LE NABI
— Bi-
le NABI
Mais de la foule un homme, un prisonnier, bondit.
L'extase qui le dompte emplit ses yeux arides :
En vain un siècle entier dans l'ampleur de ses rides
Inscrit en plis d'airain son orbe révolu.
Les calmes pectoraux de son torse velu
Roulent superbement sur sa large poitrine.
Le souffle prophétique, en gonflant sa narine,
D'un surhumain orgueil sous ses sourcils puissants
Anime sa prunelle aux jets éblouissants.
Et fait son front pareil, sous le dieu qui le hante,
Au chêne échevelé grondant dans la tourmente.
Seul, dans la foule abjecte et folle de stupeur, 11 redresse sa taille effrayante, et, sans peur, Droit au regard du Maître et du Chef invincible, Son regard a volé comme un trait vers la cible.
Tout s'est tu. L'ombre seule a marché sur le sol.
Les chevaux ont cessé de souffler, et leur col A senti; sur leur poil que l'épouvante ride.
Passer comme une main qui les prend à la bride.
Mais Shin-Akhé-Irib fait un signe, et, muet,
Sur sa face de pierre où rien n'a remué
Le peuple entier d'Asshour voit sa volonté luire.