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n ancien un bon
ère bien
de M. de
LES ENCHERES
La salle où notre Normand et notre Gascon, agrémenté de provençal, s’entretenaient ainsi paisiblement était située au centre du bâtiment principal. Les fenêtres, tendues de lourdes tapisseries de Flandre, donnaient sur une étroite bande de gazon fermée par une treillage et yui devait s'appeler pompeusement désormais “le lurdin réservé de madame la princesse.” A a différence des autres appartements du rez-dechaussée et du premier étage, déjà envahis par les ouvriers de toute sorte, rien ici n’avait encore été changé.
C'était bien le grand salon d’apparat fastueux et princier, avec son ameublement opulent mais sévère. C'était un salon qui n’avait pas dû servir seulement aux divertissements et aux fêtes, car, vis-à-vis de l’immense cheminée de marbre noir, une estrade s'élevait, recouverte d’un tapis de Turquie, et donnait à la pièce tout entière je ne sais quelle physionomie de tribunal.
Là, en effet, s’étaient réunis plus d’une fois les illistres membres de la maison de Lorraine, Chevreuse, Joyeuse, Aumale, Elbeuf, Nevers, Mercœur, Mayenne et les Guise au temps où les hauts barons faisaient la destinée du royaume.ll fallait toute la confusion qui régnait aujourd'hui à l’hôtel de Gonzague pour qu’on eût lais-
* pénétrer nos deux braves dans un lieu pareil.
Une fois entrés, par exer:ple, ils y devaient êt plus en repos que partout ailleurs.
Le grand salon gardait, pour un jour encor son inviolabilité. Une solennelle réunion de i mille y devait avoir lieu dans la journée, et lendemain seulement les menuisiers faiseurs cases devaient en prendre possession.
—Un mot encore sur Lagardère, dit Cocarda se quand le bruit de pas qui avait interrom] leur entretien se fut éloigné, quand tu le renco tras en la ville de Bruxelles, était-il stal ?
—Non, répondit frère Passepoil. Et toi, quai tu le trouvas sur ton chemin à Barcelone ?
—I1 n'était pas seul non plus.
—Avec qui était-il ?
Avec une jeune fille.
—Belle ?
—Très belle.
—C'est singulier, il était aussi avec une jeu fille beiie, très belle, quand je le vis là-bas, Flandre. Te souviens-tu de sa tournure, à jeune fille, de son visage, de son costume ?
Cocardasse répondit :
—Le costume, laltournure, le visage d’une ch: mante gitana d'Espagne. Et la tienne ?
—La tournure modeste, le visage d’ur, ange, costume d’une fille noble.
—C'est singulier! dit à son tour Cocardasse et quel âge à peu près ?
—L'âge qu’aurait l’enfant.
—L'autre aussi. Tout n’est pas dit là-dessi ma Caillou. Et dans ceux qui attendent le tour, après nous deux, après M. le chevalier Faënza et M. le baron de Salaagne, nous n vons compté ni M. de Peyrolles, ni le prince P lippe de Gonzague.
vaient être
Jur encor, ion de ja:
née, et lo faiseurs de
Cocarda nterrompu le rencon-
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t là-dessus, endent leur hevalier « , nous n'aprince Phi-
La porte s’ouvrait. Passepoil n'eut que le temps de répondre :
jui vivra verra !
Un domestique en grande livrée entra, suivi de deux ouvriers toiseurs. Il ne regarda même pas, tant il était affairé, du côté de nos braves qui se glissèrent inaperçus dans l’embrasure d’une fenêtre,
—Et vite ! fit le valet, tracez la besogne de demain, ‘Quatre pieds carrés partout,
Les deux ouvriers se mirent aussitôt au travail. Pendant que l’un d’eux toisait, l’autre marquait à la craie chaque division de quatre pieds, et y attachait un numéro d’ordre. Le premier numéro attaché fut 927. Puis l’on suivit.
—Que diable font-ils là, mon bon ? demanda le Gascon en se penchant hors de son abri.
—Tu ne sais donc rien? repartit Passepoil ; chacune de ces lignes indique la place d’une cloison, et le numéro 927 prouve qu’il y a déjà près de mille cases dans la maison de M. de Gonzaue,
—-Et à quoi servent ses cases ?
—A faire de l’or.
Cocardasse ouvrit de grands yeux, Frère Passe-poil entreprit de lui expliquer le cadeau grandiose que Philippe d'Orléans venait de faire à son ami de cœur.
—Comment ! s’écria le Gascon, chacune de ces boîtes vaudrait autant qu’une ferme en Brauce où en Bretagne! Ah! mon bon,mon bon,attachons-nous solidement à ce digne M. de Gonzavue ! -
On toisait, on marquait. Le valet disait :
—Numéro 935, 936, 937, vous faites trop bon-
ne meœure, l’homn:é ! Songcez que chaque nièce vaut de l’or !
—Bénédiction! fit Cocardass bon, ces petits papiers ?
—C'est si bon, répliqua Passepoil, que l'or «: l'argent sont sur le point d'être dégommés,
—Vils métaux! Prononça gravement le Ga:
con ; ils l'ont bien mérité, As pas peur! s'in terrompit-il, je ne sais pas si c'est vieille habitu de, mais je conserve un faible pour les
—Numéro 941, fit le valet.
—Il reste deux pieds et demi, dit Je toiseur f. usse coupe !
—Oïmé ! fit observer Cocardasse ; Pour un homme maigre,
—Vous enverrez les menuisiers tout après l’assemblée.
—Assemblée de quoi ? demanda Cocardasse,
—Tâchons de le savoir ; Quand on est au fai:
de ce qui se passe dans une maison, la besogn: est bien avancée.
Cocardasse, à cette observation pleine de jus tesse, caressa le menton de Passepoil, comme un père tendre qui sourit à la naissante intelligenc. de son fils préféré.
valet et les toiseurs étaient partis. Il se fit tout à Coup un grand bruit du côté du vest:
bule. On entendit un concert de voix qui criaient :
e ; c’est donc bie:
pistoles,
ce ser:
de suite
—AÀ moi! à moi! j'ai mon inscription. Pas du passe-droit, s’il vous plaît !
—A d’autres, fit le Gascon ; du nouveau.
—La paix, pour Dieu! la paix! ordonna une voix impérieuse au seuil même-de la salle,
—M. de Peyrolles dit frère Passepoil ; ne nou: montrons pas !
Ils s’enfoncent davantage dans l’embrasure, et tirèrent la äraperie,
nous allons voir
onc bie:
| l'or et
LR le Ga:
c! s’in habitu stoles,
toiseur ce sera le suite lasse, au fai:
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de jus me ur ligence Il se | vesti X qui Pas dl:
IS voir a une
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M. de Peyrolles en ce moment franchissait le “uil, suivi plutôt pressé par une foule compacte de solliciteurs. Solliciteurs d'espèce rare et précieuse, qui demandaient à donner beaucoup d'argent pour un peu de fumée,
M. de Peyrolles avait un costume d’une riches- * extême, Au milieu du flot de dentelles qui couvrait ses mains sèches, on voyait les diamants étinceler,
—Voyons, voyons, messieurs, dit-il en entrant «ten s’éventant avec son mouchoir garni de point d'Alençon, tenez-vous à distance ; vous perdez, en vérité, le respect.
—Ah! lou couquin, est-il superbe! soupira Covardasse,
— Il a le fil! déclara frère Passepoil
C'était vrai. Ce Peyrolles avait le fil. Il se servait, ma foi, de la canne qu'il tenait à la main pour écarter cette cohue d'écus animés. À sa droite et à sa gauche, marchaïent deux secrétaires, armés d'énormes carnets.
— Gardez au moins votre dignité! reprit-il en ecouant quelques grains de tabac d’Espagne qui étaient sur la maline de son jabot ;: se peutil que la passion du pain"?
Il fit un geste si beau que nos deux prévôts, placés comme des dillettanti en loge grillée, eurent envie d’applaudir. Mais les marchands qui ftaient là ne se payaient point de cette monnaie.
—A moi! criait-on, moi le premier ! j'ai mon tour !
Peyrolles se posa et dit :
—Messieurs !
Aussitôt le silence se fit.
—Je vous ai demandé un peu de calme, conti nua Peyrolle, Je représente ici directement la
personne de M. le prince de Gonzague, je suis son intendant. Je vois çà et là des têtes couvertes.
Tous les feutres tombérent,
—A la bonne heure ! reprit Peyrolles. ‘Voici, messieurs, ce que j’ai à vous dire.
—Chut! chut! écoutons! fit la, masse.
—Les comptoirs de cette galerie seront construits et livrés demain.
—Bravo !
—C’est la seule salle qui nous reste. Ce sont les dernières places. Tout le surplus est arrêté, sauf les appartements privér de monseigneur et
| ceux de madame [a princesse.
{ I! salua.
Le chœur reprit :
— À moi, je suis inscrit. Palsambleu ! je ne me laïsserai pas prendre mon tour !
—Ne me poussez pas, vous !
| À —Allez-vous maltraiter une femme !
Ë ; Car il y avait des femmes, les aïeules de ces dames laides, qui, de nos jours, effrayent les pas-
sants, vers deux heures de relevée, aux ‘abords de la Bourse.
à —Maladroit !
3 —Malappris !
—Malotru !
Puis des jurons et .des glapissements de femmes d’affaires. Le moment était venu de se prendre aux cheveux. Cocardasse et. Passepoil avanaient la tête pour mieux voir la bagarre, lors que la prte du fond située derrière l’estrade s‘ouvrit à deux battants.
— Gonzague! murmura le Gascon.
—Un homme d’un milliard ! ajouta le Normand, | D'instinct ils se découvrirent tous deux.
Gonzague apparut en effet au haut de l’estra-
ave comen
je sont arrêté, eur et
je ne
Je ces ss pasrds de
mmes endre avan- , lors
s’ou-
Nor-
»stra-
de, accompagné de deux jeunes seigneurs, Il était toujours beau, bien qu’il approchât de la cinquantaine. Sa haute taille gardait toute sa riche souplesse. 11 n'avait pas une ride au front, et sa chevelure admirable, lourde d’essence, tombaït en anneaux brillants comme Je jais sur son frac de velours noir tout simple.
Son luxe ne ressemblait pas aux luxe de Peyrolles. Son jabot valait cinquante mille livres, et il avait pour un million de diamats à son collier de l’ordre, dont un petit coin seulement se montrait sous sa veste de satin blanc.
Les deux jeunes seigneurs qui le suivaient Chaverny le roué, son cousin par les Nevers, et le cadet de Navailles, Portaient tous deux poudre et mouches. C’étaient deux charmants jeunes gens, un peu efféminés, un peu fatigués, mais égayés déjà, malgré l’keure matinale, par une petite pointe de champagne, et portant leur soie et leur velours avec une admirable insolence.
Le cadet de Navailles avait bien vingt-cinq ans ; le marquis de Chaverny allait sur sa vingtième année. lis s’arrêtèrent tous deux pour regarder la cohue, et partirent d’un franc éclat de rire.
—Messieurs, messieurs, fit Peyrolles en se découvrant, un peu de respect, au moins, pour monsieur le prince !
La foule, toute prête à en venir aux mains, se calma comme par enchantement ; tous les candidats à la possession des cases s’inclinèrent d'un commun mouvement : toutes ces dames firent la révérence. Gonzague salua légèrement de la main et passa en disant :
—Dépêchez, Peyrolles, j'ai besoin de cette salle.
—Oh! les bonnes figures! disait le petit Chaverny en lorgnant à hout portant.
Le aerere een
AV v
Navailles riait aux larmes et répétait : :
—Oh! les bonnes figures !
Peyrolles s'était approché de son maître.
—ÏIls sont chauffés à blanc, murmura-t-il ; il payeront ce qu’on voudra.
—Mettez aux enchères! s’écria Chaverny, ça v nous amuser !
—Chut! fit Gonzague, nous ne sommes pas i à table, maître fou !
Mais l’idée lui sembla bonne, et il ajouta :
—$Soit! aux enchères! Combien de mise à prix
—Cinq cents livres par mois pour quatre pied carrés, répondit Navailles qui pensait surfaire.
—Mille livres pour une semaine! dit Chavern)
—Mettons quinze cents livres, dit Gonzague allez, Peyrolles.
—Messieurs, reprit celui-ci en s'adressant au postulants, comme ce sont les dernières places les meilleures. on les donnera au plus offran: Numéro 927, auinze cents livres !
Il y eut un murmure et pas une voix ne s” leva.
—Palsambleu! cousin dit Chaverny, je va vous donner un coup d’épaule.
Et s’approchant :
—Deux mille livres! s’écria-t-il.
Les prétendants se nn avec détress
—Deux mille cinq cents ! fit le cadet de N:
vailles, qui se piqua d’honneur.
Les candidats sérieux étaient dans la conste nation.
—Tro.: mille! cria d’une voix étranglée 1 gros marchand de laine.
—Adjugé! fit Peyrolles avec empressement.
Gonzague lui lança un regard terriblè. ( Pevrolles était un esprit étroit. Il craignait « trouver le bout de la folie humaine.
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—Ça va bien! dit Cocardasse.
Passepoil avait les mains jointes, Il écoutait, il regardait.
—Numéro 928, reprit l’intendant.
—Quatre mille livr>s, prononça négligemment Gonzague.
—Mais objecta une revendeuse à la toilette dont la nièce venait d’épouser un comte, au prix de vingt mille louis qu'elle avait gagnés rue Quimcampoix, c'est le pareil !
—Je le prends ! s’écria un apothicaire.
--J’en donne quatre mille cinq cents! surfit un quincaillier.
—Cinq mille !
—Six mille !
—Adjugé! fit Peyroiles. Numéro 929...
Sur un regard de Gonzague, il ajouta :
—AÀ dix mille livres !
—Quatre pieds carrés! fit Passepoil éperdu.
Cocardasse ajouta gravement :
—-Les deux tiers d’une tombe !
Cependant l’enchère était lancée. Le vertige ve- Bnait. On se disputa le numéro 929 comme une fortune, et quand Gonzague mit le suivant à quinze mille livres, personne ne s’étonna. Notez M qu'on payaït comptant, en belles espèces son- {nantes ou en billets d'Etat. :
L'un des secrétaires de Peyrolles recevait l’argent, l’autre notait sur son carnet le nom des acheteurs. Chaverny et Navailles ne riaient plus ; ils admiraient.
Incroyable folie! disait le marquis.
Il faut voir pour le croire, ripostait Navail-
ul 1es, Et Gonzague ajoutait, gardant son sourire r'ailleur :
—Âh! messieurs, la France est un beau pays.
tr BE à
ne ep 20e
“ue
Finissons-en, interrompit-il ; tout le reste à vingt mille livres !
—C’est pour rien! s’écria le petit Chaverny.
—A moi! à moi ! fit-on dans la cohue.
Les hommes se battaient, les femmes tom baient étouffées ou écrasées. Mais elles criaient aussi du fond de leur détresse :
—A moi! à moi! à moi !
Puis des enchères encore, des cris de joie et des cris de rage. L'or ruisselait à flots sur les de grés de l’estrade qui servait de comptoir. C'était plaisir et stupeur que de voir avec quelle allégresse toutes ces pcches gonflées se vidaient.Ceux qui avaient obtenu quittance les brandissaient au-dessus de leur tête. Ils s’en allaient ivres et fous, essayer leurs places et se carrez dedans.Les vaincus s’arrachaient les cheveux.
—AÀ moi! à moi! à moi !
Peyrolles et ses acciytes ne savaient plus auquel entendre. La frénésie venait. Aux dernières cases, le sang coula sur le parquet. Enfin le numéro 942, celui qui n’avait que deux pieds et demi, la fausse coupe, fut adjugé à vingt-huit mille livres. Et Peyrolles, refermant bruyamment son carnet, dit :
—Messieurs, l’enchère est close.
Il y eut un moment de grand silence. Les heureux possesseurs des cases se regardèrent tout abasourdis.
Gonzague appela Pevrolles.
—Ï va falloir faire place nette! dit-il.
Maïs à ce moment une autre foule se montra à la porte du vestibule, foule de courtisans, traitants, gentilshommes, qui venaient rendre leur: devoirs à M. le prince de Gonzague. Ils s’arrêtrent à la vue de la place occuvée.
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plus au- « derniè- Enfin le pieds et ngt-huit bruyam-
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—Entrez, entrez, messieurs, leur dit Gonzaguo:; nous allons renvoyer tout ce monde.
— Entrez, ajouta Chaverny ; ces bonnes gens vous revendront leurs emplettes, si vous voulez, à cent pour cent de bénéfice.
—Îs auraient tort ! décida Navailles, Bonjour, gros Oriol.
—C’est ici le Pactole! fit celui-ci en saluant profondément Gonzague.
Cet Oriol était un jeune traitant de beaucoup d’espérance. Parmi les aut:"3, on remarquait Albret et Taranne, deux financiers aussi ; le baron de Batz, bon Allemand qui était venu à Paris pour tâcher de se pervertir ; le vicomte de La Fare, Montaubert, Nocé, Gironne, tous roués, tous parents éloignés de Nevers ou chargés de procüration, tous convoqués par Gonzague pour une solennité à laquelle nous assisteronss bientôt, l'assemblée dont avait parlé M» de Peyrolles.
—Et cette vente? demanda ‘riol.
—Mal faite, répondit froidement Gonzague.
—Entends-tu! fit Cocardasse dans son coin.
Passe ‘|, qui suait à grosses gouttes, répondit :
—1 a raison. Ces poules lui auraient donné le restant de leurs plumes !
—Vous, monsieur de Gonzagve, se récria Oriol, une maladresse en affaires ! Impossible !
—Jugez-en ! j'ai livré mes dernières cases à vingt-trois mille livres, l’une dans l’autre.
—Pour un an ?
—Pour huit jours !
Les nouveaux venus regardèrent alors les cases et les acheteurs.
—Vingt-trois mille livres ! répétèrent-ils dans leur ébahissement profond.
—1l eût fallu commencer par ce chiffre, dit Gon-