‹ Le bossu drame en cinq actes et douze tableauxChapitre 29 sur 129 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

TONIO, puis COGARDASSE.

TONIO

La séîtorila ne sera pas en retard. On sonne seulement les vêpres. Si maître Henriquez m’avait permis de sortir aussi. J’aurais vu sur la place cette petite gitana dont tous nos hidalgos raffolent et qu’ils finiront par enlever un beau jour à la troupe des bohémiens qu’elle enrichit avec sa danse et ses chansons.

COCARDASSE, entre bruyamment.

Ilolà... capédcdiou! n’y a-t-il donc personne dans cette

baraque ? (Cocardasso est en riche tenue do matador.)

TONIO

Seigneur cavalier, je suis à vos ordres.

COCARDASSE

Hé donc! arrive ici, Coquinasse 1

COCARDASSE

Sait-on fourbir proprement une rapière dans ta cassine?

TONIO

Certes...

COCARDASSE

Eh donc ! fourbis un peu celle-ci pour voir, (11 tire une énorme épée de son fourreau.)

TONIO

Oh ! comme elle est longue.

COCARDASSE, k l’apprenti qui vent prendre la lame.

Eh! bagasse! On ne touche ceci qu’avec respect et componction. — Cette lame, vois-tu, a touché plus de poitrines que tu n’as de cheveux sur le crâne... Jamais elle n’a manqué son homme, sandieu !

TONIO

Jamais?

COCABDASSE.

Jamais)

TONIO

Oh ! que de rouille !

COCABDASSE.

Tu appelles cela de la rouille, pécaïre! c’est du sang)

TONIO

Du sang !

COCARDASSE

Que voulez-vous , cette folle de Pétronille. — Pétronille c’est ainsi que je l’appelle, en souvenir d’une duchesse qui m’honora de quelques bontés, Pétronille ne peut pas se tenir tranquille... quand on agace son seigneur et maître... elle frémit de la pointe à la garde... elle s'élance d’elle-même hors du fourreau; quand une lois elle est en jeu, elle touche, et quand elle touche, elle tue!...

TONIO

Souvent?

COCARDASSE

Toujours I

TONIO

Vraiment!

Eh! bagasse... vous en doutez... Pétronille... on doute de vous, ma chère... Eh! tiens... elle va toute seule te trouver... Où veux-tu qu’elle io touche... comment veux-tu qu’elle le tue ?. . (Poussant des bottes.) Ah ! ah ! ah 1 TONIO, rocalant.

Mais je ne doute pas... je ne doute pas... Donnez-moi votre Pétronille, je vais vous la rendre brillante comme un rayon de soleil, bonne lame !

COCARDASSE

Je le crois bien I Pétronille n’a pas sa pareille.

TONIO

Oh! nous avons mieux que ça, ici.

COCARDASSE

Allons donc I fais voir un pou. . •

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