CHAPITRE PREMIER
COLLECTEUR DE CLICHY'
1** Partie extka-muros
Exposé. — Le collecteur de Clichy sert, concurremment avec le collecteur d'Asnières, à conduire à l'usine municipale de Clichy, les eauxd'égoul de la portion de la ville située sur la rive droite de la Seine. De Clichy les eaux sont rejetées dans les champs d'épuration de Gennevilliers et d'Achères.
Parti de la place de la Trinité, le collecteur suit la rue de Clichy, l'avenue de Clichy et le boulevard National. L'exécution de cet ouvrage, d'une longueur totale de 4 328,56 m., fut divisée en deux lots correspondant aux deux fractions intra-muros et extra-muros.
La partie extra-muros fut construite de 1895 à 1897 par la méthode du bouclier.
Profils en travers et en long. — Le profil en travers (fig. 1) est celui d'un égout : une cunette de 2 m. ..c^js^^sassaï»^
de hauteur et 4 m. de largeur, deux ><^^^^l^^^^
risbermes de 0,90 m., une voûte de ^p^ ^ ^m
2,50 m. de montée. La largeur totale M- i^c*. J^
de la section libre est de 6 m., la hau- ^^ÉT 7 ^^"^ "^^P
teur sous clef de 5 m. ^^5ï**^iJifijfe^^^
Le profil en long (fig. 2) présente ^^^^^^^
une pente continuelle de 0,50 m. par Fig. i. — Pro6i en travers kilomètre ; le point le plus haut de
l'extrados reste de 0,40 m. à 3 m. au-dessous de la chaussée. La longueur totale est de 1753,26 m.
* La plupart des figures de ce chapitre ont été empruntées à l'ouvrage de M. Legouèz.
COLLECTEUR DE CLICHY
Bouclier métallique. — L'adjudicataire fut M. L. Gbagnaud au prix de 1016,60 fr. le mètre courant. Son bouclier (fig. 3 et 4)
Fig. 3. — Coupe transversale du bouclier.
avait l'es dimensions de la demi -section elliptique du collecteur, 7,25 m. X 2,95 m.
Deux poutres distantes de 1,40 m. d'axe en axe étaient les éléments essentiels de la résistance ; elle avaient 12 mm. d'épais-
Fig. 4. — Coupe longitudinale du bouclier,
seur d'âme , 50 cm. de hauteur ; la semelle inférieure avait
fi(ï "^ ftn 0,30 m. de largeur, 20 mm. d'épaisseur ; des cornières d®
la réunissaient à l'âme.
La tôle d'enveloppe rivée sur les cornières supérieures des poutres avait 14 mm. d'épaisseur. Douze entretoises longitudinales reliaient les deux poutres elliptiques ; elles étaient formées d'une âme de 10 mm. d'épaisseur et de 0,50 m. de hauteur fixées
par des cornières ^ . La longueur totale de l'armature
était de 5,25 m. ainsi répartie :
Avant-bec 2,10 ra.
Corps 1,40
Queue 1,75
Total 5,25 m.
La tôle d'avant-bec découpée en visière était renforcée sur toute sa longueur par 12 consoles. Au contraire la tôle de la queue, coupée carrément, était entièrement en porte à faux.
Fig. 5. — Détail d'une poutre et support d'un vérin.
Au début le plancher de contrcventement s'élevait à 1 m. audessus du fond de la chambre de travail ; mais on coupa bientôt les deux poutres transversales qui le formaient suri m. de longueur et on rétablit le plancher à 0,52 m. en dessous de sa première position avec deux poutres de 0,279 m. de hauteur.
COLLECTEUR DE CLICHY H
Les dimensions extérieures de Tarmature étaient :
Hauteur 3,289 m.
Largeur 7,25
Longueur 5,2o
Vérins. — En dessous des poutres étaient placés six vérins (fig. 5) espacés de i,20 m. à l'aplomb des entretoises. Leur diamètre intérieur (fig. 6) était de 0,24 m. leur épaisseur de
Fig. 6. — Coupe longitudinale d'un vérin.
0,07 m. leur course de i m. La pression de Teau variait de 50 à 200 kg. par cm^ soit 22 t. à 90 t. par vérin, ou 133 t. à 540 t. comme effort total.
Les tiges de tous les vérins, de0,10 m. de diamètre étaient réunies à une poutre mobile sous la queue du bouclier ; les vérins étaient à double effet.
Appui du bouclier. — Toute la charge était transmise au chemin de roulement par deux poutres longitudinales de 0,55 m. de hauteur régnant depuis la poutre elliptique d avant jusqu'à l'extrémité de la queue et formées d'une âme de 20 mm., de 2 semelles
de 300 X 20, et de quatre cornières de — ^ — . Les rouleaux en fonte avaient 0,18 m. de diamètre extérieur, 0,06 m. de diamètre intérieur, 0,50 de longueur.
Le chemin était constitué pardes madriers de 0,13 m. x 0,50 m. X 1,00 m. assemblés à mi-bois et garnis d'une tôle de 0,01 m. d'épaisseur.
Cintres et entretoises. — Le bouclier prenait appui contre trente
Cintres (fig. 7 et 8) solidement entretoisés. Chaque cintre était cons-
V^4il
Fig. 7. — Assemblage d'un cintre. Élévation.
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Fig. 8. — Assemblage d'un cintre. Coupe.
Fig. 9. — Détail des entretoises.
litué par un fer plat de 0,360 m. X 0,01 m. et quatre cornières
de
;on le formait de deux demi-cintres assemblés par trois éclisses : deux latérales et une inférieure.
L'espacement était de i m. d axe en axe; un fer en double T (fig. 9) entretoisait les cintres au droit de chaque vérin au moyen de cornières de = — ^ et de boulons de 18 mm.
Poutre mobile. — L'appui des vérins n'était pas direct; il s'effectuait au moyen d'une poutre elliptique mobile destinée à répartir uniformément la pression (fig. 10).
Fig. 10. — Détails de la poutre mobile.
Cette poutre avait 0,90 m. de hauteur, 0,01 m. d'épaisseur; elle était formée d'une âme et de cornières de — ^ — , d'une semelle inférieure de 0,014 m. X 0,30 m. et d'une semelle supérieure de 0,014 m. X 0,40 m.
Montage du bouclier. — Essais. — Pour ne pas interrompre la circulation on effectua le montage dans un carrefour, en fouille blindée, du 21 novembre au 8 décembre 1895. Dans la nuit du 10 au 11 décembre on ripa le bouclier à son emplacement définitif, dans la galerie qu'il devait prolonger.
Dès le début quelques incidents se produisirent : les vérins se brisèrent tous; le plancher était trop haut : on l'abaissa; l'avant-
bec parut un peu court (il n'avait que 1,20 m.) : on l'allongea. L avancement ne fut guère que de 2,50 m. par jour pendant les trois premiers mois.
Fonci MMMMB iaiit du bouclier. — Blindage du ciel. — Âpres avoir déblayé sous Tavant-tec suivant un talus aussi raide que possible on creusait latéraleaient un four pour loger les longerons et les rouleaux d'avancement ; puis on mettait la pression sur les vérins ; pendant le mouvement en avant du bouclier la poutre mobile serrée contre le blindage supportait la queue ; quand on ramenait les vérins, la poutre revenait avec eux et dégageait la queue.
Sous la tôle devenue libre on montait et réglait un cintre, ceci portait à deux le nombre des cintres abrités par l'enveloppe;
Fig. 11. — Coupe transversale dans la partie boisée.
sur le cintre primitif on plaçait des coins de serrage^ un faux chapeau et l'extrémité des couchis (0,08 m. X 0,16 m. X 1,00 m.) ; l'autre extrémité des couchis était provisoirement posée sur la couronne de la poutre mobile ; à l'aide d'un faux chapeau et de butons placés sur le cintre nouveau on serrait le blindage sous l'enveloppe en dégageant la poutre (fig. H).
Pendant la course suivante, en frappant sur les coins, on appliquait les couchis contre le terrain.
On était dès lors ramené au procédé ordinaire d'exécution de la calotte dans une fouille blindée; on retirait un à un les couchis de blindage pour les reporter sur les cintres.
Afin d'éviter, soit de laisser des bois au-dessus de Textrados, soit de permettre au sable de fluer quand on retirait tout, on emprisonnait entre la terre et des couchis des feuilles de tôle de 1,00 m.X 1,00 m. Xl/2 mm. repliées à leurs actrëmités pour empocher leur entraînement par le bouclier.
Vitesse. — Quand le travail fut devenu normal, on fit 4,51 m. par jour, et môme 5,45 m. si on tient compte des arrêts.
Août Sept Oct Nov. Dec. Jan. Fév. Mars Avr. Mai Juin Juil, Août Sept Oct. liov.ae Fig. 12. — Diagramme de marche.
La vitesse maxima fut de 9,10 m. par 24 heures.
Le diagramme ci-dessus (fig. 12) résume la marche.
Du 10 août au 2 décembre 1895 on avait exécuté sur bois 453 m. de voûte, soit 3 m. par jour environ, au moyen de trois équipes de 8 heures.
Installations mécaniques et organisation du chantier. — En raison de Texiguïté de la section libre, dont la hauteur ne
dépassait guère 2 m. on dut recourir à des moyens mécaniques d'évacuation des débiais.
Une courroie en coton mue par une dynamo de 15 ampères sous 220 volts versait directement à l'arrière du bouclier les terres qu'elle recevait à l'avant; deux machines à vapeur remorquaient les trains jusqu'en aval du pont de Clichy, où s'opérait la décharge.
Les matériaux arrivaient par bateaux; on les chargeait avec un transporteur Temperley sur des wagonnets qui les conduisaient sur le chantier.
L'usine génératrice produisait 50 chevaux de force; une locomobile de Weyler et Richmond de 30 chevaux, une locomobile de Rouffet de 20 chevaux, actionnaient chacune une dynamo de 24 chevaux, débitant 80 ampères sous 220 volts.
La consommation d'énergie était celle-ci :
Dynamo-Gramme :
Ampères
i« Transporteur Temperley 50 à 60
2^ Pompes élévatoires 4 5 à 25
3** Malaxeur 15
4<> 8 lampes à arc • . . 36
ii6 DynamO'Edison :
Ampères
!• Dynamo du bouclier 15 à 20
2^ Dynamo du transporteur 15 à 20
3*» 50 lampes 15
4<' Ventilateur 34
Total général 195
11 faut remarquer que les transporteurs, le bouclier et les pompes ne marchaient jamais simultanément, de sorte que la consommation totale n'atteignait que rarement les 160 ampères produits.
Terrains rencontrés. — Incidents et avaries. — On rencontra des vieilles maçonneries, qu'on dut démolir, et un banc de pouddingue dur sur 50 m. de longueur; à deux reprises on traversa des sables argileux mous, oti il fallut battre des pieux
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pour supporter le chemin de roulement ; malgré les précautions prises, le bouclier s'enfonça légèrement ; par la pose des madriers on le ramena insensiblement à son tracé primitif.
Quand le terrain était formé de sables fins, ils glissaient avec facilité le long de la tôle et déterminaient des tassements dans la chaussée; la circulation ne fut pourtant jamais arrêtée.
Fig. 13. — Vue du bouclier à la fin des travaux.
Le bouclier parcourut ainsi 1 25S m., de la place de la Trinité à la porte de Clichy, sans subir trop d'avaries ; les tôles se faussèrent à peine ; seule la poutre mobile était disloquée. Les cintres, quoique déformés, eussent encore pu servir. La figure 13 représente le bouclier à la fin des travaux, à la veille du démontage.
Conclusion. — Le plus grave reproche qu'on puisse faire à cette méthode c'est d'être un procédé mixte où l'emploi d'une armature métallique se combine avec celui des blindages comme dans l'exécution sur bois. C'est peut-être un avantage d'avoir un chantier de maçonnerie étendu, quoique ici la vitesse de progres-
LE DOUCLIBR* 2
sion n'était pas tellement grande qu'on ne pût suivre les mineurs dans la construction du revêtement ; s'est sûrement une dépense excessive que d'ajouter les frais des boisages à ceux d'un engin déjà coûteux par lui-même.
Les tassements n'étaient pas moindres que dans Temploi exclusif du bois, ils étaient normalement de 0,06 m. : 3 cm. au moment de l'échappement de la queue du bouclier, 3 cm. pendant l'exécution de la maçonnerie et l'enlèvement du blindage ; et le plus clair résultat de cette présence du coffrage était d'empêcher l'injection qui aurait peut-être réussi à boucher les vides.
L'engin lui-même prêtait à la critique ; dans la dcmi-seclion déjà étroite et fort encombrée par les planchers et la machinerie, la progression par roulement n'était pas des plus aisées ; l'enlèvement, le transport et la pose des rouleaux de fonte se faisaient mal ; les ouvriers chargés de ce travail n'assuraient pas toujours le rouleau dans une bonne position ;le bouclier en s'engageant dessus avait une tendance à dévier de sa direction.
La poutre mobile était très mauvaise : elle rendait tous les vérins solidaires les uns des autres et elle les chargeait inutilement d'un poids vertical assez considérable, propre à donner des coincements et des bris de tiges.
Les entretoises étaient trop faibles pour supporter Teffort des vérins ; elles flambaient fréquemment et les cintres mal soutenus se déformaient.
2* Partie intra-muros
Exposé. — Sur la plus grande partie de sa longueur le collecteur de Clichy intra muros présente le même profil en travers que la partie extra-muros ; la largeur totale de l'ouvrage est donc de 7,20 m., la hauteur totale de 5,85 m.
Sur la seconde partie le collecteur affecte une forme un peu plus circulaire, la largeur totale extérieure étant de 6,10 m.
La pente est uniforme d'une extrémité à l'autre ; elle est de 0,50 m. par kilomètre.
La plus faible hauteur de terre sur l'extrados est de 5 m., la plus grande de 34 m.
Le travail fut mis en adjudication sur les prix de 1130 fr. le mètre courant pour le type n** 1, et de 960 fr. pour le type n"" 2.
M. FougeroUe fut déclaré adjudicataire avec un rabais de 31 p. 100, ce qui ramenait le prix du mètre courant pour le type n« là 769,55 fr., et pour le type n*» 2 à 662,40 fr. ; il devait effectuer le travail avec une armature tubulaire par une méthode toute différente de celle que nous venons de décrire.
Bouclier. — Le bouclier (fig. 14 et IS) se composait essentiellement d'une enveloppe en tôle de 14 mm. d'épaisseur épousant
Fig. 14. — Coupe transversale du bouclier.
la forme de l'extrados des maçonneries, soutenue par deux grandes poutres elliptiques ; ces poutres elliptiques avaient 1,220 m. de largeur au niveau du grand axe, 1.020 m. de hauteur sur le petit axe ; elles étaient formées d'un fer plat de