LES PRÊTRES D^SHTAR-AUX-LIONS
Règne surNinoua, voluptueuse et souple, Toi, r Amante éternelle, ô formidable Ishtar ! Que Shin-Akhé-Irib, comme un" géant, découple Les Rois des Nations attelés à ton char.
Pour la fille de Shin, chantez, 6 courtisanes ! Voici les lourds guerriers qui reviennent du Sud, Et, sous les arcs béants, en longues caravanes. Les dépouilles de Kem et les thrésors de Lud. Que les muscles des Forts s'enlacent à vos nuques, Et furieusement, dans un sauvage accord.
Rythmant de vos baisers la plainte des sambuques. Ouvrez, sur les parvis où veillent les eunuques. Vos bras blancs et vos robes d'or.
Règne éternellement : qu'en ta cité jalouse, Les autels des vaincus fument devant ta tour. De Shin-Akhé-Irib sois la Dame et TKpouse, Et qu'il siège à tes pieds sous le disque d'Asshour.
Mais dans Arba-IIou sur neuf degrés s'élève Le temple préféré de ta divinité, D'où rayonne à ta voix, 6 Maîtresse du glaive ! Sur le monde asservi ta double royauté :
Tu descends sur Nimroud dans les nuits éclatantes Où brûlent les désirs ainsi que des flambeaux, Mais, dans Arba-llou, les guerres haletantes S'échappent de tes mains et, vers les rondes tentes, S'envolent avec les corbeaux.
Règne ! et dans TOurougal, comme des bêtes mortes. Jette tes ennemis sous tes pieds triomphants : Car Shin-Akhé-Irib a, dans les villes fortes, Crucifié l'aïeul et les petits enfants.
II a brisé les dents des nations impies Et chassé leurs troupeaux criards sous les bâtons. Dans les charniers de mort, les vieilles, accroupies. Cherchent, les yeux crevés, stupides, à tâtons Dans les flaques de sang, avec des doigts farouches. Quelque lambeau de chair humaine pour leur faim. Mais leur langue coupée est muette en leurs bouches. Et le seul bruit vivant est la rumeur des mouches Tournoyant en joyeux essaim.
Règne ! et vois déchîrer les corps des vierges nues Aux ronces des buissons, aux griffes des nopals, Et Shin-Akhé-Irib bordant tes avenues De torturés râlant sur les croix et les pals.
Des races qui niaient et ton nom et ta force Il a jusques au sol courbé le front têtu, Tranché les rameaux verts et dépouillé Técorce Et rompu les troncs noirs, comme on rompt un fétu. Il a pour te servir, ô Mère des épées, Du profond Naharai fouillé les nids d'aiglons, Pourchassé les fuyards dans l'ombre des cépées, Et cloué le blasphème à leurs lèvres coupées De sa sandale aux durs talons.
Règne ! et contemple, ô Reine en ta puissance assise. Tes temples par degrés envahissant lescieux, Car Shin-Akhé-Irib en cimente l'assise Avec le sang des Rois et la cendre des Dieux.
Effaçant la splendeur des mortelles étoiles, Ta constellation resplendit au zénith.
Et les prophètes d'Our, en dépliant tes voiles, Pâlissent de terreur, 6 Nana-Zarpanit !
Comme, aux sables d'Aram, la dune qui s'écroule Rejaillit, brume d'or dans la splendeur des soirs. Au firmament des cieux qu'elle emplit de sa houle, La poussière des nuits que ton pied divin foule S'allume pour tes encensoirs.
Règne 1 ô glaive d'Ishtar, que nul venin ne rouille !
Quand le cycle éternel accomplira son tour,
De Shln-Akhé-Irib la royale dépouille
Dans ta crypte, ô Nimroud ! ira dormir un jour.
Mais tu le recevras, 6 Dame des batailles, Au seuil épouvanté des murs de l'Aral-lou, Et quand se déploieront ses hautes funérailles. Des tours de Ninouah aux tours d'Arba-Ilou, Désertant les hauts lieux où luit ton simulacre, Toi, rishtar-aux-Llons, seule, tu descendras Dans Tombrc où sera seul le Pasteur du massacre. Et, sous la pourpre en feu qui l'inonde et le sacre, Pour lui seul s'ouvriront tes bras.
Règne éternellement sous les voûtes de pierre. Où s'agenouillera la stupeur des vaincus, Où Shin-Akhé-Irib fermera sa paupière.
Parmi les grands aïeux et les siècles vécus.
Car tu le trouveras dans la chambre, où TAncétre Nimroud avait scellé le rocher sur son front : Et les blancs étalons couchés auprès du Maître, Pour te lécher les mains, Ishtar ! s'éveilleront. Et ton geste, où Tépée éternelle flamboie.
Le redressera pur comme un céleste amant, Dans la beauté de ceux qui suivirent ta voie : Et tu remporteras, comme une fière proie.
Sur les marches du firmament.
Tu régneras alors dans les nuits étoilées !
Tu seras le Chasseur descendu de son char-, O Shin-Akhé-Irib, 6 Seigneur des mêlées, Dans la gloire d'Asshour et sur le sein d'Ishtar.
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