Après que le Bouddha eut ainsi suffisamment instruit
tous les membres de sa famille, il quitta Kapilavastou pour visiter d’autres contrées.
2. Allant dans des solitudes habitées par des disciples fervents, dans les villages et les villes,
3. Et enseignant partout les principes et les pratiques d’une morale si pure, qu’on croit y sentir Y influence du christianisme.
4. Mais jetant aussi par la doctrine du Nirvâna , si vague et si dépouillée de toute forme ou personnalité, les germes de cet idéalisme matériel qui, travaillé plus tard parles écoles avec des raffinements inouïs, devait être plus funeste à la vérité que le naturalisme védique.
5. Après que Ç âkyamouni eut converti son père, le roi Çouddhôdana, et quitté sa famille, il eut le bonheur de gagner à sa doctrine plusieurs autres rois, dont les principaux sont : Bimbisâra , roi du Magadha, et Prasênadjit, roi du Kùçala septentrional.
6. Tous deux confessèrent publiquement la doctrine du Mahàmouni, et Bimbisvra offrit au Maître une hospitalité large et généreuse en mettant à sa disposition, près de sa capitale, Ràdjagriha, une vaste maison entourée de jardins.
7. Et quoique le Bouddha ne s’attachât à aucune chose, pas plus que la goutte d’eau ne s’attache à la feuille du lotus, cependant il aimait à séjourner dans ce vihàra pendant la saison pluvieuse.
8. Ce fut là qu’il mûrit, pour l’intelligence de sa loi, le savant Brahmane, Çâripoutra, qui fut ensuite un des fondateurs de la métaphysique du bouddhisme.
9. La mère de Çâripoutra, avant de le mettre au monde , avait, disait-on, vu en songe son fils revêtu d’une cuirasse et tenant à la main un pilon de diamant avec lequel il détruisait toutes les montagnes, à l’exception d’une seule devant laquelle il s’humilia.
10. Cette montagne devait être le Bouddha, qui avait alors près de 50 ans et ne vivait que d'aumônes qu’il allait recueillir lui-même.
1 1 . Quand il eut atteint sa 55e année, il alla prêcher la loi, tantôt à Sdkêta qui est fantique Ayodhya , tantôt à Çrùvasti
la capitale du Koçala , qui était placée à peu près là où est aujourd’hui la ville de Firzabad.
12. Assis dans la salle du vihâra, ou dans le jardin, sur son siège de lotus, le dos appuyé contre l’arbre de l’intelligence ( bôdhi ), et la face vers l’orient, il présidait l’Assemblée et la constituait par la hiérarchie, afin qu’après lui, elle put tenir tète aux attaques de l’ennemi comme une armée bien ordonnée.
13. Pour les bhikchous ou çramanas il établissait un noviciat, dont on ne devait sortir qu’à l’âge de 20 ans révolus et après avoir fait vœu de vivre chastement et d’aumônes. Alors on recevrait la première consécration, appelée oupasampadâ.
14. Les bhikchous âgés, instruits et vertueux, formeraient l’ordre des sthaviras ou anciens, et ceux qui surpasseraient ces anciens en science et en vertu monteraient au rang des arhats ou saints.
lo. Celui qui posséderait une science éminente et une vertu hors ligne pourrait recevoir la dignité d ’ achat sans avoir besoin de justifier de la condition d’âge.
16. Enfin, il y aurait les anciens des anciens, dont le plus digne présiderait l’Assemblée ou Sangha et qui, à cause de cela, serait appelé Sanghasthavira.
17. Telle fut la hiérarchie qu’institua le Bouddha , et il lui donna la triple charge de la doctrine, de l’enseignement et de la discipline.
18. L’âme de cette discipline était la confession, et le Bouddha voulait qu’il en fût ainsi. En effet, il citait devant lui les fidèles coupables de fautes graves, il entendait leurs aveux en
‘ présence de l’Assemblée et les réconciliait ensuite avec leur conscience et avec la communauté qu’ils avaient scandalisée.
19. Puis, il achevait d’exposer sa doctrine en ne cessant d’insister sur la pratique et les mérites des vertus morales.
20. » Je suis venu, disait-il, pour satisfaire les ignorants avec la sagesse.
21. » Le trésor de la sagesse est l’aumône, la science et la conduite : voilà les mérites qui ne se dissipent plus.
22. » Faire un peu de bien vaut mieux que d’accomplir des œuvres difficiles.
23. » Si l’on voulait comprendre combien est grand le fruit des aumônes, on ne mangerait pas sa dernière bouchée de nourriture sans en avoir donné.
24. » La bienveillance est la première des vertus : elle est la mère du dévouement.
25. » L’homme parfait n’est rien, s’il ne se répand pas en bienfaits sur les créatures, s’il ne console pas ceux qui sont affligés.
26. » Ma doctrine est une doctrine de miséricorde •, c’est pourquoi les heureux du monde la trouvent difficile.
27. » Ils sont fiers de leur naissance et ne réfléchissent pas que les fruits d’un même arbre sont tous de même origine.
28. » 11 faut respecter l’ordre des choses établi, mais la voie du salut est ouverte à tout le monde ; la naissance ne condamne aucun être à l’ignorance et au malheur.
29. » Tout homme peut sortir du siècle, c’est-à-dire qu’il peut se faire religieux ou se convertir, et faire partie de la société des sages.
30. » Le brahmane qui veut fendre la terre comme le feu, estnéd’unematricedefemme toutcomme le tchàndàla (paria), le dernier des humains, auquel il ferme la voie du salut.
31. » Mais personne ne peut fermer cette voie, sinon Mâra, le démon du péché et delà mort.
32. » Fuyez-le, ou plutôt combaltez-le en poussant sans cesse le cri de guerre contre vos passions.
33. » Anéantissez vos passions, comme un éléphant renverse une hutte de roseaux.
34. » Celui-là se trompe qui croit pouvoir fuir ses passions en s’établissant dans l’asile des montagnes et des ermitages ; le meilleur refuge contre le mal (klêça), c’est la saine réalité.
35. » On peut tourner le dos aux excitations des sens et au plaisir, accomplir la loi et être un Religieux parfait, quoiqu’on vive dans le monde et qu’on soit paré d’ornements.
36. » Je suis venu pour ramener les créatures à la saine réalité, dont on les a entièrement détournées par de fausses
doctrines qui amèneront la redoutable époque de la fin des teinns. »
37. Tels étaient les discours du Bouddha qu’il amplifiait volontiers parde longues prédications.
38. Et dans cette occupation, il atteignitle terme de sa vie.
39. Quand il le sentit approcher, il quitta, quoique fort malade, la ville de Valçali au nord du Gange, sur la Gandaki, si célèbre par les divers séjours du Bouddha , et aussi par son importance politique comme ville indépendante.
40. Et suivi de beaucoup de ses disciples , parmi lesquels était son bien-aimé Ananda, il alla plus au nord, dans les montagnes, et arriva près de la ville de Kouçinagarî , la capitale du peuple des M allas.
41. Ce peuple le reçut avec un empressement qui témoignait de la profonde vénération qu’il avait pour cet homme extraordinaire.
42. Bientôt après son arrivée au pied del’ Himâlaya, le roi de la loi entra dans le Nirvâna, c’est-à-dire, qu’il s’éteignit. Il avait alors 79 ans ; de sorte que cet événement arriva 543 ans avant Jésus-Christ.
43. A la nouvelle de la mort du Maître, Kâçyapa accourut de Râdjogriha pour présider aux funérailles qu’on fit sept jours après le trépas.
44. Elles furent solennisées avec une pompe digne d’un roi Tchakravartin .
45. On appelle de ce titre le monarque qui a réuni sous son sceptre la totalité de l’Inde.
46. Or, le sceptre spirituel du Bouddha s’étendait, ou devait s’étendre dans un avenir prochain, sur toute la terre indienne; Çàkyamouni était d’ailleurs de race royale.
47. On brûla son corps devant la porte orientale de la ville de Kouçinagarî ; puis recueillant ses cendres dans un cylindre d’or, on les mit dans un monument appelé tchâitya, espèce de reliquaire monumental, dont la forme ordinaire est celle d’une coupole ou d’une cloche et qui, à cause de cela, prend aussi le nom de sloûpa.
48. Ensuite il y eut des fêtes pendant sept jours en l’honneur du bienheureux Talhâgala Çàkyamouni , complètement et parfaitement Bouddha : Samyaksambouddha.