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la course ; d'ailleurs un tel procédé est lent et n'est applicable qu'avec des dépressions moyennes.
Pour dégager la section il était naturel de reporter les pompes au dehors, où on peut facilement les commander à bras, à la vapeur, ou par Télectricité ; ainsi fît-on à' Melbourne et à Boston ; Teau comprimée est transmise au réservoir de distribution par des canalisations en fer ou en cuivre qui doivent être extensibles : on emploie donc des raccords flexibles en métal ou en cuir, ou des dispositifs télescopiques comme à Boston. Les fuites sont fréquentes et la canalisation finit, pour les grands parcours, par prendre une importance gênante ; au collecteur de Bièvre, la pompe n'était qu'à quelques mètres en arrière du bouclier Dioudonnat, auquel elle était reliée par un piston mobile dans un cylindre : à chaque course on reportait d'autant la machinerie en avant : d'où perte de temps et fausse manœuvre.
En général on profite du faible volume des moteurs électriques pour loger dans le bouclier même les pompes, les dynamomotrices et le réservoir à eau. On peut placer cet ensemble sur le plancher inférieur au centre ou latéralement, ou le suspendre sous Tenveloppe, c'est une question d'espèce, la meilleure disposition est celle qui laisse le plus de place libre tout en permettant l'accès, la visite et l'entretien des organes ; si la hauteur de la section est suffisante, il pourra être avantageux de renvoyer la machinerie sous les entretoises, pour dégager le plancher au profit de la circulation du matériel.
Le réservoir d'eau est indispensable, non pas seulement pour alimenter les pompes, mais surtout pour recevoir l'eau usée : nous avons maintes fois signalé l'inconvénient qu'il y aà détremper le terrain sous le bouclier, surtout quand l'appui se fait directement sur le fond de la fouille.
Du revêtement. Revôtement métallique. — Avant de traiter la question de Tappui des vérins, il est plus logique de pai'ler du revêtement puisque c'est lui qui, directement ou non, fournit la résistance nécessaire à la marche du bouclier.
Jusqu'à ces dernières années, le revêtement métallique était le seul en usage ; en France surtout, en raison de son coût élevé,
on lui a récemment substitué dans la plupart des cas la pierre et le béton, mais comme il est encore susceptible de nombreuses applications nous en dirons quelques mots.
Il doit être robuste, impennéable, facile à poser, c'est-à-dire n'exiger qu'une faible main-d'œuvre souterraine ; on le partage donc en anneaux, d'abord, puis en segments maniables, peu lourds, qu'on assemble les uns aux autres : à cet effet, chaque fragment est pourvu d'une nervure ou d'une cornière rivée ; on boulonne entre elles les nervures ou les cornières.
Les joints verticaux sont nécessairement continus ; en plaçant en file les joints horizontaux on réalise comme une ligne d'entretoises sur laquelle les vérins viennent prendre appui ; mais en leur donnant une découpe notable, on accroît la rigidité de l'ensemble et on évite les mouvements de torsion.
La longueur de l'anneau dépend de l'importance qu'on veut donner à la queue du bouclier et de la puissance des engins de transport et de montage dont on dispose.
A Melbourne., cette longueur varia de 12 pouces (0,304 m.) à 33 pouces (0,738 m.); celle de 12 pouces (0,304 m.) à 24 (0,608m.) fut reconnue la plus pratique ; les longs anneaux ne sont pas économiques, ils diminuent le nombre des brideâ ou des cornières, et par suite le poids de métal (or ces éléments peuvent être disposés pour concourir efficacement à la résistance) et ils sont peu maniables.
Les joints longitudinaux sont très importants, il faut les dresser avec soin et surtout ajuster les croisements avec précision, en vue de prévenir les ruptures ou les infiltrations d'eau ; il n'est peutêtre pas toujours bon de placer un joint dans le fond, sur Taxe ; car il est difficile de le bien exécuter s'il y a de l'eau et d'assurer soit l'étanchéilé soit la prise parfaite du béton ultérieurement coulé.
L'étanchéité s'obtient de différentes façons : on interpose dans le joint des plaquettes de bois tendre, des bandes de feutre goudronné ou des couronnes de plomb ; le feutre a été employé au siphon de TOise et à Melbourne, il réalise une imperméabilité complète mais il est trop mince pour les joints non plans ou un peu ouverts : il convient donc mal pour les rectifications de tracé.
3iO LE BOUCLIER
et pour les courbes ; le plomb est ici fort utile, malheureusement il est coûteux. Le bois en se gonflant donne une fermeture hermétique, mais il faut compter avec sa précarité. En Angleterre et en Amérique on a fait un usage très fréquent de joints à rainures dans lesquelles on coulait soit un ciment métallique spécial, soit un ciment ordinaire.
La difficulté d'exécution des joints horizontaux tient à la dissymétrie des efforts et aux déformations résultantes ; les chiffres que nous avons donnés à propos du tunnel de TYarra montrent qu'après la pose le diamètre vertical des anneaux est sensiblement plus petit que le diamètre horizontal ; les nervures portent Tune contre lautre, non par leur talon mais par leur bord interne; on a souvent combattu cette tendance en chassant entre elles des coins de bois dur ; en recoupant les joints on réussit mieux à conserver une forme circulaire exacte.
La fonte est d'un emploi général ; on lui donne une épaisseur convenable, ainsi qu'aux nervures qu'on raccorde par un congé de grand rayon; à Melbourne la hauteur des nervures était en pouces de 2 -(- 1/3 du diamètre en pieds des différents tunnels, l'épaisseur du métal de 1 pouce (0,0253 m.) pour 6 pieds (1 ,828 m.) de diamètre et 1/4 de pouce (0,063 m.) pour chaque pied (0,3047 m.) en sus. Dès qu'on arrive à des diamètres élevés, le poids, et par suite la dépense, deviennent considérables.
L'acier, d'une fabrication courante aujourd'hui, donnerait une économie notable ; mais avec l'épaisseur minime qu'il entraîne, les corrosions sont à craindre, surtout la forte réduction du diamètre vertical par rapport au diamètre horizontal serait un grave inconvénient ; au siphon de l'Oise on a résolu d'un coup la double difficulté; un revêtement extérieur en ciment protège contre l'oxydation, un revêtement intérieur en béton assure la rigidité ; les conditions de travail du métal sont complètement changées, il travaille à Textension, ce que n'aurait pu faire la fonte, et c'est la maçonnerie qui travaille à la compression sous la charge des terres ; l'acier n'a pas été seulement un élément de protection temporaire permettant l'exécution du béton, il joue encore un rôle actif pour résister à la pression intérieure.
Le montage des segments s'effectue à bras ou avec des appa-
reils spéciaux; à Melbourne on trouva ces engins lents, lourds et embarrassants : on renonça à leur emploi ; de simples palans fixés sous Tenveloppe les remplacent avantageusement.
Dans les tunnels d'Europe et d'Amérique on se bonia souvent à bétonner l'intérieur jusqu'à faire disparaître la saillie des nervures ; le bétcm n'est alors qu'un garnissage, le métal est le seul élément de la résistance : il serait plus prudent, semble-i-il, de le laisser à nu pour en rendre la visite et Tentretien faciles. A Melbourne, au contraire, le revêtement bétonné a une épaisseur telle qu'il puisse se suffire à lui-même : la dépense se trouve augmentée, sans profit, du prix du tubage devenu superflu. Le même reproche ne s'applique pas au siphon de TOise, véritable construction en béton armé, ou chaque élément travaille suivant sa nature.
Afin d'éviter les corrosions, il est nécessaire de mettre une chape extérieure : on y réussit simplement en bourrant le vide annulaire que laisse l'enveloppe en progressant ; quand on travaille dans l'air comprimé, la pression intérieure se charge en partie de cette opération.
Dans l'air comprimé, si le revêtement métallique est résistant par lui-même il faut n'efl*ectuer le bétonnage qu'après l'achèvement complet de l'ouvrage, et cela pour reconnaître les fuites et les boucher; si l'on bétonne immédiatement, on enferme de l'air qui, en s'échappant, lors de la décompression produira des soufflures et des décollements; une bonne précaution contre ces accidents consiste à emprisonner dans la maçonnerie de petits tubes formant évents.
Le métal donne une étanchéité parfaite, il convient surtout à une forme circulaire : tous les segments sont identiques et interchangeables, la construction est rapide ; cet avantage disparaît si le profil de l'ouvrage est elliptique ou comporte des angles, il n'y a guère alors que de petits ouvrages, comme des aqueducs, qu'on continue à revêtir en fonte ou en fer.
Son emploi limite la fouille au strict minimum, mais devient extrêmement onéreux pour les grands diamètres.
Revêtement en bois. — Nous avons décrit un type de revête-
ment en bois qui, à Melbourne, fut substitué à la fonte avec une économie de 70 p. iOO. Les cintres sont l'élément principal de la résistance en même temps qu'ils servent à Tappui des vérins ; les couchis leur transmettent tout le poids des terres : c'est une différence notable /ivec le métal où tout concourt à la solidité : enveloppe et nervures.
Ce système a de sérieux inconvénients : il y a un nombre extrêmement grand de joints, il est vrai que, le bois se gonflant, Tétanchéité est suffisante, et qu'on pourrait d'ailleurs calfater les joints ou plus simplement les couvrir de minces feuilles de tôle se chevauchant ; pour fournir aux vérins un point d'appui inébranlable, il faut fortement étrésillonner les cintres : les couchis qui les relient sont sous ce rapport d'une efficacité nulle ; en raison du volume du bois, les dimensions de l'excavation à réaliser augmentent : l'économie de montage qui résulte de la légèreté des anneaux ne compense pas l'accroissement de prix du bouclier et du travail de fouille; enfin, et c'est là le plus grave défaut, la durée du revêtement est fort limitée ; si on le double d'une maçonnerie, le bois pourrissant formera drain et attirera les eaux sur l'ouvrage dont les joints seront délavés.
Ce procédé ne paraît donc pas susceptible d'extension : on n'y recourra que dans des cas exceptionnels, dans les pays où le bois est à très bon marché et pour des travaux de minime importance.
Revêtement en maçonnerie. — Depuis 189S, l'emploi d'un revêtement maçonné exécuté directement sous la queue du bouclier s'est développé, surtout en France, d'une façon remarquable.
Les avantages de la méthode ne sont pas négligeables ; le prix de revient de la maçonnerie est très inférieur à celui du métal, d'autant plus que le diamètre du tunnel est plus grand ; même pour un égout circulaire de 6 pieds 3/4 (2,047 m.), à Melbourne on a pu descendre à 32 schellings (40 fr.) au lieu de 49 (01, 23 fr.) par mètre courant. L'exécution est plus aisée et plus rapide en raison de la division des matériaux, de la suppression des manœuvres de force, de l'inutilité des monteurs encombrants et lents. La forme du profil transversal peut être quelconque et
DE L'ENGIN 3i3
revenir de la section circulaire acceptable pour les égouts, mais illogique pour les chemins de fer, aux dispositions classiques, exactement limitées à l'inscription du matériel dans le souterrain; enQnla maçonnerie seule permet de n'excaver sous le bouclier môme que la partie de la section correspondant à la calotte et non tout l'ensemble. L'engin est ainsi plus léger, plus souple, plus maniable, plus résistant, moins onéreux ; les piédroits et le radier s'exécutent en sous-œuvre, sans danger, comme autrefois.
Mais la fouille est plus grande de l'épaisseur du revêtement, c'est-à-dire d'une quantité notable.
Au moment du décintrement les tassements de la voûte sont inévitables; quoique faibles par suite des petites portées, ils mettent le terrain supérieur en mouvement ; le métal, il est vrai, prête aussi à cette critique, puisque les anneaux, si résistants soient-ils, s^affaissent toujours.
L'étanchéilé n'est pas absolue dans les terrains humides, quelque soin qu'on apporte à la confection des joints et de la chape, les filtrations sont fréquentes et dangereuses. Avec Tair comprimé il faut se borner aux faibles pressions ; avec 3 kg. de pression la perméabilité est énorme : au tunnel de TYarra on duf en de semblables conditions revenir au métal.
Le frottement de la queue du bouclier sur l'extrados du revêtement, sans inconvénient avec le métal, dont la surface est lisse, devient inadmissible avec une maçonnerie rugueuse et fraîche qui serait entraînée : d'où la nécessité de laisser un vide sensible sous la tôle, vide qu'il est difficile de bien bourrer et qui exagère les tassements.
Il faut enfin tenir compte de la fragilité : si le bouclier pèse un peu lourdement sur le dernier anneau exécuté il le disloque et l'écrase : c'est une grosse difficulté quand on veut faire monter l'engin suivant une pente forte.
En général, même avec les boucliers à pleine section, on ne maçonne pas le radier sur l'enveloppe : par suite de l'adhérence, il y aurait entraînement et dislocation, ou tout au moins fissuration, au moment de l'échappement de la tôle ; au collecteur de Clichy intra muros on le bloquait directement contre le sol. Il semble pourtant qu'à Melbourne on ait exécuté même la partie
basse de l'anneau dans le bouclier : mais nulle part nous n'avons pu trouver d'indication sur les artifices auxquels on recourut pour empêcher tout désordre.
Quand l'appui des vérins ne se fait pas sur la maçonnerie mais d'après des dispositifs que nous résumerons plus loin, on exécute le revêtement en matériaux naturels, meulière, moellons calcaires, ou quelquefois en briques. Si au contraire la maçonnerie constitue le point fixe de l'ensemble, on la compose de blocs artificiels séparés par des joints réguliers et fins ; cette méthode employée aux travaux de la Compagnie de l'Ouest offre cet avantage qu'elle supprime le travail souterrain de taille et de retouche des pierres et se prête à un avancement rapide.
Revôtement en béton. — Le bélon est d'un emploi difficile, car si on le comprime entre les cintres et la queue du bouclier, on développe un frottement tel que la progression est impossible ; il faudrait donc le pilonner, soit à l'arrière, à l'abri d'un boisage semblable à celui du collecteur de Clichy extra murosj soit sous une enveloppe distincte de l'annature comme au siphon de l'Oise. Le premier procédé n'est pas acceptable, l'avantage du bouclier étant précisément d'éviter la dépense élevée qu'entraînent les blindages ; le second ne s'applique qu'à des ouvrages dont on exécute d'un seul coup la section ; par suite d'ailleurs de la présence du métal il constitue un béton armé auquel ce que nous allons dire de ce genre de revêtement reste applicable.
Dans quelques lots du Métropolitain parisien on chercha à bétonner non seulement le radier et les piédroits, mais aussi la voûte ; on se heurta à de telles difficultés, pour réaliser la perfection du clavage, qu'on préféra claver en meulière.
Si enfin, par des dispositifs convenables, on réussit à surmonter ces obstacles, il y a toujours à craindre que l'homogénéité ne soit pas complète; nous avons en effet montré que, d'après le mode même d'exécution, la voûte est fractionnée en tranches d'épaisseur constante mal liées entre elles : ce grand nombre de surfaces parallèles de moindre résistance est un danger permanent, tout tassement sous le tunnel risquant de déterminer des ruptures et des tronçonnements.
DE L'ENGIN 3i5
Revêtement en béton armé. — Le béton armé, si fort à la mode aujourd'hui, apparaît au premier abord comme très séduisant ; en raison de sa faible épaisseur il diminuerait les dimensions de la fouille, celles de Tengin et le prix unitaire de revient ; il permettrait de rapprocher les vérins de Tenveloppe et de les faire travailler dans de meilleures conditions.
Mais Texécution du béton armé est délicate, les sujétions qu'elle entraîne, avec une main-d'œuvre souterraine, deviendraient onéreuses ; pour éviter des reprises toujours défectueuses, on ne pourrait appliquer la méthode qu'aux boucliers fonctionnant à pleine section, c'est-à-dire aux petits ouvrages. ♦
Certes, dans les conduites forcées, pour résister à l'effort d'extension, et assurer l'étanchéité, il est logique de faire intervenir les hautes qualités de résistimce et d'imperméabilité du métal : le siphon de l'Oise est précisément économique parce que chacun des éléments qui le constituent travaille suivant sa nature ; mais pour les égouts à écoulement libre et surtout pour les chemins de fer, les efforts de compression prédominent, les avantages de la méthode sont déjà moins marqués.
A part le siphon de l'Oise, on ne peut pas citer d'ouvrage où l'essai ait été fait, et il est à craindre que d'ici longtemps on n'en voie pas d'exemple, tant cela semble difficile pour les souterrains de grande dimension. Le tunnel de Boston ne saurait nullement être envisagé comme une pareille tentative : les barres de fonte noyées dans la maçonnerie de briques n'avaient d'autre but que de fournir aux vérins l'appui nécessaire ; l'appoint qu'elles apportent à la résistance est discutable.
Appui des vérins. — Pour pousser l'armature en avant, il faut que les vérins prennent appui sur une résistance
Si le revêtement est métallique, les tiges terminées par de larges patins reportent sur lui toute la pression ; quand les joints horizontaux sont en ligne, c'est sur la nervure en face d'eux que les patins viennent s'appliquer. Si les joints sont en découpe, le contact se fait en un point quelconque de la tranche de l'anneau : il convient alors de donner à la nervure une importance telle qu'elle ne se brise pas sous l'effort.
Si le revêtement est maçonné, il peut encore servir d appui : à Baltimore-Belt, les tiges des vérins s'engageaient dans des tètes carrées en fonte boulonnées sur une ferme en charpente qui répartissait les pressions ; au tunnel de Viroflay, des plaques métalliques, auxquelles s'articulaient deux à deux les vérins, jouaient le môme rôle ; à Melbourne, pour éviter les bris de pierre, on remplissait les vides laissés ,par la découpe par des blocs d attente. Ce système offre le grand avantage de rapprocher les vérins de l'enveloppe qui, par suite, fatigue moins, de supprimer les entretoises qui lient entre eux les cintres quand ils servent de butée; il a pour inconvénient d'obliger à donner aux vérins une course plus longue, puisqu'il faut éloigner les têtes non seulement de l'anneau mais du dernier cintre posé, pour rendre possible le travail des maçons ; il est d'ailleurs très mauvais, nous l'avons déjà dit, de solidariser les vérins entre eux; enfin on peut craindre que le revêtement se brise sous l'effort, il faudrait donc accroître le nombre des presses en diminuant la force de chacune et augmenter la dimension des voussoirs, ce qui est une gène. La disposition de Boston est très ingénieuse, car elle a permis de profiter des avantages de l'appui direct sans s'exposer à ses dangers.
L'appui direct sur le béton n'est possible que s'il n'y a pas contact entre le revêtement et la tôle de la queue, sinon le frottement développé est si considérable que l'armature demeure inébranlable. Les multiples essais de Fontainebleau ont très nettement mis ce résultat en évidence : la pression de l'eau montant à 300 kg. par centimètre carré, le bouclier restait immobile et le revêtement se soulevait et cédait; on espérait que le béton réaliserait un bourrage parfait, la compression l'obligeant à remplir le vide laissé par la tôle ; mcme ceci était une erreur, car au moment où la queue échappe, la prise est déjà trop avancée pour que toutes les excavations soient bouchées. 11 est nécessaire d'enfermer le revêtement dans une enveloppe intérieure, comme on fit au siphon de l'Oise; on profite alors de cet avantage que les presses produisent tout à la fois le pilonnage du béton et la propulsion.
Le plus souvent on a constitué la butée avec les cintres; si le
poids de la maçonnerie et des terres suffit pour les charger, on se contente de les solidariser entre eux au moyen de pièces de fonte creuses placées en prolongement Tune de Tautre, au droit des axes des vérins ; on évitera d'interposer une poutre, comme on le fit au collecteur de Clichy extra muros, un tel dispositif n'ayant que des inconvénients.
Cette méthode a été fort employée au Métropolitain parisien et à la Compagnie d'Orléans; outre qu'elle éloigne les vérins de l'enveloppe, ce qui développe des efforts de flexion dans les consoles et les étriers de support, elle expose à une dislocation de la voûte ; les butées se comprimant pendant la course, les cintres glissent sous les couchis puis reviennent à leur position d'équilibre quand les vérins rentrent dans leur logement, en entraînant cette fois et les couchis et l'anneau de maçonnerie fraîche ; à propos des deux boucliers de la Compagnie d'Orléans, nous avons donné des chiffres qui prouvent que ce mouvement n'est pas négligeable. Le seul moyen de s'y opposer fut de caler vigoureusement les couchis contre la poutre an'ière du bouclier ; dans leur mouvement de retour, les cintres se déplacèrent seuls.
Cette autre remarque n'est pas moins importante : pendant la propulsion, la tète du vérin s'incruste plus ou moins profondément dans la masse du cintre ; au retour, celui-ci reste un instant suspendu à la tige et contribue à la fausser; en interposant entà'e les deux surfaces en contact un calage intermédiaire de grande section, le cintre et la tôte du vérin restent absolument indépendants l'un de l'autre.
Avec le bouclier Lamarre on avait substitué le bois au fer; cet exemple n'est pas à imiter : les cintres en charpente sont trop encombrants, trop déformables.
Si on veut réduire le nombre des cintres intéressés à la résistance, ou si on craint que la charge qui les maintient soit insuffisante, on ancre les cintres dans la maçonnerie ainsi qu'on fit au collecteur de Clichy intra muros.
La seule précaution est d'attendre qu'un anneau soit pris avant de l'introduire dans la chaîne. Il faut craindre la fatigue de la maçonnerie, la déformation des cintres si les attaches travaillent inégalement, et compter avec les sujétions de main-d'œuvre et de
surveillance qu'entraîne cette multitude de crampons et de colliers.
Les essais qu'on a tentés pour prendre appui sur une charpente indépendante des cintres n'ont pas été couronnés de succès; a priori la méthode était séduisante, puisqu'elle supprimait les fissurations et les décollements d'anneaux, mais à la pratique on lui reconnut des inconvénients nombreux que ne compensait pas cet avantage unique; les charpentes Dioudonnat, par exemple, étaient lourdes, coûteuses, encombrantes; malgré le soin apporté à l'assemblage des différentes fermes elles se comprimaient, reculaient, se disloquaient : il fallait du temps et un personnel exercé pour transporter et monter en tête le dernier élément de queue, et surtout les entretoises, les écharpes, les chandelles de butée à l'arrière étaient une gêne énorme. D'ailleurs pour tirer du procédé tout le bénéfice désirable, il est nécessaire de ne pas profiter de la charpente pour y appuyer les cintres qui doivent se suffire à eux-mêmes, d'où une augmentation de dépense, par doublement du matériel.
Dans quelques cas, la charpente ne servait qu'à reporter l'effort sur la maçonnerie, soit par l'ancrage de chaque ferme, soi^ par un ancrage unique à l'arrière ; ce dernier dispositif est mauvais, le report périodique de la butée arrêtant tout le chantier ; le premier ne vaut guère mieux, par Timpossibilité où l'on est d'intéresser à la résistance la maçonnerie fraîche.
Au collecteur de Bièvre, les boucliers Champigneul ne prenaient appui ni sur les cintres ni sur la maçonnerie, mais sur les couchis par l'intermédiaire d'un faux cintre. Le sapin ayant une adhérence énorme avec le mortier de l'intrados, la surface de frottement était considérable, d'où une fixité de la butée plus réelle qu'avec les autres méthodes. La poutre qui sert à répartir les pressions est encombrante et fragile ; il est d'ailleurs probable que les couchis, en vertu de leur élasticité propre, se compriment puis reviennent à leur position primitive, c'està-dire fissurent le revêtement; ici les mouvements furent si faibles, qu'on ne les perçut point, mais avec de hautes pressions, on verrait peut-être les couchis flamber dans l'intervalle des cintres.
Cintres, entretoises et couchis. — Le plus souvent, donc, les cintres ont un double rôle k remplir : supporter la charge de la voûte et fournir la butée des vérins.
Les cintres en bois ne satisfont que difficilement à la seconde condition; quoique légers, ils sont si encombrants et si déformables qu'on renonce d'ordinaire à leur emploi.
ENGINS
Clichy extra muros
— inlra murofi
Siphon de l'Oise
Compag. d Orléans. B. Sully.
— B. Institut.
Coll. de Bièvre. B. Elliptique.
Champigneui
Coll. de Bièvre. B. circulaire.
Ghampigneul
Coll. de Bièvre. B. circulaire.
Dioudonnat
Métropolitain parisien B
Ghampigneul . . .
— B. Dioudonnat. .
— B. Weber . . . .
— B. Lamarre . . .
Compagnie de TOuest. B. de
ViroOay
Bouclier de Boston
Bouclier de Fontainebleau .
si
es
as 2
en fer.
en tôle
continus
en fer.
i,iO
en bois
en fer.
en bois
en tôle
continu
OBSERVATIONS
Ancrés.
Anneaux de 0", 50 en
tAle, continus.
Bulonués.
Réunis par des tirànU , en fer.
Id.
Indépendants de la ferme d'appui des vérins.
Butonnés ou non.
Portés par la ferme d'appui
Id.
(primiUvemcnt. cintre
mobile lié au bouclier).
7 viroles de !■ fixées au bouclier.
Les cintres en fer sont plus répandus ; faut- il les alourdir ou les alléger? Si leur poids est élevé, les manœuvres sont lentes ; une équipe nombreuse s'y emploie, qui reste après le montage partiellement inutilisée. S'ils sont insuffisamment résistants, au contraire, on les butonne : ces supports sont un obstacle à la circulation.
Quand ils ne portent que la voûte on les constitue d'un fer en U. à l'intérieur duquel on rive un deuxième fer en U ou un fer à T ; quand ils doivent résister à la poussée des vérins, on leur donne plus de hauteur en les formant de cornières et d'une âme pleine ou évidée.
On les entre toise par des pièces de fonte retenues par des chevilles et portant sur des sommiers plus larges.
Si on augmente Tespacement, les manœuvres de démontage de report et de réglage sont moins nombreuses, mais toutes les pièces sont plus lourdes : les cintres et les butées intermédiaires d'abord, puis les vérins qui fournissent une course plus longue ; puis la queue qui doit couvrir tout Tanneau à exécuter ; puis Tengin lui-môme, pour garder les proportions convenables ; d'oîi un accroissement de prix, et dans rétablissement et dans les manutentions. Au contraire, avec des cintres rapprochés, les vérins n'auront qu'une faible course; Tengin sera ramassé et maniable, Tabatage en tète aisé; mais les opérations de report seront fréquentes, les cintres nombreux ; il y a donc un balancement à faire dans chaque cas particulier entre ces avantages et ces inconvénients.
Ce qui importe surtout, c'est de créer des chantiers suffisamment dégagés et accessibles pour qu'un travail rapide y soit assuré ; si les maçims, par exemple, retardent les mineurs, ou inversement, l'organisation est défectueuse.
On a quelquefois cherché à supprimer la manœuvre du report des cintres en profitant de la progression du bouclier luimême; ceci n'est possible que si Tappui s'effectue directement sur le revêtement bétonné ou maçonné ; on constitue le cintre d'une enveloppe métallique continue et on le lie invariablement à l'engin. Cette complication ne donne que de mauvais résultats, la surface de frottement se trouve ainsi augmentée d'une quantité notable, les presses développent un effort plus élevé qui fatigue tout l'ensemble ; quelque ingénieux et robuste que soit le dispositif d'attache, il finit toujours par se briser ; surtout, et ceci est très grave, pour ne pas décintrer trop tôt la voûte, on est obligé de donner au cintre une longueur telle que son emploi devient impossible. Les quelques essais tentés dans ce sens n'ont fait que confirmer ces raisonnements ; au tunnel de Viroflay on préféra revenir aux cintres indépendants; à Fontainebleau, l'échec fut complet.
Les couchis n'offrent rien de spécial ; ils peuvent rester ce qu'ilssont dans les constructions aériennes.
DE L'EiNGlN 3SI
Nous nous bornerons à rappeler les services rendus* pur les panneaux en planches du collecteur de Clichy, hitra mttrus^ nu du souterrain de TOrléans (chantier de l'Institut) ; on li*s plave non pas parallèlement, mais perpendiculairement à Taxe ; ils donnent un dégrossissage appréciable de l'intrados exikuU* i\ bain de mortier et permettent au maf;on de travailler faco i\ 1 anneau précédent et non face aux reins.