Dona Cruz, demeura comme abasourdie
1t Son visage, mobile et charmant, changea deux É ou trois fois de couleur.
— Est-ce vrai cela ? demanda-t-elle enfin, car 1- elle doutait encore.
—C’est vrai, répondit Gonzague.
le -—Vous ferez cela, vous! s'écria-t-elle. Oh! je
vous pardonne tout, prince! vous êtes bon, vous êtes mon ami.
i- Elle se jeta à son cou ; puis, le quittant, elle se mit à gambader comme une folle. Tout en e dansant, elle disait :
pet ss
—Le bal Au régent! nous irons au bal du régent ! Les clôtures ont beau être épaisses, le jardin froid et désert, les fenêtres closes, j'ai en-
tendu parler du bal du régent, je sais qu'on y verra des merveilles, et moi, je serai [à! Oh! merci! merci! prince, interrompit-elle : vous Saviez comme vous êtes beau, quand vous êtes bon! C’est au Palais-Royal, n'est-ce pas ? Moi qui mourais d'envie de voir le Palai:
Elle était au bout de la chambre, elle fut auprès de Gonzague et s'agenouilla sur
Un Coussin à ses pieds. Et, toute sérieuse, elle demanda en croisant <os deux belles mains” sur le genou du prince et en Je regardant fixement
—Quelle toilette ferai-je ?
Gonzague secoua la tête gravement,
—Aux bals de la cour de France, dona Cruz répondit-il, il y a quelque chose qui rehausse ot Pare un beau visage encore plus que la toilette la ‘plus recherchée.
Dona Cruz essaya de deviner,
— C'est le sourire? dit-elle comme un enfant à qui on propose une naïve énigme.
—Non, répliqua Gonzague,
—C'est la grâce ?
—Non ; vous'avez le sourire et la grâce, dona Cruz ; la chose dont je vous parle...
—Je ne l'ai pas. Qu'est-ce donc ?
Et comme Gonzague tardait à répondre, elle afouta impatiente déjà
—Me la donnerez-vous ?
—Je vous la donnerai, dona Cruz. £
—Mais qu'est-ce donc que je n'ai pas ? intorrogea la coquette, qui en même temps jeta son triomphant regard vers le miroir.
Certes, le miroir ne pouvait suppléer à la réponse de Gonzague.
Gonzague répondit :
—Un nom !
Royal!
D'un bond
Et voilà dona Cruz précipitée du sommet de sa
n y Dh!
ous ôtes
Moi
nd sur elle
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joie. Un nom! Elle n'avait pas de nom ! Le Palais-Royal, ce n'était pas la Plaza-Santa, derrière l'Alcazar. 11 ne s'agissait plus ici de danser au son du tambour de basque, avec une ceinture de faux sequins autour des hanches. O la pauvre dona Cruz! Gonzague venait de lui faire une promesse ; mais les promes +: de Gonzague... Et d'ailleurs, un nom, cela se donne-t-il ? Le prince sembla marcher de lui-même au devant de cette objection.
Si vous n'aviez pas de nom, chère enfat, ditil, toute ma tendre affection serait impuissante ; mais votre nom n'est qu'égaré ; c'est moi qui le retrouve, Vous avez un nom illustre parmi les plus illustres noms de France.
Que ditez-vous ? s'écria la fillette éblouie.
— Vous avez une famille, poursuivit Gonzague dont le ton était solennell, une famille puissante ct alliée à nos rois. Votre père était duc.
Mon père! répéta dona Cruz ; il était due, dites-vous ? Ilest donc mort ?
Gonzague courba la tête.
—Et ma mère ?
La voix de la pauvre enfant tremblait.
— Votre mère, repartit Gonzague, est princesse.
—Elle vit! s'’écria dona Cruz, dont le cœur bondit ; vous avez dit : Elle est princesse ! Elle vit! ma mère! Je vous en prie, parlez-moi de ma mère !
Gonzague mit un doigt sur sa bouche.
Pas à présent, murmura-t-il. .
Mais dona Cruz n’était pas faite pour se laisser prendre à ces airs de mystère. Elle saisit les deux mains de Gonzague.
—Vous allez me parler de ma mère, dit-elle, et tout de suite ? Mon Dieu! comme je vais l’aimer ! Elle est bien bonne, n’est-ce pas? et bien
belle ? C'est une chose singulière, interrompitelle avec gravité ; J'ai toujours rêvé cela. Une voix en moine disait que j'étais la fille d’une princesse,
Gonzague eut grand'peine à garder son sé.
ricux.
— Elles sont toutes les mêmes ! pensa-t-il.
Oui, continua dona Cruz, quand je m’endormais, le soir, je la voyais, ma mère toujours,toujours penchée à mon chevet, ce grands beaux cheveux noirs, un collier de perles, de fiers sourcils, des pendants d'oreilles en diamants, et un regard si doux ! Comment s'appelle ma mère ?
—Pourquoi cela ?
—Un grand danger...
—Je comprends! ie comprends! interrompitelle, prise tout à COUP par quelque romanesque Souvenir, j'ai vu aù théâtre de Madrid des comédies ; c'était ainsi ‘ On ne disait jamais du Premier coup aux jeunes filles le nom de leur mère.
—Jamais, approuva Gonzague,
—Un grand danger, reprit dona Cruz, et cependant j'ai de la discrétion, allez! J'aurais gardé mon secret jusqu’à la mort !
Elle se campa, belle et fière comme Chimène.
—Je n’en doute Pas, repartit Gonzague ; Mais pous n’attendrez pas longtemps, chère enfant. Dans quelques heures le secret de votre mère vous sera révélé, En ce moment, continua Goazayue, vous ne devez savoir qu’une seule chose ; c’est que vous ne vous appelez pas Maria de Sancta- Cruz.
—Mon vrai nom était Flor ?
—Pas davantage.
—Comment done m’appelais-je ?
—Vous reçûtes au berceau le nom de votre mè-
re, qui était Espagnole. Vous vous nommez Aurore,
Dona Cruz tressaillit et répéta :
—Aurore !
Puis elle ajouta, en frappant ses mains l’une contre l’autre :
—Voilà un hasard étrange !
Gonzague la regardait attentivement. Il attendait qu'elle parlât. :
—Pourquoi cette surprise? fit-il.
—Parce que ce nom est rare, repartit la jeune fille devenue rêveuse, et me rappelle...
—Et vous rappelle ? interrogea avec anxiété.
—Pauvre petite Aurore! murmura dona; Cruz, les yeux humides, comme elle était bonne! et jolie! et comme je l'aimais !
Gonzague faisait évidemment effort pour cacher sa fiévreuse curiosité. Heureusement que dona Cruz était tout entière à ses souvenirs.
— Vous avez connu, dit le prince en affectant une froide indifférence, une jeune fille qui s’appelait Aurore ?
—Quel âge avait-elle ?
—Mon âge ; nous étions tous deux enfants, et nous nous aimions tendrement, bien qu’elle fût heureuse et moi bien pauvre.
—Y a-til longtemps de cela ?
—Des années.
Elle regarda Gonzasue en face et ajouta
--Mais cela vous intéresse donc, monsieur le prince ?
Gonzague était de ces hommes qu’on ne trouve lamais hors de garde. Il prit la main de dona Cruz et répondit avec bonté :
— Je -n’intéresse à tout ce que vous aimez, ma fille. Parlez-moi de cette jeune Aurore qui fut votre amie autrefois.
Er
Ces