment à peu de distance au nord -est de cette dernière. La mine principale se trouve presque vis-à-vis de Kartal, situé sur le littoral du continent. A l'époque déjà un peu ancienne (1848) où je visitai cette mine, elle présentait une excavation allongée du nord-ouest au sud-est, dans laquelle les travaux d'extraction se faisaient à ciel ouvert. Le minerai consiste principalement en fer oligiste et en oxyde de fer hydraté; il se présente en proportions très-riches qui dépassent quelquefois 50 pour 100. La roche ferrifère paraît être séparée de la mer par un calcaire noir, trèspauvre en substances métalliques. Le minerai affleure sur plusieurs points limitrophes du littoral, et nulle part encore, en 1848, on n'avait atteint dans le sens vertical la roche stérile. Dans quelques endroits le gîte métallifère est traversé tantôt par des filons d'ocre

jaune que l'on n'exploite point à cause de sa pauvreté, tantôt par des masses calcaires complètement improductives, dont les couches plongent au sud-ouest sous des angles de 20 à 30 degrés. Du côté de la mer, au nord de la mine mentionnée, le calcaire est masqué par des dépôts détritiques renfermant des débris de coquilles fort analogues aux espèces qui vivent dans cette mer.

Il n'est pas facile de décider d'une manière positive si ces minerais de fer constituent des filons ou des nids ; dans tous les cas, ils paraissent avoir des dimensions considérables, à en juger par ce que l'on voit dans la mine située près de Prinkipo; le gîte métallifère parait y affecter la forme d'un coin renversé dont l'extrémité effilée dépasse le niveau du sol et affleure à sa surface, tandis que la portion évasée constitue une masse dont la puissance est encore inconnue, et qui, en 1848, avait, du sud-est au nord-ouest, une longueur de vingt mètres. Si cette espèce de pyramide continue à s'élargir sous terre dans les mômes proportions qu'elle développe dans ses parties dénudées, elle doit former à une certaine profondeur uue surface très-considérable, qui naturellement ne sera attaquable que par des travaux souterrains, ce qui peut-être a même déjà lieu aujourd'hui. Au reste, tout fait croire que les gîtes métallifères dont il s'agit doivent être très-nombreux, et se trouvent probablement séparés les uns des autres par des masses plus ou moins considérables de calcaire non ferrifère , ou du moins qui ne sont pas suffisamment riches pour couvrir les frais

de rexploitation. Ainsi, lorsqu'on remonte la vallée qui s'étend au sud de la ville de Prinkipo, vallée bordée de chaque côté par un rempart élevé dont le revers occidental porte la mine en question, Ton observe sur le revers opposé du même rempart des affleurements de minerai exactement semblables; là aussi ces affleurements ne forment que des phénomènes locaux, et ne représentent probablement que les extrémités effilées des espèces de pyramides ou de coins renversés.

La montagne de Saint-Georges est de tous les massifs qui hérissent l'île de Prinkipo celui dont la charpente solide se trouve le plus en évidence, parce que partout ailleurs cette charpente est plus ou moins masquée par des dépôts détritiques résultant de la désagrégation de la roche sous-jacente, et tous plus ou moins colorés en rouge ou en jaune. Les roches qui composent la montagne de Saint-Georges sont disposées en gradins ou entassées en tourelles, de manière qu'elles figurent de loin de vastes ruines d'édifices antiques. Au milieu de ce chaos on distingue cependant des lignes de stratification avec un plongement au sud-est.

Non loin du village de Prinkipo, la côte est assez escarpée et formée par des masses calcaires de couleur rouge et plus ou moins réduites à un état friable. Au pied de ces falaises, et en partie cachés par la mer, s'élèvent d'énormes blocs de conglomérat composé de fragments de calcaire ferrugineux, et cimentés par une pâte rouge ocreuse. Ces falaises s'abaissent graduellement à mesure qu'on se dirige à l'est du village de Prinkipo, et la côte finit par se déployer en une

plage unie, bordée à une certaine distance par des dépôts évidemment très-récents de sable et de cailloux, disposés en strates horizontales. Cependant, lorsqu'on s'éloigne encore davantage de Prinkipo pour longer la côte orientale, on voit le littoral se terminer de nouveau en falaises dont la roche est souvent lamelleuse et feuilletée comme des thonschiefers ; les couches de ce calcaire schisteux, tordues et plissées, plongent tantôt au nord 60 degrés ouest, tantôt au sud 70 degrés est.

La côte septentrionale de l'île de Khalki est hérissée de falaises assez abruptes, composées d'un calcaire blanchâtre ou rougeâtre plus ou moins désagrégé et éclatant sous le marteau comme une dolomie ; dans les ravins, la roche perce quelquefois sous forme d'une marne blanchâtre feuilletée; cependant ces teintes et ces modifications de structure s'arrêtent à la surface extérieure de la roche; car, à l'intérieur, elle reprend tous les caractères du calcaire foncé devonien qui compose la totalité de l'île, et qui, à la vérité, est souvent tellement imprégnée d'oxyde de fer hydraté ou de fer oligiste,.que la charpente même de l'île ne paraît consister qu'en une masse incohérente, mais évidemment formée sur place, tiindis que les dépôts détritiques qui semblent révéler l'action des eaux et se rattacher aux

m LE BOSPHORE

phénomènes diluviens, sont aussi rares dans 111e de Khalki qu'ils sont fréquents dans celle de Prînkipo. Cependant des dépôts d'origine énigmatique existent sur le littoral nord-ouest-nord de l'île de Khalki; ce sont également des masses de sable ferrugineux , mais disposées en couches horizontales à travers lesquelles perce un calcaire divisé en bancs diversement tordus et plissés, plongeant au nord-est-nord.

L'extrémité sud-est de l'Ile est creusée en une baie assez sinueuse, sur la plage de laquelle on voit des traces nombreuses d'anciens travaux d'extraction et d'usine, ainsi que je l'ai signalé en détail dans la première partie de cet ouvrage (p. 66). Parmi les éléments dont se composent les vastes accumulations fragmentaires engendrées par ces anciens travaux, figurent des morceaux d'un calcaire gris rougeàtre cristallin, souvent revêtu d'incrustations cuivreuses vertes. Ce calcaire se trouve in situ sur la pente sud-est d'une des collines limitrophes de la baie. Le fond de celle-ci est bordé de rochers d'un calcaire blanc, friable, souvent imprégné de substances vertes et traversé par une foule de minces liions d'oxyde de fer hydraté de teinte jaune, qui se croisent en tout sens et forment un réseau compacte. A la suite de la disparition de la roche calcaire , celle-ci n'est plus représentée que par les filons ferrugineux, qui ont ordinairement de 3 à 5 centimètres d'épaisseur et se trouvent le plus souvent inclinés au sud 3 degrés est.

ET CONSTANTINOPLE. m

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