LE CHEVAL. - L'ANE. - LE MULET
L'élevage du cheval très-négligé dans les contrées du Bosphore ainsi que dans les provinces limitrophes, et notamment en Asie Mineure. — Contraste entre le peu d'importance qu'a aujourd'hui en Asie Mineure la race chevaline et le rôle qu'elle y jouait jadis. — Antiquité de la race chevaline en Arménie, et époque reculée à laquelle y remonte T usage de la cavalerie. — Lignes postales organisées en Asie Mineure par les rois de Perse. — La cavalerie de l'Asie Mineure conserve sa supériorité sous les dominations persane et romaine. — Cuirassiers galatiens. — Lignes postales byzantines et mongoles en Asie Mineure. — Traces de ces institutions en Russie. — Le cheval arabe proprement dit inconnu aux anciens. — Origine comparativement récente des célèbres races arabe et persane. — Époque d'où date en Asie Mineure le déclin de la race chevaline. — Développement progressif de cette race dans les contrées à élément arabe. — Ane. — Mulet.
Il est assez curieux de voir le cheval traité avec négligence dans un pays où, comme en Turquie, il constitue le moyen exclusif de transport. Et cependant tel est le cas non -seulement dans les contrées du Bosphore, mais encore dans la majorité des provinces de TEmpire ottoman et particulièrement en Asie Mineure. Là, le cheval est plutAt l'objet d'une rigou-
reuse nécessité qu'un objet de luxe, et lorsque, dans des cas exceptionnels, il a cette dernière destination, il en résulte beaucoup plus le développement de la substance graisseuse que le perfectionnement de l'élégance et de la finesse des formes; en sorte qu'un Crésus musulman, qui possède à peu près aux même titres un nombreux harem et une riche écurie, tient avant tout à voir Tun et l'autre garnis d'individus volumineux. Aussi les plus beaux haras du Sultan sont- ils, sous le rapport de la pureté de race, très-inférieurs à nos haras des souverains les moins puissants et les moins riches, comme, entre autres, le haras royal de Stuttgard.
Mais si, en Turquie, la race chevaline est souvent presque aussi peu entretenue que la race bovine, leur passé à l'une et à l'autre est bien différent, car l'histoire nous a conservé de précieux documents qui prouvent que sur le nombre des provinces ottomanes où l'élevage du cheval est aujourd'hui le moins perfectionné, il en est quelques-unes qui jouissaient jadis d'une grande et légitime célébrité sous ce rapport. C'est ce qui notamment se trouve constaté dans la péninsule anatolique, ainsi que le démontrent les considérations suivantes, empruntées à un travail étendu que j'ai publié à ce sujet dans mon grand ouvrage sur l'Asie Mineure^.