I. Il, c
d^Ângora, puisque, sur environ 500,000 kilogrammes de laine qui représentent le montant de la production annuelle, beaucoup plus de la moitié est transportée en Europe, où l'Angleterre la revend presque au poids de l'or sous le titre de laine de cachemire. D'ailleurs, la laine d'Angora aurait même sur cette dernière l'avantage de pouvoir être livrée à un prix infiniment plus modique, vu les frais de transport bien moins considérables. Or, l'Angleterre et la Hollande ont déjà démontré en petit ce qui sous ce rapport pourrait être effectué en grand puisque, comme nous l'avons dit, tout le fil d'Angora exporté dans ces derniers pays y est employé à la fabrication de prétendus châles de cachemire, qui trouvent un excellent débouché même dans les colonies anglaises et hollandaises des Indes orientales.
Parmi les contrées de l'antiquité classique, il n'en est point que les écrivains anciens aient mentionnée plus souvent et sous des rapports plus variés que l'Asie Mineure, parce que cette région a été non-seulement im des premiers foyers de la civilisation grecque, mais encore la patrie d'un grand nombre des écrivains les plus célèbres de l'antiquité, comme Hérodote, Homère, Strabon, Denys d'Halicarnasse, (jalien, etc. C'est ce qui explique pourquoi tous, poêles, historiens et natura-
listes, ils aiment à emprunter leurs images et leurs faits à ce pays, car, après la Grèce et Tltalie, c'était celui qu'ils connaissaient le mieux, soit pour y élre nés, soit pour y avoir fait leurs études. 11 en résulte que, pour tout ce qui concerne l'histoire naturelle de l'Asie Mineure, leurs écrits doivent nous être d'un intérêt particulier, puisque nous pouvons nous attendre à y trouver quelques renseignements à ce sujet; de plus, leur silence même a la valeur d'un argument négatif, car il est à présumer que ce qu'ils ne mentionnent pas dans cette contrée , surtout quand il s'agit d'objets d'une importance ou d'une notoriété générale, n'y existait pas de leur temps. Voilà pourquoi il serait fort intéressant pour l'histoire de la chèvre d'Angora de rechercher si l'existence de cet animal se trouve constatée dans les nombreux écrits des anciens parvenus jusqu'à nous , et parmi lesquels plusieurs traitent spécialement de l'élevage des bestiaux domestiques et de l'agronomie. 11 est évident que , surtout pour ces derniers, on ne peut admettre d'omission ou d'ignorance à l'égard d'une race si remarquable; en sorte que, si noua trouvions qu'ils n'en parlent pas, nous serions parfaitement en droit de conclure de leur silence qu'elle n'existait point en Asie Mineure à l'époque où Us écrivaient.
Lorsque nous remontons au monument historique le plus ancien et le plus vénérable, la Bible, nous y voyons mentionnée la chèvre au nombre des animaux domestiques qui constituaient la richesse des premiers patriarches, dont le genre de vie était, comme on sait,
iU LE BOSPHORE
éminemment pastoral ; toutefois , on n'y découvre aucun indice qui prouve qu'il s'agisse d'une race de chèvres à laine fine , et même un passage du Cantique des Cantiques* semblerait ne pas êlre favorable à cette conjecture : car pour caractériser les belles espèces de chèvres il parle de leur teinte noire, teinte qui est précisément la moins propre à la race d'Angora, dont la robe est remarquable par son éclatante blancheur. Aussi rien n'est plus fait pour frapper les yeux et pour se graver dans la mémoire que l'aspect d'un paysage animé par un troupeau de ces chèvres gracieuses qui apparaissent de loin comme autant de flocons de neige se détachant de Témeraude de la verdure ou de la surface foncée des rochers. D'un autre côté, les teintes noires sont celles qui dominent dans l'Orient parmi les chèvres communes; elles fournissent aux Kurdes et aux Turkmènes des matériaux pour la fabrication de leurs tentes, dont le sombre aspect avertit le voyageur de la présence de ces tribus.
Parmi les peuples pasteurs les plus anciens, les Arabes étaient célèbres par leurs nombreux troupeaux d'animaux domestiques; cependant ce sont surtout les chameaux que les écrivains classiques, ainsi que ceux de l'Orient, y signalent, mais presque jamais la chèvre;
!. Cant, Canlic,^ iv, 1; vr, 5. Le poëtey compare la chevelure de as bien-aiméa à un troupeau de chèvres de la montagne de Galaad. Or comme Tobserve très -judicieusement le savant RosenmuHer (Bib Thierreich, p. 89), cette comparaison, pour ôtre flatteuse à la jeur beauté, doit faire supposer que la laine dont il s'agit était d'une teîr noire , et non blanche.
d'ailleurs, un des auteurs arabes, Meidani^, nous a conservé une anecdote qui prouve le peu de cas que ce peuple nomade faisait de la chèvre aussi bien que du mouton.
11 ne parait pas en avoir été de même des anciens Hébreux, puisque le mot aî$ par lequel les auteurs grecs désignent la chèvre en général est d'origine hébraïque 2. Cependant rien , parmi les Hébreux , ne nous révèle une race remarquable par la finesse de sa laine. Quant aux auteurs grecs, Homère et Hésiode mentionnent fréquemment la chèvre comme animal domestique , mais sans faire allusion à une race particulière quelconque; et d'ailleurs les termes vagues de AîÇ et de Aîyaypu; dont ils se servent s'appliquent, d'après les curieuses recherches de Groshans *, à trois espèces différentes de chèvres sauvages qui existent encore aujourd'hui en Asie Mineure et en Grèce, savoir : Capra œgagrus, Capra ihex et Capra (Antilope) rupicapra. Aristote* nous apprend qu'en Lycie on tondait les chèvres, tout comme on tond ailleurs les moutons ;. cependant il ne dit point que ce procédé ait été appliqué aux chèvres à cause de la finesse de leur laine. De plus, un passage d'^Elien^, qui n'est probablement que la repro-
1. Meidani, Proverbior. arabicor.^ éd. H. A. Schultens, p. 137.