Les Observations, etc., p
2. Belon, qui estropie horriblement tous les noms turcs, appelle cette ville Achara.
Quoique nous voyions la chèvre d'Angora signalée pour la première fois au xvi* siècle seulement, rien ne nous autorise à admettre qu'elle ait été introduite en Asie Mineure précisément à l'époque à laquelle Pierre Belon visita cette contrée; il est probable au contraire qu'elle y était déjà bien antérieurement à son arrivée. Mais depuis quand? C'est là une question dont le silence absolu des auteurs byzantins rend la solution impossible ; et puisque ces derniers et les classiques ne la mentionnent nulle part, il nous reste simplement à supposer que son introduction en Asie Mineure aura dû avoir lieu à l'époque où cette contrée fut envahie soit par les Arabes, soit par les Turcs, deux peuples également adonnés à la vie pastorale, et qui pouvaient avoir importé de leur patrie respective une race de chèvres que le climat de la région où elle fut placée modifia au point de créer la race d'Angora actuellement connue.
Examinons maintenant en faveur duquel de ces deux peuples milite le plus fortement l'introduction de celte nouvelle race. Nous avons vu que parmi le trèspetit nombre de pays où les anciens signalent l'existence de chèvres à laine fine figure l'Arabie*; cepen-
1. D'après Chesney (The Exped. for Ihe survey of the rivers Euphrates and Tigres j vol. I, p. 728), il existe encore en Arabie et en Mésopotamie une race de chèvres à poils longs.
dant, outre que cette indication est extrêmement vague, le séjour des Arabes en Asie Mineure n'a jamais été que très-temporaire; d'ailleurs, ils y apparaissaient de temps à autre, non en colons, mais seulement en farouches conquérants, qui se contentaient de vaincre et de détruire , puis se retiraient après avoir soumis à leur suzeraineté les princes qui y régnaient. Les Arabes ne formèrent jamais en Asie Mineure d'établissements stables, pas plus que les Mongols; la race turque est la seule, parmi les envahisseurs modernes de cette contrée, qui soit venue chercher une nouvelle patrie et s'y soit maintenue jusqu'à nos jours. Or l'influence de la race turque se fit sentir en Asie Mineure dès le XI*' siècle, siècle pendant lequel les empereurs byzantins s'efforcèrent vainement d'arrêter les envahissements des Seldjuks, qui, après avoir réduit la puissance de khalif de Bagdad à un pur titre nominal, commencèrent à se frayer une voie vers Byzance. Au x* siècle , les ancêtres des Seldjuks étaient déjà établis dans les parages de Bukhara^, qu'ils quittèrent (en 103/i.) pour aller rejoindre leur heureux et hardi compatriote Mahmoud, qui s'était emparé du trône de la Perse en l'arrachant à la juridiction suprême du khalif. Les Seldjuks imitèrent l'exemple donné par Mahmoud, et se constituèrent à leur tour maîtres indépendants d'une partie de l'Asie, y compris la péninsule anatolique. Cependant cette contrée ne devint la demeure permanente de la race turque qu'en 1074, lorsque le