DEUX REVENANTS
Ils avaient raison tous les -deux. Robert-Macaire et Bertrand, déguisés en +raîneurs de brettes du temps de Louis XIV, en spadassins affamés et râpés, n'auraient point cu d’autres tournures. Macaire, cependant, prenait en pitié son collègue, dont il apercevait seulement le profil bsdu derrière le collet de son pourpoint, relevé pour cacher la trahison de la chemise absente.
— On n'est pas misérable comme cela ! disait-
Et Bertrand, pour qui le visage de son confrère disparaissait derrière les masses ébouriffées d’une chevelure de nègre, pensait dans la bonté de son CRUE
— Le pauvre diable marche sur sa chrétienté.
Il est pénible de voir un homme d'épée dans ce piteux état.Au moins, moi, je garde l’apparence.
Il jeta un coup d’œil satisfait sur les ruines de Son accoutrement. Macaire, se rendant un témoi- “nage pareil, ajoutait à part lui :
— Moi, au moins, je ne fais pas compassion aux gens !
Et il se redressait, morbleu ! pluc fier qu’Artagnan les jours où ce galant horume avait un habit neuf,
Un valet à mine hante et impertinente se pré. sehta au seuil du vestibule. Tous deux pensèrent à la fois :
— Le malheureux n'entrera pas :
Macaire arriva le premier.
— Que voulez-vous ? demanda le valet.
— Je viens pour acheter, drôle ! répliqua M:
caire droit comme un i et la main à la garde d sa brette.
—Acheter quoi ?
— Ce qu’il me plaira, coquin. kRegarde-mc bien ! Je suis ami de ton maître et homme d'a gent, vivadiou !
Il prit le valet par l’orcille, Je fit tourner, € passa en ajoutant :
— Cela se voit, que diable !
Le valet pirouette et se trouva en face de Be trand, qui lui tira son éteignoir avec politesse.
— Mon ami, lui dit Bertrand d'un ton conf dentiel, je suis un ami de monsieur le prince ; | viens pour affaires. de finances,
Le valet, encore tout étourdi, le laissa passer.
Mavaire était déjà dans la première salle, et je tant à droite et à gauche des regards ‘lédai gneux :
— Ce n’est pas mal, fit-il ; on logerait ici à |: rigueur !
Bertrand, derrière lui :
— Monsieur de Gonzague me paraît assez bie:
établi pour un Italien !
Ils étaient chacun à un bout de la salle, M:
caire aperçut Bertrand.
— Par exemple! s’écria-t-il, voilà qui est it croyable. On a laissé entrer ce bon garçon. Al capédédiou ! quelle tournure.
Ï1 se mit à rire de tout son cœur.
— Ma parole, pensa Bertrand, il se moque dl moi ? Croirait-on cela ?
Il se détourna pour se tenir les côtes, et ajon ta :
et, liqua Ma- , garde de
garde-moi mme d’ar 'urner, et ce de Ber olitesse.
ton confi prince ; je | passer.
alle, et je-
ds ‘lédai
it ici à la
assez bie:
lle. Miai est it rçon. Ah noque de
, et ajou-
- Il est magnifique !
Macaire cependant, le v pense :
- Après tout, c'est ici la foire, Ce grotesque a peut-être assassiné quelque traitant au coin d'une rue, S'il avait les poches pleines ! J’ai envie d'entamer l'entretien, sandiéou !
* Qui sait ! réfléchissait en méme temps Bertrand, on doit en voir ici de tontes les couleurs, Ce croquemitaine a peut-être fait quelque coup hier soir, S'il Y aVait de bons écus dans ces vilaines poches ? Fantaisie me prend de faire un be connaissance,
Macaire s’avançait.
Mon geutilhomme.… dit-il en saluant rai eur,
* Mon gentilhomme. faisait au même instant Bertrand, courbé jusqu’à terre.
lis se relevèrent comme deux ressorts et d'un oMmmun mouvement, L'accent de Macaire avait Irappé Bertrand ; la mélopée nasale de Bertrand avait fai( tressaillir Macaire.
$ pas pur ! s’écria ce dernier ; je crois que ‘est c’ta couquin de Passepoil !
- Cocardasse ! Cocardasse junior ! repartit le Normand, dont les Yeux, habitués aux larmes, bleuraient déjà, est-ce bien toi que je revois ?
En chair et en os, mon bon, capédédiou !
l‘mbrasse-moi, ma caillou.
Il ouvrit ses bras, Passepoil <e précipita sur
Oÿant rire, se ravisa et
avec
É Son sein, À eux deux ils faisaient un véritable
tas de loques. Ils restèrent longtemps embrassés, Leur émotion était sincère et profonde, ; Assez ! dit enfin le Gascon. Parle un peu Or. que Pentende ta VOIX, Couquinasse, - Dix-neuf ans de Séparation ! murmura Pas- Sepoil en essuyant ses Yeux avec sa manche.
— Tron de l’air ! se récria le Gascon, &: :
donc pas de mouchoir, mon neveux!
— On me l’aura volé dans cette cohue, réplic doucement l’ancien prévôt.
Cocardasse fouilla dans sa poche avec vi cité. Bien entendu qu'il n'y trouva rien.
— Bagasse ! fit-il d’un air indigné ; le mo est plein de filous ! Ah! ma cailiou ! reprit dix-neuf ans ! Nous étions jeunes tous deux !
— L'âge des folles amours ! Hélas ! mon c« n'a pas vieilli !
— Moi, je bois aussi honnêtement qu'autrei
Ils se regardèrent dans le blanc des yeux.
— Dites donc, maitre Cocardasse, pronor Passepoil avec regret, ça ne vous a pas embe les années.
— Franchement, mon vieux j'a oil, vipo:
le Gascon, frotté de provençal, je suis fiché t’avouer cela, mais tu es encore plus laid qu': trefois, eh donc, nevoux !
Frère Passepoil eut un sourire d'orgucille:
modestie et murmura :
—Ce n’est pas l’avis de ces dames ! Mais.
prit-il, en vieillissant tu as gardé tes belles al res : toujours la jambe bien tendue, la poitr en avant, les épaules effacées, ex tout à l'heu en t’apercevant, je me disais à part moi: Jar bleu ! voilà un gentilhomme de grande mine.
— Comme moi, comme moi, ma caillou !
terrompit Cocardasse. Aussitôt que je t'ai :
j'ai pensé : Oïmé ! que voilà un cavalier qui une grande tournure !
— Que veux-tu ! fit le Normand en minauda:
la fréquentation du beau sexe, Ça ne se perd mais tout à fait.
— Ah ça ! que diable es-tu devenu, mon geoun, depuis l'affaire ?
— L'affaire des fossés de Caylus ? atheva Pussepoil, qui baissa la voix malgré lu. Ne m'en parle pas, j’ai toujours devant les yeux le icgcrt flamboyant du petit Parisien.
— Il avait beau faire nuit, capédédiou ! on | voyait les éclairs de sa prunelle,
ON," 0 “ia
ue, répliqu:
avec viva en,
*; le monie — Comme if les menait !
1! reprit-i!, — Huit morts dans la douve !
is deux ! — Sans compter les blessés.
! mon eu — Ah ! sandiéou ! quelle grêle de horions ! C'était beau à voir. Et quand je pense que si
u'autreluis, nous avions pris franchement notre parti, com-
yeux. me des hommes, si nous avions jeté l'argent reçu
, pronon(à 5 à la tête de ce Peyrolles, pour nous mettre der-
pas embell, SN rière Lagardère, Nevers ne serait pas mort ; c’est
: pour le coup que notre fortune était faite ! oil, viposta — Oui, dit Passepoil avec un gros soupir : is Fiché Gel nous aurions dû faire cela.
laid qu'au- - — Ce n’était pas assez que de mettre des boutons à nos lames, il fallait défendre Lagardère
orgucilleu-Æ notre élève chéri.
# — Notre maître ! fit Passepoil en se décou- ! Mais. rc vrant d’un geste involontaire.
belles alli- Le Gascon lui serra la main, rt tous deux resla poitrin tèrent un instant pensifs.
t à l'heure, À — Ce qui est fait est fait, dit enfin Cocardasse. oi: Jarti-ME Je ne sais pas ce qui t'est arrivé depuis, ma de mine. caillou, mais moi ça ne m'a pas porté bonheur. illou ! in Quand les coquins de Carrigue nous charoèrent
je t’ai vu,
avec leurs carabines, je rentrai au château. Tu alier qui à
avais disparu. Au lieu de tenir ses promesses, le “yrolles nous licencia le lendemain, sous prétexte Jue notre présence dans le pays confirmerait des soupçons déjà éveillés. C’était juste. On NOUS paya tant bien que mal. Nous partîmes.
Je passai la frontière, demandant partout de tes
minaudait, se perd ja
mon }!
nouvelles, chemin faisant. Rien ! Je m'’étab d'abord à Pampelune, puis à Burgcs, puis Salamanque. Je descendis sur Madrid...
— Bon pays pourtant.
— Le stylet y fait tort à l'épée ; c’est comr l’Itaiie, qui, sans cela, serait un vrai paradis. ] Madrid, ie passai à Tolède, de Tolède à Cuida Réal ; puis, las de la Castille, où je m'étais fa malgré moi de mauvaises affaires avec les alc des, j'entrai dans le royaume ae Valence. Cap dédiou ! j'ai bu du bon vin, de Mayorque à $ gorbe. Je m’en allai de là pour avoir servi 1 vieux licencié qui voulait se défaire d’un si cousin. La Catalogne vaut aussi son prix... Il a des gentils hommes tout le long de: rcutes e: tre Tortose,Taragone et Barcelone... mais bours vides et longues rapières. Enfin, j'ai repassé 1 monts, je n’avais plus un maravédis. J’ai sen que la voix de la patrie me rappelait. Voilà mo histoire, mon pigeoun,
Le Gascon retourna ses poches.
— Et toi, demanda-t-il, pécairé ?
— Moi, répondit le Normand, je fus poursuix par les chevaux dr Carrigue jusqu’à Bagnère:
de-Luchon, ou à peu près. L'idée me vint aus: de passer en Espagne : mais je trouvai un bén dictin qui, sur mon air décent, me prit à so service. Il allait à Kehl, sur : Rhin, faire un h ritage. au nom de sa communauté, Je crois qu je lui emportai sa malle et sa valise, et peut-êtr aussi son argent.
— Couquinasse ! fit le Gascon avec tendresse.
— J’entrai en Allemagne. Voilà un brigand d pays ! Tu parles de stylet ? C’est au moins d l'acier. Là-bas, ils ne se battent qu’à coups d bière, La femme d’un aubergiste de Mayence m débarrassa des ducats du bénédictin. Elle étai
e m’établis ‘8, puis à
est comme >aradis. De à Cuidad- À n'étais fait ec les alcaace. Capé:rque à Sér servi un » d’un sien prix... I y rcutes enais bourses epassé les J’ai senti Voilà mon
poursuivi Bagnèresint aussi i un bénérit à son ire un hécrois que ; peut-être
endresse.
rigand de moins de coups de \yenice Ie fé
Elle était Be
gentille et elle m’'aimait ! Ah! s’interrompit-il, Cocardasse, mon brave compâgnon, pourquoi ai-je le malheur de plaire ainsi aux femmes ! Sans les femmes, j'aurais pu acheter une maison de campagne où passer mes vieux jours ; un petit jardin, une prairie parsemée de pâquerettes rosées, un ruisseau avec ün moulin.
— Et dans le moulin une meunière, interrombit le Gascon. Tu es de l’amadou !
Passepoil se frappa la poitrine.
— Les passions ! s’écria-t-il en levant les yeux au ciel ; les passions font le tourment de la vie et empêchent un jeune homme de mettre de côté!
Ayant aïnsi formulé la saine morale de sa philosophie, frère Passepoil reprit :
— J'ai fait comme toi, j'ai couru de ville en ville, pays plat, gros, hôte et ennuyeux ; des étudiants maigres et couleur de safran ; des nigauds de poètes qui bayent au clair de lune : des bourgmestres obèses qui n’ont jamais le plus petit neveu à mettre en terre, des églises où on ne chante pas la messe, des femmes... mais je ne saurais médire de ce sexe dont le: enchantements ont embelli et brisé ma carrière ! enfin de la viande crue et de la bière au lieu de vin !
— Âs pas pur ! prononça résolument Cocardasse, je n’irai jamais dans cette bagasse de pays-là.
— J’ai vu Cologne, Francfbrt, Vienne, Berlin, Munich et un tas d’autres villes noires, où l’on rencontre des trupes de grands nigauds qui chantent l’air du diable qu’on porte en terre. J'ai fait comme toi, j'ai pris le mal du pays, l'ai traversé les Flandres, et me voilà !
— La France, s’écria Cocardasse, il n’y a que la France, mon pétion.
— Noble pays !
— Patrie du vin !
— Mère des amours ! Mon cher maître, se r prit frère Passepoil après ce duo où ils avaier lutté de lyrique élan, est-ce seulement le manqi absolu de maravédis, joint à l’amour de la p: trie, qui t’a fait repasser la frontière ?
— Et toi, est-ce uniquement le mal du pays ?
Frère Passepoil secoua la tête, Cocardasse bai sa ses terribles yeux.
— Il y a bien autre chose, fit-il. Un soir, à détour d’une rue, je me suis trouvé face à fac avec... devine qui ?
— Je devine, repartit Passepoil. Pareille rer contre m'a fait quitter Bruxelles au pas d course.
— À cet aspect, mon bon, je sentis que l’air d la Catalogne ne me valait plus rien. Ce n’es pas une honte que de céder le pas à Lagardère eh donc !
— Je ne sais pas si c’est une honte mais c’es assurément prudence. Tu connais l’histoire d nos compagnons dans l'affaire des douves d Caylus ?
Passepoil baïssa la voix pour demander cela.
— Oui, oui, fit le Gascon, je sais l’histoire. Lo: couquin l'avait dit : Vous mourrez tous de m: main !
—L'ouvrage avance. Nous étions neuf à l’atta que, en comptant le capitaine Lorrain, chef de bandouliers. Je ne parle même pas de ses gens.
— Neuf bonnes lames ! dit Cocardasse d’un ai pensif. Ils s'étaient tous relevés dans les fossés taillardés, balafrés, saignés, — maïs vivants.
— Sur les neufs, Staupitz et le capitaine Lor rain sont partis les premiers. Staupitz était di famille, bien qu’il eût l'air d’un rustaud. Le ca. pitaine Lorrain était un homme de guerre, et Je
re, se rels avaient le manque de la pa-
u pays ?
lasse bais-
1 soir, au ace à face
reille ren- 1 pas de
ie l’air de Ce n’est agardère,
mais c’est stoire de ouves de
ler cela.
oire. Lou us de ma
à l’attachef de:
es gens.
> d’un air es fossés, ants.
ine Lorz était de a. Le carre, et le
roi d'Espagne lui avait donné un régiment.
Staupitz mourut sous les murs de son propre manoir, auprès de Nuremberg ; il mourut d’un
coup de pointe, là, entre les deux yeux !
Passepoil posa son doivt à l'endroit indiqué. D'instinct, Cocardasse fit de même en disant : - Le capitaine Lorrain mourut à Naples d’un
Bcoup de pointe entre les deux yeux, là ! san-
I°OU, POUT Ceux qui savent et qui se souvien-
ont, c'est comme le cachet du vengeur.
Les autres avaient fait leur chemin, reprit Passepoil, car M. de Gonzague n’a oublié que
Jnons dans ses largesses, Pinto avait épousé une madonna de Turin, le Matador tenait une aca-
démie en Fcosse, Joël de Tuvan avait acheté une ‘entilhommière au fond de la basse Pretaone.
- Oui, oui, fit encore C'ocardasse.: ils étaient
Mitranquilles et à leur aïse. Mais Pinto fut tué à
É Turin, le Matador fut tué à Glascow.
# — Joël de Jugan fut tué à Morlaix, continua frère Passepoil : tous du même coup !
»… — La botte de Nevers. mortédédioux !
— La terrible botte de Nevers !
[ls gardèrent un instant le silence. Cocardasse releva le bord affaissé de son feutre pour essuyer
Bison front en sueur.
— M reste encore Faënza. dit-il ensuite.
Et Saldagne, ajouta frère Passepoil.
Gonzague avait fait beaucoup pour ces
Pidoux-Tà, Faënza est chevalier.
Et Saldagne est baron.Leur tour viendra.
È — Un peu plus tôt, un peu plus tard, murmura ]
le: Gascon, et le nôtre !
- Le nôtre aussi ! rénéta Passepoil en frisson-
nant.
{ ocardasse se redressa. — Eh donc ! s’écria-t-il en homme qui prend
son parti, sais-tu, mon bon ? quand il m’aur couché sur le pavé ou sur l'herbe, avec ce tro entre les deux sourcils, car je sais bien qu’on nr lui résiste pas, je lui dirai comme autrefois ‘ Hé ! lou petit couquin ! tends-moi seulemen la main, et, pour que je meure content, pardon ne au vicux Cocardasse ! ? C'apédédiou ! voil, tout ce qu’il en sera.
Passepoil re put retenir une grimace.
— Je tâchcrais qu'il me pardonnât aussi, dit il, mais pas si tard.
— Au petit bonheur, ma caillou ! En atten.
dant, il est exilé de France. À Paris, du moine. on est sûr de ne pas le rencontrer.
—Sûr! répéta le Normand d’un air peu con:
vaincu.
— Enfin, c’est, en a plus de chance de cela.
— Moi de même.
— Et aussi pour me recommander au bon souvenir de M. de Gonzague.
— Il nous doit bien quelque chose, celui-là.
— Saldagne et Faënza nous protégeront.
Jusqu'à ce que nous Soyons grands seigneurs comme eux,
— Sandiéou ! ferons-nous un galants, mon bon !
Le Gascon fit une pirouette, et le Normand rpondit sérieusement :
— Je porte très bien la toilette.
— Quand j'ai demandé Faënza, dasse, on m’a répondu : “ Monsieur le chevalier n'est pas visible.” Monsieur le chevalier ! répéta-t-il en haussant les épaules. pas visible ! J”
vu Île temps où je le faisais tourner comme toupie.
cet univers, l’endroit où l’on l'éviter. J, suis venu pour
e bonne paire de
reprit Cocar
une
il m’aura 2C ce trou qu'on ne utrefois
seulement , pardon u ! voilà Lussi, dit-
En attenlu moins,
peu con- & où l’on
nu pour
bon sou-
eigneurs aire de nand r‘-
; Cocarhevalier
— Quand je me suis présenté à la porte de Saluagne, repartit Passepoil, un grand laquais ma toisé fort malhonnêtement et m'a dit ë “ Monsieur le baron ne reçoit pas.”
— Hein ! s’écria Cocardasse, quand nous au-
ons, nous aussi, de grands laquais, mordiou !
ie veux que le mien soit insolent comme un valet
! de bourreau.
- Ah ! soupira Passepoil, si j'avais seulement une gouvernante !
- As pas pur ! mon bon, cela viendra. Si je comprends bien, tu n’as pas encore vu M. de Pevrolles.
Non; je veux m'adresser au prince luimême.
On dit qu’il est maintenant riche à milions !
- À milliards ! C’est ici la maison d'Or, comme on l'appelle. Moi, ie ne suis pas fier, je me ferai financier, si on veut,
-— Fi donc ! homme d’argent ! mon prévôt !
Tel fut le premier cri qui s’échappa du noble cœur de Cocardasse junior, Mais il se ravisa et ajouta :
- Triste chûte ! Cependant, s’il est vrai qu’on fasse fortune là-dedans, mon pigeoun.…
-Si c’est vrai! s’écria Passepoil avec enthousiasme ; mais tu ne sais donc pas !
Jai entendu parler de bien des choses, mais ie ne crois pas aux prodiges, moi !
-Ü te faudra bien y croire. Les merveilles abondent. As-tu oui Parler du bossu de la rue Quincampoix ?.…
—Celui qui prête sa bosse aux endosseurs d’ac-
Len:
—]] ne la prête pas, il la loue, et depuis deux ans il à gagné, dit-on, Quinze cent mille livres.
—Pas possible! s’écria le Gascon en éclatant «le rire.
—Tellement possible qu'il va épouser une comtesse.
—Quinze cent mille livres! répétait Cocardass:; une simple bosse! ventrédiou!
—Ah! mon ami, fit Passepoil avec effusion, nous avons perdu là-bas de bien belles années, mais enfin nous arrivons au bon moment. Figure - toi qu’il n’y a qu’à se baisser pour prendre. C’est la pêche miraculeuse ! Drmain, les louis d’or ne vaudront plus que six blancs. En venant ici, j'ai vu des marmots qi jouaient au bouchon avec des écus de six livre.
Cocardasse passa sa langue sur ses lèvres.
—Ah çà! dit-il, par ce temps de Cocagne,con:- Lien peut valoir un coup de pointe allongé pro: prement et savamment, à fond, là, dans toutes les règles de l’art ? Eh! petiou ?
Il effaça sa poitrine, fit un appel bruyant «lu pied droit et se fendit à fond.
Passepoil cligna de l’œil.
—Pas tant de bruit, fit-il; voici des gens qui viennent.
Puis se rapprochant et baissant la voix :
—Mon opinion, dit-il à l’oreille de son ancien patron, est que ca doit valoir encore un bon prix. Avant qu’il soit une heure, j'espère bien savoir cela au juste de la bouche même de M. de Gonzague.
atant de ine coniardassi:
effusion, , années, . Figubaisser e ! Dr.
que six ots qui x livre:
res.
pne,coni-
ngé pro- à
Lis toutes
yant du
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