SCÈNE PREMIÈRE
TONIO, puis COGARDASSE.
TONIO
La séîtorila ne sera pas en retard. On sonne seulement les vêpres. Si maître Henriquez m’avait permis de sortir aussi. J’aurais vu sur la place cette petite gitana dont tous nos hidalgos raffolent et qu’ils finiront par enlever un beau jour à la troupe des bohémiens qu’elle enrichit avec sa danse et ses chansons.
COCARDASSE, entre bruyamment.
Ilolà... capédcdiou! n’y a-t-il donc personne dans cette
baraque ? (Cocardasso est en riche tenue do matador.)
TONIO
Seigneur cavalier, je suis à vos ordres.
COCARDASSE
Hé donc! arrive ici, Coquinasse 1
COCARDASSE
Sait-on fourbir proprement une rapière dans ta cassine?
TONIO
Certes...
COCARDASSE
Eh donc ! fourbis un peu celle-ci pour voir, (11 tire une énorme épée de son fourreau.)
TONIO
Oh ! comme elle est longue.
COCARDASSE, k l’apprenti qui vent prendre la lame.
Eh! bagasse! On ne touche ceci qu’avec respect et componction. — Cette lame, vois-tu, a touché plus de poitrines que tu n’as de cheveux sur le crâne... Jamais elle n’a manqué son homme, sandieu !
TONIO
Jamais?
COCABDASSE.
Jamais)
TONIO
Oh ! que de rouille !
COCABDASSE.
Tu appelles cela de la rouille, pécaïre! c’est du sang)
TONIO
Du sang !
COCARDASSE
Que voulez-vous , cette folle de Pétronille. — Pétronille c’est ainsi que je l’appelle, en souvenir d’une duchesse qui m’honora de quelques bontés, Pétronille ne peut pas se tenir tranquille... quand on agace son seigneur et maître... elle frémit de la pointe à la garde... elle s'élance d’elle-même hors du fourreau; quand une lois elle est en jeu, elle touche, et quand elle touche, elle tue!...
TONIO
Souvent?
COCARDASSE
Toujours I
TONIO
Vraiment!
Eh! bagasse... vous en doutez... Pétronille... on doute de vous, ma chère... Eh! tiens... elle va toute seule te trouver... Où veux-tu qu’elle io touche... comment veux-tu qu’elle le tue ?. . (Poussant des bottes.) Ah ! ah ! ah 1 TONIO, rocalant.
Mais je ne doute pas... je ne doute pas... Donnez-moi votre Pétronille, je vais vous la rendre brillante comme un rayon de soleil, bonne lame !
COCARDASSE
Je le crois bien I Pétronille n’a pas sa pareille.
TONIO
Oh! nous avons mieux que ça, ici.
COCARDASSE
Allons donc I fais voir un pou. . •