Bull, de la Soc. géol. de France, t. VII, p
2. Recherches sur les roches des Asturies, par M. A. Paillette, *Mti)ies d'une Sotice sur les fossiles qu'elles renferment, par MM. de Ver*
ET CO.NSTANTINOPLE. 499
« Les Chonetcs sarcinulata et Boblayei sont des espèces significatives pour l'étage inférieur du système devonien, et la seconde, par sa ressemblance avec le /.e/>tœna embrijo, Barr., des calcaires siluriens de Bohème, prouve qu'on est sur la limite des dépôts silurien et devonien.
« Parmi les polypiers, nous en avons trouvé plusieurs qui ont une imporUince décisive :
« a. Le Pleurodiclyum problematicum, l'un des fossiles les plus caractéristiques du système rhénan ou devonien inférieur. M. Dumont avait déjà découvert près de Constantinople un Pleurodiclyum que M. Rœmer a eu entre les mains et qu'il considère comme une espèce nouvelle, ce qui lui permet de n'en pas tenir compte dans la fixation de l'àgc du terrain. Je ne conteste pas l'exactitude des remarques de iM. Rœmer; mais je pense que le véritable Pleurodiclyum problemalicum Goldf. des bords du Rhin ou de l'ouest de la France se trouve à Constantinople, et j'ai cru le reconnaître dans deux ou trois échantillons qui [)roviennent de Kanlydja. A Kart;il, M. de Tchihatchef a trouvé un échantillon à cellules plus grandes qui pourrait litre res[)èce établie par M. Rœmer.
« b. La Michelinia geomelrica ou Tchihalchewi, Milne Edw. et J. Ilaime. L'échantillon de Constimtinople a beaucoup de ressemblance avec la première de ces deux espèces, que M. J. Haime a décrite comme prove-
ncuil et d'Archiac. bulL de la Soc, tj(*ol. de France, 2* série, t. II, p. !x^l\t et planche 15.
jOO le BOSPHORE
naiil du département de la Sarlhe^ Le nom de ilichelinia Tchihatchewi a été donné par M. Haime^ à une espèce rapportée du Bosphore; mais malheureusement elle n'a pas été décrite.
(i Si le nombre des espèces devoniennes inférieures que nous venons de citer ne suffisait pas pour nous donner gain de cause contre M. Rœmer et pour dissiper tous les doutes, nous ferons avancer une petite phalange silurienne qui, par la valeur, sinon par le nombre, déciderait Taffaire.
« Cest un fait remarquable, et sur lequel déjà en 1850^ nous avons appelé Tatlention des géologues, qu'il n'y a pas entre les faunes silurienne et devouienne une démarcation nette et tranchée. La vie n'a pas été brusquement interrompue et certaines espèces servent de lien entre les deux systèmes. Dans notre petit travail sur les fossiles du département de la Sarlhe, nous avons signalé douze espèces devoniennes qui existaient primitivement en Bohème, dans l'époque silurienne. Mais cette continuité et cette liaison entre les deux faunes ne s'observent que près de leur point de contact; lorsqu'on s'élève dans l(\s étages du terrain devo-
1. M. Jules Haiiiie, fils d'iai docteur eu uîédecine de Tours, était rélève de prédilection, quelquefois le coopérateur de M. Milne Edwards; il a été ravi dans la fleur de Tûge à la science qu'il honorait, et qui lui devait déjà de remarquables travaux.
2. Bull, de la Soc. géol. de France, t. \l, p. Al/i. La Michelinia Tchihalchetvi sera décrite et flgurée dans mon grand ouvrage sur la géologie de TAsie Mineure. Les planches destinées à la repréi>eatation des nouvelles espèces sont déjà gravées.
o. Dtdl. de la Suc. fjrol. de France, t. VU, p. 78G.
ET CONSTVNTIXOPLE. 501
nîen, les espèces siluriennes disparaissent. Ce mélange est donc un des caractères du terrain devonien inférieur; or, ce caractère ne nous fait pas défaut dans la circonstance actuelle. •
« En effet, la collection de M. de Tchihatclief nous offre deux espèces siluriennes. Ces espèces, qu'on pourrait appeler des médailles à double effigie, sont :
a, VOrthis Gcrvillei. Découverle par M. Barrande dans Télage
supôriour du terrain silurien i\o la Bohême; celte coquille est plus commune dans les couches infc^rieures du terrain devonien de la Bretagne et de la Normamlie qu'en Bohême,
b. Le Tentaculites omatas qui, à l'inverse de la précédente espèce, est plus répandu dans le terrain silurien que dans le devonien. Quand on le rencontre dans ce dernier, c'est un signe qu'on est dans les couches inférieures. La Bretagne et la Normandie nous en offrent <les exemples.
« Les Tnlobileadu Bosphore méritent aussi d'arrêter un însUmt notre attention. Dès 185/i, M. de Tchihatchef avait rapporté un fragment de trilobite que nous avons cru avoir appartenu à un Cheirurus, genre dont les espèces sont presque toutes siluriennes*.
« Dans la collection qu'il a faite cette année près de Constantinople se trouve un pygidium provenant de Kanlydja, qui semble être terminé par un appendice semblable à celui du Phacops longicaudahis. Cet appendice nest pas tout à fait dans l'axe de Tanimal» et semble avoir été dérangé de sa place, mais nous croyons qu'il lui appartient véritablement, car il n'est
i. Bull, fie la Snr. gM. de France, t. \, p. /il.'J.
pas facile de supposer qu'un corps étranger soit venu se placer dans cette position. La forme cylindrique de ce corps rappelle celle du prolongement caudal du Phacops longicaudalus , mais celle des plèvres le distingue de cette espèce. Celles-ci, en effet, n'ont pas de sillon qui les divise et sont analogues par leur simplicité à celles d'un Homalonotus. On ne connaît jusqu'à présent aucune espèce de Trilobite qui ait un appendice caudal aussi prolongé, et le Phacops longicaudalus est encore sans rival à cet égard.
« Enfin à ces indices de l'antiquité des couches du Bosphore, j'ajouterai que dans les collections de Dumont M. Rœmer a découvert une véritable Beyrichia. Bien que ce soit peu favorable à son opinion, ce savant rappelle avec impartialité que le genre Beyrichia n'est encore connu que dans le terrain silurien ^
« Ainsi donc, s'il n'existe dans le terrain devonien du Bosphore aucune espèce de Trilobite bien franchement silurienne, on y trouve deux genres qui ont eu à cette époque leur plus grand développement, et un pygidium qui n'a.d'analogue, pour son long appendice, que dans le Phacops hngicaudatus du terrain silurien ^.
« Ici se terminent les observations que nous avons eu occasion de faire en étudiant l'intéressante collection
i. Neiies Jahrbuch fur Min., etc., i863, p. 521, pi. 5, fig. 9. Tout récemment M. Rupert Joncs a annoncé qu'il existait des Beyrichia dans les terrains devoniens et carbonifères. {Geologisl,, vol. VI, p. 460.)
2. En 1850, M. d'Archiac et moi avons découvert dans les schistes devoniens de Sable (Sarthe) un véritable trilobite silurien, le Bronteui Prongniarli identique avec l'espèce de Bohême.
ET CONSTAMJNOPLK. 503
qu'avait soumise à notre examen notre excellent ami, RI. de Tchihatclief.
« On voit que les fossiles qu'il a recueillis sur quatre points différents sont assez bien conservés (ce qui est fort rare sur le Bosphore), pour que j'aie pu y reconnaître quelques bonnes espèces et affirmer, contrairement à l'opinion de M. F. Rœmer, que les dépôts paléozoïques du Bosphore appartiennent, non pas aux étages moyen et supérieur du terrain devonien, mais à l'étage inférieur. On ne peut mieux les comparer qu'à ceux des bords du Rhin et de la France occidentiile, et l'on serait porté à croire qu'ils ont été faits dans les mêmes conditions, et au fond d'une même mer, s'ils n'éUiient situés à une si grande distance les uns des autres, et si dans l'intervalle qui les sépare on trouvait un plus grand nombre de dépôts analogues indiquant d'anciennes connexions. La Bohême, qui est à peu près à égale distance de ces deux autres, n'offre pas de terrain franchement devonien, mais on ne peut s'empêcher d'être frappé des analogies qui existent entre la faune de son terrain silurien supérieur, et celle des couches devoniennes de Constantinople, de l'ouest de la France et de l'Espagne. »
Après avoir constaté dans les fossiles recueillis par moi sur les deux rives du Bosphore un certain
mélange de formes siluriennes et devoniennes, il est essentiel de prévenir tout doute susceptible de s'élever dans l'esprit du lecteur relativement à la position des dépôts mêmes où ces fossiles ont été recueillis, afin de bien établir que le curieux phénomène dont il s'agit ne repose point sur une erreur. En effet, cette erreur pourrait être produite par deux ordres de faits. D'abord, deux terrains d'âge différents peuvent se présenter de telle manière que le plus récent offre une puissance peu considérable et soit le seul mis à nu, tandis que le terrain sous-jacent se trouve complètement masqué. Dans ce cas, les fossiles de ce dernier sont exposés à se confondre mécaniquement avec ceux du premier, en sorte qu'on admettra un mélange de deux faunes, jusqu'au moment où par une circonstance quelconque le terrain sous-jacent viendrait à être mis en évidence, et fournirait tout h la fois l'explication et la rectification de l'erreur. Une autre source d'illusion relativement au mélange des formes organiques peut être occasionnée par des bouleversements locaux qui placeraient l'un à côté de l'autre deux terrains différents, et confondraient tellement leurs fossiles respectifs que l'on serait tenté de les considérer tous comme originaires d'un seul et même terrain.
Voyons maintenant jusqu'.^ quel point ces deux genres d'illusion sont possibles ou probables, dans les dépôts du Bosphore.
Les calcaires, grauwakes et thonschiefers d'Arnaoutkoï et de Kanlydja, renfermant un certain mélange de fossiles siluriens et devoniens, se trouvent h une alti-
ET (:0\STANTr\OPLE. f)!")
tude de GO à 100 mètres au-dessus du niveau du Bosphore, vers lequel les roches fossilifères descendent en falaises non interrompues. Si donc, au-dessous de ces falaises, des dépôts siluriens, se trouvent cachés par la mer, les fossiles de ces derniers peuvent mécaniquement se confondre avec les fossiles devoniens placés sur l'étroite lisière qui sépare les deux terrains; mais on aurait peine à comprendre que ce mélange purement mécanique se maintienne sur une épaisseur d'une soixantaine ou d'une centaine de mètres, et dès lors il devient impossible d'expliquer le phénomène autrement qu'en admettant que les représentants des deux faunes ont vécu simultanément.
Quant h la deuxième source d'erreur, elle se trouve écartée par l'absence complète de tout signe de nature à faire supposer dans les couches fossilifères du Bosphore l'existence de deux terrains distincts, enchev^^trés l'un dans l'autre à la suite de violentes perturbations. Sans doule , peu de pays en ont subi de plus grandes que le Bosphore, mais ce n'est pas une raison pour en grossir gratuitement le nombre, et pour leur attribuer des effets qui échappent à toute appréciation. Aussi, avant de faire intervenir les phénomènes de bouleversement qui y auraient entassé pêle-mêle les deux terrains silurien et devonien, n'est-il pas juste d'examiner si du moins des considérations stratigraphiques ou minéralogiques justifient cette hypothèse? Or, dans les localités fossilifères du Bosphore, rien ne permet de découvrir des différences quelconques dans les relations entre les couches qui les composent. D'ail-
leurs, ainsi que le prouve ma collection remise à M. de Verneuil, un échantillon recueilli à Kanlydja renferme un crustacé silurien (Pliacops longicaudatus) associé à un brachiopode devonien (Choneles sarcinulata) . En un mot, dans les conditions de gisement, comme dans la nature minéralogique des roches fossilifères du Bosphore, rien n'autorise à admettre la présence de deux terrains, qui puissent être confondus même par Tœil le moins exercé.
Ainsi, il est donc parfaitement démontré que les fossiles siluriens et devoniens recueillis de mes propres mains «^ Arnaoutkoï et à Kanlydja se trouvent m situ, et que par conséquent on y a réellement affaire aux dépôts devoniens inférieurs, caractérisés par le phénomène curieux et significatif du mélange des représentants organiques des deux terrains.
Bien que Tidentification des dépôts paléozoïques du Bosphore avec le devonien inférieur puisse être considérée comme un fait irrévocablement acquis à la science, il n'en est pas moins permis d'admettre que ce fait s'applique avec plus de rigueur aux deux rives du détroit qu'à la côte de la mer de Marmara, comprise entre Kartal et Pendik. En effet, l'examen des fossiles recueillis par moi dans ces derniers parages
(v. p. 484) prouve qu'à côté des formes caractéristiques pour l'étage inférieur, tels que : Terebratula Guerangeri, Spirifer subspeciosus^ S. Davousli, etc., figurent quelques autres espèces répandues particulièrement dans Tétage supérieur, et notamment : Spirifer Verneuili et Productus mbaculeaius, deux fossiles que je n'ai observés qu'entre Kartal et Pendik et qui paraissent manquer aux deux rives du Bosphore*. Ainsi, selon qu'on attachera plus de valeur aux représentants de l'un ou de l'autre étage, le littoral dont il s'agit pourrait être rangé ou dans le devonien inférieur, ou dans le devonien supérieur. En admettant la première manière de voir on serait autorisé à conclure que la côte entre Kartal et Touzla aura été émergée postérieurement aux rives du Bosphore, et peut-être simultanément avec la côte méridionale de la Cilicie, caractérisée par le Spirifer Verneuili^. Si, au contraire, on place la côte de Kartal dans le devonien inférieur, ce qui parait plus plausible, à cause de l'énorme majorité des représentants de cet étage, il en
1. En citant dans la note, dont nous avons donné l'extrait, les fossiles recueillis par moi, à deux reprises, entre Kartal et Pendik, M. de Verneuil a omis quelques espèces que j'y avais trouvées en 185/i et parmi lesquelles figurent Spirifer Verneuili et Productm subaculeatus ; mais cette omission n'infirme absolument en rien les conclusions de mon savant ami, d'abord parce que ces conclusions ont particulièrement pour objet les deux rives du Bosphore, et ensuite parce que. même dans les parages de Kartal, qui déjà font partie du littoral de la mer de Marmara et en quelque sorte du golfe de Nicomédie, je n'avais recueilli en 1863 que des fossiles exclusivement caractéristiques du devonien inférieur, et bien suffisants pour contre-balancer l'effet de la présence du Spirifer Verneuili et du Productus subaculeatus,
2. Voyez mon Mémoire sur les Dépôts paléozo'iques de la Cappadoce, publié dans le Bull, de la Soc. géoL de France, t. XI.