‹ Le Bouclier et les méthodes nouvelles de percement des souterrainsChapitre 55 sur 67 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Résniné. — En résumé, les nouvelles méthodes de percement des souterrains ont pris dans ces dernières années un essor considérable.

Jusqu'en 1895 le bouclier n'avait pour ainsi dire pas changé d'affectation ni de forme. Son but était de traverser les terrains difficiles, ébouleux, fluents ou chargés d'eau : argiles, graviers, vases, boues, qu'on n'osait ou ne pouvait attaquer par les procédés ordinaires de boisage, soit qu'ils n'offrissent qu'une sécurité insuffisante, soit qu'ils ne permissent qu'imparfaitement de recourir à l'emploi de l'air comprimé. Son rôle restait presque exclusivement limité à l'exécution des tunnels sous les cours d'eau ou sous les bras de mer, à faible distance du fond.

La forme n'avait guère varié; on n'avait pas voulu renoncera la section circulaire, admissible pour les égouts, mais illogique pour les chemins de fer; tous les perfectionnements avaient porté sur les dispositions de détail, avec succès d'ailleurs : rallongement de la chambre de travail, la présence d'une cloison verticale, la division de l'avant-bec en cellules indépendantes, au besoin un sas à air, permettaient d'appliquer l'engin avec une entière certitude de réussite à tous les terrains, si mauvais qu'ils fussent.

D'autre part, la transformation progressive et rationnelle des moyens mécaniques de propulsion, l'emploi de vérins hydrauliques commandés par de puissantes pompes mues électriquement, en faisaient un véritable outil automobile, obéissant, souple et précis.

Le revôtemettt était resté métallique par &aite de la conservation de la forme circulaire et de la nécessité d*une étanchéité absolue; d*un emploi commode à cause de la division en segments semblables^et interchan^ables, d*un calcul simple déduit de lois et de formules classiques, il rendait inabordable la con&tnictioBtdes grands ouvrages, par suite de son poids et de son prix de revient.

La tentative du collecteur de Clichy extra nuêros fut une révélation ; on s'aperçut, pour la permière fois, qu'à condition de le modifier judicieusement, on pouvait faire du bouclier un instrument merveilleux, utilisable à autre chose qu*au franchissement des rivières et à la pose d'anneaux de fonte ou de fer. Immédiatement son emploi se généralisa sur les nombreux chantiers de travaux souterrains que lapproche de l'Exposition universelle de 1900 avait fait ouvrir.

Nous Tavons déjà dit, l'expérience fut un peu hâtive et précipitée. On aurait obtenu des résultats plus complets si, au lieu de fonctionner presque simultanément, les diflFérenls engins avaient été mis en service à des intervalles de temps assez éloignés pour que les insuccès desun& fussent profitables^ aux autres.

Néanmoins, du rapprochement et de la comparaison des ai*matures et des chantiers, plusieurs conséquences se dégagent : dans cette deuxième partie de notre étude nous nous sommes efforcé de les metti^e en lumière et d'en tirer les enseignements qu'elles comportent.

Conduaioa. — Quelle sera la conclusion finale? En quelques lignes elle se p«ut résumer.

D?abord,. remploi d'un bouclier reste la meilleure solution, sinon la seule, toutes les fois qu'il s'agit de terrains exceptionnels où la question d'économie n'est que secondaire; avec des di^ositifs convenables il assure une sécurité absolue, et pour les agents, et pour l'ouvrage ; c'est une qualité précieuse* à laquelle on ne saurait renoncer, quand bieni même on devrait l'acheter au prix d'un supplément de dépense.

Pour la construction des égouts circulaires ou elliptiques, même

en très bon terrain, une armature métallique fonctionnant à pleine section est d'autant plus avantageuse que la longueur de l'ouvrage est plus grande ; outre qu'on réalise l'économie des boisages et blindages, par l'établissement simultané de tout le revêtement en maçonnerie ou en béton, on supprime les pertes de temps, les dépenses, les aléas qu'entraînent les reprises en sous- (puvre. Les armatures à demi-section sont sous ce rapport moins recommandables, mais elles sont plus légères, plus maniables et beaucoup moins coûteuses, c'est-à-dire qu'on les utilisera plutôt pour de faibles parcours.

Pour le percement des tunnels de chemins de fer, l'armature ne correspond qu'à la calotte. Il importe que ses différentes partics soient calculées de façon à donner le maximum de stabilité, que le mode d'appui se prête à une direction parfaite en plan et en profil. Sous la double condition d'être bien conçue et habilement dirigée, elle a plusieurs avantages : elle met à l'abri des éboulements et des accidents de toute nature, elle supprime les étalements dispendieux, elle permet de remplacer au front d'attaque la plupart des mineurs par de simples terrassiers, elle progresse vite. Mais par elle-même elle coûte cher, elle comporte une installation générale onéreuse, et elle exige un personnel de surveillance et de direction prudent et instruit.

L'hésitation entre lesanciennes et les nouvelles méthodes reste donc possible, surtout dans les villes. L'insuffisance du poids des terres sur l'extrados, la proximité de la chaussée, Tentraînement des couches traversées, font que le maintien de la circulation n'est pas aisé : il devient impossible dès que l'engin, mal équilibré, prend ce que nous avons appelé un mouvement de galop. En général, dans les travaux urbains on veut aller très vite, le bouclier, quelle que soit la rapidité de son fonctionnement, reste un procédé lent par le fait d'une attaque unique : nouvelle cause d'infériorité.

Quant au revêtement on peut dire que le métal a fait son temps : il ne sera plus guère utilisé, en France du moins, que pour les petits ouvrages. La maçonnerie moins coûteuse s'exécute avec facilité, son emploi se généralisera de plus en plus.

Que resle-t-il à faire? Beaucoup assurément.

Il faut empocher que la maçonnerie se fissure, soit par le frottement de la queue, soit parle retour àleur position d'équilibre des cintres ou descouchis comprimés par Teffort des presses.

Il faut éviter les mouvements et les tassements du sol, soit en trouvant moyen de boucher immédiatement les vides, soit en prévenant la formation.

Il faut perfectionner le mode d'appui, et de glissement, rendre la direction plus aisée et plus sûre, accroître le rendement.

Il faut, enfin, varier la nature du revêtement en poursuivant l'économie, la rapidité d'exécution et la résistance : le béton armé, n'a été que peu employéjusqu'ici, peut-être donnerait-il d'intéressants résultats; il diminuerait les dimensions de la fouille et par lui-môme serait peu onéreux. Pourquoi à ces deux avantages n'ajouterait-il pas celui de réaliser une butée des vérins parfaite, c'est-à-dire nullement préjudiciable à la solidité du revêtement lui-même?

Ainsi la méthode nouvelle n'a pas encore donné tout ce qu'on est endroit d'en attendre; un vaste champ de recherches reste ouvert: outil, machinerie, revêtement, butées, appui, sont à perfectionner

Mais si l'on songe qu'en quelques années seulement les progrès ont été considérables, il n'est pas téméraire de croire que l'ingéniosité des constructeurs réussira à triompher de ces multiples obstacles ; d'étape en étape, par une marche raisonnée, on arrivera à faire du bouclier un outil applicable à la plupart des terrains et doué de ces qualités précieuses : la souplesse, la sécurité, la rapidité et l'économie.

Nous serions heureux, quant à nous, et amplement récompensé, si par cet exposé impartial des faits, par cette relation fidèle des difficultés rencontrées, des déboires éprouvés, comme des succès remportés, nous pouvions contribuer, non pas à guider les recherches et à préparer la victoire, mais seulement à éviter que les bonnes volontés ne s'égarent dans des voies déjà démontrées dangereuses par la pratique.

TABLE DES MATIÈRES

Préface. . .

Introduction

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