CHAPITRE VH
La ctynastie des Tourouchkas. — Elle professe je sabéisme , le çivaïsme et le bouddhisme. — Kanklika seul devient entièrement bouddhiste. — C'est
sous lui qu’a lieu la 4mo Assemblée gén '<iraje (jC bou ddhisme dégénère
au point de recevoir parmi ses livres cît JOuiques , les Tarda is , livres de magie. — Canon des Ecritures sacrées bouddhisme.
1. Cependant le règne des Youë-chi dans l’Inde sübit, après la mort de haclphises, qu\ arriva au commencement de noire
TRADITIONS PRIMITIVES
ère , un affaiblissement assez prononcé, et dont profitèrent quelques princes indigènes, tel qu 'Amoghabhouti.
2. 11 réussit à établir un état indépendant à l’est du Pendjab et tout à l’avantage du bouddhisme qu’il professait luimême.
3. En effet, le bouddhisme, quoique évincé de sa terre natale, le Magadha, continuait d’exercer son empire dans les autres parties de l’Inde.
4. C’est que, bienfaisant par sa morale et par la pratique de toutes les vertus humaines, il apprenait de plus en plus à cultiver par goût cette métaphysique et ce merveilleux qu’il s’était donné par nécessité, et ainsi il réussit auprès des populations de l’ouest et du midi de l’Inde, qui étaient plus mêlées que celles de l’Inde centrale, à donner satisfaction aux besoins les plus impérieux de l’homme, à occuper la pensée elà contenter la croyance au surnaturel.
3. Quant au réveil de la nationalité hindoue, il ne fut pas de longue durée. Les Youë-chi ou lndo-Scythes reprirent le cours de leurs conquêtes, interrompu pendant quelques années, et leur puissance sur le sol indien comme en deçà de l’indus atteignit rapidement son apogée sous les rois delà dynastie Touroûchka.
6. Ces princes, au nombre de trois s’appellent Houchka, Djouchka et Kanichka, et ils furent tous favorables au bouddhisme.
7. Cependant ils le furent à des degrés divers. Les deux premiers ne se montrèrent pas tellement amis du bouddhisme qu’ils ne donnassent aussi la main à la religion de Zoroastree t au culte de Çiva, qu’ils avaient appris à connaître, celle-là dans la Bactriane, celui-ci au Kaehmîr et dans lespays de l’indus.
8. Kanichka seul fut enfin exclusivement bouddhiste, et il fut en même temps celui qui étendit la domination des Indo- Scylhes sur la presque totalité de la terre indienne.
9. La splendeur de son règne égala celle du règne de Dharmâçoka e t l’éclat de l’époque de Vikramdditya. C’est sous lui qu’eut lieu la 4e et, on peut dire, la dernière Assemblée générale du Bouddhisme.
10. Ce synode eut lieu au Kachmîr, pays qui avec le Gandhdra (en deçà du Pendjab) était alors le siège principal du bouddhisme. L’Assemblée se réunit dans le monastère de Djàlandhara, souslaprésidence du sanghasthavira Vasoumitra, dans la première moitié du 1er siècle de notre ère, et il était composé de plus de 1,000 arhats.
11. L’occasion de cette assemblée fut comme toujours un schisme, et qui cette fois provenait de ce qu’un religieux du Kachmîr avait voulu introduire dans le bouddhisme trop de ces formules magiques qu’on nomme dhdranîs.
12. Ces formules, qui sont aujourd’hui de l’essence du bouddhisme, partout, si ce n’est à Ceylan, étaient alors encore une nouveauté, et nous n’avons à nous en occuper que dans le livre suivant.
13. Cependant, quelque nouvelles qu’elles fussent, l’Assemblée se vit contrainte de les recevoir en principe, parce que le bouddhisme s’était depuis longtemps placé sur la pente qui aboutit aux pratiques les plus superstitieuses et les plus extravagantes.
14. Ainsi, parmi les livres qui contiennent ces formules magiques et ces diagrammes mystiques ou mandatas, et qu’on appelle Tantras, elle en choisit deux et les plaça au nombre des livres canoniques, à savoir : 1° le Souvarna prabhâsa, ou l’éclat de l’or, et 2° le Tathâgata Gouhgaka ; Gouhyaka est un nom du dieu de la richesse.
lo. C’est de cette manière commode qu’elle apaisa le schisme; puis, s’occupant des autres Écritures sacrées pour en fixer le canon, elle les augmenta toutes, on dirait sans choix et sans discernement, et elle reçut au nombre des neuf Dhannas, ou livres fondamentaux de la loi, outre les deux qu’on vient de citer, les sept suivants :
16. 3° La Pradjnâpâramitâ ou la perfection de la sagesse, qui contient la métaphysique; 4° Le Saddharma Langkâvatâra ou la bonne loi révélée à l’île de Ceylan; l’instruction de la doctrine que donne ce livre a en partie le caractère de la controverse. — oüLe Saddharma poundarîka ouïe Lotus de la bonne loi, qui expose les trois moyens appelés triyâna (trois chars ou véhicules), que le Bouddha emploie suivant
traditions primitives.
la capacité de l’être qu’il instruit pour le délivrer de la transmigration. — 6° Le Lalita vislara ou le développement des jeux, qui est l’histoire légendaire de la vie de Çâkya. — 7° Le Gandavyoûha qui est de la classe des soûtras amplifiés, appelés mahûyûnasoûtras, et qui, par conséquent, contient beaucoup d’autres choses que la parole authentique du Bouddha; celui-ci est rempli de prédictions que Çâkya aurait faites à ses disciples. — 8° Le Daçabhoûmiçvdra qui est aussi un soûtra amplifié et fait connaître les dix degrés de perfection que franchit celui qui devient bouddha. — 9“ Enfin, le Samâdhirââja ou le roi des méditations, qui traite des diverses espèces de contemplation, et en donne une liste de noms interminable.
17. Quelle preuve plus flagrante de la dégénérescence, ou pour mieux dire de la dégénération de la doctrine du Bouddha, quel’énuméraliondeceslivresreçuscomme canoniques. Aussi tous les bouddhistes, surtout ceux du sud, n’ont pas adopté ce canon, parce qu’ils ne reconnaissent pas aux tantras le caractère authentique de la parole du Bouddha.
18. Au reste, il n’est pas facile de démêler dans aucun de ces ouvrages le texte des livres primitifs compris sous le nom de tripitaka , et qui sont, comme il a été dit, les soufras, le vinaya clYabhidharma . ils y sont enfouis et confondus dans 1rs développements sans fin de la métaphysique, de la légende et du mysticisme.
19. C’est aussi dans ces trois choses que s’enfonce de plus en plus le bouddhisme tout entier. A mesure qu’il s’est éloigné du pays qui l’a vu naître, il s’est aussi éloigné delà pure doctrine du maître; il pratique encore, il est vrai, les œuvres de la vertu morale et les devoirs qu’impose la discipline, grâce à son excellente constitution hiérarchique, mais sa vie intime n’y est plus.
20. Ses aspirations le portent irrésistiblement vers la spéculation, la légende, le mysticisme et le quiétisme. C’est donc cela qu’il nous faut exposer maintenant, et ce sera le sujet du livre troisième.