‹ Le Bosphore et Constantinople avec perspectives des pays limitrophesChapitre 95 sur 179 · L. VII · texte numérisé non relu

L. VII

2. Le stalère dorique valait environ 18 fr., et le talent d'argent plus de 5,000 fr., ce qui donnerait 71,876,000 fr. pour les 3,993,000 pièces de statères doriques, et plus de 10 millions de francs pour les 2,000 talents; total : 81,876,000 fr.

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rois, moins de quatre-vingt-c/uatre millions de francs. Cependant Pythius n'était qu'un particulier, et n'aura certainement pas sacrifié aux exigences du moment la totalité de sa fortune, de même que Crésus n'aura trèsprobablement envoyé à Delphes qu'une minime partie des métaux précieux entassés dans son palais de Sardes^. Que Ton considère enfin que toutes ces évaluations ne donnent que la valeur actuelle des métaux et non celle beaucoup plus grande qu'ils avaient à cette époque reculée, c'est-à-dire il y a plus de deux mille ans, et Ton conviendra sans peine qu'aujourd'hui on ne trouverait guère de souverain ni surtout de particulier en état de faire des largesses comparables à celles

1. Plusieurs faits cités par Hérodote prouvent Ténormité de ces trésors, que Crésus ne croyait pas utile à la prospérité de son royaume de ménager. Ainsi Hérodote (1. vi, 125) nous raconte le divertissement que ce prince se donna un jour, en assistant à un étrange tour de force exécuté par Alkma3on auquel il avait promis d*abandonner tout Tor que l'heureux courtisan parviendrait à emporter d'un seul coup et sur sa propre personne. Rien n'égala l'hilarité du prince lorsque Alkraa)on sortit du trésor, chargé de ses précieuses dépouilles, dont il avait eu soin de se bourrer complètement. Quand on voit, dans l'antiquité, les souverains se livrer impunément à des amusements aussi dispendieux, on serait tenté de s'enorgueillir de notre époque qui , grâce à l'opinion et au contrôle représentatif, est censée mettre les rois et leurs gouvernements dans l'impossibilité de commettre des excès de cette nature; cependant mutatis mulandis, on finirait par rabattre beaucoup et de Torgueil inspiré par le présent, et du dédain éprouvé pour le passé; car on se convaincrait facilement que les Alkmœon ne sont point morts, mais qu'ils sont seulement revêtus de formes nouvelles, et que les mille stratagèmes par lesquels se traduisent aujourd'hui, sous des dehors plus ou moins légaux, des libéralités tout aussi ruineuses que celles des Crésus de l'antiquité, peuvent parfaitement s'accommoder avec les élastiques appareils de nos gouvernements modernes.

du roi et du citoyen du petit royaume de Lydie. Or, d'après ces passages des anciens, notamment d'Hérodote et de Strabon, les sources d'où émanaient toutes ces richesses étaient les sables aurifères du Tmolus, fait d'autant plus probable , que dans l'antiquité l'acquisition de fortunes exceptionnelles ne pouvait guère s'expliquer comme aujourd'hui par des opérations commerciales.

11 résulte de l'examen des faits rapportés à l'égard du Pactole, que rien ne nous autorise à révoquer en doute la véracité des nombreux et unanimes témoignages des auteurs anciens, relativement aux richesses dont ce ruisseau, aujourd'hui aussi insignifiant que stérile, a été jadis la source. Si cette source était déjà tarie à l'époque de Strabon , de l'aveu même du célèbre géographe d'Amasia, cela pourrait s'expliquer en admettant que les sables charriés par le Pactole auront été d'abord fournis par la désagrégation d'un gîte local , comme par exemple d'un nid ou d'un filon de quartz aurifère, et qu'à la suite des temps ou ce glle aura été épuisé, ou bien les ruisseaux tributaires du Pactole qui le baignaient directement auront été soit desséchés, soit encombrés; de manière que depuis cette époque les sables, quoique originaires des mêmes roches, auraient été empruntés à des parties

dénuées du métal précieux. Au reste, cela n'exclut nullement la possibilité que, même aujourd'hui, nos procédés de lavage, bien autrement efficaces que ne l'étaient ceux des mineurs du roi Crésus, ne soient capables de rendre le Pactole suffisamment productif, et que, dans tous les cas, les énormes masses arénacées accumulées le long des flancs du Tmolus et du Missoguis dans les vallées du Gedis-tchaï et du Buyuk-Menderé-tchaï, ne soient de nature à devenir l'objet d'importantes exploitations.

Les sables de ces contrées méritent d'autant plus une attention toute particulière, que l'on sait combien la présence de paillettes d'or peut aisément échapper même aux regards scrutateurs des géologues. En effet, dans plusieurs des pays aujourd'hui célèbres par leurs dépôts aurifères, la découverte de ces derniers est due bien moins aux recherches des savants qu'aux révélations inattendues du hasard, comme cela a eu lieu notamment dans la Nouvelle-Ecosse, où, il y a quatre ans seulement (1861), une circonstimce des plus fortuites fit découvrir la présence des sables aurifères que Ton y exploite depuis, mais qui avaient passé complètement inaperçus malgré les travaux géologiques et statistiques dont cette contrée (l'ancienne Acadie des colons français) avait été l'objet. Or, lorsqu'on voit si tardivement et si inopinément surgir des richesses de cette nature dans une région préalablement explorée, mais où rien n'en avait fait pressentir l'existence, n'aurait-on pas des raisons bien puissantes pour les

chercher dans un pays, encore vierge pour la plupart

(les sciences physiques, et où, comme dans la vallée bordée par le Tmolus , les témoignages les plus explicites de riiistoire et les présomptions les plus favorables de la géologie font naître de légitimes espérances * ?

1. Aux richesses métalliques fournies par le Tmolus, j'aurais pu ajouter celles que produisaient jadis plusieurs autres localités de TAsie Mineure et de la Thrace, par exemple : les mines d'or et d'argent de l'île de Tliasos, celles des parages limitrophes de Troie, le mont Sipylus ( au pied duquel se trouvait la célèbre Magnesia, Manissa d'aujourd'hui), etc. Mais cette question nous conduirait trop loin, et je me réserve de la traiter, avec l'étendue qu'elle mérite, dans mon grand ouvrage sur la géologie de l'Asie Mineure, où j'utiliserai les nombreux matériaux que j'ai recueillis sur ce sujet dans les écrits des anciens, et qui prouveront que, dans l'antiquité, l'Asie Mineure jouait en quelque sorte le rôle réservé de nos jours à la Californie et à la Sibérie, ce qui serait un motif de plus pour ne point admettre, sans preuves positives , qu'une source aussi féconde soit tarie à jamais.

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