‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 49 sur 179 · Id., ihid., p · texte numérisé non relu

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nous avons vu que les deux rameaux de la souche turque, les Seldjuks et les Oghus, qui s'installèrent successivement en Asie Mineure dans le cours des xi* et \nf siècles, et dont les descendants occupent encore aujourd'hui ce pa}s, habitaient, immédiatement avant cette immigration, les vastes plaines de Boukhara et du Khoraçan. Or, ni dans les temps anciens, ni de nos jours, ces contrées n'étaient guère connues pour avoir possédé quelque race de chèvre à laine fine. Au contraire, Strabon^ dit que les Massagètes n'avaient pour vêtements que des étoffes faites de tissus végétaux, parce qu'ils étaient pauvres en troupeaux et que les moutons étaient très-rares chez eux. De même Hérodote 2, qui place les Massagètes sur F Araxe , par lequel il entend ici le Yaxartès (Sir Daria) , ne mentionne point d'élevage de troupeaux quelconques parmi ces peuples. Ainsi, comme il faut chercher les Massagètes d'Hérodote et de Strabon sur le bord oriental du lac Aral et dans le pays des Kirghiz, on peut en conclure que les peuples qui habitaient cette contrée quatre siècles avant Jésus- Christ, aussi bien qu'à l'époque même de l'ère nouvelle, n'étaient pas exclusivement des peuples pasteurs; ou du moins que les chèvres et les moutons ne jouaient pas un rôle important dans leurs troupeaux , qui peut-

i. L. XI, 8.

2. L. I, 202. Le nom de Massagètes, dans le sens que lui donnent Hérodote et Strabon, s'est conservé jusque bien avant dans le moyen âge, car le Byzantin Chalcocondylas {de Rébus Turcicis, 1. m, p. 117, édition de Bonn) désigne encore par co nom les peuples situés à Test et au nord de la mer Caspienne.

ET GONSTANTINOPLE. 131

être, comme chez les anciens Arabes, étaient en grande partie composés de chameaux*. De même, les successeurs actuels des anciens Massagètes , — les Kirghiz , Khi viens, Boukhars, etc., — bien que tous très- riches en troupeaux , parmi lesquels figure également la race ovine, ne paraissent posséder . aucune race de chèvre particulièrement remarquable; et d'ailleurs tous ces pays de plaines sont infmiment plus favorables à l'élevage des moutons qu'à celui des chèvres. On peut donc admettre que, si les Seldjuks et les Oghus ont importé en Asie Mineure une race de chèvres qui y engendra celle d'Angora, ils ne l'ont probablement pas empruntée aux régions de l'Asie centrale (Boukhara, Khoraçan, etc.), où nous les trouvons établis immédiatement avant leur immigration dans la Péninsule anatolique, mais qu'ils la tiennent au contraire des pays qu'ils habitaient beaucoup plus anciennement, c'est-à-dire de

1. Appfen (HisL anim., 1. xvii, Sa) signale sur les bords de la mer Caspienne des chameaux revêtus d'une laine tellement fine, qu'elle ne le cédait point à celle des moutons de Milet, et qu'on en faisait des étoffes trës-estiroées à Tusage des pontifes et des riches. Pierre Belon (Les Obs. des Sing., liv. ii, 112) confond le passage d'Appien relatif au chameau avec celui du même auteur qui se rapporte à la chèvre des Caspiens, et attribue à cette dernière la laine fine que l'écrivain grec n^accorde qu'au premier. Le naturaliste Manceau en conclut que la chèvre d'Angora pourrait bien être identique avec la chèvre Caspienne d^Appien; mais, outre que cet auteur ne dit pas un mot de là Qualité de la laine de la chèvre des Caspiens, la description qu'il donne de ranimai n'a de commun avec la chèvre d'Angora que la couleur de la robe, car il dit : a Les chèvres caspiennes sont petites, ont le museau camus, et point de cornes. » Au reste, Pierre Belon commet de nombreuses inexactitudes dans ses citations, et son érudition manque souvent de base solide.

la lisière méridionale de la Sibérie, et particulièrement de la chaîne de l'Altaï, où les plus célèbres orientalistes et géographes placent le berceau de la race turque *. Or, bien que dans l'immense région montagneuse qu'embrassent les ramifications de cette chaîne gigantesque on n'ait encore constaté jusqu'à présent aucune variété de chèvre remarquable par la finesse de sa laine, quelques localités de la Sibérie méridionale offrent des exemples d'un développement tout particulier du poil chez certains animaux domestiques. Cela se voit notammment dans la ville de Boukhtharma, située au confluent de la rivière du même nom et du fleuve Irlich. Les chats originaires de ces parages frappent au premier coup d'oeil par la longueur ondoyante de leur poil, et j'ai pu m'assurer sur les lieux mêmes qu'à Boukhtharma cette magnifique variété de chats est, tout comme à Angora la belle race de chèvres, rigoureusement attachée à un district déterminé , et subit une dégénérescence plus ou moins prompte lors-

qu'on le lui fait quitter. Ainsi, le chat de Boukhtharma, fort recherché en Sibérie, est souvent transporté à Tomsk, à Tobolsk, etc.; mais il ne tarde pas à s'y abâtardir, surtout à la seconde génération. C'est peut^tre à la Sibérie ou aux contrées limitrophes de l'Asie centrale que sont dues les quelques variétés de chats à long poil que l'on a signalées dans plusieurs régions de l'Asie Mineure, mais dont l'importance a sans doute été considérablement exagérée. Dans tous les cas, j'ai

1. Klaproth, Asia poli/gloUa , p. 210; Hammer, Gesch. des Osm, Hfiirhs, t. I, I. I, p. 3/j: Rittrr, Erdkundo, t. I, p. 5:}2, et t. H, p. 692.

vainement cherché à Angora le chat si connu en Europe sous ce nom, et M. Charles Texîer, qui, avant moi, avait parcouru l'xVsie Mineure et en avait étudié avec tant de succès les trésors archéologiques, m'a positivement déclaré qu'il n'a pas été plus heureux pour justifier la réputation créée sous ce rapport à la célèbre ville de Galatie^.

1. Dans une lettre adressée à M. le président de la Société impériale d'acclimatation, et publiée dans le Dullelin de la société, t. III, p. 181 , M. Lottin de La Val parle de l'extension du chat (T Angora, et le signale à Erzeroum , à Mouch, à Betlis, à Van et à Bagdad. N*ayant point visité les quatre dernières localités , je ne puis parler que d'Erzeroum et de Mouch, où il m'a été impossible, pas pins qu'à Angora, de découvrir une race de chats réellement remarquable par la beauté ou la longueur de son poil et pouvant, sous ces rapports, être comparée à la magnifique race de Bouktharma.

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