‹ Le bossu drame en cinq actes et douze tableauxChapitre 16 sur 129 · PROLOGUE · texte numérisé non relu

PROLOGUE

PASSEPOIL

L’heure ?

LAGARDÈRE

Neuf heures.

COCARDASSE

Le lieu?

LAGARDÈRE

Les fossés du château de Caylus.

COCARDASSE, regardant les spadassins.

Capédédiou ! Et pourquoi ce lieu ?

LAGARDÈRE

Seconde fantaisie, je me suis laissé dire que le vieux marquis de Caylus avait la plus belle fille du monde et que M. de Nevers en était amoureux. Eh bien, je veux prendre à M. de Nevers sa botte secrète et sa mystérieuse maîtresse. Pourquoi ne riez-vous plus, mes drôles ?

COCARDASSE

Est-ce que dans votre lettre à Nevers vous avez eu la bagasse d idée de lui parler de mademoiselle Blanche de Caylus ?

Parbleu ! Il fallait bien pour expliquer le choix du lieu, lui expliquer mon idée ! ah ! ça, qu avez-vous donc, mes maîtres, et à quoi pensez-vous ?

PASSEPOIL

Nous pensons, chevalier, qu’il est bien heureux que nous soyons la pour vous rendre service !

COCARDASSE

Il a raison le mignon, nous allons vous donner un fameux coup d’épaule, n’est-ce pas, vous autres ?

LAGARDÈRE

Et depuis quand ai-je perdu l’habitude de faire mes affaires moi-même. Sur moq âme, voilà de plaisants bouffons, avec leurs services. Une dernière rasade, et videz-moi la place, voilà le seul service que je réclame 1

COCARDASSE

Sandiou 1 Capitaine je me ferais tuer pour vous comme un chien, mais...

LAGARDÈRE

Mais quoi ?

COCARDASSE

Chacun son métier vous savez.., et nous ne pouvons pas quitter ce lieu. •

LAGARDÈRE

Parce que?...

é PASSEPOIL.

Parce que nous attendons aussi quelqu’un.

LAGARDÈRE

Et ce quelqu’un?

COCARDASSE

Ce quelqu’un... c’est... Philippe de Nevers.

LAGARDÈRE

Nevers... vous... un guet-apens.

PASSEPOIL

Mais...

LAGARDÈRE

La paix, mes drôles ! Je vous défends... vous m’entendez bien... je vous défends de toucher à un cheveu de Nevers, car sa vie m’appartient, et, s’il doit mourir ce sera de ma main eu loyal combat et non de la vôtre, bandits I

COCARDASSE

Capitaine !

LAGARDÈRE

Allez!

PASSEPOIL

Après tout, s’il veut faire notre besogne.

COCARDASSE, bas.

Très-bien ; mais il faut avoir l’œil sur le Nevers... Si le petit Parisien le manque, nous ne le manquerons pas.

LAGARDÈRE

Vous m’avez entendu?

COCARDASSB.

Oui, capitaine.

LAGARDÈRE

Pas de trahison ! pas d’embûche! qui sera contre Nevers, sera contre moi... Hors d’ici drôles, et que pas un de vous ne s’y montre à l’avenir, à celui-là je ne ferais plus l’honneur d’un coup de pointe, non; du plat démon epée je lui fouetterai sa face patibulaire.

COCARDASSE

Sandiou 1 capitaine I Vous oubliez que nous sommes • soldats.

LAGARDÈRE

Vous ! allons donc ! Qui tue pour de l’argent est un infâme; qui fait de sa rapière un poignard est un lâche... Soldats et braves, voilà ce que vous étiez, et je vous connaissais alors, infâmes ot lâches, voilà ce que vous êtes.

Je ne vous connais plus. Sortez... (Sur te geste Ucr de Lagardère, tous s’inclinent et sortent.) •

PASSEPOIL

Il est sévère !

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