BOUCLIER DU SIXIÈME LOT
Projet, profil en travers, tracé en plan. — Le bouclier du sixième lot devait descendre les Champs-Elysées et passer sous la place de la Concorde.
Dans cotte partie, en partant du Rond-Point, le tracé préscnic successivement une pente de 0,9î) mm. sur 420,79 m., une pente de 40 mm. sur 11G,90 m., un palier de 55 m. et une rampe de 40 mm. sur 140,49 m. (fig. 181).
En plan à un alignement droit de 177,50 m. succèdent une courbe de 250 m. de rayon et 45,78 m. de longueur, puis un alignement droit de 143,04 m., une courbe de 200 m. de rayon sur 112537 m., un alignement droit de 73,79 m., une courbe de 200 ni. de rayon sur 48,29 m. et une dernière courbe de même sens de 350 m. de rayon sur 178,81 m.
Montage et essais. — Le montage s*effectua en décembre 1898 en face de la rue Boissy-d'Anglas, dans une chambre non boisée de 13 m. de longueur sur 9 m. de largeur ; il devait être terminé le 8 janvier sous peine de 200 fr. de retenue par jour de retard.
Fig. i81. — Profil en long du 6« lot.
En réalité il ne fut achevé qu'à la fin du mois ; les essais eurent lieu le 23 et le 24 janvier 1899, la mise en marche le 31, à 3 heures du soir et la deuxième course le 3 février : dans cet intervalle de trois jours on avait perfectionné Tinstallation et cherché à consolider le plancher d'appui établi sur le sol qui, trop compressible, s'affaissait sous la charge.
Charpente d'appui. — Les vérins prenaient appui sur les 20 cintres soutenant la calotte; ces cintres en bois (fig. 182) étaient formés de 4 vaux taillés dans des madriers de 8 cm. d'épaisseur et assemblés par des éclisses en fer ; à la clef l'assemblage se faisait dans un poinçon vertical ; la hauteur des joues était de 45 cm. environ, la hauleur en clef de 30 cm. ; Tcpaisseur de 3 X 8 = 24 cm.
On supportait chaque cintre par des calages et par deux pièces verticales de 20/20 cm. d'équarrissage distantes de 2,00 m. d'axe en axe et reposant sur des poutrelles transversales à l'axe du tracé.
Les dilTt^rentes fcnnios {^spactVs de 1,00 ni. tUaient entrctoisées imr 7 longerons de 25/2*1 cm. jihicus au droit des axes des vérins et
\ydv 2 lîMÎ.s i'oiids de :2-i ciiudi* diaiiiolre; li^s cljiinilidles verticales tHiiienl en oulre l'eliecH uu-dessous des viiux \n\v des madriers en Innjr.
Fonctionnement du bouclier. — V\\ \\\\\}n'Uvv valant partageait en lienx la ^/linnilire dr l nn ail ; on pi'oeedail a Tahabisje dn front snivani ini plan inrliniMNinlinn sur Un\U' la liauii^ir. sans échelons,
l.v^ i\r]Ai\is rtairnl rh[trgr> dan^ tle |^^i'and^ wugons en bois enbant 1 ni' ([ni ne ponv-uenl pass(*r ([ne dans ta (ravt'e cenLrale; e est puui'i'eth' laii^un que hi dynamo i'[ les pompes d'abord montées au milieu iiin^nl )»it'iilùi ^^haniiees de place vl înslallées à franche : l'iinâvee el la sorlir des mh^ojjs s'elTeeLnaieni donc sur nne voii* nniqnc an f;i"and tleliirncnl de |,i c^dcrilc dn service; la liavee \l^ druilc seï'vail à hi i ircuhition des litunïnes ou à Fapproclii' des nialèrliinx de l'aildc poids.
La traction était animale.
Au début on enlevait les déblais par une petite galerie reliant l'arrière du chantier à la galerie d'évacuation percée du Rond-Point des Champs-Elysées à la Seine ; plus tard, quand dans cette partie arrière le tunnel fut ouvert avec la section normale, le service fut beaucoup plus aisé et par suite plus rapide.
11 était rare qu'on pût réaliser en une seule fois l'avancement d'un mètre nécessaire à la pose d'un nouveau cintre. Les fermes se serraient, en effet, sous l'effort de compression auquel elles étaient soumises et la course utile dès presses n'était guère que de 0,90 m. ; il fallait procéder à une deuxième opération, après interposition de calages.
Exécution du revôtement maçonné. — On ne pouvait exécuter sous la tôle de la queue qu'un anneau de maçonnerie ; les piédroits étaient construits au préalable dans le bouclier même sur 1 m. en contre-bas des naissances ; deux maçons seulement pouvaient travailler à la fois faute d'un espace libre suffisant ; aussi fallait-il de 8 à 10 heures pour avancer le revêtement de 1 m. ; quelquefois on employait "à ce travail de si petits morceaux de meulière qu'on mettait \2 heures. Ceci limitait la progression générale à 2 m. par journée complète.
Les piédroits ne furent achevés que plus tard : en raison de la quantité d'eau rencontrée, on attendit que les épuisements fussent complets.
Equipes. — Au début de l'organisation du chantier il y avait dans le bouclier :
Un chef de poste, quatre mineurs, deux terrassiers ; plus tard, pour hâter l'avancement, on mit un chef de poste, quatre mineurs et dix terrassiers.
La maçonnerie occupait, nous l'avons dit, deux maçons et leurs aides.
Organisation générale, installation mécanique. — Etant donné que l'évacuation se faisait directement à la Seine par l'arrière, il n'y avait aucune installation mécanique. Le secteur électrique
20i LE BOUCLIER
de la rive droite fournissait l'énergie nécessaire à Téclairage et à la marche des pompes.
Terrains rencontrés. — Le bouclier travailla presque constamment dans le sable fin et le gravier; en dessous de ces lits régnait une épaisse couche de marne blanche.
Dès le début, en février, on rencontra quelques lentilles de caillasse résistante ; en mars on fut arrêté par les anciennes fortifications Louis XV ; il fallut enlever des pierres de taille reposant sur un massif bétonné sur 9 m. de largeur à 2 m. de chaque côté de Taxe.
Plus tard, au milieu de mai, une masse de 3 m. X 4,50 m. de caillasse dure s'opposa par un serrage énergique à la marche en avant ; on avait vainement cherché à la faire basculer en creusant une cavité par-dessous ; la tôle fut légèrement faussée, mais on ne jugea pas utile de la réparer. La pression était montée à ce moment à 350 kg. par centimètre carré dépassant la limite supérieure du manomètre qui s'arrêtait à 225 kg.
Ces sables traversés étaient aquifères ; pendant tout le cours du travail il fallut les assécher.
Epuisements. — On avait d'abord installé à l'arrière une pompe a piston, système Salsom de deux chevaux de force ; débitant 3 900 lit. à l'heure ; elle était mue par un moteur Alioth, de 34 chev. de force (250 ampères 100 volts), tournant avec une vitesse de 580 t. à la minute et branché sur le secteur.
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Fig. 183. — Tracé en plan de la galerie de conduite des eaux.
Puis on jugea nécessaire de percer une galerie qui, partant de la tête du bouclier (fig. 183), conduirait les eaux par la pente même de l'ouvrage, jusqu'à un puisard situé à l'entrée de la place de la Concorde. On commença cette galerie par les deux
extrémités à la fois. On partit du bouclier à la hauteur du plan de glissement, c'est-à-dire à 1 m. sous les naissances. La galerie boisée (fig. 184) avait 1,2S m. de largeur au sommet, 1,50 m. à la base et une hauteur de 1,85 m. ; une goulotte inférieure de 50 X 75 cm.
était creusée dans la marne et blindée avec des planches.
Pendant Texécution de ce travail il fallait assurer Tépuisement à la fois de la petite galerie et de la section ouverte par le bouclier.
Contre le dernier cadre monté (fig. 185), on plaçait la crépine d^une petite pompe de relai à bras installée de l'autre côté du bouclier à une distance variable; Teau retirée du front d'attaque était ainsi envoyée 3 m. plus loin dans un puisard ; on l'y reprenait par une grosse pompe centrifuge placée à 33 m. de là environ, débitant 16 000 lit. à l'heure et remplaçant la pompe Salsom primitive. Son moteur Alioth était installé à 10 m. en arrière en moyenne.
Fig.MSi. — Galerie de conduite des eaux (coupe transversale).
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itrat Fig. 185. — Dispositions p(>ur Tépuisement pendant l'exécution de la galerie.
Les deux galeries se rejoignirent le 30 mai 1899 et rendirent désormais inutiles les épuisements sur le parcours.
Les eaux du puisard de la place de la Concorde étaient rejetées dans Tégout collecteur d'Asnières par trois pompes centrifuges Salsom ; deux de ces pompes pouvaient débiter 3 000 lit. par minute ; elles étaient actionnées par une dynamo ; la troisième, plus petite, fonctionnait à Tair comprimé et servait de machine de secours. Des jaugeages faits en juin ont donné de 350 à 470 lit. par minute comme importance de Tafflux.
Vitesse. — Le bouclier fonctionna du 31 janvier au 30 juin 1899; il parcourut en tout 90 m., y compris la longueur de la chambre de montage. Sa vitesse moyenne générale ne fut donc que de 0,60 m. En février il ne progressa que de 4,05 m., soit 0,14 m. par jour, en mars de 14,88 m., soit 0,50 par jour, en avril de 30,02 m., soit 1 m. par jour en mai de 12 m. et en juin de 25 m.
Le reste du souterrain, 450 m. environ, fut construit sur bois.
Incidents et avaries. — Les cintres avaient primitivement été construits en bois blanc d'après cette idée qu'en les faisant légers le transport en serait plus aisé ; ils furent rapidement écrasés ; on les remplaça par d'autres en chêne. Encore ceux-ci furent-ils quelquefois disloqués et mis hors d'état de servir.
Dès que les vérins commençaient à agir sur eux, ils se serraient les uns contre les autres en comprimant les longerons et en glissant sous la maçonnerie malgré la charge; on releva fréquemment d'importants mouvements de cette nature ; nous n'en citerons que deux exemples :
29 avril !«"• cintre recul 0,090 m.
1®' cintre recul
i«' mat
40 mm. revenu 10 mm.
Ceci suffit à montrer que les cintres ne revenaient pas à leur position première quand l'effort cessait de s'exercer.
C'était, il est vrai, un avantage pour la maçonnerie ; le dernier anneau exécuté, encore frais, risquait moins d'être entraîné et décollé du précédent. .
Le plus grave défaut de Tarmature était la dislocation continue qu'elle causait dans le revêtement ; la queue frottant sur le dernier anneau le détachait de la masse et le fissurait : on laissait alors sous la tôle un vide de 10 cm. qu'on bourrait avec du sable ; les injections de ciment sous pression furent aussi employées, mais leur résultat était très incertain; par une barbacane on introduisit une fois vingt-cinq sacs de ciment sans qu'on sût oii l'injection allait se loger.
Quatorze anneaux trop maltraités, surtout sur les flancs, par le mouvement de lacet du bouclier et le défaut de blocage de la maçonnerie contre le terrain, durent être démolis, remis sur bois et reconstruits.
Pendant longtemps, on fut très souvent gêné et même arrêté par l'eau, les épuisements étant insuffisants ; en juin, par suite de la rupture d'un égout, le chantier fut inondé jusqu'à ce qu'on pût rejeter les eaux dans le collecteur prolongeant la rue de Rivoli près de Thôtel de Coislin; le bouclier sous la poussée du terrain se gauchit: il ne fut pas réparé; le 30 juin d'ailleurs on le démonta en ne laissant que la tôle d'enveloppe dans la maçonnerie.
La machinerie entraîna aussi de fréquents arrêts : inversion de tuyauterie, rupture des vannes, de clapets, tout autant d'avaries dues probablement au manque de soins et d'habileté du conducteur de l'appareil.
Les pressions réalisées en cours de marche varièrent de 120 à 225 kg. par centimètre carré.