Le terrain nummulitique qui s'est déposé h une
p. 769. Or, d'après l'hypothèse un peu aventureuse de M. Maak, le déluge cimmérien vint de l'Oiwsl, et eut lieu cinq siècles avant Tère chrétienne, et puisqu'il le considère comme la consé(iuence directe de Touverture du canal de la Manche qui permit aux eaux de l'Atlantique de se précipiter à travei*s ce détroit dans la mer du Nord, il en conclut que c'est depuis cette époque (|ue l'Angleterre a cessé d'être unie ÙL la France.
1. A la seule exception peut-être dos conglomérats doléritiques des parages littoraux des deux Fener et des îles Cyanées, où ces conglpmérats forment souvent des bancs régulièrement stratifiés.
2. On connaît depuis longtemps la présence de coquilles d'eau douce dans les tufs volcaniques des environs de Naples; mais jusqu'à
cerUiine distance des roches éruptives el paléozoïques du Bosphore présente , selon les localités , des différences stratigraphiques assez considérables pour pouvoir faire admettre que ces dépôts ne sont pas tous rigoureusement contemporains; car, tandis que les calcaires nummulitiques des parages de Saint-George, les plus voisins des roches éruptives du Bosphore, n'ont pas subi le moindre dérangement , ceux du cap Karabouroun, plus éloignés que les premiers du grand centre de perturbation, ont leurs couches redressées, et, d'ailleurs, renferment des fragments de trachyte. Cette considération vient donc à l'appui de l'hypothèse précédente , d'après laquelle l'action des roches ignées du Bosphore aurait duré [)endant un laps de temps assez considérable • et se serait manifestée à des intervalles inégaux.
10. Les dépôts miocènes du Bosphore, comme ceux de l'Asie Mineure , ne semblent contenir que des mollusques, soit marins, soit lacustres, ainsi que quelques zoophytes, à l'exclusion des classes supérieures du règne animal, et notamment des vertébrés terrestres.
répoque de mes explorations en Asie Mineure on ignorait que les tufs des immenses domaines trachytiques de cette péninsule renferment également des restes d^organismes d'origine lacustre. Or, j^ai pu constater ce fait très -important, grâce à Texamen minutieux auquel M. Ehrenberg a bien voulu soumettre des échantillons de tuf recueillis par moi sur les points les plus variés de TAsie Mineure, et dans lesquels le célèbre savant de Berlin a découvert un grand nombre d^espèces fossiles d'infusoires lacustres. Dans ma Géologie de l'Asie Mineure, je reproduirai les résultats curieux des observations faites à ce sujet par M. Ehrenberg, qui, au reste, les a déjà publiées dans son magnifique ouvrage intitulé Afikrogeologie,
KT COiNSTAN'TINOPLE. 567
Il paraîtrait donc que ces contréevS manquaient de larges surfaces continentales, et étaient en majeure partie occupées par des golfes et des lacs, à une époque où non - seulement les régions les plus éloignées de celles dont il s'agit, comme Txillemagne et le versant français des Pyrénées, mais encore la presqu'île d'Attique, relativement si voisine de la Thrace, étaient habitées par d'énormes pachydermes , au nombre desquels figurait le Dinotherium, proboscidien colossal que M. Gaudry a retrouvé dans les dépôts miocènes de l'Attique, à côté de ruminants non moins curieux, et, ' dans leur genre, non moins gigantesques, comme entre autres ÏHelladothenum.
11. L'absence du diluvium sur la plupart des points littoraux du Bosphore semble indiquer que les roches devoniennes qui encadrent aujourd'hui les régions centrale et méridionale du détroit n'ont subi aucune immersion, même aucune inondation considérable depuis l'époque de leur premier soulèvement. Sous ce rapport, cette partie du Bosphore rappellerait en petit le phénomène remarquable qu'offre sur une si grande échelle la contrée du Wisconsin, dans les États- Unis de l'Amérique, contrée appartenant comme le Bosphore au terrain paléozoïque, notamment au silurien supérieur, terrain dont la majeure partie a été soustraite à l'action du diluvium , tandis que presque tout le nord des Etats-Unis a été envahi par celui-ci. Aussi, d'après MM. James Hall et J. D. Whitney*, les
1. Voyez Quarlerly Journal of ihe geol. Soc, vol. XX, p. 126.
5C8 Llil IJOSPHORE
nombreuses dénudations et. accumulations de matières détritiques que présentent les régions du Wisconsin ne sont que lés effets des agents atmosphériques ; et il est probable qu'il en est de même de la partie du Bosphore dont il s'agit. (P. 552.)
J2. A une époque très-récente, et dans tous les cas postérieure à l'ouverture du Bosphore, par conséquent à la conversion de la mer Noire en un bassin d'eau salée, les côtes méridionales de cette mer ont dû subir une nouvelle immersion avant d'avoir pris leur assiette actuelle. Cela résulte de la présence à des niveaux aujourd'hui inaccessibles pour la mer Noire de coquilles mortes plus ou moins- semblables à celles qui y sont encore à l'état vivant. En effet, je les ai observées non-seulement sur la côte septentrionale de la Thrace ou elles se trouvent au-<Iessus des d«*pôts de lignites, d'origine évidemment très-récenlo (p. 5/i8) , mais encore sur la côle seplentrionale de l'Asie Mineure, particulièrement sur les hauteurs qui dominent la ville de Samsoun du côté du sud, hauteurs éloignées d'environ 2 lieues de la mer. Ce fut en 1851 que j'eus le bonheur de faire sur la côte de Samsoun la double découverte d'un dépôt nummulitique reposant mr les dolérites, et de coquilles représentant des espèces qui habitent encore soit la Méditerranée, soit la mer Noire, répandues sur la surface de ce dépôt nummulitique. Parmi ces espèces appartenant aux genres Ostrea, Tellina, Vémcs, Cardium, Peclen, figure une variété de notre Ostrea edulis, ainsi que la Botella liniolata Lmk. Je n'v recueillis à l'état fos-
ET CONST.WTl.NOPLi:. jGO
sile qu'une iXatica et la Turriiella subangutata Broce*. Ainsi les mômes phénomènes exactement reproduits sur le même littoral, mais sur deux points (parages de Kilia et ceux de Samsoun) séparés l'un de l'autre par une distance de plus de 360 kilomètres, doivent nécessairement tenir à la môme cause , qui ne peut être que l'abaissement de la côle méridionale de la mer Noire au-dessous de la surface de l'eau. Ces phénomènes ont dû avoir lieu à une époque relativement très-récente, sinon contemporaine de l'homme, et sans doute se seront étendus sur une bonne partie (les côtes de la Thrace et des côles de l'Asie Mineure.
i . Voyez mon Mémoire sur les Dépôts tertiaires de la Cilicie et de la i:appadnre,i\vix\% le Bull, de la Soc. qt^ol, de France, t. XI, s^rie 2', p. 366.