‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 146 sur 179 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

Les localités du domaine devonien de la côte asiatique du Bosphore qui semblent jouir du privilège de posséder le plus grand nombre de fossiles sont le village Kanlydja ainsi que les parages du littoral septentrional du golfe d'Ismit, compris entre Kartal et Pendik.

Les calcaires bleu foncé qui régnent le long de la côte sur laquelle est situé le pittoresque village de Kanlydja ne renferment point de traces organiques quelconques, mais à mesure que Ton s'élève au-dessus de ce village, vers les hauteurs qui le dominent du du côté de Fest-nord-est et sur les flancs desquels se trouvent les vastes cimetières de Kanlydja ombragés de leurs solennels bocages de cyprès , on voit le calcaire bleu foncé se charger de mica et souvent passer à une espèce de grès, plongeant au sud 40 degrés ouest, sous des angles de 30 à 40 degrés, et aussitôt la roche devient extrêmement riche en fossiles. Voici les espèces que j'y ai recueillies :

Homalonotm Gervilleif\Qrn, Espèce du terrain devonien supérieur de la Normandie, décrite par M. de Verneuil.

Phacops longicaudatus? Murch. Espèce caractéristique du silurien supérieur.

Pygidium d'un Trilobite indéterminé.

Bivalve indéterminable.

Spirifer subspeciosas Vern. Espèce du devonien inférieur d'Espagne.

Orihis voisine de VOriliis Beaumonii Vern., à l'état jeune.

devonica d'Orb.

Empreinte d'une Ortbis voisine de YOrlhis lunata Sow. Murch.

Empreinte d'une jolie Oilhis voisine de YOrthis orbicularis du devonien inférieur de la Bretagne.

Leptxna indéterminable.

Chonetes Doblayel Vern. Espèce du devonien inférieur de la France occidentale décrite par M. de Verneuil, et voisine de Leptxna embryo Barrande, espèce silurienne de la Bohème.

sarcinulata Schl. Tout à fait semblable à l'espèce de la

rade de Brest, du devonien inférieur.

Pleurodyctium problematicum Goldf.

Constantinopolilanum F. Roem. Espèce qui ne parait guère

être qu'une variété du P. problematicum, dont elle diffère principalement par ses plus grandes dimensions.

De môme que sur la côte d'Europe, Ârnaoutkoi est un point de concentration de la vie paléozoïque qui ne semble plus se manifester dans les autres parties de ce littoral que par des individus isolés; de même, sur la côte d'Asie, Kanlydja possède le privilège d'être un point semblable de localisation auquel le reste de la côte asiatique n'emprunte que des représentants clair-semés. Ces derniers y sont même beaucoup plus rares que sur la côte d'Europe, peut-être parce que l'élément calcaire y joue le rôle principal, tandis que sur le littoral asiatique il est plus fréquemment associé aux quartz qui, dans ces contrées, paraissent avoir été très-peu favorables au développement

de la vie animale , car jamais je n*ai pu constater dans les quartz la moindre trace organique. Cependant là où les calcaires prédominent, c'est-à-dire dans la zone exclusivement littorale, la côte asiatique m'a offert quelques fossiles en dehors de Kanlydja. Ainsi, dans la vallée de Tchuboukly j'ai observé çà et là des empreintes d'OrthiSy et dans la vallée de Gueuksou {eaux douces d'Asie) y entre cette dernière et Bulgurlou, j'ai pareillement recueilli VOrthis umbraculum Schl. Au reste, ce sont les seules traces organiques dont j'aie pu constater la présence dans toute la partie de la côte située au nord et au sud du Kanlydja, c'est-àdire entre cette localité et le cap Filbournou, et entre Kanlydja et Skutari, Ce n'est qu'au sud-est de Skutari que se présente la deuxième localité fossilifère de la côte d'Asie, bien qu'à proprement parler elle ne fasse plus partie des rives du Bosphore, car elle est située sur Je littoral de la mer de Marmara, entre Skutari et Touzla, littoral qui, antérieurement à mes explorations en Asie Mineure, semble avoir été complètement inconnu aux paléontologistes, qui le considéraient comme crétacés bien que depuis il ait pris place parmi les terrains paléozoïques les plus riches en fossiles, il est vrai encore très-imparfaitement étudiés.

Ces richesses paléontologiques sont particulièrement concentrées entre les villages de Kartal et de Pendik, où elles se trouvent abondamment répandues dans les

1. C'est ainsi qu'il a été colorié sur la belle carte géologi(iue de la Russie, par sir R. Murchison, de Verucuil et de Keyserling.

kSk LE BOSPHORE

falaises littorales, composées, comme nous l'avons vu (p. 473), de calcaire bleu foncé et de thonschiefer ocreux, plongeant le plus souvent au sud -est. Ce sont les thonschiefers revêtus d'incrustations ferrugineuses qui renferment le plus de fossiles. Voici ceux que j'y ai recueillis :

Terebratule Guerangeri Vern.

Spirifer Verneuili Murcli.

macropterus Goldf. {S. paradoxus Schlot. ) Rappelle beaucoup le S. Pellico Vern. que M. de Verneuil a décrit autrefois et qui est abondant en Espagne dans le dévonien supérieur; la seule différence consiste en une petite côte que cette dernière espèce offre au milieu du sinus, et qui ne se voit pas dans les individus de Kartal.

Spirifer subspeciosus Vern.

Davomti Vern. Espèce remarquable en ce qu'elle est couverte de stries très-fines, comme certaines espèces siluriennes. En la décrivant dans le Bulletin de la Société géologique de France (vol. VII, p. 781), M. de Verneuil faisait observer qu'elle est très -voisine du 5. togatus Barr., du silurien de Bohème, et qu'elle ne s'en distingue que par l'absence de ses expansions lamelliformes, qui dans le S. togatus comme dans la Terebratula Roissyi forment une auréole autour de la coquille.

Orthis striatula Schl.

basalis Dahlm.

orbicularis d'Arch. et Vern.

Trigeri Vern.

Leptœna depressa Sow.

Productus subaculeatus Murcli.

Cyaothophyllum quadrageniinum Goldf.

Acervularla Rœmeri Milne Edw. et J. Haime.

Aulopora tubœformis Goldf.

Favosites comigera d*Orb.

ramosa Brassart. Cette espèce, ti'ès-commune dans le

(levonien près d'Elberfeld, ressemble au Calamopora fibrosa flgurde par Goldfuss dans la pi. 28, fig. h de son grand ouvrage Petrefacta germanica, M. Phillips, qui Fa trouvée aussi dans le Devonshire , la décrit sous le nom de Caunopora ramosa, établissant ainsi pour elle un nouveau genre. M. Mac Coy, dans Touvrage qu'il a publié avec M. Sedgwick : Oj} tJie british palœozoïc rocks and fossils, n'adopte pas le nouveau genre et rapporte ce polypier au genre Siromatopora (p. 67). Il se trouve dans la partie moyenne du terrain devonien.

Michelinia Tchihalchewi Milne Edw. et J. Haime*. Voisine de la M. geomelrica, fort abondante dans le terrain devonien de la Sarthe.

Alvéolites spongiles Stein.

Relepora antiqua Goldf.

Tentaculiles omatas Sow. Très-semblable à l'espèce de Sowerby aussi bien qu'aux Tentaculites qui se trouvent en France dans le devonien inférieur. Le Teniaculites ornatm de Sowerby a d'abord été décrit dans l'ouvrage de sir Roderick Murchison et appartient au silurien supérieur. Des Tentaculites ont été mentionnés par M. Salter dans le Devonshire, probablement dans des couches du même âge que celles de la Normandie, c'est-à-dire dans le devonien inférieur.

Pleurodyctium Conslanlinopolilanum Rœm.

Tiges d'Encrins, dont quelques-unes très-grandes.

Bien que Ja portion de la côte comprise entre Kartal et Pendik constitue la zone fossilifère par excellence, néanmoins celle-ci est loin d'y être assez rigoureusement délimitée pour que toute trace de vie animale disparaisse brusquement au delà des deux points qui servent à marquer l'extension de son plus

1. Cette espèce sera décrite et figurée dans mon grand ouvrage sur la Géologie de l'Asie Mineure.

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