‹ Le Bouclier et les méthodes nouvelles de percement des souterrainsChapitre 53 sur 67 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Exécution de la fouille. — Les différentes façons dont on conduit Texécution de la fouille se ramènent à quatre types principaux.

Première méthode. — La première méthode est celle que les Anglais et les Américains ont appelée « the assisted shield method ». Elle consistée précéder Tengin par une galerie blindée plus ou moins haute et large suivant les cas; le terrain est excavé et boisé jusqu'à une petite distance du front, la partie avant du boisage reposant sur les cadres, la partie arrière sur lenveloppe elle-même ; au tunnel sous la Yarra à Spottiswoode, au Central London Railway, à Boston, on a procédé ainsi ; à Londres, avec les petits boucliers la galerie s'avançait de deux mètres en moyenne, à Boston on ne dépassait guère la longueur d'une course, soit 0,80 m.

Quel rôle joue alors le bouclier ? Quel bénéfice en tire-t-on ?

Il est difficile de répondre. Le bouclier a justement pour but d'éviter les frais d'acquisition des blindages et les pertes de temps qu'ils entraînent. 11 est illogique de faire appel à la fois à deux procédés qui s'excluent l'un l'autre. En cas d'accident, dirat-on, les ouvriers trouvent sous l'enveloppe un abri certain ; d'abord il n'est pas sûr qu'ils pourraient assez tôt se replier en arrière, et puis combien le rôle du bouclier est amoindri si on se borne à en faire un dispositif de sécurité utilisé seulement dans des cas exceptionnels !

Deuxième méthode. — Dans la deuxième méthode on prépare la fouille à l'avant sur la longueur d'une course, sans boisages

OU à l'abri de boisages légers el accidentels ; c'est ainsi qu'on a souvent opéré en France dans les terrains peu ébouleux et secs ; des palplanches mobiles soutenaient suffisamment le ciel jusqu'au moment où le bouclier venait assurer une protection définitive. Il est sage de fractionner les courses, de ne pas s'aventurer trop loin, d'adoucir au maximum le talus du front d'attaque. Sous les chaussées des villes, la continuité de la circulation ébranle les terres et les met aisément en mouvement ; en pleine campagne, un changement brusque de terrain, la rencontre inopinée d'un plan de glissement sont des événements possibles, trop souvent suivis d'accidents regrettables ; ainsi la sécurité est relative et trompeuse, une grande prudence est nécessaire. Si le terrain prend naturellement un talus si incliné que la longueur à donner de ce chef à l'avant-bec soit inadmissible, ce qui peut se produire avec des sables fins boulants, ou si, dans l'air comprimé, on veut raidir le front de taille pour éviter des pertes d'air trop abondantes, on divise la chambre de travail en deux compartiments par une cloison horizontale, ou on se protège par un blindage comme on fit au siphon de l'Oise ; en opérant sur des sections réduites, les filtrations d'air sont limitées et les invasions d'eau et de déblai peu considérables.

Troisième méthode, — La troisième méthode s'applique aux terrains mous et flucnts comme des vases. On pousse l'engin dans la masse qui pénètre dans le corps au travers des ouvertures du diaphragme vertical s'il y en a un, ou directement s'il n'y en a pas. C'est dans la partie centrale du bouclier qu'on reprend les déblais pour les charger en wagon et les évacuer ; ce procédé fut maintes fois employé à Melbourne, à Boston on y recourut sur une longueur de 30 m. pour traverser des sables humides.

Quelquefois par suite de la proximité de la cloison et de l'arête du couteau, l'excavation s'exécute de l'intérieur, il est bien difficile alors de la limiter aux dimensions exactes de l'armature ; elle s'étend au delà, irrégulièrement ; des tassements dans tous les sens en résultent ; c'est un procédé trop dangereux pour être recommandable.

Quatrième méthode. — La dernière méthode est la plus usuelle,

en France du moins ; elle consiste à préparer seulement le chemin (lu bouclier en creusant en avant une série de fouilles voisines sur une section totale plus étroite que la section définitive ; dans sa marche l'engin dresse Texcavation et fait tomber les terres intérieures ; on utilise ainsi la puissance pénétrante du couteau j^ . en réduisant au minimum Teffort demandé aux vérins. L'épais-

seur de la couronne qu'on laisse dépend de la nature du terrain (»t de la difficulté qu'éprouvera la trousse coupante à y pénétrer ; (^n général elle est de 30 cm.

Quand la hauteur de la section l'exige on suspend sous l'enveloppe de petits planchers volants où se tiennent les mineurs ; suivant les cas, on taille le front h ces deux étages simultanément par deux chantiers indépendants, ou successivement avec une seule équipe : le premier mode est plus rapide que le second, mais plus délicat d'emploi.

Évacuation des déblais du front d'attaque. — Le service d'évacuation des déblais doit être étudié et organisé avec un soin jaloux, car c'est de lui que dépend en grande partie le succès de l'opération, au moins en ce qui concerne la rapidité de la marche et l'économie finale.

Il importe d'abord que le service d'évacuation et celui d'approvisionnement soient distincts et indépendants l'un de l'autre et que les wagonnets aient un accès facile jusqu'au front de taille : à cet égard le dispositif très simple employé soit au premier lot Reuilly) du Métropolitain parisien, soit au tunnel de Viroflay, est excellent ; les wagonnets vides arrivaient par une voie latérale, se retournaient parallèlement au front et après chargement repartaient sur une seconde voie latérale, tandis que l'approche des matériaux s'effectuait par le centre ; il faut proscrire, absolument, cette organisation défectueuse où des déblais amoncelés sur le plancher sont repris et jetés dans les wagonnets restés en dehors de l'engin.

Pour être constamment maintenu au niveau des poutrelles inférieures du bouclier, le plancher qui porte les voies doit être démonté de temps en temps et reporté en avant ; cette , manœuvre exigeait 6 hommes au Métropolitain parisien et revenait journel-

lement à 80 fr. ; on consid(5ra qu'il ne serait pas plus coûteux do faire précéder Tengin d'une galerie centrale inférieure dont on tirerait un dotible avantage : la reconnaissance préalable du terrain et un moyen rapide d'évacuation des déblais ; il suffirait en effet d'engager une rame de wagons dans la cunette pour qu'on y pût jeter directement les terres par le moyen de trémies; ce fut la disposition du chantier do. Vincennes dont nous avons signalé le bon fonctionnement.

Quand on a construit d'avance les piédroits, il est naturel d'utiliser les galeries latérales pour l'enlèvement des terres, ainsi qu'on lit avec le bouclier Sully de la Compagnie d'Orléans ; tout l'étage supérieur reste libre pour l'approvisionnement; les opérations de montage et de réglage des cintres sont aisées, puisqu'on n'est plus gêné par une circulation intense.

Enfin, dans quelques cas particuliers, on peut être conduit a adopter cette solution rare, mais excellente, d'une évacuation par l'avant; les chantiers de la rue de Rivoli (Métropolitain parisien) et de l'Institut (C'*' d'Orléans) étaient ainsi disposés, pour profiter de l'existence d'anciens collecteurs désaffectés. A vrai dire ce ne sont là que des exceptions, car percer une telle galerie jusqu'à l'extrémité finale serait long, coûteux et se concilierait peu avec l'emploi d'un bouclier.

Évacuation à l'arrière. — Pour faciliter l'évacuation à l'arrière on dégage la section le plus possible ; à cet égard la multiplicité des cintres métalliques peut être une entrave, surtout s'ils sonl butonnés ; quant aux charpentes en bois, leur inconvénient sauto aux yeux.

On conduit les terres soit à des monte-charges voisins, soit à des galeries de décharge, soit simplement à l'arrière ; le transport dans la partie achevée peut être rapide puisque les convois n'y rencontrent plus d'obstacles.

La traction se fera par des hommes si le cube est faible, par des chevaux s'il est plus considérable et mieux soit par des locomotives à air comprimé, soit par des tracteurs électriques. Ne pas étudier et combiner minutieusement à l'avance tous ces éléments, c'est se réserver des surprises désagréables ; l'arrêt intempestif

d'un seul engin paralyse tout un chantier et entraîne des fraisconsidérables. Nous n'insisterons pas davantage sur la concordance qui doit exister entre tous les moyens d'évacuation d'une

même entreprise : tracteurs, monte-charges les détails que

nous avons donnés à propos des meilleures installations suffisent. Rappelons seulement que dans les petites sections, Temploi de transporteurs électriques a rendu de très grands services, au collecteur de Clichy intra muros surtout on réalisa ainsi une indépendance absolue entre les deux chantiers de terrassement et de maçonnerie.

Direction en phia et en profil. — De multiples causes interviennent pour faire dévier Tengin soit en plan, soit en profil ; rencontre d'un obstacle sous le couteau, dissymétrie des pressions exercées par le terrain, tassement des appuis, mauvais réglage des chemins ou instabilité propre de larmature, il est indispensable qu'une surveillance éclairée et constante s'exerce, sans quoi l'écart de direction s accroît rapidement.

Dans la construction des égouts, nous l'avons déjà dit, l'inconvénient est peu considérable, au moins pour les sinuosités en plan, mais quand il s'agit de chemins de fer la moindre différence est grave ; si on veut brusquement ramener le bouclier à sa position normale on développe des réactions violentes qui le disloquent ; si la déviation est notable et se prolonge, on n'a d'autre ressource que de démolir la portion exécutée.

Donc, et plus encore en courbe qu'en ligne droite, il faut multiplier les opérations de précision servant de base à l'alignement et au nivellement et n'en confier le soin qu'à des agents consciencieux et habiles. Pas mal de déboires et d'insuccès ont fait incriminer la méthode même, qui n'étaient dus qu'à l'incapacité du personnel chargé de la direction ;ce n'est certes pas une économie que d'abandonner la conduite du l>ouclier entre les mains du premier venu, on s'expose à le voir perpétuellement osciller autour du tracé théorique et à le mettre promptement hors de service.

Bouclier à pleine section. — Les boucliers circulaires ont une

tendance maiHjuée à tourner sur eux-mêmes et à dévier constamment dans le même sens ; cette propriété depuis longtemps dénoncée peut tenir au non-parallélisme des axes des vérins ; il serait bon qu'on pût agir après coup sur les brides ou les étriers de fixage pour modifier le réglage dans la mesure convenable. D'autres fois elle résulte de la position excentrée de la machiaierie, pompes, bac à eau et dynamos ; on équilibre ces masses par des surcharges qu'on augmente ou diminue suivant la tendance du moment. En terrain dur, surtout si le sol est incompressible, le mouvement est plus difficile, on s'y oppose sans peine.

Quel que soit le terrain les tassement sont à prévoir; il convient donc de se tenir toujours quelques centimètres trop haut.

On vient aisément à bout des résistances partielles par la seule action des vérins ; plus ceux-ci seront nombreux et rapprochés, plus sera faible Teffort à demander à chacun et plus la précision à attendre de la manœuvre sera grande. En marche normale, toutes les presses doivent, au moment de la course, avancer de quantités égales en des temps égaux ; on assure cette concordance en postant deux ou trois ouvriers à gauche et à droite et en leur faisant annoncer à voix haute à des intervalles de temps égaux la quantité dont sort chaque tige ; dès qu'une de ces quantités dépasse les autres, on suspend momentanément Tadmission de Teau dans le vérin correspondant. Pour qu'une pareille manœuvre soit possible, il faut naturellement que les vérins soient indépendants les uns des autres, chacun ayant sa manette de commande numérotée et à portée de la main du mécanicien.

La même méthode peut servir à ramener le bouclier dans la bonne direction s'il s'en est écarté ; pour faciliter la déviation horizontale ou verticale, on prépare à l'avance Texcavation, on fouille davantage le côté dont on veut se rapprocher, on laisse au contraire du gras à l'opposé, cela évite de soumettre l'engin à une compression latérale trop forte. Quelques dispositifs sont plus énergiques, on n'y doit recourir que dans les cas extrêmes : ils consistent à engager des butons obliques sous l'avant-bec et contre la paroi dont il faut s'éloigner, l'engin ne peut avancer

qu'en redressant ces chandelles et par suite en déviant de sa direction primitive.

Boucliers à demi-section. — Avec les boucliers à demi-section, les plus répandus aujourd'hui, des précautions spéciales s'imposent pour la préparation du chemin de glissement ou de roulement.

Quand les piédroits sont construits à l'avance et arasés au niveau convenable, toute difficulté disparaît, surtout avec l'emploi de sabots à talon ou de guides latéraux ; l'habileté du mécanicien consiste à ne pas fatiguer les appuis par des efforts horizontaux, en mettant à profit les multiples ressources qu'il trouve dans la souplesse de sa machinerie.

Quand on reporte la charge sur le fond de la fouille par l'intermédiaire de rails ou de rouleaux, la pose et le réglage des chemins sont une opération délicate. Pour préciser ce que nous voulons en dire, nous prendrons comme exemple les boucliers Ghampigneul du Métropolitain parisien ou du collecteur de Bièvre dont le mode d'appui a paru le meilleur.

Alignements droits. — Les rails sont fixés à des travei*ses dont on place le milieu dans le prolongement de l'axe du souterrain, à la hauteur voulue ; à cet effet l'agent chargé de donner la direction a préalablement posé un piquet nivelé avec précision ; il suffit au chef de poste d'une règle et d'un niveau de poche pour opérer avec exactitude; un môme piquet peut servir pour trois ou quatre courses si l'on est en palier; en pente ou en rampe, on en multiplie le nombre. De temps à autre on vérifie la justesse du tracé suivi par une visée faite de l'arrière sur deux lampesplomb pendues au bouclier sur l'axe de la queue et de l'avant-bec; sur quelques chantiers on s'est très bien trouvé d'avoir tracé sur les poutres maîtresses un trait parallèle aux génératrices d'extrados de l'enveloppe ; à un moment quelconque avec une règle et un niveau on peut constater que Tinclinaison de l'engin est bien celle du projet. En cas d'erreur on fait placer les traverses prochaines plus haut ou plus bas pour rattraper la différence ; il convient de tenir compte dans cette opération de l'inertie de l'outil qui ne saurait changer instantanément de direction.

En bon terrain, vieux remblais, calcaires, argiles ou marnes dures, le tassement sous la charge des terres et le poids du bouclier ne dépasse guère 4 à 5 cm. ; c'est à cette hauteur qu'on se tiendra au-dessus de la cote projetée. En terrain compressible, on fera un platelage composé de deux files de madriers croisés pour répartir les pressions sur la plus grande surface possible ; si les tassements se produisaient quand même, on battrait des pieux sous les semelles ; il va sans dire que ce dernier cas est exceptJbnnel. Dans des terrains fluents c'est un bouclier à pleine section qu'on emploie, fermé par une cloison ; or on a maintes fois prouvé qu'un tel engin ne peut s'enfoncer, pour cette raison qu'il pèse moins que la terre dont il tient la place.

Courbes. — En courbe, on calcule les quantités dont les milieux des différentes traverses doivent ôtre déplacés à gauche ou à droite de l'axe ; on reporte ces longueurs sur le sol par le fil à plomb et des réglettes graduées; quand l'axe primitif passe en dehors du souterrain on opère par tangentes successives ou par tout autre procédé ; les méthodes les plus simples et les plus rapides sont alors les meilleures. Dans les villes où Ton se tient à une faible profondeur sous la chaussée, il y a avantage à tracer la courbe par-dessus et à forer de petits sondages dans lesquels on descend un fil à plomb.

Dans les courbes, la paroi extérieure concave a un développement plus grand que la paroi intérieure convexe ; il faut en tenir compte, et pour les rails de glissement, et pour les couchis, et pour les vérins. Pour les rails, on interpose entre leurs abouts des cales en forme de coin ; pour les couchis, il en faut un jeu de longueurs variables; pour les vérins, on pourrait se borner à limiter la course des presses intérieures, il uest pas prudent de compter à ce point sur leur indépendance, il vaut mieux interposer des cales d'épaisseur convenable, d'autant plus que l'obliquité de la poussée par rapport à l'axe de la butée est une cause sensible de fatigue.

Avec les rouleaux en fonte, le réglage ne porte que sur le nivellement du platelage ; en courbe, il est malaisé de les maintenir inclinés les uns par rapport aux autres ; et quand on veut dépla-

cer brusquement Tengin, ils ripent parfois dans le sens de leur longueur.

ExécttUoa de la maçonnerie. — Si Ton ne veut pas que le chantier de maçonnerie retarde ravancement, on l'organisera pour un travail aisé et rapide. En l'étendant sur une grande longueur comme on fit au collecteur de Clichy extra muros et au chantier Sully de la Compagnie d^Orléans, on lui donne une élasticité parfaite; mais l'emploi simultané d'un bouclier et de blinMages à l'arrière est inadmissible.

C'est sous 1 enveloppe que le revêtement doit s'exécuta* ; on allongera donc la queue jusqu'à la limite compatible avec la stabilité, de façon à répartir la construction sur deux ou trois échelons. La continuité est le premier élément de la rapidité, on se gardera donc des causes d'arrêt, on évitera que les maçons soient interrompus ou seulement gênés dans leur travail par le service d'évacuation des déblais, les opérations de montage des cintres, le report de la butée ; il faut surtout qu'on n'ait pas besoin de démonter à chaque instant leui's planchers volants et que les matériaux arrivent jusqu'à eux sans entraves.

Bourrage. — Un certain jeu est nécessaire entre la tôle de l'enveloppe et le revêtement, quel qu'il soit, pour la possibilité du glissement de celle-là sur celui-ci ; avec la maçonnerie ce vide annulaire est de quelques centimètres, par suite des rugosités de l'extrados et de la fragilité du dernier anneau ; cet espace, joint à l'épaisseur de la tôle, aux arrachements produits dans la surface de la fouille par les mineurs ou par le couteau lui-même, atteint des dimensions telles que si on ne le comble pas, des mouvem^its importants de terrain se produisent et se transmettent jusqu'au sol ; il y a là pour les constructions voisines un danger auquel on s'efforce de parer, non pas seulement dans les villes mais même on rase campagne.

On réussit sans peine à boucher le vide laissé sous l'enveloppe ; on le garnit soigneusement de mortier fin que le bouclier lisse luimême, dans son mouvement, en une chape protectrice contre les infiltrations d'eau.

UTILISATION DE LENGIN 331

Il est moins aisé de compenser Tépaisseur de Tenveloppe et les petites excavations de la périphérie ; on a tenté bien des procédés, aucun n'a donné une réussite parfaite : le bourrage au sable, le refoulement de mortier avec des battes en bois ou des fiches de poseur de pierres, l'injection.

L'impossibilité où Ton fut souvent de bourrer convenablement la voûte sur les reins a conduit à couper les tôles de la queue le plus haut possible au-dessus du niveau des naissances ; sans cette précaution la voûte mal appuyée se fissurait en clef.

Quant à la partie supérieure, dès que la tôle de la queue échappe, les terres ébranlées tombent sur Textrados.

Injection. — Dans le travail à lair comprimé, la surpression intérieure oblige le garnissage de mortier qu*on coule en couronne à remplir tous les vides dès qu'ils se démasquent ; dans les travaux ordinaires, on pensa arriver au môme résultat par Tinjection soit de ciment, soit de chaux.

Le but est-il atteint ? Il serait téméraire de l'affirmer. Sans doute on peut attendre beaucoup de cette méthode dans un terrain consistant, pe4i mobile, à condition de suivre pas à pas l'avancement, et non d'opérer par sections quelque temps après rachèvement. Mais dans les villes nous avons signalé à plusieurs reprises des insuccès; le mortier refoulé va n'importe où, il remplit les ouvrages voisins : collecteurs, caves, conduits, en pénétrant au travers des fissures, ou bien il se creuse une chambre en refoulant le terrain meuble au droit du trou de coulée.

Cela ne veut pas dire que l'injection soit inutile, elle a toujours pour effet de protéger le revêtement, ce qui est précieux s'il est métallique, et d'augmenter d une façon sensible la densité et la cohésion des terres de la périphérie ; mais ce serait se préparer de graves déboires que de compter sur elle pour prévenir tous tassements; ceux-ci sont d'autant plus inévitables que le bouclier par son fonctionnement même laboure, bouleverse, entraîne les couches qu'il traverse.

On continuera donc de l'employer, pour boucher des petites fissures qui, pour être invisibles n'en sont pas moins dangereuses.

surtout si Ton a lieu de craindre que la maçonnerie ait souffert, par exemple sous l'effort de la queue. La fluidité, la pression sont une question d'espèce ; en général 3 à 4 kg. par centimètre carré suffisent.

Incidents et accidents. — Nous ne pouvons pas indiquer ici la série des incidents susceptibles de se produire au cours du travail; le remède à apporter dans chaque cas particulier dépend des circonstances, de Tengin, du terrain, des moyens dont on dispose ; il n'est pas de solution générale applicable dans tous les cas : c'est affaire d'observation, de jugement et de décision.

A l'avant, on craindra les glissements de terrain, les éboulements, les effondrements ; on exercera une surveillance constante, on suivra avec attention l'allure des couches, parfois même on fera des sondages de temps en temps; en tous cas on ne se fiera pas aux déductions établies à priori et on restera prudent. Si, malgré toutes les précautions prises, des accidents surviennent, on s'efforcera d'en limiter l'effet et de remédier aux conséquences le plus promptement et le plus économiquement possible.

A l'arrière , avec le revêtement maçonné , le plus fréquent mécompte est le frottement de la queue sur l'anneau encore frais ; on veillera à maintenir un vide suffisant entre l'enveloppe et l'extrados, ce qui obligera à donner an bouclier une section supérieure à celle de l'ouvrage à exécuter. Dans les cas exceptionnels où l'engin menacera de se renverser en arrière, avec de petits butons inclinés engagés sous la tôle et sur les couchis on le forcera à se relever au moment de la course.

Quand l'appui s'effectue sur les cintres entretoisés, l'ensemble des cintres recule sous l'effort des vérins puis revient à sa position d'équilibre en entraînant le dernier anneau clavé ; il n'y a pas d'autre remède à cela que de multiplier le nombre et la force des butées pour diminuer la compression exercée sur chacune et, suprême ressource, de caler les couchis contre la poutre avant du bouclier pour les empêcher d'accompagner les cintres dans leur mouvement.

Quant aux tassements, puisqu'il n'est pas possible de les éviter, on se résignera à les voir se produire, au moins cherchera-t-on

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à les réduire au minimum ; dans les villes il arrive parfois que le mouvement des terres au-dessus de Tengin ne se transmet pas jusqu'à la surface ; la chaussée bétonnée ou pavée forme voûte et reste suspendue au-dessus du vide ; il n'y a là qu'un trompe- Tœil ; il est prudent de démolir soi-même la chaussée et de la refaire, sans attendre les accidents qui ne manqueraient pas de se produire au passage des lourdes charges.

Emploi de Tair comprimé. — Les travaux à Tair comprimé sont aujourd'hui devenus d'une telle fréquence qu'on y a acquis une expérience consommée ; cependant peut-être n'est-il pas inutile de rappeler à quelles difficultés spéciales on se^ heurte dans l'exécution des souterrains.

La pression hydrostatique varie régulièrement du sommet à la base de l'engin ; si la pression d'air qu'on admet est celle de la partie supérieure, on risque de voir les rentrées d'eau se produire par le bas; si c'est celle de la partie inférieure, on s'expose au soufflage : le terrain supérieur, pas assez pesant, est violemment soulevé et la pression tombe tout à coup. Les dispositions doivent être telles qu'on puisse immédiatement fermer les orifices de la cloison ; la pression rétablie, on reprend la marche apr^s avoir bouché avec des sacs de terre et avec de l'argile toutes les issues de l'air.

Jusqu'à la pression de une atmosphère, les hommes en bonne santé n'éprouvent aucun malaise, ceux qui sont souffrants doivent s'abstenir de travailler dans ces conditions ; une durée de huit heures de séjour n'est pas excessive, mais on obtiendra un meilleur rendement en se limitant à six heures.

L'air doit être aussi pur que possible, ce que permet seul l'éclairage électrique. Pour éviter une température élevée, on interposera un réservoir entre le compresseur et la galerie ; au siphon de l'Oise un compresseur qui envoyait directement l'air dans le tunnel fut trouvé très incommode pour cette raison.

Nous avons déjà parlé des différents types de sas à air, en métal, en maçonnerie, ou mixtes; beaucoup d'ouvriers prétendent qu'avec la maçonnerie le refroidissement par la décompression brusque est moindre, il est certain que la tôle, plus conductrice

a^ LE BOUCLIEB

que la pierre, se prête darantage aux yaarîalions de température. Pour prévenir les accidents, il est bon :

De limiter la rapidité de la décompression à la sortie en employant, par exemple, comme on le fit au siphotn de FOise, des robinets diaphragmes;

D avoir en mauvais terrain une écluse de sûreté d'accès aisé, toujours ouverte ;

Et môme de se ménager, rien que par la présence de deux diaphragmes voisins du bouclier, une sorbe de cloche à air où le personnel pourra toujcnurs respirer, même en cas d'arrivée d'eau violente.

La surpression intérieure servira àTassainissement : un tuyau fonctionnant comme éjecteur suffira, le plus souvent, à conduire l'eau an dehors ; si les filtrations sont abondantes, on emploiera des pompes.

Au siphon de l'Oise, on a pu éviter les pertes d'air par l'intervalle resté libre entre le revêtement et le bouclier, rien qu'en le bouchant avec une couronne d'argile au travers de laquelle on effectuait le bourrage. — Ce procédé si simple a donné les meilleurs résultats.

Comme les wagonnets doivent traverser le sas à air, on ne saurait prétendre à une grande rapidité d'évacuation des déblais; il faut néanmoins que le service soit organisé de façon telle qu'il ne retarde pas l'avancement ; d'où la nécessité de donner aux sas et aux écluses des dimensions suffisantes et d'installer un mode de traction simple et énergique, par câble par exemple.

Vitesses réalisées. — La vitesse d'avancement ne dépend pas seulement de la nature des terrains traversés, mais surtout de l'habileté et du soin apportés à l'agencement général. Dans les grands souterrains, on dispose de plus de place, il est plus aisé d'assurer l'indépendance de chaque service, l'avancement journalier est plus grand ; dans les petits, le travail n'est pas toujours facile, on va moins vite.

Le tableau ci-dessous donne la vitesse moyenne et la vitesse maxima des différents boucliers que nous avons décrits; en comparant entre eux les chiffres qui concernent les engins em-

ployés à Texécution de souterrains identiques, on verra quelle intluence exerce sur le rendement une organisation judicieuse des chantiers; cela explique que nous ayons si souvent insisté suv lu nécessité d'une étude approfondie des moindres détails d'iûbUllution.

ENGINS

Glichy extra muros

Clichy intra muros «

Gompa^snie d'OrléaDS.*Bouclier Sully.

Gompagnie d'Orléans. Boucl. Institut.

Gollecteur de Bièvre. Bouc. Ministère.

— Bouclier Sollerino.

— Bouclier Dioudonnat

Métropolitain parisien. Boucl. Ghampigiieul (Vincennes)

Métropolitain parisien. Boucl. Gham pigneul (Keuilly)

Métropolitain parisien. B. (8*' loi)-

— Bouclier Dioudonnat (Diderot)

.Métropolitain parisien. Bouclier Diou donnât (Lyon)

.Métropolitain parisien. Bouclier Dioudonnât (Saint-Antoine)

Métropolitain parisien. Bouclier We ber (Saint-Paul)

Métropolitain parisien. Bouclier We ber (Ghàtelet)

Métropolitain parisien. Bouclier Lamarre (6" lot)

Métropolitain parisien. Bouclier Lamarre {T lot)

Gompagnie de TOuest. Viroflay. .

Siphon de l'Oise

Tunnel de Boston

VITESSK maxima

VITESSE moyenne

0BSERVATtO\<

4,r»l OU 5,45 2,85 ou 3,20

Pleine 9oct>tih Dcmi-!*eUuft

Pleine «cchmii Dcnii-*iflt'fii>ii

Les vitesses maxima ne signifient pas grand'chose, elles coingspondent h des circonstances exceptionnelles : terrain facile, équipes de choix, fonctionnement parfait de tous les engins i^lde tous les services.

En fait, il faut toujours compter avec les incidents, Icis obstacles, les arrêts, les vitesses moyennes sont donc plus insLrtu:tives. Elles montrent que dans les cas les plus défavorublt-à, comme au tunnel de Viroflay, on a pu marcher à la vitesse du

1,50 m. par jour, que dans les terrains ordinaires secs on a parcouru de 3 à 4 m. et que dans les terrains humides, avec toutes les sujétions qu'entraîne l'aîr comprimé on a avancé de 0,80 m. En substituant trois équipes de huit heures à deux de onze heures, on aurait pu tout aussi bien, au premier lot du Métropolitain parisien, effectuer deux courses par poste, c'est-à-dire progresser de 6 m. par jour. Il n'est donc pas téméraire de conclure qu'en terrain ordinaire, avec un engin judicieusement conçu et dirigé avec soin, on peut compter sur une vitesse moyenne de i à 5 m. par jour : les méthodes anciennes par boisage sont loin de donner d'aussi brillants résultats, si on se limite, bien entendu, h une seule attaque.

Prix de revient. — Il n'est pas possible de donner les prix de levient effectifs : ou bien les entrepreneurs n'ont pas cherché à les établir, en dégageant de Tensemble des dépenses d'un chantier (Mendu celles qui ressortissent au compte du bouclier, ou bien ils ne tiennent pas à les communiquer, dans la crainte qu'on puisse se fixer sur l'importance de leurs gains ou de leurs pertes.

Seuls les prix de revient du premier lot du Métropolitain parisien, exécuté en régie, auraient toutes les qualités d'impartialité désirables.

Mais le compte n'en sera fait qu'après l'achèvement complet des travaux, on ne saurait pour le moment en parler.

ENGINS

DIAMETRK de l'ouvrage

Glichy extra muros

— intra muros î

Siphon de l'Oise

Virotlay

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