‹ Le Bouclier et les méthodes nouvelles de percement des souterrainsChapitre 2 sur 67 · L. BiKTTE · texte numérisé non relu

L. BiKTTE

Paris, I" avril lî»00.

Le terme de « Bouclier » servit dès le principe à désigner le blindage dont on revêtait le front d'attaque, dans les travaux souterrains, pour limiter les éboulements et parer aux accidents. Peu à peu son acception s'étendit ; aujourd'hui on l'applique à , un engin qui ne s accompagne plus que rarement d'un masque antérieur; on appelle en effet de ce nom une sorte de carapace métallique remplaçant les anciens boisages compliqués, encombrants, parfois insuffisants et toujours coûteux ; cette carapace protège les mineurs qui fouillent à l'avant et les équipes qui exécutent le revêtement à l'arrière ; elle se déplace pai^ ses propres moyens et progresse par intermittence, mais de façon à toujours assurer la sécurité du personnel et de l'ouvrage."

Le bouclier fut inventé en 1825 par l'ingénieur français Brunel pour le percement d'un tunnel sous la Tamise, à Londres, dans des conditions difficiles. Le résultat fut tel que son emploi s'étendit bientôt à l'Angleterre et à l'Amérique : on le fit servir d'une façon constante au franchissement des nappes d'eau et à la pose d'un revêtement de fonte ou de fer, chaque application apportant avec elle son contingent d'expérience et sa part de perfectionnement.

En 1892, M. Berlier. introduisit la méthode et l'engin en France et réussit à exécuter le siphon de Clichy, puis le siphon de la Concorde en 1895.

Cette même année au collecteur de Clichy, M. Chagnaud, dans

la partie extra-muros, puis en 1896 M. FougeroUes dans la section inlra-muros transformèrent radicalement le bouclier en renonçant à la section circulaire et aux anneaux métalliques restés jusque-là classiques.

Du coup il cessa d'être un outil exceptionnel et parut susceptible d'applications nombreuses. Précisément l'approche de l'Exposition universelle de 1900 donnait aux travaux souterrains une activité considérable : construction d'un chemin de fer métropolitain à Paris, remaniement de collecteurs, prolongement de la ligne d'Orléans à l'intérieur de la ville, etc. Un vaste champ d'expériences s'ouvrait pour la méthode si ingénieusement rénovée : sans perdre de temps on en profila.

Tous ces travaux aujourd'hui sont terminés ou s'achèvent ; l'une après l'autre* les différentes armatures mises en service, arrivées à la fin du parcours qu'elles devaient effectuer, cessèrent de fonctionner et furent démontées : le moment est bien choisi pour rechercher et formuler renseignement que comporte un essai si fécond tenté en des conditions si diverses. Certes il appartenait à de plus autorisés d'entreprendre une pareille élude ; mais il s'est trouvé que par suite de circonstances exceptionnelles nous avons pu suivre presque tous les chantiers : Tabondance de nos notes était telle qu'on nous demanda de les rédiger et de les publier : le présent volume en est né.

C'est assez dire que nous n'avons pas eu la prétention de continuer (et encore moins de refaire) l'œuvre magistrale de M. l'ingénieur en chef Legouèz ; nous n'avons voulu que citer des faits exposer des résultats, apporter des documents, en un mot amasser des matériaux oîi chacun pût éclairer sa conscience et se former une opinion en toute connaissance de cause.

La première partie de ce travail comprend la description impartiale des méthodes, des engins et des chantiers. L'ordre chronologique était le plus naturel ; nous l'avons suivi dans l'ensemble ; mais toutes les fois que pour un môme ouvrage plusieurs engins fonctionnèrent successivement, nous les avons rapprochés les uns des autres pour éviter les répétitions fastidieuses. A plusieurs reprises nous avons insisté sur les incidents de marche et surtout sur les déboires éprouvés : c'est que, plus encore que la

réussite, Tinsuccès est profitable; dissimuler une erreur c'est s'exposer à la voir se renouveler dans l'avenir.

Nous avons rapidement résumé les travaux des collecteurs de Glichy ; quoiqu'on les ait déjà plusieurs fois décrits, cela nous a paru nécessaire, d'abord parce que tous les boucliers actuels dérivèrent de celui de M. Chagnaud, ensuite parce qu'à notre connaissance personne n'a donné de conclusions relatives à la partie inlra-muros.

Nous avons terminé par quelques brèves pages sur les plus intéressantes applications tentées à l'étranger, en nous bornant à celles dont l'étude était profitable.

La deuxième partie est plus délicate : nous y avons comparé les procédés, les armatures, les résultats, en vue d'en dégager l'expérience du passé. Nous nous sommes constamment efforcé d'appuyer d'un fait chacune de nos conclusions : cela permettra à tout le monde d'en contrôler la valeur. Si le lecteur ne partage pas les avis que nous avons émis, il pourra se former lui-même une conviction rien qu'en se reportant à la première partie ; et si son expérience consommée lui suggère quelque observation qui nous ait échappé ou nous ait paru secondaire, c'est avec reconnaissance que nous accueillerons ses critiques.

En vue de donner à notre œuvre un caractère de documentation précise et complète, nous n'avons rien épargné pour en rassembler les éléments épars dans les différents services ; et ce ne fut pas toujours chose commode que d'obtenir de certains constructeurs des dessins exacts et des indications dignes de foi. Quant aux dispositions et aux engins, s'il nous est arrivé d'en condamner quelques-uns, ce n'est pas dans un esprit de critique, toute tentative est respectable en soi ; dans la lutte contre des difficultés nombreuses, variées et souvent mal connues, l'échec n'est pas un déshonneur : celui-là est toujours louable qui s'est efforcé d'innover et d'apporter sa pierre à l'œuvre commune.

Nous ne terminerons pas sans adresser nos remerciements sincères à MM. les Ingénieurs en Chef, chefs des différents services et à leurs aimables collaborateurs : leurs conseils éclairés, la facilité qu'ils nous ont donnée de suivre leurs travaux nous ont été pré-

cieux à plus d'un titre. M. Biette, à qui nous devions déjà beaucoup, nous a fait Thonneur de préfacer cette étude, nous sommes heureux de pouvoir lui renouveler ici l'assurance de notre gratitude.

René Philippe.

A Paris, le 15 'mars 1900.

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