‹ Le bouclier d'arèsChapitre 25 sur 26 · LE POÈTE · texte numérisé non relu

LE POÈTE

Je te salue, Arès, Roi du festin des lances, Et toi, Poséidon, qui sur nos fronts balances

Le trident redouté des mers.

Et toi, chaste Athèna, qui gardes, fière et pure. L'ivoire de ta chair à Tor de ton armure,

Pallas, ô Déesse aux yeux pers.

Quand la gloire du bronze à la nuit triomphale A jeté le défi de sa haute rafale,

Hellas a reconnu ses dieux; Mais TAède, qui seul dans les âges peut lire. Te célèbre, Apollon, Roi des Porteurs de Lyre,

Comme le seul victorieux.

Car le tumulte armé des Strophes vengeresses, Menant le divin chœur de tes blondes prêtresses,

Planait sur la cime des flots ; Et rOde aux seins altiers, aux cheveux de lumière. Bondissait, l'aile ouverte, en la clameur guerrière.

Avec le vol des javelots.

Et lorsque tu parus, brandissant l'arc rapide. Autour du Conquérant, comme un troupeau stupide,

Tombèrent ses fiers défenseurs.

Qui, rudes contempteurs de ton plectre héroïque, Méprisaient, ignorants de la fureur lyrique,

La majesté des vierges Sœurs,

Ils tombaient, et, jonchant de morts les vagues claires, Se demandaient en vain quel Dieu de nos galères

Guidait l'inévitable essor.

Car ils n'entendaient pas, ces fils du sol barbare. Vibrante en l'aquilon des lances, la Cithare

Chanter avec sept cordes d'or.

Mais, ô Toi qui la sais souveraine et vivante, Hellas ! écoute-la frémir, et, d'épouvante

Emplissant les vents inspirés.

Jeter en purs accords au ciel de la victoire, Ame de la Patrie et voix de notre Histoire,

L'Harmonie aux nombres sacrés.

Car, dans les temps nouveaux dont s'éveille Taurore, Tu la verras grandir et s'éployer encore ;

Et, sous Taube éclairant ton front.

Les peuples, qu'Océan ceint de son orbe immense, Comme la nuit, autour de toi, feront silence

Quand tes Poètes parleront.

Frémissez de son souffle, ô flots de Salamine ! L'Hymne de la Beauté retentit et domine

Le cri farouche des clairons.

De l'auguste avenir nous apportons l'offrande; La Terre des Héros ne sera sainte et grande

Que par ce que nous en dirons.

Car nous te bâtirons, ô noble Hellas, un temple. Où les siècles pieux, adorant ton exemple,

Viendront prier à ta clarté.

Où les Prêtres du Verbe, en qui vit ton image, Consacreront l'orgueil divin de leur hommage

A ta seule immortalité.

Salut, ô grande Lyre, en qui vibre le monde !

Tu dompteras la nuit et la mort inféconde, Et, lorsque le Temps odieux

Sur nos autels éteints aura fermé son aile,

A jamais tu feras la Mémoire éternelle

De ceux qui défendaient la Patrie et les Dieux.

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