CONSIDÉRATIONS SUR LES RICHESSES MINÉRALES
Abondance des minerais de fer et de cuivre dans les contrit du Bosphore. — Chances favorables de découvrir, dans la partie asiatique du Bosphore, de nouveaux gîtes métallifères. — Traces, dans ces contrées, d*aiiciennes exploitations minières. — Sables aurifères jadis charriés par le Pactole. — Témoignages des anciens auteurs. — Passages d'Hérodote et de Strabon qui prouvent la richesse de ces produits. — Source des trésors des rois lydiens et de l'opulence de leurs sujets. — Faits curieux rapportés à cet égard par Hérodote. — Intérêt que pourrait présenter aujourd'hui l'exploration des sables de la vallée de THermus et du Méandre.
Les quelques considérations développées dans les cinq chapitres précédents sur la Fauite et sur la Flore des contrées du Bosphore embrassent en quelque sorte la totalité des traits les plus saillants du tableau physique des deux règnes organiques de la nature, susceptibles d'être présentés sous une forme facile à saisir. J'ai réservé le règne minéral, qui ne comporte guère la méthode de généralisation, pour la deuxième
partie de mon ouvrage, plus exclusivement destinée aux hommes spéciaux. Je pourrais, en conséquence, quitter dès maintenant la surface du sol et m'élever, avec mes lecteurs, vers les régions atmosphériques pour examiner les éléments qui constituent le climat des contrées qui nous occupent; toutefois, avant d'aborder ce sujet, je me permettrai d'adresser quelques mots à ceux qui ne sont pas désireux d'étudier la partie géologique de cet ouvrage , pour leur dire qu'au point de vue du règne minéral , les contrées du Bosphore offrent une importance beaucoup plus grande peut-être que sous le rapport des règnes organiques, bien que les produits de l'intérieur du sol y soient encore moins connus et plus négligés que ceux de la surface. Malgré cela, le peu que des exploitations restreintes et imparfaites ont pu révéler suffit pour constater presque partout l'abondance de riches minerais, parmi lesquels dominent les minerais de fer et de cuivre; en sorte qu'il n'y a point de doute que des explorations minutieuses n'eussent pour résultat la découverte de nouveaux et importants gttes métallifères, surtout dans la région asiatique du Bosphore qui fait partie intégrante de la péninsule de l'Asie Mineure, si remarquable par les trésors, encore pour la plupart intacts, que renferment ses entrailles. D'ailleurs, tant dans la partie européenne que dans la partie asiatique des rives du Bosphore, les vestiges d'anciennes exploitations minières ne sont pas rares, ainsi que nous l'avons déjà vu dans les lies des Princes (p. 66), et de plus, là môme où l'industrie des siècles écoulés n'a point laissé d'empreinte
matérielle, la trace non subsiste pas moins dans des documents historiques d'une incontestable autorité. Or, parmi ces souvenirs, il n'en est point de plus dignes d'intérêt ni de plus célèbres que ceux relatifs à une source de richesses qui existait jadis dans une région peu éloignée du littoral du Bosphore , mais dont toute trace a complètement disparu : il s'agit du .fameux Pactole, qui roulait ses ondes aurifères à côté de la magnifique cité de Sardes, mais qui n'est aujourd'hui que le ruisseau presque imperceptible de Kara-sou, se dirigeant vers le Gedis-tchaï (Fantlque Hermus) au milieu de collines de sable, dont l'une est couronnée par quelques débris informes connus sous le nom de Sert-kalessi^^ seuls représentants de la splendide capitale des opulents rois de Lydie et des satrapes non moins opulents de la Perse. On aurait
beaucoup de peine à croire que ce soit particulière-
ment ce ruisseau qui, jadis, fournissait les richesses proverbiales des princes et des habitants de la Lydie, si l'histoire ne nous avait conservé à ce sujet de curieux renseignements que je vais livrer à l'appréciation du lecteur, en plaçant en même temps sous ses yeux le croquis (fig. 1) que j'ai fait de cette célèbre localités
1. Situé à environ quatre-vingts kilomètres à Test de Smyrne.
2. Dans ce croquis, le Kara-sou (Pactole) est masqué par les collines pointues dont Tune porte Sert-kalessi, mais qui est également peu perceptible, à cause des hauteurs plus considérables qui dominent cette dernière du côté du sud-ouest. Les massifs à contours blanchâtres qui constituent le premier plan du paysage, sont les montagnes du Tmolus, au pied septentrional desquelles surgit ce labyrinthe de pics et
S'il est un fait sur lequel tous les auteurs anciens soient d'accord , c'est celui des propriétés aurifères du Pactole, lesquelles, selon Scylax de Caryande*, lui avaient valu le nom de Chiysorrhoas, dans l'antiquité la plus reculée. Déjà Hérodote ^ mentionne l'or que les ondes de ce cours d'eau empruntaient au Tmolus. Sophocle^, Virgile^, JuvénaP et Silvius Italicus^ chantent tous ses flots aurifères, et Sénèque^, avec l'emphase qui le caractérise, dit, en parlant du Pactole, qu'il inonde d'or les campagnes, « inundat auro rura. » Scylax ^ soutient que ce sont ses ondes qui engendrent l'or. Cinq siècles environ plus tard, c'est-à-dire au
de pyramides de sable qui rendent si pittoresque cette portion de la vallée de THermus. Quant aux ruines mêmes de Sardes ( ou du moins les quelques débris qui en restent), elles onf été plus d'une fois décrites et figurées, et tout récemment encore par M. le comte A. de Moustier qui en donne plusieurs charmants croquis dans la relation de son excursion en Asie Mineure, faite en 1862, et publiée dans le Tour du Monde.
1. Apud Hudson, Vet. Geogr. script. Grœc, min., t. I, p. l/i-15.
2. L. I., 93 et 101. Dans ces deux passages, Hérodote dit expressément que c'est le Tmolus qui fournit For au Pactole.