ACTE PREMIER
HENRI
BLANCHE
Vous aimiez une autre femme.
HENRI
Oh ! mon Dieu !
BLANCHE
Et j’en serais morte !
HENRI
Tu m’aimes donc toi... Oh! mais le sais-tu bien, si lu m’aimes... connais-tu ton cœur?
BLANCHE
Il parle et je l’écoule.
HENRI
Si jamais tu avais des regrets !
BLANCHE
Quels regrets puis-je avoir si vous restez près de moi ?
HENRI
Écoute... j’ai déjà voulu soulever pour toi un coin du rideau qui te cachait les splendeurs du monde. Il y a deux mois, je l'ai conduit à Madrid; tu as entrevu la (cour, le luxe... Tu as entendu les voix de la fêle... ne te sens-tu pas faite pour cette vie?
BLANCnE.
Oui... avec vous.
HENRI
Et sans moi?
BLANCHE
Rien sans vous.
HENRI
Tu as vu ces femmes qui passaient brillantes et parées ; elles sont heureuses ces femmes, elles ont des châteaux, des hôtels.
BLANCHE
Quand vous êtes dans notre maison, Henri, je l’aime mieux qu’un palais.
HENRI
Elles ont une famille.
BLANCHE
Ma famille, c’est vous.
HENRI
Elles ont une mère.
BLANCHE
Une mère... Voilà le seul trésor que je leur envie... après
vous Henri, c’esl à ma mère que je pense le plus souvent... SLj’avais une mère, Henri, si je l’entendais vous appeler mon fils... Oh! que seraient de plus les joies du paradis?
HENRI
Et... s'il vous fallait choisir entre votre mère et moi?
BLANCHE
Entre ma mère et vous... Ohl Henri!... Henri I... je' t’aime!... je t’aime!... (Elle so cache la lêlo sur la poilrino d’Henri.)
HENRI, avec enthousiasme.
Dieu qui nous voies, qui nous entends et qui nous juges... Tu me la donnes donc... Oh! Blanche!... Tiens, regarde, le bonheur que tu me fais... je ris... je pleure... je suis ivre, je suis fou... A moi... te voilà toute à moi! ma bicn-aimée... ne crois pas ce que je te disais... je suis jeune... va... oui je mentais... ceux de mon âge sont plus vieux que moi... Sais-tu pourquoi? Les autres font ce que je faisais avant d’avoir rencontré ton berceau sur mon chemin... les autres s’en vont prodiguant follement le trésor de leur jeunesse. Tu es venue, toi, et je me suis fait avare de ce trésor... avare pour te garder toute mon âme... je n’ai plus rien aimé... rien désiré... et mon cœur que j’ai laissé dormir s’éveille, et ce cœur n’a que vingt ans.
LA VOIX DE COCARDASSE, en dehors.
As pas pur, péeaïre! il faut que je parle à ton maître, sandioul il le faut!
HENRI
Cette voix.,, je la reconnais... oh! rentre vite!
BLANCHE
Encore un danger !
HENRI
Oh! ne crains rien. ..je suis fort... je suis invincible à présent... Tu m’aimes! lu m’aimes!... (U la reconduit jusqu’au seuil de la porte conduisant à l'intérieur, puis voyant Cocardasso entrer en poussant Tonio devant lui, Henri saute sur son épée qu'it décroche.)