‹ Le bossu, ou, Le petit parisien [microforme]Chapitre 3 sur 18 · COCARDASSE ET PASSEPOIL · texte numérisé non relu

COCARDASSE ET PASSEPOIL

leur Palefroi.

€ premier se portait fièrement, Malgré l’humi. lité de sa Monture, dont la tête triste Pendait entretes deux Jambes. 1] avait un Pourpoint de buffle, lacé, à blastron taillé en Cœur, des chausses de tiretaine Piquées, et de ces belles bottes en entonnoir si fort à la mode sous Louis XIII. ]] aVait en outre un feutre rodomont et une énor-

la ville de Paris, présentement établi à Tarbes,

Où il faisait maigre chère.

Soutanelle, COuvrait $ses Chausses noires, que

me’'üne toison de nègra €? largement ébouriffée, * 8

a ME

tie

Son Compagnon collait à $ mèches d’un blond déteint,.

tre les deux terribles crocs qui s

es tempes quelques ême contraste en-

ce paisible Voyageur, et nous vous ccrtifions qu'à l’occasion il maniait vilaine épée qui bat- Il se nommait Amable Passepoil. Sa patrie était Villedieu en bas-

frère Passepoil, soit à cause à soit parce qu'il avait été valet de barbier et l rat d’officine chimique avaut de ceindre l’épée.1l | était laid de toutes pièces, malgré l'éclair senti- 4 mental qui s’allumait dans ses petits Yeux bleus clignotants, Quand une jupe de futaine rouge traversait le sentier. Au contraire, Cocardasse

Junior pouvait Passer par tous pays pour un très beau coquin.

Ils alfaient tous deux, e du Midi. Chaque caillou de la route faisait broncher le bidet de Cacardasse, et, tous les vingt-cinq Pas, le roussin de Passepoil avait des Caprices.

—Eh donc ! mon bon, dit Cocardasse avec un redoutable accent £Sascon, voilà deux heures que NOUS apercevons ce diable de château sur la montagne maudite, Il me semble qu’il marche aussi vite que nous.

Passepoil ré bondit, chantant du gamme normande :

— Patience ! patience ! nous arriverons tou

+UTS assez tôt pour ce que nous avons à faire là-bas.

ahin-caha, sous le soleil

nez selon la

EEE

—Capédédiou ! frère Passepoil, fit le Cocardas-

se avec un gros SOUpir, gi DOUs avions un peu de conduite, avec nos talents, nous aurions pu choisir notre besogne …

__+U as raison, ami Cocardasse, répliqua Je Normand ; Mais nos Passions nous ont perdus.

—Le jeu, Caramba! le vin.

—Et les femmes! ajouta Passepoil en levant les yeux au ciel.

rabide, au milieu du val de Louron. Le Hachaz qui soutenait Comme un immense Piédestal les Constructions Massives du château de Caylus, se dressait en face d’eux. I] n’y avait point de remparts de ce côté. On découvrait l’antique

Le châtean de Caylus, en effet, Couronnait di- &nement cette Prodigieuse muraille, fille, de quelque grande convulsion du sol dont le souvenir s'était perdu. S-us les mousses et les broussail-

les qui COuvraient ses assises, on Pouvait recon-

ser par là. Mais ce n'étaient que des vestiges, et tout ce qui sortait de terre appartenait au Style lombard des dixième et onzième siècles. Les

Ocardas- Un peu ions pu

iqua Je nt per-

levant

la Cia- Tachaz tal les lus, se nt de ntique ur des i une

it di-

quelvenir ssail-

disposées avec symétrie, étaient séparées par des briques saillantes,

C'était le premier plan, et cette ordonnance austère restait en harmonie avec la nudité du Hachaz. Mais derrière la ligne droite de ce vieux corps de logis, qui semblait hâti par Charlemagne, un fouillis de pignons et de tourelles suivait le plan ascendant de la solline et se montrait en amphithéâtre. Le don jon, haute tour octogone, terminé par une galerie byzantine à arcades tréflées, couronnait cette cohue cle toitures, semblable à un géant debout parmi des nains.

Dans le pays, on disait que le rhâteau était bien plus ancien que les Caylus eux-mêmes.

À droite et'à gauche des deux tours lombardes, deux tranchées se creusaient. C’étaient les deux extrémités des douves, qui étaient autrefois bouchées par des murailles, afin de contenir eau qui les emplissait.

Au delà des douves du nord, les dernièras maisons du hameau de Tarrides se montraiont parmi les hôêtres. En dedans, on voyait la flèche de la chapelle, bâtie au commencement du treizième siècle dans le style ogival, et qui montrait ses croisées jumelles avec les vitraux étincelants de leurs quintefeuilles de granit.

Le château de Caylus était a merveille des vailée pyrénéennes.

Mais Cocardasse junior et frère Passepoil n'avaient point le goût des heaux-arts. ['s continuèrent leur route, et le regard qu'ils jetèrent à la sombre citadelle ne fut que ‘17 mesurer le restant de la route à parcourir, [ls allaient au château de Caylus, et, bien que, à vo! d’uiseau, une demi-lieue à peine les en réparñt snore, la

nécessité. où ils étaient de tourner Je Hachaz Jes MmenaÇait d’une bonne heure Je Marche,

Ce Cocardasse devait être un joyeux compa- 8non, quand sa bourse était ronde , rire } Sepoil lui-même avait sur sa figure Nnaïvemenc futée tous les indices d'une sonne humeur ha bituelle ; mais aujourd’hui ils étaient tristes, et ils avaient leurs raisons Pour cela,

Estomac vide, gousset plat, Perspective d’une besogne probablement dangereuse, On peut refuser semblable besogne, Quand on à du Pain sur la planche. Malheureusement Dour Cocardasee et Passepoil, leurs passions avaient tout dévoré,

ussi Cocardasse disait :

—Capédédiou ! je ne toucherai DIS hi une carte ni un verre

—Je renonce Pour jamais à l'amour! ajoutait le sensible Passepoil.

Et tous deux bâtissaient de beaux rêves bien vertueux sur leurs futures économies.

—J’achèterai un équipage complet ! s’écria

dat dans la COMpagnie de notre Petit Parisien. —Moi de même, appuyait Passepoil, soldat ou

—Le régiment où je prendrais du service serait sûr, eu moins, d’être Saigné Proprement.

Et tou: deux reprenaient, :

—Nou: verrions le petit Parisien ! Nous lui épargnerions bien quelque horion de temps en temps.

—]]l m'appellerait encore son vieux Cocardasse !

—Il se MoOquerait du frère Passepoil, comme autrefois.

—Tron de l'air ! s’écria le Gascon en donnant

haz les

ompae J'as- ‘ement

habi- Les, et

d’une t ren Sur lasse voré.

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tait

jen

Lit

un grand coup de poing à sn bidet, ui n’en pouvait mais, nous sommes descendus bien bas pour des gens d’épéesmon bon ; mais à tout péché miséricorde ! Je sens qu'avec le petit Parisien je m’amenderais.

Passepoil secoua la tête tristement.

--Qui sait s’il voudra nous reconnaître ? demanda-t-il en jetant un regard découragé sur son accoutrement.

—Eh! mon bon! fit Cocardasse, c’est un cœur que ce garçon-li ! :

— Quelle garde! soupire Passepoil, et quelle vitesse !

—Quelle tenue sous les asmnes ! et quelle rondeur ! :

—Te souviens-tu de son coupé de revers en retraite ?

—Te rappelles-tu ses trois coups droits, annoncés dans l’assaut chez Delespine ?

—Un cœur !

—Un vrai cœur! Heureux au jeu, toujours capédédiou ! et qui savait boire !

—Et qui tournait la tête des femmes !

A chaque réplique, ils s’échauffaient. Ils s’arrêtèrent d’un commun accord pour échanger une poignée de main. Leur émotion était sincère et profonde.

7-Mordioux! fit Cocardasse, nous serons ses domestiques s’il veut, le petit Parisien, n'est-ce pas, mon bon ?

—Et nous ferons de lui -un grand seigneur !

acheva Passepoil : comme ça, l’argent du Peyrolles ne nous portera pas malchance.

C'était done M. de Peyrollss, l'homme de confiance de Philippe de Gonzague, qui faisait voyager ainsi maître Cocardasse et frère Passepoil.

Ils connaissaient bien ce Peyrolles, et mieux

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apportant brocs, gobelets d’étain, feu pour !es pipes dans un sabot, et tout ce que peuvent réclamer six vaillants hommes après une longue traite accomplie sous le soleil des vallées pyrénéennes.

À la muraille perdaient six fortes rapières avec leur attirail. -

Il n’y avait pas là une seule tête qui ne portât le mot spadassin écrit en lisibles caractères. C’6taient toutes figures bronzées, tous regards impudents, toutes effrontées moustaches. Un honnête bourgeois, entrant par hasard en ce lieu, serait tombé de son haut, rien qu’à voir ces profils de bravaches.

Ils étaient trois à Ta première table, auprès de trois Espagnals ; on pouvait le juger à la mine. À la table suivante, il y avait un Italien, balafré du front au menton, et vis-à-vis de lui un coquin sinistre dont l’accent dénonçait l’origine allemande. Une troisième table était occupée par une manière de rustre à longue chevelure inculte qui grasseyait le patois de Bretagne.

Les trois Espagnols avaient nom Saldagne, Pinto et Pépé, dit el Matador, tous trois ‘“ æcrimidores ”’, l’un de Murcie, l’autre de Séville, le troisième de Pampelune. L’Italien était un bravo de Spolète; il s'appelait Giuzeppe Faënza. L’Alemand s’appelait Staupitz, le bas Breton ‘Toël de Jugan. C'était M. de Peyrolles qui avait rassemblé toutes ces lames : il s’y connaissait. =

Quand maître Cocardasse et frère Passepoil.

franchirent le seuil du cabaret de la ‘ Pomme d'Adam ”, après avoir mis leurs pauvres montures à l’étable, j!s firent tous deux dn mouvement en arrière à la vue de cette respectable Compagnie. La salle basse n’était éclairée que

Pipe mettait un Nuage. Nos deux amis ne virent d’abord que les moustaches en croc Saillant hors des maigres Profils, et les y. es à la Muraille, Mais six voix enrouées crièrent à la fois :

— Maître Cocardasse !

— Frère: Passepoil !

On sans a juron des Eta s du saint-père, Jjuron des Lords du

— As pas pur ! s’écria-t-i], ‘ todas Camara-

— Tous des anciens ! traduisit Passepoil, qui avait la voix encore un peu tremblante.

les autres ; le vieux drap, le velours pelé entrèrent en Communication. On eût trouvé de taut dans le Costume de ces intrépides, excepté du

€ n0S jours, les maîtres d’armes, Ou, pour parler leur langue, messieurs les Professeurs d’escrime, son’ de sages industriels, bons époux, ons pères, exerçant honnêtement leur état.

Au dix-septième Siècle, un Virtuose d’estoc et de tailje était une manière de Mondor, favori de

jour, la 1e virent int hors es à Ja

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obligé de faire pis que pendre pour boire son oûl de mauvais gin à la gargotte. Il n’y avait pas de milieu.

Nos camarades du cabaret de la ‘ Pomme d'Adam ”’ avaient eu peut-être leurs bons jours : mais le soleil de la prospérité s'était éclipsé pour eux tous. Ils étaient manifestement battus par le même orage.

Avant l’arrivée de Cocardasse et de Passepoil, les trois groupes distincts n'avaient point lié familiarité. Le Breton ne connaissait personne. L’Allemand ne frayait qu'avec le Spolétan, et les trois Espagnols se tenaient fièrement à leur écot. Mais Paris était déjà un centre pour les beaux-arts. Des gens comme Cocardasse junior et Amable Passepoil, qui avaient tenu table ouverte flans la rue Croix-des-Petits-Champs, au revers du Palais-Royal, devaient connaître tous les fendants de l’Europe. Ils servirent de traits d'union entre les trois groupes, si bien faits pour s'apprécier et s’cñtenure. La glace fut rompue, les tables se rapprochèrent, les brocs se mélèrent et les présentations eurent lien dans les formes.

On connut les titres de chacun. C'était à faire dresser les cheveux ! Ces six rapières accrochées à la muraille avaient taillé plus de chair chrétienne que les glaives réunis de tous les bourreaux de France et de Navarre.

Le Quimpérois, s’il eût été Huron, aurait porté deux ou trois douzaines de perruques à sa ceinture ; le Spolétan peuvait avoir vingt et quelques spectres dans ses rêves : l'Allemand avait massacré deux gaugraves, trois margraves, cinq rhingraves et un landgrave : il cherchait un burgrave.

Et ce n’était rien auprès des trois Espagnols, qui se fussent noyés aisément dans le sang de

SE

leurs innombrables victimes, Pépé le Tueur (

atador) ne Parlait jamais que d’embroch trois hommes à la fois.

Quand on eut bu Ja Première tournée de broc et que le brouhaha des Vanteries se fut un pet apPaisé, Cocardasse dit :

— Maintenant, mes mignons, Causons de nos:

aïfaires,

On appela la fille d’auberge, tremblante au milieu de ces Cannibales, et on lui Ccommanda d'apporter d'autre vin. C'était une grosse brune un peu louche, Passepoil avait déjà dirigé vers elle l'artillerie de ses regards amoureux ; il voulut la suivre pour lui parler Sous prétexte d’a- Voir du vin plus frais ; Mais Cocardasse le saisit

— Tu as promis de maîtriser tes Passions, mon

& Maritorne avec ordre de ne plus revenir.

VOUS exercez vos talents.

— Oïmé ! interrompit le spadassin de Spolète: COnnaiïs-tu des Villes où il y ait Maintenant. de la

esogne, toi, Cacardasse, ‘caro mio Fe

Et tous SeCouêrent la tête en hommes qui pensent que leur Vertu n’est point suffisamment }£. compensée.

Puis Saldagne demanda :

Tueur (el ’embrocher

flatteur à iotre Nortion génées,

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lante au mmanda, se brune Igé vers ; il vouxte d’ale saisit

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r, nous moi, à in des lement

Jolète; -de la

i pennt ré-

— Ne sais-tu point pourquoi nous sommes en

2 co lieu ?

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a pe, hiveli lis du LT

Le Gascon ouvrit la bouche + pour répondre, lorsque le pied de frère Passepoil s’appuya ‘sur sa botte.

Cocardasse junior, bien que chef nominal de la communauté, avait l’habitude de suivre les conseils de son prévôt qui était un Normand prudent et sage.

— Je sais, répliqua-t-il, qu’on nous a convoqué...

— C’est moi, interrompit Staupitz.

— Et que, dans les cas ordinaires, acheva le Gascon, frère Passepoil et moi, nous suffisons pour un coup de main,

— “ Carajo ! ”’ s’écria le Tueur, quand je suis là, d'habitude, on n’en appelle point d’autres.

Chacun varia ce thème suivant son éloquence ou st" degré de vanité : puis Cocardasse conclut :

— ÂAllons-nous donc avoir affaire à une armée ?

— Nous allons avoir affaire, répondit Staupitz, à un seul cavalier.

Stuupitz était attaché à la personne de M. de Peyrolles, l’homme de. confiance du prince Philippe de Gonzague.

Un bruyant éclat de rire accueillit cette déclaration.

Cocardasse et Passepoil riaient plus haut que les autres ; mais le pied du Normand était toujours sur la botte du Gascon.

Cela voulait dire : “ Laisse-moi mener cela.”

Passepoil demanda candidement :

— Et quel est donc le nom de ce géant qui Combattra contre huit hommes ?

SE

— Dont chacun, sandiéou !

Ouzaine de bons drilles ! ajout Staupitz répondit : :

—- C’est le duc Philippe de Nevers,

— Mais on Je dit Mourant ! récria Sald gne.

— Poussif ! ajouta Pinto.

— Surmené, cassé, Pulmonaire ! achevèrent ]

vaut une de a Cocardasse,

Cocardasse et Passepoil ne disaient plus rien. Celui-ci Secoua la tête lentement, Puis il r

Poussa son verre, Le Gascon l’imita.

Leur gravité soudaine ne Put manquer d’exci ter l’attention générale,

— Qu’avez-vous ? qu'avez-vous donc ? deman da-t-on de toutes parts.

On vit Cocardasse et son pré silence,

— Ah çà ! que diabie signifie cela ? s’écria

Saldagne ébahi,

— On dirait, ajouta Faënza, que vous avez envie d'abandonner la partie.

—— Mes mignons, répliqua gravement Cocardasse, on ne se tromperait pas beaucoup.

Un tonnerr: de réclamations COuvrit sa voix.

— Nous avons vu hilippe de Nevers à Paris reprit doucement frère Passepoil ; il venait à no tre salle, C’est un mourant qui vous taillera des croupières !

— À nous ! se récria le chœur.

Et toutes les épaules de se hausser avec dédain. -

— Je vois, dit Cocardasse, dont le regard fit le tour du cercle, que vous n’avez jamais entendu parler de la botte de Nevers,

On ouvrit les Yeux et lee oreilles

— La botte du vieux maître Delapalme, ajouta

vôt se regarder en

une demi- ’ardasse,

ria Salda-

evèrent les

lus rien.

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ler d’exci- *

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rarder en

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Cocarvoix.

à Paris, t à noera des

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Passepoil, qui mit bas sept prépôts entre lo bourg du Roule et la porte Saint-Honoré,

— l'adaises que ces bottes secrètes ! s'écria le Tueur.

— Bon pied, bon œil, bonne garde, ajouta le Breton, je me moque de bottes secrètes comme du délupe !

— AS pas pur ! fit Cocardasse junior avec fierté ; je pense avoir bon pied, bon œil et bonne garde, mes mignons.

— Moi aussi, appuya Passepoil.

— Aussi bon pied, aussi bonne garde aussi bon œil que pas un de vous.

— À preuve, glissa Passepoil avec sa douceur ordinaire, que nous sommes prêts à en faire l’essai, si vous voulez,

— Et cependant, reprit Cocardasse, la botte de Nevers ne me paraît pas une fadaise. J'ai été touché dans ma propre académie... Eh donc !

— Jioi eo même,

— Touvné en plein front, entre les deux yeux, et trois fois de suite...

— Et trois fois, moi, entre les deux yeux, en plein front !

— Trois fois, sans pouvoir trouver l'épée à la parade !

Les six spau .ssins écoutaient maintenant attentifs.

Personne ne riait plus.

— Alors, dit Saldagne, qui se signa, ce n’est pas une botte secrète, c’est un charme.

Le bas Breton mit sa main dans sa poche, où il devait bien avoir un bout de chapelet.

— On à bien fait de nous convoquer tous, mes mignons, reprit Cocardasse avec plus de solenüité. Vous parliez d'armée, j'aimerais mieux une

armée, I] n'y a, croyez-moi

» iun seul hom au monde capable

de tenir tête à Philippe \evers, l'épée à la main, — Et cet homme ? firent six

temps, — C’est le petit Parisien, répondit Cocardas: Ah] celui-là, s’écria Passpoi

thousiasme Soudaia, c’est le diable !

— Le petit Parisie

il a un nom, votre — Un nom que v

tres : I] s’appelle le chevalier de L Il paraîtrait que les esta

tous ce nom, en effe

Voix en më

On à la ronde Petit Parisien ?

OUS Connaissez tous, mes ma

ag'ardère, fiers COnnaiïssaien

C t, Car il se fit Parmi eux un grand silence. (

— Je ne l’ai Jamais rencontré, dit ensuite Sal. dagne.

Gascon :

toi, mon bon, répliqua le ; il n’aime pas

les gens de ta tournure.

üu Lagardère ?

demanda Pinto.

— C’est lui, ajouta F

qui tua les trois de Senlis ?

— C’est lui, voulut dire Joël de Jugan, qui... Mais Cocardasse l'interrompit en prononçant avec emphase ces seuls mots :

Se, Pas deux Lagardère !

aënza en b

alSsant la voix, Prévôts flam

ands sous Jes murs

seul homme Philippe de

{ en même III 'ocardasse, ec un en- LES TROIS PHILIPPE

la ronde; *

L'unique fenêtre de la salle basse du cabarit

mes maf- de la Pomme d'Adam donnait sur une sorte de dère, | glacis planté de hêtres, qui aboutissait aux dounaissaient ? ves de Caylus. Un chemin charretier traversait le

nd eux un À bois et aboutissait à un Pont de planches jeté sur les fossés, qui étaient très profonds et très + larges. Ils faisaient le tour du château de trois . côtés, et s’ouvraient sur Je vide au-dessus du liqua le % Hachaz.

irnure, | Depuis qu’on avait abattu les murs destinés à ardère ? retenir l’eau, le dessèchement s'était opéré de lui- * même, et le sol des douves donnait Par année la voix, + deux magnifiques récoltes de loin, destiné aux les murs À éciries du maître.

La seconde récolte venait d’être coupée. De qui... + l'endroit où se tenaient nos nuit estafiers, on LonÇçant pouvait voir les faneurs qui mettaient le foin en bottes sur le pont.

À part l’eau qui manquait, les douves étaient restécs intactes. Leur bord intérieur se relevait en pente roide jusqu’au glacis.

Il n’y avait qu’une seule brêche, pratiquée pour donner passage à une créature humaine, C'était une fenêtre basse située juste sous le pont fixe qui avait remplacé depuis longtemps le pont-levis, Cette fenêtre était fermée d’une grille et de forts contrevents. Elle donnait de l'air et

du jour à l’étuve de Caylus, grande salle souter-

uite Sal-

Ein

SE

laine qui gardais des reste sait que le ; ‘nidi Princip ment, avait poussé très Join Le luxe des bair

rois heures venaient de sonner à l'hcsioge donjon. Ce terrible matamore qu'on appelait beau Lagardère n'était pas Jà en définitive, et

n'est pas lui qu’on attendait ; aussi, nos m

tres en fait d'armes, après le premier Saisissem,

i i ur forfanterie,

— Eh bien, s'écria Saldagne, je vais te di ami Cocardasse. Je donnerais dix pistoles po le voir, ton chevalier de Lagardère.

— L'épée à Ja Main ? demanda le Gasco après avoir bu Un large trait et fait claquer ; langue. Eh bien, ce jour-là, mon bon, ajouta:t. £Tavement, sois en état de grâce, et mets-toi la garde de Dieu !

Saldagne Posa son feutre de travers, On n tait encore distribué aucur hoxrion :

veille. La danse allait peut-être Commencer, lors que Staupitz, qui était à la fenêtre, s'écria :

— La Paix, enfants ! voici M. de Payrolles, Je factotum du prince de Gonzague,

Celui-ei arrivait en eff à cheval,

— Nous avons trop parlé,

assepoil, et nous n'avons ri botte secrète valent de |:

voilà ce qu’il faut que envie de faire d’un Coup votre fortune ?

Pas n’est besoin de dire la réponse des compagnons de Passepoil. Celui-ci Poursuivit :

— Si vous voulez cela, laissez agir maître C'o- Cardasse et moi. Quoi que nous disions à ce Peyrolle, 8Ppuyez-nous.

— C’est entendu ! s’écria-t-on en chœur.

AU moins, ajouta frère Pascepoil en se Täs-

s de magnificence,

e 4 c'était mer

et par le glacis ; il était

dit Précipitamment en dit. Nevers et sa l'or, mes COMpagoons, Vous sachiez. Avez-vous

dificence, On ï Principalees bains.

l'hc.ioge du appelait lg nitive, et ce si, n0$S maîaisissement ie,

ais te dire, stoles pour

e Gascon, laquer sa aJouta-t-il

nets-toi à

On n° s'éétait merncer, lorsria :

rolles, le

; il était tamment ers et sa )agoons, Vez-vous compatre Co-

ce Pey-

Se Tras-

‘seyant, ceux qui n'auront pas ce soir le cuir troué par l'épée de Nevers pourront faire dire des esses à l’intention des défunts.

: Peyrolles entrait.

4 Passcpoil ôta le premier son bonnet de laine “bien révérencieusement, Les autres saluèrent à l'avenant.

Peyrolles avait un gros sac d'argent sous le ras. Il le jeta bruyamment sur la table en di- Ésont ; — Tenez, mes braves, voici votre pâture !

Puis, les comptant de l'œil.

: — À la bonne heure, reprit-il, nous voilà tous - au grand complet ! Je vais vous dire en peu de mots ce que vous avez à faire.

- — Nous écoutons, mon bon monsieur de Pey- * rolles, repartit Cocardasse en mettant ses deux * coudes sur la table : eh donc !

1 Les autres répétèrent :

! — Nous écoutons.

Peyrolles prit une pose d’orateur.

— Ce soir, dit-il, vers huit heures, un homme * viendra par ce chemin que vous voyez ici, juste sous la fenêtre. 11 sera à cheval ; il ttachera sa : monture aux piliers du pont, après avoir franchi * la lèvre du fossé. Regardez, là, sous le pont, apercevez-vous une croisée basse, fermée par des + contrevents de chêne ?

EE — Parfaitement, mon bon monsieur de Peyrolles, répondit Cocardasse ; aS pas pur ! nous ne sommes pas aveugles.

— L'homme s’approchera de la fenêtre.

— Et, à ce moment-là, nous l’accosterons ?

— Poliment, interrompit Peyrolles avec un sourire sinistre : et votre argent sera gagné, — Capédédiou ! s’écria Cocerdasse, ce bon

monsieur de P.

rire !

— Est-ce entendu ?

— Assurément ; Mais vou encore, je suppose ?

is, je suis Pressé, dit Peyr.

Uvement de retraite.

-— Comment ! s’écria Je Gascon, sans dire

nom de celui que nous devons... aCcoster ?

OUS regarde pas Cocardasse cligna de l'œil :

tout aussitôt murmure mécontent s’éleva

ayrolles, il à toujours le mot

nnus avoir appris, poursui est l’honnête seio

te P, mon bon mo:

sieur de Peyrolles.

— Puisque vous êtes bien payés ?

—Peut-être que n

sez bien Payés, mon bon Monsieur de Payrolles — Qu'est-ce à dir

e, l’ami ?

Cocardasse se le — Capédédion ! mon mignon, dit-il en &geant de ton brusquement, Parlons franc. Nous Sommes tous ici prévôts d'armes, et, par consé-

Courtoisement une es lippe de Gonzague.

s le mot Pour

quittez pas

dit Peyrolles raite.

Sans dire Je ster ?

AUSsitôt un pe des esta malisé.

Poursuivit IT pour qui

: Les estafiers approuvèrent chaudement du bon-

net.

Peyrolles parut hésiter un instant.

— Mes braves, dit-il, puisque vous avez si bonne envie de savoir, vous auriez bien pu deviner,

À qui appartient ce château ?

— À M. le marquis de Caylus, sandiéou ! un ‘bon seigneur chez qui les femmes ne vicillissent pas. A:Caylus-Verrou, le château. Après ?

| -- Parbleu ! Ja belle finesse ! fit bonnement Peyrolles ; vous travaillez pour M. le marquis de -Caylus.

. — Croyez-vous cela, vous autres ?

: Cocardasse d’un ton insolent.

— Non, répondit frère Passepoil.

— Non, répéta aussitôt la troupe docile.

demanda

Son long * Un peu de Sang vint aux joues creuses de Pey- É ‘ rolles.

it de pren- É Comment, coquins ! s’écria-t-il. * — Tout beau ! interrompit le Gascon ; mes nobon mon- + bles amis murmurent.. prenez garde ! Discutons * plutôt avec calme et comme des gens de bonne compagnie, Si je vous comprends bien, voici le 18 pas as- Æfait: M. le marquis de Caylus a appris au’un Payrolles. { gentilhomme beau et bien fait pénétrait de temps = - en temps, la nuit, dans son château, par cette femitèrent. . nêtre basse. Est-cela. Est-ce cela ? en chan- 4 — Oui, fit Peyrolles.

Nous En sait que mademoiselle Aurore de Caylus, sa AT COnsé- PE fille, aîme ce gentillomme...

US Gas- À __ C'est rigoureusement vrai, dit encore le facres ‘* et Î totum.

int quit. Ÿ — Selon vous, monsieur de Peyrolles ! Vous les font. | expliquez ainsi notre réunion à l’auberge de la 4 Ts 1 Pomme d'Adam. D’autres pourraient trouver e 1- Pay

Plication plausible ; mais, moi, j'ai mes rai-

Sons pour la trouver mauvaise, Vous n'avez pi dit ia vérité, monsieur de Peyrolles.

— Par le diable ! s’écria celui-ci, c’est tro d’impudence !

Sa voix fut étouffée par celle des estafiers, qi disaient :

— Parle, Cocardasse ! parle, parle !

Le Gascon ne se fit point prier.

— D'abord, dit-il, mes amis savent comme mc que ce visiteur de nuit, recommandé à nos épées n’est pas moins qu'un prince...

- Un prince ! fit Peyrolles en haussant le épaules.

Cocardasse continua :

-— Le prince Philippe de Lorraine, duc de Ne vers,

— Ah !.. se récria le factotum.

— Elle est sa femme ! acheva le Gascon réso lument.

Peyrolles pâlit et balbutia :

— Comment sais-tu cela. toi °

— Je le sais. voilà qui est certain. Comment j le sais, peu vous importe. Tout à l’heure, je vai: vous montrer que j’en sais bien d’autres, Un ma: riage secret a été célébré, il y a tantôt quatr ans, à la chapelle de Uaylus, et, si je suis bien informé, vous et votre noble maître.

Il s’interrompit pour ôter son feutre d’un air moqueur et acheva :

— Vous étiez témoin, monsieur de Peyrolles.

Celui-ci ne niait plus.

—Où en voulez-vous venir avec tous vos commérages ? demanda-t-il seulement.

— À découvrir, répondit le Gascon, le nom de l'illustre patron que nous servons cette nuit.

— Nevers a épousé la fille maloré le père, dit

Peyrolles ; M, de Caylus se venge. Quoi de plus simple ?

— Rien de plus simple, si le bonhomme Verrou savait. Mais vous avez été discrets, M. de Caylus ignore tout. Capédédiou ! Je vieux ma‘ois se garderait bien de faire dépêcher ainsi le plus riche parti de France ! Tout serait arrangé depuis longtemps, si M. de Nevers avait dit au bonhomme : ‘* Le roi Louis veut me faire épouser mademoiselle de Savoie, sa nièce : moi, je ne VEUX pas; moi, je suis secrètement le mari de votte fille.” Mais la réputation de Caylus-Verrou l’a cffrayé, le pauvre prince. I] a éraint pour sa femme, qu'il adore...

— La conclusion ? interrompit Peyrolles.

— La conclusion, c’est que nous ne travaillons , pas pour M. de Caylus.

2 — C’est clair ! dit Passepoil.

— Comme le jour, gronda le chœur.

n'avez pas est trop

afiers, qui

mme moi nos épées,

ssant les s.

ic de Ne-

CON réso- …

+ — Et pour qui pensez-vous travailler ?

2 — Pour qui ! ah ! ah ! sandiéou ! pour qui ? . À Savez-vous l’histoire des trois Philippe ? Je vais mment je € vous la diro en deux mots. Ce sont trois sei- €, 16 VAS À énours de bonne maison, vivadiou ! l’un est . Un ma-

Philippe de Mantoue, prince de Gonzague, votre : maître, monsieur de Peyrolles, une altesse rui- 1 née, traquée, qui se vendrait au diable à bon - marché; le second est Philippe de Nevers, que nous attendons ; Je troisième est Philippe de France, due de Chartres. Tous trois beaux, ma vrolles. # ;,; ! tous trois jeunes et brillants. Or, tâchez de

Ôt quatre suis bien

d’un air

concevoir l'amitié la plus robuste, la plus héroï-

PROEEUUES rien plus impossible, vous n’aurez qu'une fai- — dE Les trois Philippe, Voilà ce qu’on dit à Paris. uit.

- dit Nous laisserons de côté, s’il vous plaît, pour ere, ol calse, le neveu du roi. Nous ne nous occuperons

| ble idée de la mutuelle tendresse que se portent

re

que de Nevers et de Gonzague, que de Pythias e de Damon.

—Eh! morbleu! s’écria ici Peyrolles, allez-vou accuser Damon de vouloir assassiner Pythias !

—Eh donc! fit le Gascon, le vrai Damon étai à son aise ; le Damon du temps de Denys, tyran de Syracuse, et le vrai Pythias n'avait Pas si) cent mille écus de revenu.

—Que notre Pythias, à nous, possède,interrom pit Passepoil, et dont notre Damon est l’hérition présomptif.

— Vous sentez, mon bon monsieur de Peyrolles poursuivit Cocardasse, que cela change bien là thèse ; j'ajoute que le vrai Pythias n'avait point une aimable maîtresse comme Aurore de Caylus, et que le vrai Damon n’était pas amoureux de la belle, ou plutôt de sa dot,

— Voilà! conclut pour la seconde fois frère Pas. sepoil.

Cocardasse prit son verre et l’emplit.

—Messieurs, reprit-il, à la santé de Damon... je veux dire de Gonzague, qui aurait demain six cent mille écus de revenu, mademoiselle de Caylus et sa dot, si Pythias… je veux dire Nevers, s’en allait de vie à trépas cette nuit !

—AÀ la santé du prince Damon de Gonsague,s 6crièrent tous les spadassins, frère Passepoil en tête. = —Eh donc! que dites-vous de cela, monsieur da Peyrolles ? ajouta Cocardasse triomphant.

—Rêveries! gronda l’'hamme de confiance, mensonges ! :

—Le mot est dur. Mes vaillants amis seront juges entre nous. Je les prends à témoin.

—Tu as dit vrai, Gascon : tu as dit vrai ?

fit-on autour de la table.

—Le nrinca Phihippe de i0nzague,déciama Pey-

Pythias et

allez-vous rthias !

mon était YS, tyran t pas six

interroml'héritier

Peyrolles, > bien la s n'avait curore de \s amou-

rère Pasmon... je ain six de Cay-

Nevers,

igue,s 6poil en

sieur de

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ce,menseront

vrai ?

1a Pey-

bah

ET,

rolles, qui essaya de faire de la dignité, est trop au-dessus de parcilles infamies pour ou’on ait be soin de le disculper sérieusement.

Cocardasse l'interrompit.

—Alors, assevez-vous, mon bon monsieur le Peyrolles, dit-il.

Et, comme le confident résistait, il le coila de force sur une escabelle en reprenant

—Nous allons arriver à de plus grosses infamies. * Passepoil !

—Cocardasse! répondit le Normand.

—Puisque M. de Peyrolles ne se rend pas, à ton tour de prêcher, mon bon !

Le Normand rougit jusqu'aux oreilles et baissa les yeux.

—C'est que, balbutia-t-il, je ne sais pas parler en public.

—Veux-tu marcher ! commanda maître Cocagdasse en relevant sa moustache ; as pas peur! ces messieurs excuseront ton inexpérience et ta jeunesse.

—Je compte sur leur indulgence, murmura le timide Passepoil.

Et, d’une voix de jeune fille interrogée au “atéchisme, le digne prévôt commença :

—M. de Peyrolles a bien raison de tenir son maître pour un parfait gentilhomme. Voici le détail qui est parvenu à ma connaissance ; moi, je n’y vois point de malice, mais de méchants esprits pourraient en juger autrement. Tandis que les trois Philippe menaient joyeuse vie à Paris,si joyeuse vie, que le roi Louis menaÇça d'envoyer son neveu dans ses terres... je vous parle de deux Ou trois ans, j'étais au service d’un docteur italien, élève du savant Exili, nommé Pierre Garba.

—Pietro Garha de Gaëte ! interrompit Faënza; je l’ai connu. C'était un noir coquin !

Frère Passepoil eut un doux sourire.

—C'était un homme rangé, rerrit-il, de mœur tranquilles, affectant de Ja religion, instrui comme les gros livres, et qui avait pour métie de composer des breuvages bienfaisants qu'il ap pelait la liqueur de longue vie.

Les spadassins éclatèrent de rire tous à la fois

—As pas peur! fit Cocardasse, tu raconte comme un Dieu! marche!

M. de Peyrolles esSsUva son front, où il ÿ avai! de la sueur.

-—Le prince Philippe de Gonzague, reprit Pa. e. poil, venait voir très souvent le bon Pierre Garba.

—Plus bas! interrompit le confident comme malgré lui.

—Plus haut ! s’écrièrent les br: ves.

Tout cela les divertissait infiniment, d'autant mieux qu'ils voyaient au bout une augmemtation de salaire,

—Parle, Passepoil : parle, parle! firent-ils en resserrant leur cercle.

Et Cocardasse, caressant la nuque de son prévôt, dit d’un accent tout paternel :

—Lou couquin a du succès, capédédiou !

—Je suis fâché, Poursuivit frère Passepoil, de répéter une chose qui paraît déplaire à M. de Peyrolles ; mais le fait est que le prince de Gon- Zague venait très souvent chez Garba, sans doute pour s’instruire, [En ce temps-là, le jeune duc de Nevers fut Pris d’une maladie de langueur…

—Calomnie! fit Peyrolle, odiense calomnie.

Passepoil demanda candidement

—Qui donc ai-je accusé, mon maître ?

Et, comme le confident se mordit la lèvre ‘jusqu'au sang, Cocardasse ajouta

de mœurs

instruit ur métier qu'il ap-

à la fois, racontes

Il # avait

rit Pa. eerre Gar-

comme

d'autant Igmemita-

it-ils en son pré-

oil, de à M. de de Gonns douune duc ‘ueur.….

nie.

re ‘jus-

LU

—Ce bon M. de Peyrolles n'a plus le verbe si haut, non.

Celui-ci se leva brusquement,

— Vous me laisserez me retirer, je pense ! dit-il avec une rage concentrée,

— Certes, fit le Gascon, qui riait de bon cœur : et, de plus, nous vous ferons escorte jusqu'au château, Le bonhomme Verrou doit avoir fini sa sieste ; nous irons nous expliquer avec lui.

Peyrolle retomba sur son siège. Sa face prenait des tons verdâtres. Cocardasse, impitoyable lui tendit un verre.

—Buvez pour vous remettre, dit-il ; car vous n'avez pas l'air à votre aise, Buvez un coup. Non? Alors, tenez-vous en repos et laissez parler lou petit couquin de Normand, qui prêche mieux qu'un avocat en la grand'chambre.

Frère Passepoil salua son chef de file avec reconnaissance, et reprit

—On commençait à dire partout : ‘Voici ce pauvre jeune duc de Nevers qui s’en va.” La cour et la ville s'inquiétaient, C’est une si noble maison que ces Lorraine ! Le roi s’informa de ses nouvelles.” Philippe, duc de Chartres, était inconsolable.…

—Un homme plus inconsolable encore,interrompit Peyrolles, qui réussit à prendre un accent pénétré, c'était Philippe, prince de Gonzague !

-—Dieu me garde de vous contredire ! fit Passepoil, dont l'aménité inaltérable devrait servir d'exemple à tous [es gens qui discutent. Je crois bien que le prince Philippe de Gonzague avait beaucoup de chagrin, la preuve c'est qu’il venait tous les soirs chez maître Garba, déguisé en hoimme de livrée, et qu’il lui répétait toujours d’un tir découragé : “Cet bien iong, docteur, c'est bien long ! ”

Il n’y avait Pas, dans la salle basse du cabare de la “ Pomme d'Adam,” un homme qui ne fù un meurtrier, et Pourtant chacun tressaillit Toutes les veines eurent froid. Le gros Poing d Cocardasse frappa la table. ble courba |:

tête et resta muet,

—Un soir, Poursuivit frère Passepoil en bais sant Ja voix malgré Jui, un soir, Philippe de Gonzague vint de meilleure heure, Garba lui tâta le pouls ; ;i] avait la fièvre, “ Vous avez gagné beaucoup d'argent au jeu,” lui dit Garba qui le connaissait bien. Gonzague se prit à rire et répondit : ‘ J'ai perdu deux. mille pistoles.

7 Mais il ajouta tout de suite après : Nevers à voulu faire assaut aujourd’hui à l'académie : ;] n'est plus assez fort pour tenir l'épée. — Alors Mmurmura le docteur Pierre Garba, c'est la fin, Peut-être que demain...” Mais, se hâta d'ajouter Passepoil d’un ton Presque joyeux, les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Le lendemain, précisément, Philippe, due de Chartres, prit Nevers dans son Carrosse, et fouette cocher pour Ja Touraine ! Son Altesse emmenait Nevers dans

gea d’aller faire un tour de ce côté, J'étais à Préparer ses bagages lorsque malheureusement, une nuit, son alambic se féêla. Il mourut du Coup, le pauvre docteur Pierre Garba, pour avoir respiré la vapeur de son élixir de longue vie !

—Ah! l’honnête Italien ! s’écria-t-on à la ronde.

—Oui, dit frère Passepoii avec simplicité, je l’ai bien regretté, POUr ma part ; mais voici la iin

lu cabaret jui ne fût tressaillit.

| poing de courba la

| en baisilippe de , lui tâta eZ gagné ba qui le ire et réistoles.

Nevers a mie ; il — Alors t la fin, ajouter jours se demain, prit Ne- Pour Ja rs dans Y était t le sorrannée le Gone chartais à ement, rut du ‘avoir je !

a ron-

je l’ai la iin

ati he ñ a

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it

de l’histoire, Nevers fut dix-huit mois hors de France. Quand il revint à la cour, ce ne ‘ut qu'un cr' Nevers avait rajeuni de dix ans !

Nevers était fort, alerte, infatigable! Bref, vous savez tous que, après le beau Lagardère, Nevers est aujourd'hui la première épée du monde ontier,

Frère Passepoil se tut, après avoir pris une attitude modeste, et Cocardasse conclut

-Si bien que M. de Gonzague s’est cru obligé de prendre huit prévôts d'armes pour avoir rai. son de lui seul... As pas peur !

Il y eut un silence, Ce fut M. de Peyrolles qui le rompit.

—Où tend ce bavardage ? demanda-t-il, A une augmentation de salaire ?(

-Considérable,— d’abord, répliqua le Gascon.

En bonne conscience, 2 ne peut prendre le même prix pour un père qui venge l'honneur de sa fille, et pour Damon qui veut hériter trop tôt de Pythias.

—Que demandez-vous ?

—Qu’on triple la somme.

— Soit, répondit Peyrolles sans hésiter.

—En second lieu, que nous fassions tous partie de la maison de Gonzague après l'affaire.

—Soit! dit encore le factotum.

—En troisième lieu.

—Vous demandez trop... commença Peyrolles.

—Pécaïré ! s’écria Cocardasse en s'adressant à Passepoil ; il trouve que nous demandons trop !

—Soyons juste! dit le conciliant prévôt. Il se Pourrait que le neveu du roi voulût venger son ami, et alors.

—En ce cas, réplivua Pevrolles, nous Passons

la frontière, Gonzague rachète ses biens d'Italie, et nous sommes tous en sûreté là-bas.

Cocardasse consulta du regard frère Passepoil d’abord, puis ses acolytes.

—Marché conclu, dit-il.

Peyrolles lui tendit la main.

Le Gascon ne la prit pas. Il frappa sur son épée et ajouta :

—Voici le tabellion qui me répond de vous, mon bon monsieur de Peyrolles. As pas peur !

vous n’essayerez Jamais de nous tromper, vous!

Peyrolles, libre désormais, gagna la porte.

—Si vous le manquez, dit-il sur le seuil, rien de fait.

—Cela va sans dire ; dormez sur les deux oreilles, mon bon monsieur de Peyrolles !

Un large éclat de rire suivit le départ du contfident ; puis toutes les Voix joyeuses s’unirent Pour crier :

—AÀ boire ! à boire !

d'Italie,

’assepoil

sur son

? vous, peur !

, vous!

rte.

rien de

s deux

1 confianirent

Il était à peine quatre heures de relevée. Nos estafiers avaient du temps devant eux. Sauf Passepoil, qui avait trop regardé la maritorne lourche et qui soupirait fort, to it le monde était joyeux. =

On buvait dans la salle basse du cabaret de la ‘* Pomme d'Adam 7, on criait, on chantait. Au fond des douves de Caylus, les faneurs après la chaleur passée, activaient le travail, et liaient en bottes la belle récolte de foin.

Tout à coup un bruit d chevaux se fit sur la lisière du bois d’Ens, et, l'instant d’après, on entendit des cris dans la .douve.

C’étaient les faneurs qui fuyaient en hurlant aux coups de plat d’épée d’une troupe de parti- Sans. Ceux-ci venaient au fourrage, et certes ils ne pouvaient trouver ailleurs de plus noble fenaison.

Nos huit braves s'étaient mis-à la ferêtre &e l'auberge pour mieux voir.

—Les drôles sont hardis ! dit Cocardasse junior.

——Venir ainsi jusque sous les fenêtres de M. le Marquis! ajouta Passepoil.

--Combien sont-ils ? Trois, six, huit...

—Juste autant que nous !

Pendant cela, les fourrageurs faisaient leur Provision tranquillement, riant et prodiguant les

gorges chaudes. Ils savaient bien que les vieux fauconneaux de Caylus étaient muets depuis longtemps.

C’étaient encore des justaucorps de buffle, des feutres belliqueux et de longues rapières : le beaux jeunes hommes pour la plupart, parmi Jesquels deux ou trois paires de moustaches grises; seulement, ils avaient, de plus que nos prévôts, des pistolets à l’arçon de leurs selles,

Leur accoutrement n'était, du reste point pareil. On reconnaissait dans ce petit escadron les uniformes délabrés de divers corps réguliers. Il y avait deux chasseurs de Brancas, un canonnier de Flandres, un miquelet d’au delà des monts,un vieil arbalétrier qui avait dû voir la Fronde. Le surplus avait perdu son cachet, comme sont les médaills frustes. Le tout pouvait être pris Pour une belle et bonne bande de voleurs de grand chemin.

Et de fait, ces aventuriers, qui se décoraient du nom de volontaires royaux, ne valaient guère mieux que des bandits.

Quand ils eurent achevé leur besogne et chargé leurs chevaux, ils remontèrent le chemin charretier. Leur chef, qui était un des deux chasseurs de Brancas, portant les galons de brigadier, regarda tout autour de lui et dit :

—Par ici, messieurs, voici justement notre affaire.

Ti montrait du doigt le cabaret de la “ Pomme d’Adam.”’

—Bravo ! criè.ent les fourrageurs.

—Mes maîtres, murmura Cocardasse junior, je Vous coneille de décrocher vos épées.

En un clin d'œil, tous les ceinturons furent rebouclés, et les prévôts d'armes, quittant la fenétre, se mirent autour des tables.

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uffle, des res : de armi leses grises; prévôts,

Joint paidron les ers. Il y anonnier nonts,un onde. Le sont les être pris leurs de

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Pomme

nior, je

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Cela sentait la bagarre d’une lieue. F rère Passepoil souriait paisiblement sous ses trois poils de moustache.

—Nous disions donc, commença Cocarvdasse afin de faire bonne contenance, que le meilleur moyen de tenir la garde à un prévôt gaucher, ce qui est toujours fort dangereux...

—Holà! fit en ce moment le chef des maraudeurs, dont le visage barbu se montra à la porte ; l'auberge est pleine, enfants !

—Il faut la vider, répondirent ceux qui le suivaient.

C'était simple, c'était logique. Le chef, qui se nommait Carrigue, n’eut point d’objections à faire. Ils descendirent tous de cheval, et attachèrent effrontément leurs montures chargées de foin aux anneaux qui étaient au mur du cabaret.

Jusque-là, nos prévôts n’avaient pas bougé.

—Çà! dit Carrigue en entrant le premier,qu’on déguerpisse, et vite ! il n’y a place ici que pour les volontaires du roi.

On ne répondit point. Cocardasse se tourna seulement vers les siens et murmura :

—De la tenue, enfants ! Ne nous emportons Pas, et faisons danser en mesure messieurs les volontaires du roi.

Les gens de Carrigue encombraient déjà la porte,

—Eh bien! fit celui-ci, que vous a-t-on dit ?

Les maîtres d’armes se levèrent et saluèrent poliment.

—Priez-les, dit Je canonnier de Flandres, ije Passer par les fenêtres.

En même temps il prit le verre plein de Cocardasse, et le porta à ses lèvres.

Carrigue disait cependant :

-—Ne voyez-vous Pas, mes rustres, que no:

avons besoin de vos brocs, de vos tables et ( vos escabelles ?

— As pas peur! fir Cocardasse junior, nous a lons vous donner tout cela, mes mignons.

Il écrasa le broc sur la tête du canonnier, ta) dis que frère Passepoil envoyait sa lourde esc, belle dans la poitrine de Carrigue.

Les seize flamberges furent au vent au mêm instant. (C'étaient tous gens d’armes solides braves et batailleu. . par goût. Ils allaient ave ensemble et de bon cœur.

On entendait le ténor Cocardasse dominer | tumulte par son juron favori.

-—Vivadiou! servez-les ! servez-les! disait-il,

A quoi Carrigue et les siens répondirent et chargeant tête baissée.

-—En avant! Lagardère! Lagardère !

Ce fut un coup de théâtre. Cocardasse et Pas sepoil, qui étaient au premier rang, reculèrent et mirent la table massive entre les deux armées.

—Âs pas peur ! s’écria le Gascon ; bas les armes partout !

Il y'avait déjà trois ou quatre volontaires fort maltraités. L’assaut ne leur avait point réussi, et ils ne voyaient que trop désormais à qui ils avaient affaire.

—Qu'’avez-vous dit là ? reprit frère Passepoil dont la voix tremblait d'émotion ;: qu’avezvous dit là ?

Les autres prévôts murmuraient et disaient

—Nous allions les manger comme des mauviettes !

—-La paix! fit Cocardasse avec autorité.

Et s'adressant aux volontaires en désarroi :

—Répondez franc, dit-il, Pourquoi avez-vous crié Lagardère ?

que nous bles et de

, nous ulns.

nier, tan urde esc,.

au même s solides, ient avec

lominer le

sait-il.

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aires fort it réussi, qui ils

’assepoil qu’avez-

aient nauviet-

rroi Vez-VOuUS

—Parce que Lagardère est notre chef, répondit Carrigue.

—Le chevalier Henri de Lagardère ?

—Qui.

—Notre petit Parisien! notre bijou! roucoula frère Passepoil qui avait déjà l’œil humide.

— Un instant, fit Cocardasse : pas de méprise! Nous avons laissé Lagardère à Paris, chevau-lé. ger du corps.

—Eh bien, riposta Carrigue, Lagardère s’2st ennuyé de cela. Iln’a conservé que son uniforme, et commande une compagnie de volontaires royaux, ici, dans la vallée.

—Alors, dit le Gascon, halte-là! les épées au fourreau! Vivadiou! les amis du petit Parisien sont les nôtres, et nous allons boire ensemble à la première lame de l’univers.

—Bien, cela! fit Carrigue, qu‘ sentait que sa troupe l’échappait belle.

Messieurs les volontaires royaux rengaînèrent avec em} ‘ssement,

—N'au --nous Pas au moins des excuses ?

demanda : .:pé le Tueur, fier comme un Castillan.

—Tu auras, mon vieux compagnon, répondit Cocardasse, la satisfaction de te battre avec moi si le cœur t’en dit ; mais, quant à ces messieurs ils sont sous ma Protection, A table! du vin! Je ne me sens pas de joie. Eh donc!— I] tendit son Verre à Corrigue.— J’ai l'honneur, reprit-il, de vous présenter mon prévôt Passepoil, qui,soit dit sans vous offenser, allait vous enscigner une couranté dont vous n’avez pas la plus légêre idée. Il est, comme moi, l’ami dévoué de Lagardère.

Et il s'en vante! interrompit frère Passepoil.

—Quant à ces messieurs, poursuivit le Gascon,

Vous pardonnerez à leur mauvaise humeur, {| Vous tenaient, mes braves ; je leur ai ôté le mor ceau de la bouche. toujours sans vous offenser Trinquons.

On trinqua. Les derniers mots, adroitemen jetés par Cocardasse, avaient donné satisfactior aux prévôts, et messieurs les volontaires ne sem blaient point juger à Propos de les relevx. Il avaient vu de trop près l’étrille.

Pendant que la maritorne, presque oubliée pai Passepoil, allait chercher du vin frais à la cave, on transporta escabelles et tables sur la pelouse, car la salle basse du cabaret de la ‘ Pomme d’Adam ”” n’était réellement plus assez grande pour contenir cette vaillante compagnie.

Bientôt tout le monde fut à l'aise et commodément attablé sur le glacis.

—Parlons de Lagardère, s’écria Cocardasse ; c’est pourtant moi qui lui ai donné sa première leçon d'armes. I] n'avait pas seize ans, mais quelles promesses d’avenir !

— Il en a à peine dix-huit aujourd’hui, dit Carrigue, et Dieu sait qu’il tient parole.

Malgré eux, les prévôts prenaient intérêt à cet- ‘ te manière de héros dont on leur rebattait les oreilles depuis le matin. Ils écoutaient, et personne parmi eux ne souhaitait plus se trouver en face de lui ailleurs qu’à table.

—Oui, n'est-ce Pas, continua Cocardasse en s’animant, il a tenu parole? Pécaïré! il est toujours beau, toujours brave comme un lion !

—Toujours heureux auprès du beau sexe! murmura Passepoil en rougissant jusqu’au bout de ses longues oreilles,

—Toujours évaporé, poursuivit le Gascon, toujours mauvaise tête ?

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té le mor- 3 offenser.

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—Bourreau des crânes, et si doux avec les faibles !

—Casseur de vitres, tueur de maris !

Ils alternaient, nos deux prévôts, comme les bergers de Virgile : ‘“ Arcades ambo."

—Beau joueur !

—Jetant l'or par les fenêtres !

—Tous les vices, capédédiou !

— Toutes les vertus !

Pas de cervelle.

Un cœur... un cœur d’or !

Ce fut Passepoil qui eut le dernier mot. Cocardasse l’embrassa avec effusion.

—À la santé du petit Parisien! à la santé ‘le Lagardère! s’écrièrent-ils ensemble,

Carrigue et ses hommes levèrent leurs tasses avec enthousiasme. On but debout. Les prévôts n’en purent point donner le démenti.

—Mais, par le diable! reprit Joël de Jugan, le bas Breton, en posant son verre, apprenez-nous donc au moins ce que c’est que votre Lagardère!

—Les oreilles nous en tintent, ajouta Saldagne. Qui est-il ? d’où vient-il? que fait-il ?

—Mon bon, répondit Cocardasse, il est gentilhomme aussi bien que le roi ; il vient de la rue Croix-des-Petits-Champs ; il fait des siennes. Etes-vous fixés ? Si vous en voulez plus long, versez à boire.

Passepoil lui emplit son verre, et le Gascon eprit, après s'être un instant recueilli :

—Ce n’est pas une merveilleuse histoire,ou plutôt cela ne se raconte pas. Il faut le voir à l’œuvre. Quant à sa naissance, j'ai dit qu’il était plus noble que le roi, et je n’en démordrai pas ; Mais, en somme, on n’n. Jamais connu ni son père ni sa mère. Quand je l’ai rencontré, il avait douze ans ; c'était dans la cour des Fontaines,

devant le Palais-Royal. Il était on train de se faire assommer par une demi-douzaine de vagabonds plus grands que lui. Pourquoi ? Parce

nom: “ Le petit Lagardère — Et ses parents ?— 11 n’a pas de Parents.— Qui à soin de lui ?—Personne.— Où loge-t-il ?— Dans le pignon ruiné de l’ancien hôtel de Lagardère, au coi de la rue St- Honoré.— A-t-il un métier ?— Deux plutôt qu'un il plonge au pont-Neuf, il se désosse dans la cour des Fontaines.— As pas peur ! voilà deux beaux métiers ! ”

Vous autres, étrangers, s'interrompit ici Cocardasse, vous ne savez pas qu’elle profession c’est que de plonger au Pont-Neuf. Paris est la ville des badauds. Les badauds de Paris lancent ‘lu Parapet du Pont-Neuf des pièces d’argent dans la rivière, et il y a des enfants intrépides qui vont chercher ces pièces d’argent au péril de leur vie. Cela divertit les badauds. Vivadiou! entre toutes les voluptés, la meilleure est de bâtonner un de ces bagasses de bourgeois! Et ça ne coûte pas cher.

Quant au métier de désossé, on en voit partout. Lou petit couquin de Lagardère faisait tout ce qu’il voulait de son corps : il se grandissait il se rapetissait ; ses jambes étaient des bras, ses bras étaient des jambes, et il me semble encore le voir, sandiéou! quand il singeait le vieux bedeau de Saint-Germain-l’Auxerrois, qui était bossu par devant et par derrière.

Va bien! eh donc ! ie le trouvais gentil, moi, ce petit homme, avec sng cheveux blonds et ses joues roses. Je le tirai des mains de ses ennemis,

ain de se le vaga- ? Parce aliser la sous la idai son rents ?—

?—Perruiné de rue Stit qu'un la cour x beaux

| Cocaron c’est la ville cent ‘lu dans la ai vont ‘ur vie.

re touner un ûte pas

it parfaisait grannt des semble eait le is, ui

; MOI, et ses

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et je lui dis : “ Couquin! veux-tu venir avec moi ?

Il me répondit : ‘ Non, parce que je veille la mère Bernard.” La mère Bernard était une Pauvre mendiante qui s'était arrangé un trou dans le pignon en ruine. Le petit Lagardère lui apportait chaque soir le produit de ses plongeons et de ses contorsions.

Alors je lui fis un tableau complet des délices d'une salle d'armes. Ses beaux yeux flambaient. Il me dit gvec un gros soupir :

Quand la mère Bernard sera guérie, j'irai chez vous,

Et il s’en alla. Ma foi! je n’y songeais plus.

Trois ans après, Passepoil et moi, nous vimes arriver à notre salle un grand chérubin timide et tout embarrassé,

—Je suis le petit Lagardère, nous dit-il an mère Bernard est morte.

Quelques gentilshommes qui étaient là eurent envie de rire. Le grand chérubin rougit, baissa les yeux, se fâcha, et les fit rouler sur le plancher. Un vrai Parisien, quoi! mince, souple,gracieux comme une femme, mais dur comme du fer.

Au bout de six mois, il eut querelle avec un de nos prévôts, qui Ini avait méchamment rappelé ses talents de plongeur et de désossé. Sandiéou ! le prévôt ne pesa pas une once.

Au bout d’un an, il jouait avec moi comme je jouerais avec un des messieurs les volontaires du roi... soit dit sans les offenser. ;

\ors il se fit soldat. Il tua son capitaine : il déserta. Puis il s'engagea dans les Enfants-Perdus de Saint-Luc, pour la campagne d’Allemagne. Îl prit la maîtresse de Saint-Luc ; il déserta M. de Villars lefit entrer dans Fribourg-en- Brisgaw ; il en sortit tout seul, sans ordre, et

ramena quatre grands diables de soldats allemands liés ensemble comme des moutons. Villars le fit cornette ; il tua son colonel ; il fut cassé. Pécairé! quel enfant !

Mais M. de Villars l'aimait. Et qui ne l’aimerait ? M. de Villars le chargea de porter au roi la nouvelle de la défaite du due de Bade. Le duc d'Anjou, le vit, le voulut Page. Quand ;il fut page, en voici bien d’une autre ! les dames de la Dauphine se battirent pour l’amour de lui, le matin et le soir. On le congédia.

Enfin la fortune Jui sourit ; le voilà chevauléger du corps. Capédédiou ! je ne sais pas si c'est pour un homme ou Pour une femme qu'il a quitté la cour ; Mais si c’est une femme tant mieux pour elle ; si c’est une homme, ‘“ de profundis ! ”

Cocardasse se tut et lampa un grand verre. Il l’avait bien mérité. Passepoil lui serra la main en manière de félicitation.

Le soleil s’en allait descendant derrière les arbres de la forêt, Carrigue et ses gens parlaient déjà de se retirer, et l’on allait boire une dernière fois au bon hasard de la rencontre, lorsque Saldagne aperçut un enfant qui se glissait dans les douves et tâchait évidemment de n'être point découvert.

C'était un petit Sarçon de tre. à quatorze ans, à l’air craintif et tout effaré. Il portait 'e costume de page, mais sans couleurs, et une ceinture de courrier lui ceignait les reins.

Saldagne montra l'enfant à ses compagnons.

—Parbleu! s’écria, Carrigue, voilà un gibier que nous avons déjà couru. Il a éreinté nos che- Vaux tantôt. Le gouverneur de Venasque a des espions ainsi faits, et nous allons nous emparer de celui-ci.

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—D’accord, répliqua le Gascon ; mais je ne crois pas que ce jeune drôle appartienne au gouverneur de Venasque. Il y a d’autres anguilles sous roche de ce côté-ci, monsieur le volontaire, et ce gibier-là est Pour nous, soit dit sans vous offenser.

Chaque fois. que le Gascon prononçait cette formule impertinente, il regagnait un point auprès de ses amis les prévôts.

On arrivait de deux manières au fond du fossé : par la route charretière et par un escalier à pic pratiqué à [a tête du pont. Nos gens se partagèrent en deux troupes, et descendirent par les deux chemins à la fois. Quand le pauvre enfant se vit ainsi cerné, il n’essaya point de fuir,et les larmes lui vinrent aux yeux. Sa main se plongéa furtivement sous le revers de son justaucorps.

—Mes bons seigneurs! s'écria-t-il, ne me tuez pas. Je n’ai rien! je n’ai rien ! je n’ai rien !

Il prenait nos gens pour de purs et simples brigands. Ils en avaient bien l'air.

—Ne mens pas, dit Carrigue, tu as passé les monts, ce'matin ?

—Moi? fit le page ; les monts ?

—Au diable! interrompit Saldagne ; il vient d’Argelès en ligne directe : n'est-ce pas, petit ?

—DjArgelès répéta l’enfant.

Son regard, en même temps, se dirigeait vers la fenêtre basse qui se montrait sous le pont.

— ÂÀs pas peur ! lui dit Cocardasse, nous ne voulons pas t’écorcher, jeune homme. À qui portes-tu cette lettre d'amour ?

— Une lettre d'amour ? répéta encore le page.

Passepoil s’écria :

— Tu es né en Normandie, ma poule.

Et l'enfant de répéter :

— En Normandie, moi ?

— Il n'y a qu’à le fouiller, opina Carrigue.

— Oh ! non ! non! s'écria le petit page | tombant à genoux, ne me fouillez pas, mes bo seigneurs !

C'était souffler sur le feu pour l’éteindre. Pa sepoil se ravisa et dit :

— Îl n'est pas du Pays ; il ne sait pas mentir

— Comment t’appelles-tu ? interrompit C4 cardasse,

— Berrichon, répondit l'enfant sans hésiter.

— Qui sers-tu ?

Le page resta muet. Estafiers et volontaire qui l’entauraient commençaient à perdre pa tience. Saldagne le saisit au collet, tandis qu tout le monde répétait :

— Voyons, réponds ! qui sers-tu ?

— Penses-tu, petit bagasse, reprit le Gascon que nous ayons Je temps de jouer avec toi !

Fouillez-le, mes mignons, et finissons-en.

On vit alors un singulier spectacle : Je page, tout à l'heure si craintif, se dégagea brusquement des mains de Saldagne, et tira de son sein, d’un air résolu, une petite dague qui ressemblait bien un peu à un jouet. D'un bond, il passa entre Faënza et Staupitz, prenant sa course vers la partie orientale des fossés. Mais frère Passe- Poil avait gagné maintes fois le prix de la course aux foires de Villedieu. Le jeune Hippomène, qui conquit en courant la main d’Atalante, ne détalait pas mieux que lui. En quelques enjambées il eut rejoint le pauvre Berrichon, Celui-ci se défendit vaillamment, 1] égratigna Saldagne avec son petit poignard ; il mordit Car igue, et lança de furieux coups de pieds dans les jambes de Staupitz. Mais la partie était trop inégale.

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Berrichon, terrassé, sentait déjà près de sa poitrine la grosse main des estafiers, lorsque la foudre tomba au milieu de ses persécu ‘ours.

La foudre !

Carrigue s'en alla rouler à trois ou quatre pas, les jambes en l'air : Saldugne pirouetta sur lui-même et cogna le mur du rempart ; Stavpitz mugit ct s'affaissa comme un bœuf assommé ; Uocardasse junior fit la culbute et embrassa rudement le sol, Eh donc !

C'était un seul homme qui avait produit ce vacarme en un clin d'œil, et pour ainsi dire du même coup.

An large cercle se fit autour du nouveau venu et de l'enfant. P 4 une épée ne sortit du fourreau, Tous les regards se baissèrent.

Lou coquin ! grommela Cocardasse qui se relevait en frottant ses côtes.

Il était furieux, mais un sourire naissait malré lui sous sa moustache.

- Le petit Parisien ! fit Passcpoil, tremblent d'émotion ou de frayeur,

Les gens de Carrigue, sans s'occuper de celuici, qui gisait étourdi sur le sol, touchèrent leurs feutres avec respect et dirent :

- Le capitaine Lagardère !

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