‹ Le bossu drame en cinq actes et douze tableauxChapitre 15 sur 129 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

LAGARDÈRE

Eh! mon Dieu! oui, connaissez-vous ce grand diable de Bélissen.

COCARDASSE

Le baron de Bclissen ?

PASSEPOIL

Bélissen le bretteur ?

Bélissen le défunt.

COCARDASSE

Il est mort?

LAGARDÈRE

Naturellement, puisque je l’ai tué. Il a voulu jouer au eroquemitaine avec moi, cela m’a déplu; et, comme j’avais promis à Sa Majesté, quand elle daigna me créer chevalier, de ne plus lancer de paroles injurieuses à personne, je me bornai à lui tirer les oreilles. Cela ne fut pas de son gotU.j

COCARDASSE

Je le crois.

LAGARDÈRE

Il me le dit trop haut, et je lui donnai derrière l'arsenal un coup droit sur dégagement... à fond.

» COCARDASSE, s’oubliant.

Ah ! coquinasse que tu l’allongeais bien, ce coup-là.

LAGARDÈRE, sc lerant.

Hein, à qui parlez-vous?

COCARDASSE

Ah ! pardon ! pardon ! (il s’incline.)

LAGARDÈRE

Voilà la justice, on me devait la prime puisque j’avais abattu une tête de loup ! on m’exile ; mais j’ai jure que je ne passerais pas la frontière sans me permettre une dernière fantaisie et je la tiens, ma fantaisie, (il frappe sur la lettre.) Dites-moi, mes vaillants, vous avez entendu parler de la botte de Neversl...

TOUS

Parbleu 1

LAGARDÈRE

Cette botte maudite était ma bête noire, elle m’empêchait de dormir; d’ailleurs, ce Nevers fait trop parler de lui, à la cour, à la ville, au cabaret à la caserne, je n’entendais plus qu’un nom : Nevers, Nevers. Un soir, mon hôtesse me servit des côtelettes à la Nevers, je jetai le plat par la fenè-

tre, et je me sauvai sans souper. Sur la porte, je me heurtai à mon cordonnier qui m’apportait des bottes à la Nevers, la dernière mode! Je rossai mon bottier et lui jetai dix louis au visage! Le drôle me dit : « Ah ! M. de Nevers, me battit une fois, mais il me donna cent pisloles. »

COÇARDASSE.

C’était trop !

LAGARDÈRE

Je sautai sur mon cheval, et j’allai attendre Nevers à la sortie du Louvre. « M. le duc, lui dis-je, j’ai grande confiance en votre courtoisie, je viens vous demander de m’enseigner votre botte secréte au clair de la lune ! Il me regarda et me dit : Votre nom ? — Lagardère ! — Ah ! ah ! vous êtes Lagardère... on me parle souvent de vous, et cela m’ennuie... Alors, si vous ne me trouvez pas trop petit gentilhomme !... » Il sauta de son cheval... an! je dois dire qu’il fut charmantl au lieu de me répondre, il me planta sa rapière entre les deux sourcils, si roide et si net que je serais encore là-bas sans un saut de deux toises que je fis en arrière... « Encore une petite leçon, monsieur le duc. — A votre service, chevalier. • Je vous dis qu’il fut charmant! Nous retombons en garde, malpeste 1 cette fois il me fit une piqûre au front, j’étais touche, moi, Lagardère. (Tous les spadauins se regardent, Lagardère se 1ère et passe.)

COCARDASSE

Caramba, c’est effrayant !

LAGARDÈRE

Je n’étais pas arrivé à la parade. Cet homme est vif comme la poudre, mais j’avais vu la feinte mordieu ! Je l’ai étudiée dans le silence du cabinet, et maintenant je la possède aussi bien que lui.

COCARDASSE

Cela pourra vous servir un jour.

LAGARDÈRE

Cela me servira tout de suite.

Comment ?

COCARDASSE

LAGARDÈRE

Nevers m’avait promis ma revanche. Je lui ai écrit à son château de la Clarabide, et voici sa réponse : Il accepte le rendez-vous, l’heure et le lieu !

Quel jour ? • Ce soir l

COCARDASSE

LAGARDÈRE

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