‹ Le Bouclier et les méthodes nouvelles de percement des souterrainsChapitre 36 sur 67 · SOUTERRAIN DE MEUDON BOUCLIER FOUGEROLLE · texte numérisé non relu

SOUTERRAIN DE MEUDON BOUCLIER FOUGEROLLE

Le souterrain de Meudon d'une longueur de 3 360 m. a été attaqué par les deux extrémités à la fois; du côté d*Issy par les anciennes méthodes de percement sur bois ; du côté de Versailles avec une armature métallique.

Nous ne parlerons ici que du second de ces chantiers, celui de Viroflay.

Profil en long. Tracé en plan. — Le profil en long du tracé (fig. 190) présente de Viroflay à Meudon une pente continue de 8 mm. par mètre; sur toute l'étendue du lot il est en alignement droit.

Section transversale. — La section libre du tunnel a 9 m. de largeur entre les piédroits, 7,30 m. de hauteur entre le radier et la clef, 6,50 m. entre le rail et la clef. L'intrados est une courbe à trois centres ayant pour rayons des longueurs de 3,70 m., 4,80 m. et 3,70 m. ; les normales aux deux points de raccordement font entre elles un angle de 93*',49*. Les piédroits sont verticaux sur 1,775 m. de hauteur et se raccordent au radier par un arc de cercle de 4,200 m. de rayon. Le radier est concave suivant une courbe de 20,50 m. de rayon.

L'épaisseur à la clef est la même qu'aux naissances, elle était prévue de 0,80 m. ; nous verrons plus tard qu'après 128 m. de parcours on porta cette épaisseur à 1,15 m.

LIGiNE D'ISSY A VIROFLAY

Nature du revêtement. — La calotte et les parements des piédroits devaient être exécutés en moellons de béton moulé ; le radier et le corps des piédroits en béton coulé sur place au dosage de 350 kg. de ciment par mètre cube de sable.

Adjudication. — L'adjudication a eu lieu sur le vu de mémoires et de projets d'installation des chantiers dressés et présentés par les entrepreneurs ; le quatrième lot comprenant la partie de souterrain qui nous occupe fut adjugé le 2 septembre 1897, à MM. Fougerollc frères, moyennant un rabais de 20 p. 100 sur le prix du mètre courant de souterrain et de 16 p. 100 sur les autres travaux.

Ce prix du mètre courant était de 1 oOO fr. comprenant déblais, maçonneries, blindages, épuisements, ventilation, éclairage et transport des déblais jusqu'à la tête de l'ouvrage.

Bouclier métallique. — Le percement devait s'effectuer à l'abri d'une armature métallique prenant appui sur le revêtement même exécuté en moellons artificiels.

L'appareil (fig. 193 et 194) se composait essentiellement de trois arcs supportant deux tôles de 15 mm. d'épaisseur ; celles-ci épousaient la forme de l'extrados sur 8 m. de longueur et des-

cendiiicnl jusqu'à l^flj m. au-dessus du uiveau des nalssancos.

La hauteur des arcs ou poutres maîtresses était deU,82il m.

uniformément, leur espacenu^nL de tï/JU m, d'axe en axe ; larma-

ture <Hait ainsi partagée en troi^ parties principales ayant pour

¥i^. HI2. — D^iu' tniiisTtrsnîc du simtcrmin de Meudrm*

longueurs i I'avanl-l>re 2,5"» m., le eor|»s KKO m. A rarriere-tioc 3,Cr» m., soit eu tout H m.

Dans ravant-hee lu tAle <renveloppe était taillée eu visierc sur l,7"ï m. de lon^^ueur^ Tarri^re au efinlraire était limité par une Bectiou droite.

Le corps était formé par six vouf^soirs uuMalti(|ues assemblés |ïar des boulons (b^ 23 mm, de diamMrc espacés de 12 mm. d'axe on axe, ites en Ire toi se s intermédiaires servaient à a Hacher les vérins (*1 à donner de la rigidité.

Les parties en porte à faux étaient soutenues par des consoles

prolongeant les poutres longitudinales sur 2,280 m. à Tavant et

2,530 m. seulement à Tarrière ; la tôle d'arrière restait donc libre

sur 1,120 m., c'est à son abri qu on construisait le revêtement.

Tel qu'il fut monté (en juillet 1898), le bouclier affectait la

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forme représentée par la figure 194; il reposait sur le sol par une tôle contournée de façon à laisser un vaste pâté central qu'on n'enlevait qu'après coup ; le plancher était placé immédia-

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LIGNE D*1SSY A VIROFLAY

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tement au-dessus de cette tôle ; le dessous de la poutre d'appui se trouvait ainsi à 1,63 m. du sol; la hauteur libre sous clef n'était que de 2,20 m.

Vers le 10 octobre on reconnut que celte disposition était fort gênante et ne se prêtait pas à une évacuation rapide des déblais ; on démonta la tôle centrale, ce qui augmenta la section libre de toute la partie inférieure, haute de 1,60 m, ; le plancher resta à sa place, mais on le supporta par des fers en U fixés aux poutres maîtresses.

Les dimensions extrêmes de Tengin étaient : longueur 8 m. ; hauteur 3,99S m. ; largeur 10,554 m.

Vérins et machinerie. — Les vérins étaient au nombre de douze espaces d'axe en axe de 1,03 m. ; la gaine, de chacun, en acier, avait une longueur de 3,340 m. un diamèlre extérieur de 38 cm. et une épaisseur de parois de S cm. ; le piston plongeur, en fonte, avait un diamètre de 0,25 m. et une course de 1,50 m.

Les vérins étaient accouplés deux à deux (fig. 195) et réunis par des articulations à des plaques destinées à la prise d'appui directe sur le revêtement; le retour en arrière de la plaque et des presses s'effectuait au moyen d'un petit vérin de rappel ayant 1,885 m. de longueur, 0,156 de diamètre extérieur, 0,100 de diamètre intérieur.

Les pompes de compression (fig. 196) et la dynamo motrice étaient placées à droite sur le plancher intermédiaire ; le bac à eau leur faisait pendant, à gauche.

La pression effectivement réalisée au cours du travail a varié entre 50 et 350 kg. par centimètre carré ; soit un effort de 31,25 t. à 218 t. par vérin; l'ensemble des douze vérins aurait ainsi développé de 373 à 2 620 t., mais très souvent on n'utilisait que huit des vérins soit qu'on voulut ramener le bouclier dans une nouvelle direction, soit que les pistons ou les fourreaux des autres presses fussent hors de service.

Avec une pression moyenne de 100 kg. par cm*, Teffort total était de 393 t. avec 8 vérins, de 589 t. avec les 12.

La surface frottante totale s'élevait à 100 m% dont 4,00 m* sur

les appuis ; Teffort moyen de frottement était donc, dans ces deux cas, de 4 ou 6 kg. par cm*.

Poids du bouclier. — Le poids de Fengin ne peut être qu'approximativement indiqué; il changea trop fréquemment par suite des modifications ou des additions apportées au cours du travail.

L'armature pesait environ 400 t.; les vérins et la machinerie, dynamos et pompes, pesaient à peu près 20 t.

Appui du bouclier. — Au début l'armature glissait directement sur le sol; une plaque d'acier de 2 cm. d'épaisseur et 5,20 m. de longueur répartissait la pression sur toute la largeur de la section; elle se déforma rapidement et se voila dans tous les sens; si bien qu'à force de la couper à l'avant et à l'arrière on réduisit sa longueur utile à 2,o0 m.

Après le 19 juin on exécuta les piédroits à l'avance pour leur faire supporter l'engin; pour faciliter le glissement en rendant plane la surface d'appui, qui, après un parcours de 128 m., s'était déformée considérablement (voy.fig. 207 et 208), on fixa sous l'armature une deuxième plaque en acier et on pilonna fortement du béton entre les deux plaques.

Le 3 juillet on interposa entre l'engin et chaque piédroit deux madriers ferrés; ces madriers avaient 0,22 X 0,45 X 7 m. ; ils étaient recouverts d'une bande de fer

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1, IJUUL ;

Fig. 197. — Traîneau. Élévation et coupe transversale.

de ' fixée par des boulons de 50 en 50 cm.

Vers le 15 août la surface d'appui s'étant de nouveau déformée, on disposa sous l'armature des sortes de traîneaux. Ces traîneaux (fig. 197), de 3,20 m. de longueur totale et 1,00 m. de largeur, se composaient de 9 fers en double T, de 0,22 m.,

assemblés entre eux ; 8 pièces de chêne remplissaient les intervalles; une plaque d'acier de 13 mm. d'épaisseur était rivée aux fers en double T et servait au glissement; à Tavant les traîneaux se relevaient en forme d'éperon pour faciliter Tentraîncment du système.

Appui des vérins, cintres pour la maçonnerie. — Nous avons dit que les presses étaient conjuguées deux à deux sur des plaques en fonte de 1,70 m. de longueur, qui, au moment de la progression, portaient directement sur le revêtement; celui-ci '^.jAU.é ^^^î*- établi avec des voussoirs en béton moulé.

■f non pas sur des cintres fixes, mais sur une ! armature reliée à Tengin et mobile avec lui; ^ cette armature était constituée par une tôle ^ ! raidie par trois poutres circulaires distantes I I (fig. 198) de 0,73 m. d'axe en axe et composées

Fig. 198. — Coupe d'une âme de 240 mm., et de quatre cornières

d'une poutre du j^ ^q mm. La tôle de la queue était disposée cintre mobile. ' ^

pour qu'on put construire la voûte sur la demimontée, sur 0,75 m. de longueur, soit une course, et la claver complètement sur les 73 cm. précédents ; comme conséquence de cette disposition du revêtement en échelons, les tiges des vérins du bas avaient 0,73 m. de moins que celles des vérins du haut, mais la longueur de course restait la môme.

Quatre vérins à vis reposant sur la tôle de fond du bouclier servaient d'appui au cintre mobile et permettaient d'effectuer son réglage.

Montage et essais. — Le bouclier fut construit au piquet 117 -f 80 à 480 m. de l'origine du souterrain; la chambre du montage fut commencée le 14 avril 1898 et terminée le 1" mai; sa largeur était de 12,50 n^. pour laisser un espace libre de 0,90 m. autour de Tcnveloppe et permettre l'assemblage et le rivetage des pièces; les cadres d'appui des boisages n'étaient distants que de 1 m. d'axe en axe, il fallut pourtant les doubler pour éviter leur rupture sous Teffort de poussée des terres; une voûte en béton de 0,70 m. d'épaisseur recouvrait la chambre;

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elle fut exécutée du 2 au 12 mai. Un orage survenu le 24 mai relarda les travaux, le souterrain ayant été envahi par les eaux. Le 4 juin on commença Tapprovisionnement à pied d'œuvre des voussoirs métalliques, et le 6 juin le montage proprement dit; le 27 juillet eut lieu la première course qui s'effectua sans incidents; un anneau de 2,00 m. de longueur avait été maçonné à l'arrière pour l'appui des vérins; on jugea cette longueur insuffisante et on l'augmenta de 6,00 m. ; si bien qu'après la première course le bouclier avait derrière lui 8,80 m. de revêtement.

Fonctionnement. — Primitivement le déblai d'une course se faisait par huit mineurs, deux de chaque côté du pâté central et quatre à la partie supérieure; huit manœuvres leur étaient adjoints pour l'évacuation des déblais. Deux voies latérales, placées entre le pâté et la tôle de l'armature, amenaient les wagonnets Decauville jusque sur le front d'attaque ; les terres y étaient jetées soit directement, soit par des trappes ménagées dans le plancher horizontal établi à mi-hauteur de la section.

Après l'enlèvement de la tôle centrale, l'agencement des voies d'évacuation fut modifié : on relia les deux voies latérales par une transversale perpendiculaire à Taxe et par deux plaques tournantes (fig. 199).

Les wagons vides arrivaient par la gauche, étaient chargés sur le front et sortaient pleins par la droite.

Dans ces deux organisations, les déblais étaient conduits à l'arrière jusqu'à une cunette centrale dont l'avancement était réglé sur celui de l'engin; la cunette avait une hauteur de 3,00 m. et des largeurs de 3,50 m. en couronne et de 2,50 m. au fond; elle était couverte à sa partie antérieure par une estacade ou plancher en bois supportant les voies Decauville sur lesquelles roulaient les wagonnets des services de l'avancement et de l'approvisionnement; au fond de la cunette circulaient de grands wagonnets sur voie de i m.; les déblais étaient directement déversés des petits wagons supérieurs dans les grands wagons inférieurs par renversement.

Les matériaux amenés par la voie principale étaient montés

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sur lestacade au moyen d une grue électrique et conduits à pied d'œuvre par une voie axiale arrivant jusqu'au bouclier.

La voûte était construite comme nous le dirons tout à Theure; on reprenait les piédroits en sous-œuvre par parties alternées de 4,00 m. de longueur. Dans certaines parties, pour éviter les tassements, on a implanté provisoirement la maçonnerie des piédroits sur le banc de gypse situé au-dessus du radier; la partie qui reste à faire sera achevée plus tard. Le terrassement des piédroits s'exécutait ainsi : on élargissait la cunette jusqu'à Tintrados de la calotte, on supportait le revêtement par des contrefiches et on procédait à Tabatage proprement dit du piédroit, qu'on maçonnait aussitôt; il n'y eut de difficultés que

Fig. 200. — Galeries latérales pour rexécution des piédroits.

lors de la rencontre de sources : les boisages indispensables pour la sécurité gênaient fort les ouvriers.

Quand on exécuta les piédroits à l'avance (fig. 200), on utilisa les galeries latérales pour l'enlèvement des déblais (*) ; les terres y étaient dirigées directement dans de grands wagons par des

(*) Ces galeries avaient 4 mètres de largeur au pied, 3 mètres en tête et 2 m. 80 de hauteur, toutes ces dimensions étant comptées entre boisages.

ouvertures ménagées dans le plancher du bouclier et le plafond blindé des galeries (fig. 201).

L'apport et le montage des matériaux s'effectuaient à bras d'hommes. Le mortier était fabriqué à une vingtaine de mètres en arrière des cintres dans l'espace resté libre entre les voies des galeries.

Le déblai au front d'attaque s'est toujours fait sur une longueur minimum de 0,80 m., dont le pourtour était taillé le plus régulièrement possible ; si la mauvaise tenue du terrain l'exigeait, on plaçait comme protection quelques planches de blindage; dans les marnes on forait avec des tarrières des trous de mines de 0,80 m. à 1,00 m. de profondeur, qu'on bourrait avec deux ou trois cartouches.

L'excavation achevée, on faisait fonctionner les vérins; l'avancement du bouclier était de 0,75 m., mais comme la course effective des vérinsétait de 4, 50m.

on ramenait par les presses de retour les plaques d*appui à 1,50 m. de l'amorce du revêtement, soit à 0,75 m. du bord du cintre mobile pour permettre le travail des maçons.

La section de Tanneau était divisée en six parties permettant d'assurer une prompte exécu-

tion ; chaque maçon travaillait isolément à sa portion de voûte, séparée de la voisine par un blindage provisoire ; au moment du clavage on enlevait les blindages.

Le vide entre la maçonnerie et la tôle d'enveloppe fut bourré au début avec du gravier ou de la meulière, plus tard avec de la marne.

Personnel et équipes. — En moyenne le personnel comprenait :

Un chef de poste et huit mineurs employés à Tabatage au front d attaque ;

Huit manœuvres pour le chargement et le transport des déblais;

Deux manœuvres pour le régalage des terres dans les grands wagons ;

Deux électriciens pour la mise en marche de l'armature:

Un chef maçon, six maçons pour Texécution du revêtement ;

Dix manœuvres pour l'approche des matériaux et la confection du mortier.

Organisation générale, installations mécaniques. — A Tintérieur du souterrain la traction était faite par des machines électriques à trolley aérien ; la prise de courant s'effectuait par un petit chariot roulant sur deux fils conducteurs par quatre galets de bronze.

Deux tracteurs électriques étaient affectés au transport des terres et aux apports de matériaux.

Deux locomotives à feu prenaient les trains à la sortie et les conduisaient à la décharge située à 800 m. environ de la tête du tunnel.

A 200 m. de cette tête était installée une usine génératrice d'énergie; elle comprenait trois machines demi-fixes, à retour de flamme, d'une force de 45, 50 et 60 chevaux, actionnant chacune une dynamo de 50 chevaux de la Société Alsacienne (Type E-A, 23), à inducteur compound et induit en tambour; deux machines seulement étaient en service continu, la troisième servait de secours; la force moyenne produite était donc de 100 chevaux.

De l'usine, l'énergie était distribuée jusqu'à l'avancement des galeries sous une tension de 440 volts par quatre fils conduc-

leurs : deux pour les tracteurs, deux pour le bouclier, les pompes et la lumière.

Les pompes d'épuisement étaient au nombre de trois, commandées par trois dynamos de 7 chevaux chacune. Ces dynamos étaient également de la Société Alsacienne (Type G-70, excitation en série, induit en tambour).

Le ventilateur à aillettes courbes de 0,28 X 0,12 m. faisait 1 180 tours à la minute; il était mû par une dynamo de 10 chevaux du môme système que les précédentes (Type G-80).

La dynamo de Télévateur avait une force de 7 chevaux (Type G-70) ; celle du bouclier de 10 chevaux (Type G-80).

L'éclairage était fait par des lampes de 16 bougies, montées par 5 en séries.

Au total, la dépense d'énergie était ainsi répartie :

Epuisement 6 chevaux environ.

Veiitilaleur ^0 — —

Eclairage 4 — —

Elévateurs. .. 7 — —

Bouclier <0 — —

Tracteurs 65 — —

Total 102 chevaux environ.

Terrains rencontrés, épuisements. — L'épaisseur du terrain sur la clef est d'environ 3,00 m. à l'embouchure; elle augmente graduellement jusqu'à la crête du coteau piquet 117 (566 m. de la tête), où elle atteint 73,00 m., puis elle conserve cette valeur moyenne jusqu'à l'extrémité du lot.

Les couches traversées sont : à la base, des marnes jaunâtres; au milieu, du gypse, dans la hauteur de la Calotte, des marnes bleues feuilletées divisées par quelques lits de marnes vertes.

A son départ, le bouclier reposait complètement sur le dessus du banc de gypse, le travail d'abatage s'effectuait dans les marnes bleues; puis, le banc de gypse s'enfonçant rapidement, le bouclier porta sur la marne: celle-ci se gonfla par l'exposition à Tair et à l'humidité, les couches bleues glissèrent d'ailleurs sur les bancs verts; des tassements sérieux en résultèrent pour la voûte; en certains points les bancs supérieurs s'avancèrent de 0,25 m. à 0,35 m. sur

Taplomb de la cuvette. Nous reviendrons plus loin sur leurs conséquences au point de vue du revêtement.

Dans la galerie inférieure d'avancement Teau n'a été rencontrée qu'à 490 m. environ de la tête (piq. {17, +90) ; le débit journalier était alors de 15 m' ; ce n'est que plus tard, quand le bouclier eut parcouru une vingtaine de mètres, que les infiltrations devinrent plus abondantes ; au fur et à mesure de l'avancement elles ont crfl, atteignant, en octobre 1899, 150 m' par 24 heures. Toutes ces eaux étaient dirigées dans un puisard central établi au piquet 117 (560 m. de l'embouchure), puis refoulées à 13 m. de hauteur dans le ruisseau d'Ursine, distant de 150 m. de la tête, par une pompe centrifuge système Dumont ayant 0,08 m. de diamètre.

Dans la partie faite sUr bois en arrière du bouclier, des suintements et des infiltrations s'étaient également produits, notamment aux abords du piquet 121 (160 m. de l'embouchure) où d'importants tassements disloquèrent la voûte ; le débit ne s'élevait qu'à 10 m' par 24 heures; une pompe Dumont de 0,06 m. de diamètre, actionnée par une dynamo de 7 chev., rejetait ces. eaux dans le ruisseau d'Ursine.

Deux autres pompes centrifuges et deux pompes à bras réunissaient au puisard du piquet 117 toutes les eaux filtrant au travers du revêtement et des galeries latérales d'avancement.

Vitesse. — Mise en marche le 27 juillet 1898 l'armature a fonctionné avec de longs arrêts jusqu'au 21 octobre 1899 ; le 17 décembre 1898 on suspendit le chantier en raison de l'écrasement des maçonneries ; elle avait parcouru 128,09 m. avec une vitesse moyenne de moins d'un mètre par jour. Le 19 juin 1899 le travail fut repris ; après le 22 septembre le fonctionnement cessa d'être régulier : l'appareil fatigué, disloqué, devint impropre à tout service ; en octobre on décida sa démolition.

Le graphique ci-dessous (fig. 202) résume la marche générale et les différentes vitesses.

La plus grande vitesse, alors qu'aucune avarie importante n'existait, fut de quatre courses, soit de 3 ^m. environ par 24 heures, cet avancement ne fut d'ailleurs que rarement atteint.

La vitesse moyenne était de deux courses, soit 1,50 m.

Juil Juil - Août Sept Oct. Nov. Dec. Mai Juin Juil. Août Sept- Oct.

Fig. 202. — Graphique de marche du bouclier du souterrain de Meudon.

Incidents et avaries (Bouclier). — Il y eut au début d'assez

Fig. 203. — Cintre ûxe. Élévation.

nombreux arrêts dans la marche, motivés par des avaries

LIGNE D'ISSY A VÏROFLAY

ruptures des vérins ou des plaques d'appui, ruptures des bielles d'entraînement du cintre mobile, mauvais fonctionnement des pompes, rencontre de sources qui, délavant les joints, nécessitèrent la pose de cintres en bois espacés de 2 m. en 2 m.

En octobre, on arracha la tôle centale contournant le massif de terre, laissé sous l'appareil.

Après le grand arrêt du 17 décembre 1898 au 19 juin 1899 on facilita le glissement, par des semelles ferrées, sur les piédroits construits à l'avance ; à la fin d'août, on substitua à ces semelles les traîneaux dont nous avons donné la description, dans le but de s'opposer à l'abaissement de l'appareil et à l'écrasement des moellons qui en résultait.

Par suite des charges énormes qu'elle supporta, l'armature souffrit beaucoup ; elle s'aplatit et se faussa à la partie supérieure ; Tarrière-bec s'affaissa ; quantité de boulons d'assemblage des voussoirs du haut se brisèrent ; les tôles d'appui se déformèrent ; pour maintenir l'écartement on posa des tirants tranversaux ; le résultat fut mince.

Les vérins, les fourreaux-guides, les pompes causèrent beau-

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Fig. 204. — Cintres fixes.

Coupe sur Taxe.

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Fig. 205. — Couches, élévation et coupes.

coup de mécomptes ; il fallut relier les pistons par des étriers en fer destinés à en faciliter la rentrée, remplacer des presses, substi-

tuer des plaqnes en bois aux plaques en fonte pour Tappui sur la maçonnerie.

Le cintre mobile surtout donna lieu à des déboires ; on commença par employer au lieu des vérins en acier, des coins en bois dont le réglage s'effectuait plus rapidement ; puis comme il s'aplatissait on relia ses pieds par des tirants en fer ; finalement on le démonta, et on recourut à des cintres en bois (fig. 203 et 204) sur lesquels on posait comme couchis de petits panneaux menuisés recouverts de tôle (fig. 203).

Incidents (voûte). Augmentation de Tépaisseur du revêtement. — Lorsqu'en septembre 1898 on rencontra les sources que nous avons signalées, on exécuta autour de Textrados un drain d'assainissement et on porta le dosage du mortier de 600 à 930 kg. de ciment par mètre cube de sable de Seine.

Quand Tarmature fut tout entière dans la marne, indépendamment de tassements longitudinaux on constata un déversement de la calotte atteignant jusqu'à 0,70 m. ;on plaça en consolidation des cintres et des éventails espacés de 2 m. d'axe en axe sur les 128 m. déjà exécutés ; cette portion de voûte est aujourd'hui reconstruite ; on a employé du granit smillé en parement et de la meulière en blocage ; malgré la forte épaisseur donnée à cette nouvelle maçonnerie on a pu remarquer que plusieurs moellons étaient écrasés et fendus.

Après l'arrêt du 17 décembre 1898 motivé par la mauvaise tenue des maçonneries, on modifia la section type pour porter l'épaisseur du revêtement à 1,15 m., soit une augmentation de 0,35 m. correspondant à un moellon. Dans ce nouveau profil (fig. 206) la partie verticale des piédroits était presque supprimée et remplacée par une courbe unique de 4,40 m. de rayon ayant son centre à 1,37 m. au-dessus du rail. La hauteur du radier à la clef était de 6,74 m. Le bouclier fut conservé, on le remonta seulement de 0,55 m.

Au bout de 30 m. la partie supérieure de Tarrière-bec s'affaissa et pour maintenir l'épaisseur de 1,15 m. assignée aux maçonneries on revint au profil primitivement suivi.

En arrière, dans la partie de voûte exécutée par les procédés ordi-

naires, Timplantation était partout faite sur la marne ; on constata de même des tasçcments dans les deux sens, surtout en long ; des anneaux baissèrent de 0,80m. après leur achèvement et le mouvement ne s'arrêta qu'après la construction des piédroits. D'importantes consolidations furent d'ailleurs effectuées : tous les 2 mètres on plaça des éventails sur de fortes pièces transversales

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Fig. 206. — Nouvelle section après renforcement.

posées sur un plancher de madriers. Les piédroits furent maçonnés par parties de 2 ou 4 m., en quinconce, pour ne pas mettre le terrain en mouvement ; des contre-fiches très rapprochées soutenaient la voûte pendant ce travail.

Malgré toutes ces précautions, des écrasements se produisirent dans beaucoup de piliers : les deux rangs supérieurs souffrirent particulièrement ; on dut remplacer une grande quantité de moellons de granit complètement hors de service.

Mouvements extérieurs. — Dans la forêt qui couvre la colline des tassements se sont produits sur la largeur du souterrain ; des dépressions qui atteignent 1,40 m. se remarquent entre 100 et 150 m. de la tète ; sur les 200 premiers mètres des fissures se sont ouvertes de chaque côté de Taxe à la limite des abatages.

Les deux routes forestières voisines de la tête du tunnel ont subi un affaissement de 0,80 m. au moins.

Conclusions. — En résumé, le percement du tunnel de Viroflay fut un travail difficile : les argiljBS et les marnes en mouvement développèrent des efforts considérables contre lesquels où eut sans cesse à lutter. On n'avait pas compté sur des' pressions

Fig. 207. — Déformations du bouclier et tôle ajoutée, coupe loogitudinale.

pareilles, ce qui explique que, quoique bien conçu, le bouclier ait tant souffert et nécessité de si nombreuses réparations et de si fréquents arrêts.

Ce n'est pas seulement Tarmaturc qui s'affaissait, ce sont les

Fig. 208. — Déformation du bouclier et tôle ajoutée (coupe transversale).

appuis qui surchargés s'écrasaient ; on ne parvint à éviter le bris des moellons des piédroits qu'en recourant, après de multiples essais, aux traîneaux que nous avons décrits ; ceci suffit à donner une idée de la difficulté qu'il y a parfois à assurer

un appui inébranlable, aux boucliers excavant à demi-section.

A Tengin lui-même on peut faire plus d'un reproche.

La tôle inférieure réservant un pâté central était une erreur ; on reconnut bientôt les inconvénients d'une section aussi réduite et on revint à une utilisation meilleure de toute la hauteur.

Le cintre mobile ne fut pas plus heureux, il augmentait la surface de frottement, accroissait Teffort à développer pour la propulsion, risquait de produire un décintrement anticipé ; en peu dé temps il se détraqua et on le remplaça par des cintres en bois.

L'appui direct des vérins sur le revêtement a paru donner d'excellents résultats : il faut cependant condamner l'accouplement des vérins deux à deux sur une plaque métallique ; outre que ce dispositif ne réalise pas cette indépendance absolue des presses qu'on doit toujours poursuivre, il est une source d'accidents continuels : le vérin de rappel soumis à des efforts qui ne sauraient être constamment égaux se déforme et ne fonctionne plus.

EnQn le bouclier trop peu résistant s affaissa, malgré qu'on Teût consolidé par des tirants ; mais peut-être faut-il regarder ces déformations comme une conséquence des mauvais terrains traversés plutôt que comme un vice de construction.

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