CHAPITRE I
L’Inde secoue le joug des Indo-Scytbes. — Le Kacbmîr est le premier pays qui recouvre son indépendance nationale. — Çâlivâhana achève l’œuvre commencée et force les Indo-Scytlies de repasser l’Indus. — La civilisation bouddhique à Ceylan.
1 . Le grand protecteur du bouddhisme, le roi Kanichka, mourut 44 ans après notre ère dans la capitale qu’il s’était bâtie, à l’ouest de l’indus, sur la grande route que suivaient de toute antiquité les caravanes qui se rendaient de l’Irân dans l’Inde et de l’Inde dans l’Iràn.
2. Cette ville , qui posséda pendant plus de quatre siècles une école bouddhique aussi célèbre que florissante, et dont la fondation était due à la pieuse munificence de Kanichka, s’appelait Pourouchapoura, la ville des hommes ou des héros, et aujourd’hui elle porte le nom de Pêchâwer.
3. Après Kanichka la gloire et la puissance de l’empire indo-scythe commencèrent à décliner, car le règne de son successeur Balan fut de trop courte durée pour opérer de grandes choses, et à sa mort il y eut sur divers points de l’Inde dos tentatives efficaces pour secouer le joug de l’étranger.
4 Le pays qui retourna le premier à son indépendance nationale fut le Kachmïr , et le roi qui le dirigea dans cette entreprise se nomme Abhimanyou. Il mourut en l’an 65 de notre ère.
TRADITIONS PRIMITIVES
o. Le Kachmîr était un des plus beaux fleurons de la couronne indo-scylhe, et à peine le successeur de Baïan , le roi On, l’eut-il perdu qu’il eut à se défendre, à l’ouest et au midi de l’indus contre les Parthes, et à l’est contre les soulèvements des populations indigènes, dont les rois ne nous sont guère connus que de nom. et encore ces noms sont-ils loin d’être au complet.
6. Le résultat de tous ces mouvements fut qu’à la mort du roi On , vers l’an 00 de Jésus-Christ, l’empire des Indo- Scythes, si vaste il y avait quinze ans à peine, se trouva réduit, quant à l’Inde, à quelques pays de la zone de l'Indus et à la presqu’île de Gouzerat.
7. La mort de ce roi fut le signal d’autres soulèvements. Un homme se trouva dans le nord-ouest du Dekhan qui entreprit de rétablir entièrement I indépendance nationale, et cet homme fut Çâlivâhana, fils d’un brahmane.
8. Il livra aux étrangers une grande bataille au delà du Setledj, dans l’année 78 de J.-C.. près l’antique ville de Moultan , si célèbre par son sanctuaire dédié à Aditya, le soleil, et les battit de manière que dès ce moment leur autorité dans l’Inde périclita tellement qu’ils repassèrent bientôt l’Indus et enfin 1 Hindoukoh.
9. Ils laissèrent toutefois beaucoup des leurs sur le sol de l’Inde centrale, et surtout dans le Pendjab, ainsi que de ce côté de 1 Indus, et ce sont les descendants de ces Scythes ou plutôt Tibétains qui ont donné naissance à la nation des Sikhs ou Disciples, nom qui ne date cependant que du 16e siècle et qu’ils prirent en vénération de Nanak, l'instituteur de leur religion.
10. Le règne des Indo-Scvthes avait duré un peu plus de 200 ans. et plus tard, au commencement du oe siècle, ils essayèrent de le rétablir.
1 1 . Cependant Çâlivâhana , après avoir refoulé les Indo- Scvthes au nord, tourna ses armes contre les royaumes brahmaniques du Dekhan , car il paraît qu’il fut bouddhiste.
;2. C'est dans une de ces expéditions, dans celle qu’il fit contre un roi de la côte de Coromandel, qu’il perdit la vie.
1 3. Au reste, on sait peu de choses certaines de ce roi. Il
arriva de lui comme de Vikramâditya : l’éclat de ses victoires obscurcit l’histoire de sa vie, et nous nous abstenons de rapporter dans ce travail tout ce qui empiète sur le domaine de la fable.
14. Nous présumons qu’il fut bouddhiste, parce qu’il fit la guerre à ces rois de Tchôla , à l’autre extrémité du Dekhan , qui, à plusieurs reprises, s’étaient montrés fort hostiles au bouddhisme en bouleversant l’ile de Cevlan, où, depuis le roi Dêvânàmpriya , le premier prince bouddhiste, la doctrine de Çâkya n’avait cessé d’être en honneur.
15. Le petit fils de ce disciple de Mahèndra , le roi Douchtagâmani. avait réussi, vers 1 (5 1 avant J. -G., à établir « la » bonne loi » dans l’île entière, mais après sa mort qui arriva en 137 av. notre ère, et sous ses successeurs, les brahmanes étaient parvenus à rompre l’unité politique et religieuse du pays.
16. Ce ne fut qu’en 41 av. J.-C. que le roi Kâlakanatichya pùt rétablir le culte bouddhique dans toute sa plénitude, et cette prospérité religieuse ne fut dès lors plus troublée jusqu’à l’an 30 de notre ère, où l’ambition du frère du roi Amandagâmani amena l’intervention du roi de Tchôla dans les affaires de l’île.
17. La plupart des rois du Dekhan, ceux de Tchôla , de Pàndimandala (Madhourâ), de Malabar , de Karnâta et de Kônkana , qui paraissent avoir été des descendants des anciens conquérants brâhmaniques de ces parties de l’Inde , étaient adonnés soit au culte de Vichnou , soit à celui de Çica.
18. D’autres ne professaient ni le brahmanisme, ni le bouddhisme. Appartenant à la population primitive de la presqu’île qui, en tamoul, se nomme Paraêya, d’où est venu le mot Paria, et qui paraît s’être perpétuée sans mélange dans le peuple des Nâyas qui habite les montagnes entre le Gange etleBrahmapoutreetaudelà, dans l’Assam, je dis, d’autres rois du Dekhan vivaient dans une religion qui empruntait ses éléments au culte indigène aussi bien qu’à ceux des brahmanes et des bouddhistes. Telle était, par exemple, la dynastie Andhra, qui régnait dans le Têlingana , au centre du pays.
19 Ceux qui suivaient les crovances des Aryas se plaisaient
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à protéger toutes les sciences, et c’est grâce à eux que les langues et les littératures Lamiles et télingas se développèrent d’une manière fort remarquable.
20. Parmi les promoteurs principaux de ce mouvement intellectuel qui produisit des œuvres grammaticales, historiques et poétiques, dignes de toute attention, il faut citer le roi Vançaçêkhara, qui fonda dans sa capitale de Madhourâ cette école ou plutôt cette académie tamile, qui était composée de 48 membres et qui eut une grande célébrité.
21 . On place le règne de ce roi au commencement du 3e siècle de notre ère , et son fils et successeur Tchampaka marcha sur ses traces. Aussi, en voyant cette culture intelligente des choses de l’esprit, ne peut-on plus s’étonner que les peuples du midi de la péninsule se soient montrés fort longtemps peu enclins à se courber sous le joug théocratique des brahmanes et qu’ils aient opposé aux entreprises de ces politiques des maximes comme celles-ci, par exemple : « Il » n’est qu’une naissance ^ il n’est qu’un trépas. »
22. Mais c’est à Ceylan particulièrement que la littérature et les arts lurent cultivés avec le plus grand succès.
23. C’est dans cette île que la langue pâlie, ce second sanscrit, atteignit tout son développement pour devenir ensuite, depuis 410 de notre ère, et en empruntant divers alphabets , le véhicule de la civilisation religieuse singhalaise dans toute la presqu’île au delà du Gange.
24. C’est à Ceylan que s’élevèrent des monuments comme le Lohaprâsâda, château sacerdotal, construit et orné d’une manière aussi magnifique que solide, et qui avec sa hauteur de 223 pieds reposait sur 1600 colonnes de pierre.
23. Par suite des bienfaits des premiers rois bouddhistes envers le Sangha ou corps des religieux, les prêtres de la religion bouddhique acquirent à Ceylan tant de biens, et par là tant de puissance, qu’il devint dangereux à ceux qui voulaient parvenir au trône de vouloir se passer de leur appui, ou de ne pas compter avec eux une fois qu’ils y étaient parvenus.
26. Il ne faut pas s’y méprendre : ce qui fait la durée des fausses religions, ce ne sont pas les bonnes qualités qu’elles
ont ou qu’elles peuvent avoir, mais bien leurs mauvaises-, c’est par celles-ci qu’elles s’assurent le vieil homme et que le vieil homme devient un peuple vieux en vices et en superstitions.
27. L’antiquité a vécu 4,000 ans sur ce fonds-là, et elle se continue ainsi dans tous les hommes qui ne sont pas chrétiens : Qui habel dures audiendi , audiat.