PROLOGUE
PASSEPOIL
L’heure ?
LAGARDÈRE
Neuf heures.
COCARDASSE
Le lieu?
LAGARDÈRE
Les fossés du château de Caylus.
COCARDASSE, regardant les spadassins.
Capédédiou ! Et pourquoi ce lieu ?
LAGARDÈRE
Seconde fantaisie, je me suis laissé dire que le vieux marquis de Caylus avait la plus belle fille du monde et que M. de Nevers en était amoureux. Eh bien, je veux prendre à M. de Nevers sa botte secrète et sa mystérieuse maîtresse. Pourquoi ne riez-vous plus, mes drôles ?
COCARDASSE
Est-ce que dans votre lettre à Nevers vous avez eu la bagasse d idée de lui parler de mademoiselle Blanche de Caylus ?
Parbleu ! Il fallait bien pour expliquer le choix du lieu, lui expliquer mon idée ! ah ! ça, qu avez-vous donc, mes maîtres, et à quoi pensez-vous ?
PASSEPOIL
Nous pensons, chevalier, qu’il est bien heureux que nous soyons la pour vous rendre service !
COCARDASSE
Il a raison le mignon, nous allons vous donner un fameux coup d’épaule, n’est-ce pas, vous autres ?
LAGARDÈRE
Et depuis quand ai-je perdu l’habitude de faire mes affaires moi-même. Sur moq âme, voilà de plaisants bouffons, avec leurs services. Une dernière rasade, et videz-moi la place, voilà le seul service que je réclame 1
COCARDASSE
Sandiou 1 Capitaine je me ferais tuer pour vous comme un chien, mais...
LAGARDÈRE
Mais quoi ?
COCARDASSE
Chacun son métier vous savez.., et nous ne pouvons pas quitter ce lieu. •
LAGARDÈRE
Parce que?...
é PASSEPOIL.
Parce que nous attendons aussi quelqu’un.
LAGARDÈRE
Et ce quelqu’un?
COCARDASSE
Ce quelqu’un... c’est... Philippe de Nevers.
LAGARDÈRE
Nevers... vous... un guet-apens.
PASSEPOIL
Mais...
LAGARDÈRE
La paix, mes drôles ! Je vous défends... vous m’entendez bien... je vous défends de toucher à un cheveu de Nevers, car sa vie m’appartient, et, s’il doit mourir ce sera de ma main eu loyal combat et non de la vôtre, bandits I
COCARDASSE
Capitaine !
LAGARDÈRE
Allez!
PASSEPOIL
Après tout, s’il veut faire notre besogne.
COCARDASSE, bas.
Très-bien ; mais il faut avoir l’œil sur le Nevers... Si le petit Parisien le manque, nous ne le manquerons pas.
LAGARDÈRE
Vous m’avez entendu?
COCARDASSB.
Oui, capitaine.
LAGARDÈRE
Pas de trahison ! pas d’embûche! qui sera contre Nevers, sera contre moi... Hors d’ici drôles, et que pas un de vous ne s’y montre à l’avenir, à celui-là je ne ferais plus l’honneur d’un coup de pointe, non; du plat démon epée je lui fouetterai sa face patibulaire.
COCARDASSE
Sandiou 1 capitaine I Vous oubliez que nous sommes • soldats.
LAGARDÈRE
Vous ! allons donc ! Qui tue pour de l’argent est un infâme; qui fait de sa rapière un poignard est un lâche... Soldats et braves, voilà ce que vous étiez, et je vous connaissais alors, infâmes ot lâches, voilà ce que vous êtes.
Je ne vous connais plus. Sortez... (Sur te geste Ucr de Lagardère, tous s’inclinent et sortent.) •
PASSEPOIL
Il est sévère !