LE CHIEN. — LE CHACAL. — LE MOUTON
Race canioe. — Chien-loup. — Rareté des variétés du chien de chasse. — Somptueux équipages de vénerie des anciens sultans. — Chien de berger.
— Son importance dans TOrient. — Absence de Thydrophobie. — Passages des auteurs anciens relatifs à cette affection. — Chacal. — Son extension.
— Passage curieux de Pierre Selon sur cet animal. — Mouton. — L*élève des animaux domestiques très-négligé dans la contrée du Bosphore ainsi que dans le reste de la Turquie.
Il est presque superflu de rappeler qu'en raison de la destination et du cadre de cet ouvrage, mes considérations sur la Faune du Bosphore et des contrées limitrophes doivent se borner aux espèces animales les plus remarquables soit par leur fréquence , soit par leur importance pratique, et qu'en les signalant, nonseulement il convient que je ne m'attache point à l'ordre prescrit par la méthode zoologique, mais encore que je cherche à éviter autant que possible tout terme
exclusivement scientiflque placé en dehors de la por-
tée ordinaire des gens du monde. Je vais commencer par quelques observations sur le chien qui , dans tous les pays, mais surtout dans l'Orient, joue un rôle si intéressant.
Les contrées du Bosphore, et en général toutes les provinces de l'empire ottoman, ne possèdent qu'un très -petit nombre des variétés qui caractérisent en Europe le chien domestique. Les plus répandues sont celles du chien-loup, du chien de berger, du mâtin et du lévrier. C'est particulièrement à la première variété qu'appartiennent ces hordes de quadrupèdes hideux et malingres qui encombrent les rues de toutes les villes de lOrient, et dont les personnes qui n'ont visité que Constantinople peuvent déjà se former une idée, bien que dans la capitale ottomane le régime des chiens, comme celui des hommes, ait subi depuis quelque temps de très-nolables réformes, aussi favorables à la race humaine que peu avantageuses à la race canine; celle-ci, en effet, dans l'antique Byzance, a vu finir l'Age d'or que ses congénères célèbrent encore fort bruyamment dans le reste de l'empire.
L'état, en quelque sorte primitif, dans lequel la chasse se trouve en Turquie, explique l'absence ou du moins Textréme rareté des nombreuses variétés créées en Europe pour cet usage. Il est vrai qu'à l'époque reculée de la splendeur des sultans, un somptueux appareil de vénerie figurait au nombre des attributions de la cour impériale, et que les plus puissants dépositaires du drapeau du prophète considéraient cet exercice comme l'occupation la plus digne des vain-
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queurs des infidèles. Toutefois, les brillants équipages de chasse des premiers sultans de Constantinople ont partagé depuis longtemps le sort de la puissance ottomane, devenue aussi inoffensive pour les habitants des forêts que pour les peuples européens. Aussi n'est-ce qu*avec surprise qu'on lit aujourd'hui les pompeuses descriptions que nous font les auteurs contemporains du prodigieux développement que présentait la vénerie sous les premiers successeurs de Mahomet II. Pour n'en donner qu'un exemple , nous rappellerons le curieux passage de Chalcondylas *, qui nous apprend que Bajazet entretenait soixante mille chiens de chasse et sept mille fauconniers.
Si la variété canine qui encombre les villes turques, n'est qu'une race parasite engendrée par la barbarie et destinée à disparaître avec elle de la surface des pays musulmans, le chien de berger et le mÂtin y ont, en revanche, une importance et une utilité pratiques plus grandes que partout ailleurs; car dans l'Orient ils sont non-seulement les gardiens des troupeaux, mais encore les gardiens de hi sécurité publique; en effet, leur vigilance et, au besoin, leur active intervention sont réclamées d'autant plus souvent, que la police laisse plus à désirer; de sorte que dans certaines provinces les moins protégées par l'autorité administrative, comme entre autres l'Anti-Taurus, le Kurdistan, etc., ces courageuses et infatigables sentinelles sont en quelque sorte les remplaçants légitimes des