Zosimi, Hist., l. v, /jl
ET GONSTANTINOPLE. 125
les 3,000 pièces exigées par Alaric représenteraient encore en moyenne une somme de cent mille francs, valeur actuelle, et peut-être le double à Tépoque (commencement du v* siècle) où cette fourniture a dû s'effectuer, si Ton tient compte des frais de transport depuis Constantinople jusqu'à Rome; car rien n'autorise à admettre qu'au v^ siècle les toisons des chèvres d'Angora fussent connues en Italie, où il serait presque impossible de s'en procurer même aujourd'hui. On a donc de la peine à s'expliquer comment Alaric a pu avoir l'idée de les demander à Rome. De tout ceci il faut conclure que Ton ne peut identifier les toisons dont parle Zosime avec celles de la chèvre d'Angora, qu'à l'aide d'hypothèses peu satisfaisantes; d'ailleurs, Zosime seul excepté, aucun auteur byzantin ne nous fournit la moindre indication sur ce sujet, bien que les annalistes n'aient point manqué au Bas- Empire dont l'histoire, depuis la chute de Rome jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, repose sur une série presque continue de monuments historiques. Ce n'est qu'au xvr siècle que, pour la première fois, la chèvre d'Angora se trouve mentionnée d'une manière assez précise par Pierre Belon, bien que certaines indications locales et quelques traits relatifs à l'extérieur de l'animal laissent encore quelque chose à désirer.
Dans les vastes plaines de la Lycaonie , entre Eregli et Ismil (à l'ouest de Koniah), le célèbre naturaliste Manceau a observé ^ la chèvre à la laine de chamelot, qu'il
1. Les Observations de plusieurs singularilez , etc., édition d'Anvers de 1555, 1. II, 96.
caractérise ainsi : « Les chèvres de ce pays portent la laine si déliée, qu'on la jugeroit estre plus fine que soye. Aussi surpasse-t-elle la neige en blancheur. Ces chèvres-cy ne sont pas plus grandes que noz moutons , et ne les tond Ion comme les ouailles, mais on leur arrache le poil. Tous les fins chamelots ondez ou sans ondes, de beauté plus excellente, sont faits de la laine de telles chèvres. » Cette description fait parfaitement reconnaître la chèvre d'Angora; seulement on est étonné de voir Belon la signaler, non à Angora qu'il ne paraît pas avoir visitée, ainsi que cela résulte de son itinéraire, mais dans les plaines de la Lycaonie, où je ne l'ai jamais vue, pas plus qu aucun des nombreux voyageurs qui, depuis Belon, traversèrent cette contrée. Au reste, dans un autre endroit de son curieux ouvrage^, où il nous rend compte de sa marche de Koniah à Akcher^, il dit positivement que cette belle race ne se trouve que dans la contrée d'Angora, ce qui ne s'accorde point du tout avec le passage précédent, car la région de Koniah et d'Eregli, où il l'avait observée, est à une distance considérable de la ville d'Angora.