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CHAPITRE IL Le Uyzocylium vermicolum Zopf (PI. II-V

Cette espèce a été décrite par Zopf comme une variété du Myzocytium proliferum Sch. qui attaque un grand nombre d'algues vertes et plus particulièrement les Conjuguées et les Desmidiées; c'est avec raison, selon nous, que Fischer a élevé cette variété au rang d'espèce (!)•

Nous avons rencontré bien souvent, depuis une dizaine d'années, ce parasite dans nos cultures d'Anguillules ; comme on ne savait rien de lui au point de vue histologique, nous nous étions efTorcé d'établir sa structure intime ; nous y avions réussi, sans trop de difficultés pour les différents stades de la reproduction asexuelle, mais nous avions été moins heureux avec les oospores et les anthéridies ; aussi avions-nous cru devoir retarder la publication de nos observations et attendre que celles-ci fussent plus complètes ; aujourd'hui, notre description peut s'étendre à la vie entière de l'espèce ; nous ne manquerons pas d'ailleurs d'appeler l'attention sur les points qui présentent encore quelque incertitude.

Le Myzocytium vermicolum pourrait être considéré comme une espèce très rare, si l'on en jugeait d'après la bibliographie qui s'y rapporte.

Eh réalité, ce parasite est très commun : on se le procure très facilement et il peut servir d'objet de démons-

(1) A. Fischer: Die Pilze, IV, Abtheilung (Dr L. Rabenhorst's Kryptog. Flora, 2* édition» Bd. 1, 4892, p. 75). •

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tration dans les cours de cryptogamie. Nous allons indiquer le procédé dont nous nous servons, espérant qu'il pourra rendre quelque service à nos collègues ; il est de la plus grande simplicité. Il suffit de remplir de grands cristallisoirs avec du crottin frais de cheval ; on recouvre avec une lame de verre rodée, de façon à maintenir à l'intérieur du cristallisoir une humidité favorable au développement des Ânguillules. Celles-ci ne tardent pas à se montrer en grand nombre ; elles forment de longs cordons blancs sur les parois de verre ; elles s'amassent sous le couvercle. Au bout de quelques jc^urs, l'épidémie se déclare ; quelques Anguillules montrent des déformations dans lesquelles un œil exercé ne tarde pas à reconnaître l'action du Myzocytium ; bientôt la plupart des individus se trouvent envahis ; c'est par centaines et par milliers qu'on peut alors les recueillir avec les formations endogènes qu'ils contiennent

Le MyzocytiumBe développeà l'intérieur des Anguillules en cordons simples, de longueur très variable : ils se cloisonnent en articles qui deviendront chacun un sporange. L'apparence de ces filaments cloisonnés présentedeux manières d'être qui sont reliées entre elles par de nombreux intermédiaires ; les articles sont courts et se renflent plus tard en sporanges sphériques, ou bien ils sont cylindriques et allongés, et alors ils donnent naissance à des sporanges à contours elliptiques. La grosseur des sporanges présente des différences considérables qui sont en relation avec les conditions de la nutrition ; d'un autre côté, le nombre des sporanges d'un individu n'a rien de fixe; il est parfois réduit à l'unité (PI. II, fig. 3) ; souvent les sporanges sont réunis au nombre d'une dizaine (PI. III, fig. 1) ; quelquefois ils sont accouplés par deux (PI. III, fig. 2). Lorsqu'il y a un grand nombre de parasites à l'intérieur d'une Anguillule, il n'est pas toujours facile de déterminer exactement les limites de chacun, et les sporanges

eux-mêmes, pressés souvent les uns contre les autres, montrent des déformations considérables (PI. II, fig. 1, 2).

On conçoit qu'avec les variations d'aspect qui résultent delà forme et du nombre des articles, de leur agencement, la détermination puisse présenter quelques difficultés; ainsi les sporanges qui restent isolés rappellent les OlpU dium ; ceux qui sont réunis par deux ont été l'objet d'une méprise de Sorokin qui en avait fait le type de son genre Bicricium (1); il n'est même pas certain, que le genre Achlyogeton ait une autonomie propre-

Le protoplasma vivant se montre granuleux sur les gros sporanges; une fois,en l'examinant ainsi, nous avons vu un granule tomber dans une des vacuoles, ce qui implique pour celles-ci l'absence de membrane ou de toute surface résistante (PI. III, fig. 8).

Après coloration, on aperçoit dans les cordons An Myzocytium un grand nombre de petits noyaux qui sont dispersés dans un cytoplasme finement granuleux et vacuolaire (Pi. III, fig. 1,2): ces noyaux sont de simples vésicules sphériques, nettement délimitées, qui contiennent quelques granulations chromatiques généralement orientées à la périphérie ; l'une de ces granulations est un nucléole ; mais il faut un peu d'attention pour la distinguer des autres. La même disposition existeaprèslecloisonnement; les vacuoles sont nombreuses et les trabécules d'épaisseur variable; le nombre des noyaux augmente dans chaque sporange ; mais il nous a été impossible de suivre le mode de division nucléaire.

Lorsque les sporanges approchent de la maturité, le cytoplasme se dispose en une couche pariétale qui limite une grande vacuole centrale, formée sans doute par la réunion des vacuoles visibles aux stades précédents (PI. III, fig. 9): c'est dans la couche pariétale de cytoplasme

(1) Sorokin: Aperçu systéma. des Chytridiacées (Archiv. Bot. du Nord de la France, vol. II, p. 35).

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que 86 trouvent les noyaux. Des lignes de granules s'établissent qui dessinent des espaces irréguliers polyédriques ; la vacuole centrale disparaît et le cytoplasme se fragmente en zoospores. A ce moment déjà, le sporange possède un col qui perfore la membrane de TAnguillule et s'allonge ; ce col est plus ou moins gros, plus ou moins long (PI. II, fig. 4,5).

La cuticule de TAnguillule, qui présente des striations transversales, se soulève en une calotte à cet endroit; celle-ci se colore «n rouge par la double coloration à rhématoxyline et au picro-carmin, alors que partout ailleurs la cuticule conserve une teinte bleuâtre très faible. La cuticule est donc attaquée^ semble-t^'iU au niveau de la perforation par une substance sécrétée par le parasitey^e qui la rend plus sensible aux réactifs colorants (PI. Il, fig. 3, 4).

Il n'est pas rare qu'un même sporange possède deux cols pour la sortie des zoospores (PL 11^ fig. 4).

Il parait que dans le Myiocytivum proliferum^ tout le contenu du sporange sort à Textérieur sous forme d'une grosse vésicule, laquelle sa fragmente ensuite en zoospores comme chez les Pj/thium ; nous pouvons afiirmer que les choses ne se passent point nécessairement de cette façon dans le Myzocytium vermicolum ; la fragmentation des zoospores se fait dans le sporange ; un premier groupe de cinq ou six proémine en vésicule à l'extrémité du col (PI. III, fig. 6) ; elles se dégagent bientôt et nagent vigoureusement àl'aide de leurs deux flagellums : celui d'avant est court: le second, qui est trainé à l'arrière, est plus long. Les autres zoospores sortent ensuite une à une du sporange.

La forme générale de ces zoospores est elliptique (PI. III, fig. 7); leur cytoplasme est dense et sensiblement homo* gène; on ne distingue pas de gros globules oléagineux comme dans les Chy Iridium ; les réactifs , coloraat^ , per-r

mettent de Voira Tintérieur de chaque zoospore un noyau nucléole central (PI. IV, fig. 7). •'

'Nous avons parfois observé des sporanges dans lesquels la sortie des zoospores n'avait pas eu lieu ou s'était produite incomplètement : les zoospores ainsi prisonnières montraient des débuts de germination (PI. IV, fig. 1); à Tune des extrémités, ces cellules montraient un petit renflement qui leur donnait un peu l'aspect d'une levure ; d'autres, en moins grand nombre dans le sporange, et sans doute mieux favorisées sous le rapport de la nutrition, avaient grossi et semblaient vouloir atteindre à leur tour le stade de la sporulation (PI. IV, fig. 4).

No^is avons pu comparer ces états avec ceux qui se produisent en liberté : parmi les zoospores qui nagent à la recherché des Ânguillules, il en est quelques-unes qui s'arrêtent^ au milieu du liquide, pet*dent leur flagellum et commencent à germer. On voit apparaître à l'une des extrémités une protubérance incolore, tout comme s'il s'agissait d'une levure en voie de bourgeontiement, et le développement s'arrête ; parfois cependant le bourgeon se continue par un chapelet composé de trois y)u quatre renflements (PI. IV, fig. 1, 2, 3).

Si IM zoospores ont réussi à se fixer sur une Ânguillule, le développement continue: Nousavonspu suivre tous lesrdétails'de cette germination. Le cytoplasme abandonne progressivement le corps de la zoospore, passe dans le renflement ; la traversée de la cuticule de l'hôte a lieu ^ar un canal très fin (PI. IV, fig. 2, "a). En dedans, le filament se renfle à nouveau, et c'est dans ce renflement que passe finalement tout le cytoplasme aVec le noyau.

Les sphérules uninucléées endogènes provenant de la germination des zoospores sont le point de départ de nouveaux individus, soit que ceux-ci conservent la forme sphérique (PI. III, fig^ 3, 4), soit qu'ils s'allongent en filaments ; le noyau subit plusieurs bipartitions; des

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vacuoles se montrent dans le cytoplasme et lorsque les cordons se cloisonnent en articles, chacun de ceux-ci renferme dès le début un certain nombre d*éléments nucléaires.

La reproduction sexuelle in:tervient en fin de végétation : elle se fait au moyen d'oogones et d'anthéridies ; ces organes font ordinairement partie du même filament, mais ils peuvent également appartenir à des individus différents.

Les premiers stades du développement ressemblent à ceux d'un thalle asexué ; le filament se cloisonne en articles qui bientôt prennent un aspect différent. Tandis que ceux qui sont destinés à fournir les anthéridies restent cylindriques, les autres se f enflent et deviennent des oogones ; assez souvent, sur le trajet d'un filament, deux oogones sont séparés par deux anthéridies contiguës (PL V, fig. 2) ; des sporanges ordinaires peuvent d'ailleurs être intercalés au milieu des gamétanges (PL V, fig. 13).

Au point de vue histologique» on peut établir certaines .différences entre sporanges et gamétanges d'une part, entre oogones et anthéridies d'autre part.

Tandis que les sporanges ordinaires se montrent avec un cytoplasme granuleux, abondant et des vacuoles bien délimitées, les gamétanges ne possèdent qu'un cytoplasme raréfié à trabécules irréguliers. Les noyaux des sporanges sont mis en évidence avec la plus grande facilité ; ils sont nombreux ; leur structure est vésiculaire ; les noyaux des gamétanges sont en petit nombre, ils sont difficiles à apercevoir et à colorer, bien que leur nucléole soit plus gros.

Les gamétanges semblent être des sporanges arrêtés dans leur développement ; le nombre réduit des noyaux qui se trouvent dans les oogones et les anthéridies vient à l'appui de cette conclusion. .

Ainsi, on trouve en général huit noyaux seulement à rintérieur des oogones ; ils sont dispersés irrégulièrement dans les mailles du cytoplasme; les anthéridies que nous avons pu observer ne possédaient chacune que deux noyaux, et nous avons tout lieu de croire qu'il en est ainsi au moins le plus souvent ; le cytoplasme de ces anthéridies a une structure i*éticuiée irrégulière comme celle des oogones ; on y trouve parfois une grande vacuole centrale ; les noyaux occupent des positions variables ; souvent on en rencontre un à chaque extrémité de Tanthéridie (PL V, fig. 1-4).

. On sait qu'au moment de la fécondation, l'anthéridie perfore la cloison qui la sépare de l'oogone ; son con- * tenu passe dans le gamétange femelle. Nous avons observé un exemple de ce stade (PI. V, fig. 4) ; le cytoplasme de Toogone s'est retiré de la paroi en se contractant ; il renferme pluaieurs grandes vacuoles ; ses noyaux ont disparu, à Texception d'un seul que l'on aperçoit du côté de l'anthéridie ; celle-ci a commencé à déverser son contenu dans l'oogone : le noyau mâle arrive au voisinage du noyau femelle ; le cytoplasme de l'anthéridie renferme comme celui de l'oogone plusieurs grandes vacuoles ; à la place du second noyau, on aperçoit deux globules chromatiques dont l'origine exacte est bien difficile à déterminer : peut-être proviennent-ils d'une fragmentation suivie de dégénérescence du second élément nucléaire de l'anthéridie.

La fécondation dans le Myzocytium se produit donc entre deux gamètes privilégiés, comme chez YAlhugo candida^ avec de légères différences qui portent sur le nombre des gamètes en présence dans chaque gamétange.

Dans le cas où une anthéridie se trouve intercalée entre deux oogones, il n'est pas impossible qu elle puisse au moyen de ses deux gamètes assurer la fécondation dans les deux oogones.

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Nous avons rencontré un aspect qui rappelle un peu celui du stade de zonation décrit chez les Péronosporées (PI. V, fig. 5) ; mais, à cause des difficultés du sujet, nous avons dû renoncer au moins provisoirement à chercher s'il existe un coenocentre.

Après la réunion des cytoplasmes, Toospore s'arrondit dans l'oogone et une membrane ne taîrde pas à se montrer à la surface ; elle est encore simple et lisse ; les deux noyaux sont distincts et plus ou moine rapprochés l'un de l'autre ; des vacuoles se montrent dans le protoplasme (PL V, fig. 6)..

Un peu plus tard, l'ôospore est devenue uninucléée ; i^ous la membrane encore lisse, les réactifs dessinent un réseau formé par des hexagones (PL V, fig. 7) ; il correspond à celui que montrera un peu plus tard Tépisporo. La membrane, en effet, augmente d'épaisseur et se subdivise en épispore et endospore ; tandis que l'endospore reste mince, l'épispore s'épaissit suivant les mailles d'un réseau ; elle semble ainsi perforée quand on l'examine de face .(PL II, fig. 6 ; PL V, fig. 9); vue en section, la membrane paraît couverte de protubérances, qui ne sont autre chose que la coupe optique du réseau d'épaississement (PL V, fig. 10).

Nous avons obtenu des sections de ces oospores ; une grande vacuole tient la place du globule oléagineux qui se voit sur les exemplaires vivants ; dans le cytoplasme pariétal, d'apparence homogène, est situé un gros noyau nucléole (PL V, fig. 10).

La germination des oospores a été observée après plusieurs mois de culture ; le protoplasme renferme alorà une dizaine d'éléments nucléaii'es ; le globule oléagineux est remplacé par une vacuole et les noyaux sont disposés dans la couche pariétale de protoplasma (PL V, fig. 1 1-12). Nous n'avons pas assisté à la sortie même des zoosporés, mais nous avons rencontré plusieurs œufs vides, qui

présentaient encore d'une façon très nette un col analogue à celui des sporanges. Le réseau d'épaississement qui recouvre ces oospores ne permet pas de les confondre avec d'autres formations. On peut donc affirmer que Tœuf du Myzocytium germe en un sporogone.

L'étude de cette espèce est intéressante à plus d'un titre :

i« Elle est extrêmement polymorptie, les sporanges étant sphériqueSi elliptiques ou diversement contournés ; de plus, l'individu est constitué, selon les cas, par un sporange unique ou par une chaîne de sporanges.

2^ La perforation de la membrane de Tanguillule par le col du sporange n'est pas due à une simple cause mé? canique : elle résulte d'une modification chimique de cette membrane qui est mise en évidence par les réactifs colorants.

3^ La germination des zoospores se fait suivant un mode spécial très caractéristique et qui n*est pas sans ana^ logieavec le bourgeonnement des levures.

4'' La reproduction sexuelle montre une dégénérescence de noyaux, dans le gamétange femelle tout au moins ; par conséquent, nous avons affaire à un exemple de sexualité qui peut être considéré comme le prototype de celle des Péronosporées. Les phénomènes sont toutefois beaucoup plus simples, sans doute à cause du nombre plus réduit des noyaux de gamètes dans chaque organe. Ainsi, nous n'avons pas observé de traces appréciables de périplasme en dehors de l'œuf dans l'oogone. Il semble que la dégénérescence des noyaux du gamétange femelle soit la conséquence directe du nombre réduit des énergides mâles de l'anthéridie: cette propriété s'est transmise chez les Péronosporées, alors même que le nombre dei^ noyaux de l'anthéridie augmentait.

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