CHAPITRE Ier
Réfutation de quelques opinions du Journal des savants au sujet du bouddhisme. — Caractère principal de l’œuvre du Bouddha. — Pourquoi s’établit dans le bouddhisme le culte des reliques, c’est-à-dire du corps. — Comment le brahmanisme lui est ici supérieur.
1 . Un auteur du Journal des savants a condamné l’œuvre du Bouddha, parce « qu’elle repose, dit-il, sur une seule idée » qui n’est ni la plus juste, ni la plus haute, celle du salut » éternel. «
2. Une morale qui repose sur celte base, dit-il encore, « est » étroite et intéressée, » parce que le désir exclusif du salut éternel est lui-même la plus égoïste des « convoitises. »
3. Etrange langage que celui-là et qui pour un chrétien est tout à fait incompréhensible. Quoi? parce que je me préoccupe constamment et uniquement du bonheur de mon éternité, je me « trouve jeté sur la voie du calcul et de l’intérêt? »
4. Mais qu’est-ce donc que le désir du salut éternel, sinon l’amour de Dieu, sinon l’effort incessant de posséder autant que possible la plénitude du vrai, du bien et du beau?
5. Et cette pensée pourrait devenir « dangereuse autant » qu’elle est fausse? » elle pourrait faire «■ du mal à la société » et corrompre l’âme de l’individu, les saiuls ne seraient pas » des citoyens utiles à la société? »
6. Mais alors dites-moi quel est votre Dieu? Ce ne peut être celui qui a dit : Quærite ergo primum regnum Dei, etjustitiam ejus. »
7. Votre dieu serait-il par hasard votre Raison, cette raison qui a fait à son image la raison pure? En effet, vous dites : « L’homme ne peut comprendre Dieu qu’à l’aide de lui-même » et du monde. »
8. Nous autres, qui sommes simplement chrétiens, nous disons : « L’homme ne peut comprendre Dieu qu’à l’aide de » Dieu et de lui-même. »
9. Cela change la science philosophique du tout au tout. Mais tel que vous l’entendez, vous n’avez pas tort : votre salut est une chose mauvaise et détestable, il faut en restreindre la pensée « dans de justes bornes, elle gâte toutes les actions » de l’homme.»
10. Du reste, il est aussi peu exact de dire que l’œuvre du Bouddha repose sur l’idée du salut éternel, qu’il est injuste de lui dénier « l’idée du bien et celle du devoir.»
1 1 . Si elle reposait vraiment sur l’idée du salut éternel, on pourrait soutenir avec un auteur anonyme que Dieu « s’est » incarné dans le corps de cet homme de race royale qui se » nomme Çâltyatnouni : 'O Oeoç èvcwp.ato^ y.aTwy.YjGaTO dç to cw’j.x uîoj tivoç àvôpÛTOu füaaiXiXGu 2ay.tap.cuv'..
12. N’allons pas si loin; il n’y a eu qu’une seule incarnation de Dieu, et il ne saurait y en avoir d’autre. Mais cette incarnation a été promise dès le commencement du monde, lorsque Dieuannonça que lamêre du genrehumain écraserait latête du serpent; cette promesse, sans doute beaucoup plus explicite, fut renouvelée plus explicitement encore aux patriarches, et spécialement à Abraham et au peuple choisi de Dieu, au milieu duquel devait naître cet homme, Incarnation de Dieu.
13. Mais cette promesse, avec la tradition patriarcale, avec le Pentateuque, avec les tribus d’Israël dispersées, se répandit dans tout l’univers.
14. De là les incarnations qui se retrouvent à peu près dans les traditions etla religion de tousles peuples.