‹ Le bossu, ou, Le petit parisien [microforme]Chapitre 4 sur 18 · LA BOTTE DE NEVERS · texte numérisé non relu

LA BOTTE DE NEVERS

C'était Lagardère, le beau Lagardère 4e ce seur de têtes, le bourreau des cœurs.

Il y avait Jà seize épées de prévôts d’arm qui n’osaient pas seulement sortir du fourrea: seize spadassins Contre un jeune homme de di: huit ans qui souriait, les bras croisés sur sa po trine.

Mais c'était Lagardère !

Cocardasse avait raison, Passepoil aussi tous deux restaient au-dessous du vrai. Il avaient eu beau vanter leur idole, ils n’e avaient pas assez dit. C'était la jeunesse qui at tire et qui séduit, a jeunesse que regrettent le victorieux, la jeunesse que ne peuvent rachete ni la fortune conquise, :ni le génie planant sur 1 vulgaire agenouillé : la jeunesse en sa fière ei divine fleur, avec l’or de sa chevelure bouclée

On dit souvert : Tout le monde est jeune unc fois dans sa vie. A quoi bon chanter si haut cette gloire qui ne manque à personne ?

En avez-vous vu des jeunes hommes ? Et «i Vous en avez vu, combien ? Moi je connais des enfants de vingt ans et des vieillards de dix-huit. Les jeuncs hommes, je Jes cherche. J'entends ceux-là qui « Savent ‘en même temps qu’ils “peuvent ”?. faisant mentir le plus vrai des pro-

ère,-le cas-

ts d’armes | fourreau, ne de dixur sa poi-

il aussi :

vrai. Ils

ils n’en se qui atttent les i racheter int sur le fière et » bouclée, 2C l’éclair

jeune une re si haut

? Etsi mais des dix-huit.

entends s qu’ils des pro-

Æ verbes, ceux-là qui portent, comme les orangers

bénis des pays du soleil, le fruit à côié de la leur. Ceux-là qui ont tout à foison, l'honneur, le cœur, la sève, la folie, et qui s’en vont, brillants et chauds comm. un rayon, épandant à pleines mains, l'inépuisable trésor de leur vie. ils n'ont qu'un jour, hélas ! souvent ; car le contact de la foule est comme l’eau qui éteint toute îlamme. Bien souvent aussi toute cette splendide richesse se prodigue en vain, et ce front que Dieu avait marqué du signe héroïque ne cei: que la couronne de l’orgie,

Bien souvent.

C’est la loi. L'humanité a sur son grand-livre, comme l’usurier du coin, sa colonne des profits ot pertes.

Henri de Lagardère était d’une taille un peu au-dessus de la moyenne, Ce n'était pas un Hercule ; mais ses membres avaient cette vigueur souple et gracieuse du type parisien, aussi éloizné de la lourde musculation du Nord que de la Mmaigreur pointue de ces adolescents de nos places publiques, immortalisés Par le vaudeville banal. Il avait des cheveux blonds, légèrement bouclés, Plantés haut et découvrant son front qui respirait l'intelligence et la noblesse. Ses sourcils étaient noirs, ainsi que la fine moustache, retroussée au-dessus de sa lèvre. Rien de plus cavalier que cette opposition, surtout quand des yeux bruns et rieurs éclairent la pâleur un peu trop mate de ces visages. -

La coupe de sa figure, régulière mais allongée, la ligne aquiline des sourcils, le dessin ferme du nez et de la bouche, donnaient de la noblesse

aux joveusetés de lPexpression générale. Le sou-

rire du gai vivant n’effaçait point la fierté du Porteur d’épée. Mais ce qui ne se peut peindre à

la plume, c’est l'attrait, la gtâce, la juvé gaillardise de cet ensemble, c’est aussi la mc lité de cette physionomie fine et changeante, pouvait, aux heures de combat, suer la terr:

comme la tête de Méduse.

Ceux-là seuls l'avaient bien vu qu'il av tués, cellés-là seules qu’il avait aimées.

11 portait l’élégant costume de chevau-léger roi, un peu débraillé, un peu fané, mais +el Pat un riche manteau de velours jeté néglige ment sur son épaule. Une écharpe de soie rous franges d’or indiquait le rang qu’il occup:

parmi les aventuriers. C’est à peine si la ru exécution qu’il venait de faire avait amené : peu de sang à ses joues.

— Vous n’avez pas de honte ! dit-il avec n pris : maltraïter un enfant !

— Capitaine... voulut répliquer Carrigue en remettant sur jambes,

— Tais-toi. Qui sont ces bravaches ?

Cocardasse et Passepoil étaient auprès de lu le chapeau à la main.

— Eh ! fit-il en se déridant, mes deux prote teurs ! Que diable faites-vous si loin de la n Croix-des-Petits-Champs ?

Il leur tendit la main, mais d’un air de prin qui donne le revers de ses doigts à baiser. Maîti Cocardasse et frère Passepoil touchèrent cet: main avec dévotion. Il faut dire que cette mai s'était bien souvent ouverte pour eux pleine «d pièces d’or. Les protecteurs n'avaient point à « plaindre du protégé.

— Et les autres ? reprit Henri ; j'ai vu cel quelque part ; où donc, toi ?

Il s’adressait à Staupitz.

— À Cologne, répliqua l'Allemand tout conius

— C’est juste, tu me touchas une fois.

, la juvénile ssi la mobigeante, qui r la terreur

qu'il avait

s. k au-léger du mais -elevé é négligemoie rouge à il occupait si la rude amené un |

| avec mé-

rigue en se

rès de lui,

ux protecde la rue

de prince er. Maître rent cette #ette main pleine de * point à se !

ai vu cela

it confus. æ

et — Sur douze ! répliqua l’Allemar.d avec humilité.

-- Ah ! ah ! continua Lagardère en regardant

Saldagne et Pinto, mes deux champions de Ma-

drid.. bonnes gardes !

— Ah ! excellence ! firent à la fois les deux Espagnols, c'était une gageure. Nous n’avons point cortume de nous mettre deux contre un.

— Cominent ! comment ! deux contre un !

s’écria le Gascon de Provence.

— Ils disaient, ajouta Passepoil, qu’il ne vous connaissaient pas.

—- Et celui-ci, reprit Cocardasse, r.ontrant Pépé le Tueur, faisait des vœux pour se «rouver en face de vous.

Pépé fit ce qu’il put pour soutenir le regard de Lagardère, Lagardère répéta Leulement,

— Celui-ci ?

Et Pépé baissa la tête en grondant.

— Quant à ces deux braves, reprit Lagardère en désignant Pinto et Saldagne, je ne portais en Espagne que mon nom d'Henri. Messieurs, s’interrompit-il, faisant du doigt le geste de porter une batte, je vois que nous nous sommes déjà rencontrés, plus ou moins, car voici un honnôte gaillard à qui j'ai fêlé le crâne une fois avea l'arme de son pays.

Joël de Juga se frotta la tempe.

— La marque y est, murmura-t-il: vous maniez le bâton comme un dieu, c’est certain.

— Vous n'avez eu de bonheur avec moi ni les uns ni les autres, mes camarades, reprit Lagardère ; mais vous étiez occupés ici à une besogne plus facile. Approche ici, enfant,

Berrichon obéit.

Cocardasse et Carrigue prirent à la fois la pa-

role, afin d'expliquer Pourquoi fouiller le page. Lagardère leur imposa silen,

— Que viens-tu faire ici ? demanda-t-il à ] fant.

A qui?

Berrichon hésita, vers la fenêtre basse.

— À vous, répondit-il Pourtant.

— Donne.

L'enfant Jui tendit un sein, Puis, se ha oreille :

— J’ai une autre lettre à porter.

et son regard glissa enc

pli qu'il tira de & UsSant. vivement jusqu’à s

— Au large! commanda-t touré de trop près par les volontaires et les pré

— Bravo ! s’écria Lagardère après avoir lu le. Premières lignes ; voilà ce que j'appelle un heu reux message ! C’est Justement ce que je venais chercher ici. Par Je ciel ! ce Nevers est un galant

— Nevers ! répétérent les estafiers étonnés.

— Qu'est-ce done ? demandèrent Cocardasse et Passepoil,

Lagardère se dirigea vers la table, — À boire, d’abord, dit-il ; Jai le cœur content. Je veux vous raconter l’histoire. Assieds-

toi là, maître Cocardasse, ici, frère Passepoil, vous autres, où vous voudrez.

Le Gascon et le N ormand, fiers d’une distinc- M tion pareille, prirent place aux côtés de leur hé- , 1 ros. Henri de Lagardère but une rasade, et reprit :

î — Il faut vous dire que je suis exilé ; je quitte la France...

ls voulaient !

oSa silence, a-t-il à l’en-

entirai pas ine lettre,

lissa encore

— Nous le verrons pendu ! soupira Passepoil.

—Et pourquoi exilé ?

i Par bonheur, cette dernière question couvrit l'expression tendre mais irrévérencieuse d’Amable

— Exilé, vous ! interrompit Cocardasse.

tira de son ” usqu’à son |

Passepoil. Lagardère ne souffrait point ces familiarités.

— Connaissec-vous ce grand diable de Bélissen ? demanda-t-il,

— Le baron de Bélissen ?

liétera. - — Bélissen le bretteur ?

ut bientôt — Bélissen le défunt, rectifia le jeune chevautv? le page léger.

£ — Îlest mort ? demandèrent plusieurs voix.

des ce — Je l’ai tué. Le roi m’avait fait noble, vous die Savez, pour que je pusse entrer dans sa compa

gnie. J'avais promis de me comporter prudem-

Te : ment ; pendant six mois, je fus cage comme une

6 oh image. On m'avait presque oublié ; mais un soir

£ .. 2 ce Bélissen voulut jouer au croquemitaine avec

M éalas 1 un pauvre petit cadet de province qui n’avait

4 Pas seulement un poil de barbe au menton.

née D — Toujours la même histoire, dit Passepoil ; = + un vrai chevalier errant !

dasse et à — La paix, mon bon ! ordonna Cocardasse. — Je m’approchai du Bélissen, poursuivit La-

—— gardère, et comme J'avais promis à Sa Majesté,

Assied quand elle daigna me créer chevalier, de ne plus 608 À lancer de paroles injurieuses à personne, je me

bornai à tirer les oreilles du baron, comr

fait aux enfants méchants dans les écoles.

ne lui plut point.

— Je crois bien ! fit-on à la ronde.

— Î1 me le dit trop haut, Poursuivit La dère, et je lui donnai, derrière l’Arsenal, ce avait mérité depuis longtemps : un coup © sur dégagement... à fond !

— ÂAh ! petit ! s’écria Passepoil, oubliant les temps étaient changés, comme tu l’allor bien, ce damné coup-là !

Lagardère se mit à rire. Puis il frappa la t: violemment de son gobelet d’étain. Passepoi crut perdu,

— Voilà la justice ! s’écria le chevau-léger ne songeait déjà plus à lui ; on me devait la ] me, puisque j'avais abattu une tête de loup.

ien, non, on m'exile !

Toute l'honorable assistance convint à l’u nimité que c'était là un abus. Cocardasse j Capédédiou que les arts n'étaient pas suffisa ment protégés. Lagardère reprit

— En fin de Compte, j’obéis aux ordres de

ment de trouver quelque part à bien vivre. Ma avant de passer la frontié

satisfaire... deux fantaisies :

Capade galante. C’est a adieux au beau pays de France !

On se rapprocha curieusement.

— Contez-nous cela, monsieur le chevalier, d Cocardasse.

— Dites-moi, mes Vaillants, demanda Laga dère au lieu de répondre, avez-vous oui parle Par hasard, de la botte secrète de M. de Nevers

— Parblou ! Ët-on autour de la table.

suivit Lagar-

enal, ce qu’il + L:

nm coup droit

ubliant que 1 tu l’allonges F

Ppa la table Passepoil se à

au-léger qui ;.

evait la pri- & de loup. Kh 4

int à l’una.

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dres de la

je fais ser- À ivre. Mais, # fantaisie à #

et une es- & faire mes

valier, dit

da Lagar- :

ui parler, > Nevers ?

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— Elle était sur le tapis encore tout à l'heure, ajouta Passepoil.

— Et qu’en disiez-vous, s’il vous plaît ?

— Les avis étaient partagés. Les uns disaient : Fadaise ! Les autres prétendaient que le vieux maître Delapalme avait vendu au duc un coup... ou une série de coups... au moyen desquels le duc était parfaitement sûr de toucher un homme, n'importe lequel, au milieu du front, entre les deux yeux.

Lagardère était pensif. Il demanda encore :

— Que pensez-vous des bottes secrètes en général, vous qui êtes tous experts et prévôts d’armes ?

L'avis unanime fut que les bottes secrètes étaient des attrape-nigauds, et que tout coup à fond pouvait être évité à l’aide des parades connues,

— C'était mon opinion, dit Lagardère, avant d'avoir eu l’honneur de faire la partie de M. de Nevers.

— Et maintenant ? interrogea-t-on de toutes parts, car chacun était fortement intéressé ; dans quelques heures, cette fameuse botte de Nevers allait peut-être coucher deux ou trois morts sur le carreau.

— Maintenant, repartit Henri de Lagardère, c’est différent. Figurez-vous que cette botte maudite a été longtemps ma bête noire. Sur ma parole, elle m’empêchait de dormir ! C'onvenez que ce Nevers fait aussi par trop parler de lui. A toute heure, partout, depuis son retaur d'Italie, l’entendais radoter autour de moi : Nevers, Nevers, Nevers ! Nevers est le plus beau ! Nevers est le plus brave !

— Après un autre que nous connaissons bien, interrompit frère Passepoi..

Cette fois, il eut l'approbation pleine et e tière de Cocardasse junior.

— Nevers Pa-ci, Nevers Par-là, continua L gardère, Les chevaux de Nevers, les armes [ Nevers, les domaines de Nevers ! ses bons mot son bonheur au jeu, la liste de ses maîtresses... ( sa botte secrète par-dessus le marché ! Diab d’Enfer ! cela me rompait la tête. Un soir, mo hôtesse me servit des côtelettes à la Nevers = lançai le plat par la fenêtre et je me sauvai san souper, Sur la porte, je me heurtai contre mo cordonnier, qui m’apportait des bottes à la der nière mode, des bottes à la Nevers, Je rossa mon bottier ; cela me coûta dix louis, que je lu jetai au visage. Le drôle me dit : ‘ M. de Ne vers me battit une fois, mais il me donna cen pistoles !...”

— C'était trop ! Prononça gravement Cocar dasse,

Passepoil suait à grosses gouttes, tant il res sentait vivement les contrariétés de son cher Pe. tit Parisien.

— Voyez-vous, continua Lagardère, je sentis que la folie me prenait. 1] fallait mettre un terme à cela. Je montai à cheval et je m’en allai attendre M. de Nevers à la sortie du Louvre.

Quand il Passa, je l’appelai par son nom.

— Qu'est-ce ? me demanda-t1.

— Monsieur le duc, répondis-je, j’ai grande confiance en votre courtoisie, Je vi-is vous demander de m’enseigner votre botte secrète, au clair de la June.

Il me regarda, Je pense qu’il me prit pour un échappé des Petites-Maisons.

— Qui êtes-vous ? me demanda-t-il pourtant.

— Chevalier Henri de Lagardère, répondis-je, Par là munificence du roi, chevau-léger du corps,

ne et en- % ancien cornette de la Ferté, ancien enseigne de

Conti, ancien capitaine au régiment de Navarre,

tüinua La- toujours cassé pour cause de cervelle absente... armes de # ‘ap! m'interrompit-il en descendant de cheons mots, À val, vous êtes le beau Lagardère ? On me parle resses... et © souvent de vous, ct cela m'ennuie,

| = Diable 4 Nous allions côte à côte vers l’église Saint- SOIT, MON À Germain l'Auxerrois.

levers ; je

; — Si vous ne me trouviez point trop petit gen- Uvai sans

tilhomme, commençai-je, pour vous mesurer avec

ntre mon moi...

à la der- Il fut charmant, ah ! charmant ! Je dois lui Je rossal rendre cette justice. Au lieu de me répondre, il me que je lui planta sa rapière entre les deux sourcils, si raide M. de Ne- et si net, que je serais encore là-bas, sans un saut nna cent |! de trois toises que fort à propos je fis.

: ; — Voilà ma botte, me dit-il.

nt Cocar- ï Ma foi ! je le remerciai de bon cœur ; c'était - bien le moins que je pusse faire.

it il res- — Encore une petite leçon, demandai-je, si ce cher Pe-

+ n'est pas abuser ?

: .. A — A votre service.

Je sentis À Malepeste ! cette fois il me fit une piqûre au eunter- Æ front. J'étais touché, moi Lagardère !

allai at- ? Les maîtres d’armes échangèrent des œillades Louvre. 4 inquiètes. La botte de Nevers prenait en vérité n.. “ d’effrayantes proportions.

— Vous n’y aviez vu que du feu ? insinua ti-

nde con- midement Cocardasse.

deman- — J'avais vu la feinte, pardieu ! s’écria La-

au clair gardère, mais je n'étais pas arrivé à la parade. (et homme est vite comme la foudre.

ponrenn — Et la fin de l’aventure ?

— Est-ce que le guet peut jamais laisser en reartant. pos les gens paisibles ? Le guet arriva. Nous ondis-je, nous séparâmes bons amis, M. ie duc et moi, A COrps, avec promesse de revanche.

— Mais, sandiéou ! dit Cocardasse qui suiv sa piste, il vous tiendra toujours par ce botte.

— Allons donc ! fit Lagardère,

— Vous avez le secret ?

— Parbleu ! Je l’ai étudiée dans le silence cabinet.

— Eh bien !

— C’est un enfantillage.

Les prévôts respirèrent, Cocardasse se leva.

— Monsieur le chevalier, dit-il, si vous av quelque bon souvenir des Pauvres leçons que Vous ai données avec tant de Plaisir, vous ner Pousserez pas ma requête. Eh donc !

Instinctivement, Lagardère mit la main a gousset. Frère Passepoil eut un geste de dignit

— Ce n’est pas cela que maître Cocardas:

vous demande, dit-il.

— Parle, fit Lagardère ; je me souviens. Qu veux-tu ? =

— Je veux, répliqua Cocardasse, que vou m'enseigniez la botte de Nevers,

Lagardère se leva aussitôt.

— C’est trop juste, dit-il, mon vieux Cocar dasse, cela concerne ton état.

Ils se mirent en garde. Les volontaires et le prévôts firent cercle. Ces derniers surtout ne re gardaient pas à demi.

— Tubleu ! fit Lagardère en tâtant le fer du prévôt, comme tu es devenu mou ! Voyons, en:

gage en tierce, coup droit retenu ! Pare ! cour droit, remets à fond... Pare prime et riposte ! passe par l’épée, et aux yeux !

Il joignit le geste à la parole.

— Tron de l'air ! fit Cocardasse en sautant de côté ; j'ai vu un million de chandelles ! Et le

qui suivait à ve

à Par cette # parade ? reprit-il en ge mettant en garde de nou veau, — Oui, oui, la parade ! firent les spadassins avidement,

silence du HE — Simule comme bonjour ! reprit Lagardère :

" Y es-tu ? Tierce ! à temps sur la remise. prime

” deux fois ! évite ! arrête dans les armes, le tour est fait !

se leva. + Ilrengaîna. Ce fut frère Passepoil qui remercia Vous avez D vo cffusion.

ons que je D Avez-vous saisi, vous autres ? fit Cocarvous ne re-

dasse en s’essuyant le front. C'apédédiou ! ce Pa- : risien ! quel enfant !

, AIN AU À Les prévôts firent un signe de tête affirmatif, le dignité. “et Cocardasse revint s'asseoir en disant :

jocardasse M __ Ça pourra servir.

0 de Ca va servir tout de suite, répliqua Lagar-

ens. Bdère en se versant À boire.

Tous relevèrent les Yeux sur Jui, Il but son veraue vous 2 à petites gorgées, Puis il déplia lentement la lettre que le Page lui avait remise.

2 — Ne vous ai-je pas dit, reprit-il, que M. de

ax Cocar- Nes m'avait promis ma revanche ?

— Oui, mais.

res et les M — Il fallait bien terminer cette aventure avant

ut ne re- +" Partir pour l'exil, J'ai écrit à M. de Nevers, Miue je Savais à son château de Béarn. Cette let-

le fer du À re est la réponse de M. de Nevers.

ons, en- À Un murmure d’étonnement s'éleva du groupe

e ! coup 3 les estafiers.

riposte ! D h eSt toujours charmant, poursuivit Lagar- “ère, ah ! charmant ! Quand je me serai battu Mon compte avec ce parfait gentilhomme, je suis

pe ee Mapable de l'aimer comme un frère. I} accepte

! Et Île

Œoui ce que je Jui Propose : l’heure du rendez-

ous, le lieu.

ste

— Et quelle est l'heure ? demanda Cocardasse avec trouble.

— La tombée de la nuit.

— Ce soir ?

— Ce soir.

— Et le lieu ?

— Les fossés du château de Caylus.

11 y eut un silence. Passepoil avait mis soi doigt sur sa bouche. Les estaficrs tâchaient de garder bonne contenance.

— Pourquoi choisir ce lieu ? fit cependant Cocardasse,

— Autre histoire ! dit Lagardère en riant, se conde fentaisie ! Je me suis laissé dire, depuis ! que j'ai l'honneur de commander ces braves vo- ! lontaires pour tuer un peu le temps avant mon départ, je me suis laissé dire que le vieux marquis de Caylus était le plus fin geôlier de l’univers ! Il faut bien qu'il ait quelques talents pour avoir ce beau nom de Caylus-Verrou ! Or, le mois passé, aux fêtes de Tarbes, j'ai entrevu sa | fille Aurore. Sur ma- parole, elle est adorable. | ment belle ! Après avoir causé avec M. de Ne È vers, je veux consoler un peu cette charmante re: ! cluse.

— Avez-vous donc la clef de la prison, capi taine ? demanda- Carrigue en montrant le château.

— J'ai pris d'assaut bien d'autres forteresses ! repartit le Parisien, J’entrerai par la porte, par # la fenêtre, par la cheminée, enfin je ne sais pas.l mais j’entrerai. *

Il y avait déjà du temps que le soleil avait dis à paru derrière les futaies d’Ens. La nuit venait! Deux ou trois lueurs se montrèrent aux fenêtres inférieures du château. Une forme glissa rapidek ment dans l’omhre des douves. (l'était Berrichon.?

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qui sans doute avait fait sa comt à toute course le sentier qui t, il envoya de loin un grand son sauveur.

s'écria celui-ci, Pourquoi ne riezvous plus, mes drôles ? Ne trouvez-vous point l'aventure gaillarde ?

— Si fait, répondit frère Passepoil, trop gaillarde ?

— Je voudrais savoir, dit Cocardasse gravement, si vous avez parlé de Mile de Caylus dans votre lettre à Nevers,

— Parbleu ! jé Jui explique mon affaire en grand, Il fallait bien donner un prétexte à ce lointain rendez-vous,

Les estafiers échangèrent un regard.

— Ah ça! qu’avez-vous donc ? demanda brusquement le Parisien,

— Nous réfléchissons, répondit Passepoil ; nous Sommes heureux de nous trouver là pour vous rendre service.

— C'est la vérité, Capédédiou ! ajouta Cocardasse, nous allons vous donner un bon coup d’épaule,

Lagardère éclata de rire, tant l’idée lui semble bouffonne.

— Vous ne rirez plus, monsieur le chevalier, Prononça le Gascon avec emphase, quand je VOUS aurai appris certaine nouvelle

— Voyons ta nouvelle.

— Nevers ne viendra pas seul au rendez-vous.

- Fi donc ! Pourquoi cela ?

— Parce que, après ce que vous lui avez écrit, il ne s’agit plus entre vous d’une Partie de plai- PE deux doit mourir ce soir. Nevers est l'époux de Mile de Caylus.

Cocardasse junior se trompait en pensant que

Lagardère ne rirait plus. Le fou se tint les cé

— Bravo ! s’écria-t-il, un mariage secret ! u roman espagnol ! Pardieu ! voilà qui me con ble et je n’espérais pas si bien pour ma dernièr aventure |!

— Et dire qu’on exile des hommes pareils prononça frère Passepoil d'un ton profondémer pénétré.

int les cô-

ecret ! un | me com- VI a dernière #

| Lire k. LA FENETRE BASSE =

La nuit s’annonçait noire. Les masses sombres du château de Caylus se détachaient confu- {sément sur le ciel.

—Voyons, chevalier, dit Cocardasse, au moment où Lagardère se levait et resserrait le seinturon de son épée, pas de fausse honte, vivadiou. @ Acceptez nos services pour ce combat qui doit

Lagardère haussa les épaules. Passepoil ‘lui

Lepee...

D La “Morale en action ” affirme, sur la foi d’un philosophe grec, que le rouge est la couleur de la vertu. Amable Passepoil avait au plus Mhaut degré la couleur ; mais il manquait absolument de vertu.

—Farsambleu! mes camarades, s’écria Lagarlère, j’ai coutume de faire mes affaires tout seul, t vous le savez bien. La brune vient : une

Mlernière rasade, et décampez ; voilà le service ue je réclame.

# Les aventuriers allèrent à leurs chevaux. Les Maîtres d'armes ne bougèrent pas. Cocardasse prit Lagardère à part.

—Je me ferais tuer Pour vous comme un chien,

=B— Sandiéou! chevalier, mais...

—Mais quoi ?

—Chacun son métier, vous savez. Nousr Pouvons pas quitter ce lieu.

—Ah! ah! Et Pourquoi cela ?

—Parce que nous attendons aussi quelqu'un.

— Vraiment! qui est ce quelqu'un ?

—Ne vous fâchez pas. Ce quelqu'un est Ph:

lippe de Nevers.

Le Parisien trssaillit.

—Ah ! ah! fitil encore :

tendez vous M. de Nevers ?

—Pour le compte d’un digne gentilhomme...

L n’acheva pas. Les doigts de Lagardère lu serraient le poignet comme un étau.

—Un guet-apens: s’écria ce dernier, et c’est à moi que tu viens dire cela !

— —Je vous fais observer. commença frère Pas sepoil.

—La, paix, mes drôles ! Je vous défends, vou: m'entendez bien, n’est-ce pas ? je vous défend: de toucher un cheveu de Nevers, sous peine d’a voir affaire à moi ! Nevers m’appartient : si doït mourir, ce sera de ma main, en loyal com: bat. Mais la vôtre, non pas. tant que je serai vivant !

Il s'était dressé de toute sa hauteur. Il était de ceux dont fa voix, dans la colère, ne tremble pas, maïs vibre plus sonore. Les spadassins l’en. touraient irrésolus.

—Ah! c’est pour cela, reprit-il, que vous vous êtes fait enseigner la botte de Nevers! et c’est moi... Carrigue ! |

Celui-ci vint à l’ordre, avec ces gens qui te naient par la bride leur chevaux chargés de four-! rage. s

dit-il avec embarras.

et pourqu oi at

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rquoi at-

nme... ardère lui

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défend: È eine d’a ent ; s’il yal come je seraik

l'était de e tremble sins l’en- j

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—C’est une honte, reprit Lagardère, une honte que de telles gens nous aient fait Partager leur vin !

—Voilà un mot bien dur!

dont les yeux se mouillèrent,

—Cocardasse junior blasphémait en lui tous les savants jurons ces deux fertiles terres, vence.

—En selle, et au galop ! Poursuivit Lagardè.

re ; je n’ai besoin de Personne pour faire justice de ces drôles !

Carrigue et ses avaient tâté des ra.

bières de ne demandaient pas

i peu plus loin jouir de la

SOupira Passepoil,

-même que put jamais produire la Gascogne et la Pro.

“r de la nuit.

tt à vous, continua Lagardère, vous al-

lez déguerpir, et vite ; ou, Par la mort de Dieu !

je vais vous donner une seconde leçon d'armes... à fond !

Il dégaina, Cocardasse et Passepoil firent ze-

culer les estafiers, qui, forts de leur avaient des velléités de révolte.

—Qu’avez-vous à nous plaindre, insinua Passe. poil, s’il veut absolument faire notre besogne ?

Pour la logique, vous ne trouverez pas bean.

Coup de Normands plus ferrés que frère Passepoil.

Allons nous-en ! tel fut l'avis général.

Il est vrai que l'épée de Lagardère sifflait et louetiaït le vent.

—Capédédiou! fit observer Cocardasse en ouvrant la retraite, le bon sens dit que nous n’n- VOns pas peur ; chevalier, nous Vous cédons la Place.

—Pour vous faire Plaisir, ajouta Passepoil, adieu !

nombre,

san

—Au diable! répliqua le Parisien en tourna le dos.

Les fourrageurs partirent au galop,les estafie disparurent derrière l’enclos du cabaret, Ils o blièrent de payer ; mais Passepcil ravit en pa sant un doux baiser à la maritorne qui dema dait son argent.

Ce fut Lagardère qui solda tous les écots.

—La fille! dit-il, ferme tes volets et mets t barres. Quoi que tu entendes, là dans la douv cette nuit, que chacun dans ta maison, dorn sur les deux oreilles. (Ce sont affaires qui : vous regardent point.

La maritorne ferma ses volets et mit ses ba res.

La nuit était presque complète, une nuit sa lune et sans étoiles. Un lumignon fumeux, pl cé à la tête du pont de planches, sous la nicl d’une sainte vierge, brillait faiblement, mais n’ clairait point au-delà d'un cercle de dix ou dou: pas. Sa lumière d’ailleurs ne pouvait descend dans les douves, à cause du pont qui la ma quait.

Lagardère était seul. Le galop des chevau s'était étouffé au lointain. La vallée de Louro se plongeait déjà dans une obscurité profond où luisaient çà et là quelques lueurs rougeûtre marquant la cabane d’un laboureur ou la log d’un berger. Le son plaintif des clochettes att: chées au cou des chèvres montait, quand le ven donnait, avec les murmures sourds du gave d’A rau, qui verse ses eaux dans la Clarabide, a pied du Hachaz.

—Huit contre un, les misérables! se disait | jeune Parisien en prenant le chemin charretie pour descendre au fond de la douve ; un assa

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Il donna contre les tas de foin ravagés par Carrigue et sa troupe.

—Par le ciel! reprit-il en secouant son manteau, voici une crainte qui me pousse. Le page va prévenir Nevers qu’il y a ici une bande d’égorgeurs, et Nevers ne viendra pas, et ce sera une partie manquée, la plus belle partie du monde. Diable d’enfer! s’il en est ainsi, demain il y aura huit coquins d’assommés.

1 arrivait sous le pont. Ses yeux s’habituaient à l’obscurité. -

Les fourrageurs avaient fait une large placo nette, juste à l’endroit où Lagardère était en ce moment, devant la fenêtre basse. Il regarda cela d’un air content, et pensait qu’on serait bien en ce lieu pour jouer de la flamberge. Mais il pensait encore à autre chose. L’idée de pénétrer dans cet inabordable château le tenait au collet. Ce sont de vrais diables que ces héros qui ne tournent point vers le bien la force exceptionnelle dont ils sont doués. Murailles, verrous, gardiens, le beau Lagardère se riait de tout cela. Il n'eût point voulu d’une aventure où quelqu'un de ces obstacles eût manqué.

Faisons connaissance avec le terrain, se disait-il, rendu déjà l’espiègle gaieté de sa nature: Morbleu! monsieur le duc va nous arriver bien en colère, et nous n'avons qu’à nous tenir! Quelle nuit! il faudra ferrailler au jugé. Du diable si on pourra voir la pointe des épées !

Il était au pied des grands murs. Le château dressait à pic au-dessus de sa tête sa masse énorme, et le pont tracait un arc noir sur le ciel. Escalader ce mur à l’aide du poignard, c'était l’af-

faire de toute une nuit. En tâtonnant, la mai de Lagardère rencontra la fenêtre basse.

—Bon, cela! s’écria-t-il. Çà! que vais-je lui di re, à cette fière beauté ? Je vois d'ici l’éclai: méchant de ses yeux noirs, ses sourcils d’aigl froncés par l’indignation.

Il se frotta les mains de tout cœur,

—Délicieux! délicieux! Je lui dirai. il fau!

quelque chose de bien tourné. Je lui dirai. Pal. sambleu ! Epargnons nos frais d’éloquence. Mais qu'est cela ? s’interrompit-il tout à coup. Ce Nevers est charmant !

Il s'arrêta Pour écouter. Un bruit avait :‘appé son oreille.

Des pas sonnaient en effet au bord de la douve des pas de gentilshommes, Car on entendait le tintement argentin des éperons.

—Oh! oh! pensa Lagardère, maître Cocardasse aurait-il dit vrai ? Monsieur le duc se seraitil fait accompagner ?

Le bruit de pas cessa. Le lumignon placé à Ja tête du pont éclaira deux hommes enveloppés de longs manteaux et immobiles. On voyait bien que leurs regards cherchaient à percer l’obseurité de la douve.

—Je ne vois Personne, dit l’un d'eux à voix basse.

—Si fait, répondit l’autre, là-bas, près de la fenêtre.

Et il appela avec précaution.

—Cocardasse !

Lagardère pensait :

—Faënza! appela encore le second interlocuteur ; c’est moi... M. de Peyrolles !

—ÏI1 me semble que je connais ce nom de coquin! pensa. Lagardère.

Peyrolles appela pour la troisième fois :

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—Si ce n’était pas un des nôtres ?.… murmura son compagnon.

—C’est impossible, répliqua Peyrolles : j'ai ordonné qu’on laissât ici une sentinelle. C’est Saldagne, je le reconnais... Saldagne !

—Présent! répondit Lagardère qui prit à tout hasard l’accent espagnol.

—Voyez-vous! ‘s’écria M. de Peyrolles,j’en étais sûr! Descendons par l'escalier. ici... voilà la première marche.

Lagardère pensait :

—Du diable si je ne joue pas un rôle dans çette comédie !

Les deux hommes descendaient. Le compagnon de Peyrolles était, sous son manteau, de belle taille et de riche prestance., Lagardère avait cru reconnaître dans son accent, quand il avait parlé, un léger ressouvenir de la gamme italienne.

—Parlons bas, s’il vous plaît, dit-il en descendant avec précaution l’escalier étroit et meide.

—Inutile, monseigneur, répondit Peyrolles.

—Bon! fit Lagardère, c’est un monseigneur.

—Inutile, poursuivit le factotum ; les drôles savent parfaitement le nom de celui qui les paye.

—Moi! je n’en sais rien, pensa le Parisien, et je voudrais bien le savoir.

—J’ai eu beau faire, reprit M. de Peyrolles, is n’ont pas voulu croire que c'était M. le marquis de Caylus.

—C’est déjà précieux à savoir, se dit Lagardère ; il est évident que j'ai affaire ici à deux parfaits coquins.

—Tu viens de la chapelle ? demanda celui qui semblait être le maître.

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—Je suis arnrivé trop tard, répondit Peyrolles d’un air contrit.

—J’ai fait ce Que j'ai pu, mo. ‘rueur, J’ai bien trouvé Je régistre où don. l’ernard avait inscrit le mariage de Mlle de C: ylus avec M. .le Nevers, ainsi que la naissance de leur fille...

—Eh bien!

—Les pages contenant ces incriptions ont été arrachées.

Lagardèrae était tout oreilles.

—On nous à prévenus ! ‘dit Je maître avec dépit mais qui ? Aurore? oui, ce doit être Aurore. Elle pense voir Nevers cette nuit, elle veut lui remettre, avec l'enfant, les titres qui établissent sa naissance. Dame Marthe n’a pu me dire cela, Puisqu’elle l’ignorait elle-même ; mais je le

evine,

—En bien, qu'importe ? fit Peyrolles. Nous Sommes à la parade. Une fois Nevers mort.

—Um fois Nevers mort, repartit le maître, l’héritage và tout droit à l’enfant.

Il y eut un silence, Lagardère retenait son souffine.

* L'enfant. commença très bas Peyrolles.

—L’enfant disparaîtra, interrompit celui qu’on appelait Monseigneur. J'aurais voulu éviter cette extrémité ; Mais elle ne m'arrêtera pas. Quel homme est ce Saldagne ?

—Un déterminé coquin.

Peut-on se fier à lui?

—Pourvu qu’on le Paye bien, oui.

Le maître réfléchissait.

—J’aurais voulu, dit-il, n’avoir d'autre coniident que nous inèmes, mais ni toi ni moi n’avons la tournure de Nevers.

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—Vous êtes trop grand, répliqua Peyrolles : fe suis trop maigre.

—1l fait noir comme dans un four, reprit le maître, et ce Saldagne est à peu près de la taille du duc.

Appelle-le.

—Saldagne ! fit Peyrolles.

—Présent! répondit encore le Parisien.

—Avance ici !

Lagardère s’avança. Il avait relevé le col de son manteau, et les bords de son feutre lui cachaïent le visage.

—Veux-tu gagner cinquante pistoles outre ta part? lui demanda le maître.

—Cinquante pistoles! répondit le Parisien ; que faut-il faire ?

Tout en parlant, il faisait ce qu’il pouvait pour distinguer les traits de l’inconnu ; mais ce dernier était aussi bien caché que lui.

—Devines-tu? demanda le maître à Peyrolles.

—Oui, répliara celui-ci.

—Approuves-tu ?

—J’approuve. Mais notre homme a un mot de passe.

—Dame Marthe me l’a donné, C’est la devise de Nevers. :

—““Adsum ? ” demanda Peyrolles.

—Ïl a coutume de die en français : “ J’y suis ! ?”

—J’y suis ! répéta involontairement Lagardère. = —Tu prononceras cela tout bas sous la fenêtre, tre, dit l’inconnu qui se pencha vers lui. Les volets s’ouvriront, puis derrière la griile qui est à charnière, une femme paraîtra ; elle te poriera, tu ne sonneras mot, maïs tu mettras un doigt sur ta bouche. Comprends-tu ?

—Pour faire croire que nous sommes épiés Oui, je comprends.

—]1 est intelligent, ce Sarçon-là, murmura maître,

Puis reprenant :

— La femme te remettra un fardeau, tu prendras en silence, tu me l’apporteras.….

—Et vous me Compterez cinquante pistoles ? —C'est cela.

—Je suis votre homme.

—Chut! fit M. de Peyrolles.

ls se prirent tous trois à écouter. On enten dait un bruit lointain dans la campagne,

—Séparons-nous, dit le maître 5; où sont te Compagnons ?

Lagardère montra sans hésiter la partie des douves qui tournait, au-delà du pont vers le Ha. chaz.

—JTci, répliqua-t-il, en embuscade dans le foin. —C'est bien ; tu te souviens du mot de passe ?

—J’y suis !

—Bonne chance, et à bientôt !

—AÀ bientôt !

Peyrolles et son Compagnon -cmontèrent l’escalier ; Lagardère les suivait des yeux, Il es- SUya son front que la sueur u'empait.

—Dieu me tiendra compte à mes derniers. mo ment, se dit-il, de l'effort que j’ai fait pour ne Pas mettre mon épée dans Je ventre de ces misérables ! Mais il faut aller jusqu’au bout. Désormais je veux savoir !

Il mit sa tête entre ses mains, car ses pensées bouillaient dans Son cerveau. Nous pouvons afirmer qu’il ne songeaïit plus guère À son duel ri à son escapade d’amour.

—Que faire? se dit-il ; enlever la petite fille ?

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car ce fardeau, ce doit être l'enfant. Mais à qui la confier ? je ne connais dans ce pays que Carrigue et ses bandouliers, mauvaises gouvernantes pour une jeune demoiselle ! Et pourtant il faut que je l’aie ! Il lefaut! Si je ne la tire pas de là, les infâmes tueront l'enfant comme ils comptent tuer le père. Par la mordieu! ce n'était cependant point pour tout cela que j'étais venu.

Il se promenait à grands pas entre les meules de foin.» Son agitation était extrème. À tout instant il regardait cette fenêtre basse, pour voir si les contrevents ne roulaient point sur leurs gros gonds rouillés. Il ne vit rien : mais il antendit un bruit faible à l’intérieur. C'était la grille qui s’ouvrait derrière les volets.

—“*" Adsum ? ”’ dit une voix douce de femme qui tremblait.

Lagardère enjamba d’un saut les bottes ile foin qui le séparaient du rempart, et répondit sous la croisée :

—J'y suis !

—J’y suis !

-Dieu soit loué! fit la voix de femme.

Et les contrevents s’ouvrirent à leur tour.

La nuit était bien obscure ; mais les yeux du Parisien étaient faits depuis longtemps aux ténèbres. Dans la femme qui se pencha au dehors de la fenêtre, il reconnut parfaitement Aurore de Caylus, toujours belle, mais pâle et brisée par l’épouvante.

Si vous eussiez dit en ce moment à Lagardère qu’il avait fait dessein d'entrer dans la chambre de cette femme par surprise, il vous eût donné an démenti. Cela, de la meilleure foi du monde.

Ne fût-ce que pour quelque: minutes, sa fièvre folle faisait trève. Il était sage en restan* hardi

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