Cette seconde défaite était d’autant plus grave qu’elle
révéla aux Musulmans la faiblesse des rois de l’Inde centrale, qu’aucune grande dynastie ne protégeait pour le moment. Sur la demande d ë Djayapâla, ils n’avaient pas hésité à lui accorder le secours de leurs armées, qu’ils commandèrent eux-mêmes.
3. Sèbuktékin n’eut pas le temps de mettre à profit l’expérience qu’il venait de faire du peu d’importance militaire des alliés du roi de Kaboul et qui étaient les radjas du Canoge, d’Adjmir et de Kallindjer ; il mourut peu après cette seconde victoire, et d’ailleurs il avait assez de modération pour ne pas poursuivre atout prix la propagation de l’Islam.
4. 11 laissa même les peuples du Kaboul dans la tranquille possession de leurs croyances bouddhiques ou brahmaniques; mais il en fut tout autrement de son fils et successeur, le terrible Mahmoud.
5. Aussitôt qu’il se fut affermi dans la possession de sa principauté, il courut, enflammé pour la guerre sainte, dans le Kaboul, au devant de Djayapâla qui avait traversé l’Indus pour la troisième fois, le battit près de la ville de Pêchâwer, et le fit prisonnier, l’an 1001.
6. Et sans perdre du temps, il occupa le Kaboul entier, malgré la résistance des habitants, qui fut vive surtout dans les montagnes du Nord; puis il franchit l’indus. Ce passage mémorable tomba dans l’année 1005 de J.-C.
7. Dès ce moment l’Inde fut perdue pour ses habitants et appartint à l’étranger qui ne l’a plus lâchée depuis. Mahmoud emporta successivement le Pendjab, le Moultan, et, chassant devant lui le successeur de Djayapâla, le roi Anandapâla et ses alliés, plusieurs des radjas de l’Inde centrale, il pénétra, en 1008, jusqu’aux premiers contreforts de l’Himâlaya, où il prit et détruisit la ville et le temple de Nagrakotla; puis, l’année suivante, il envahit le pays cVAdjmir, dans le Râdjasthan.
8. Il y eut là pendant plusieurs années, des combats terribles et des résistances héroïques jusque sur les ruines des temples et des villes, car les Radjepouls étaient alors, comme aujourd’hui, plus guerriers que les autres Hindous. Mais Mahmoud, poussé par les paroles du Prophète : « Combattez » les infidèles jusqu’à ce que la religion de Dieu règne seule
TRADITIONS PRIMITIVES
» sur la terre, » Mahmoud brisa tout, puis passa outre pour franchir la Djamounâ.
9. Ce passage, qui arriva en l’an 1015, n’est pas une date moins fatale pour l’Inde que celle de 1005, qui marqua le passage de l’Indus. Car en franchissant la Djamounâ, le Glaive de la religion ( Se'if-Eddaulah ), comme le souverain de Bukhara avait surnommé Mahmoud, porta la servitude étrangère dans l’Inde centrale, la terre classique des Aryas.
10. Là, dans le champ même de la mémorable bataille des Kaûravas et des Pandavas, nommé le Kouroukchétra, il s’empara du lieu de pèlerinage le plus célèbre de l’Inde, et qui était la ville dédiée au seigneur du lieu, Sthânêçvara (Vichnou), d’où le nom contracté de Tanesser.
I ï. La statue du Dieu, trophée précieux pour l’émir vainqueur que le khalife de Bagdad avait orné du titre de Bras droit de l’empire des cvo\an[$( Yemin-Eddaulah),\n'\l, comme tant d autres, le chemin de la ville de Gazna.
12. Le malheureux Anandapâla ne survécut pas longtemps à une telle calamité, et son successeur Trilôtchanapdla fil ce qu'il put pour relever la fortune de l’Inde, mais en vain.
13. D’abord, il est vrai, lorsque Mahmoud, qui était rentré dans son gouvernement, se présenta de nouveau sur le sol de l’Inde, l’an 1018, et qu’il marcha sur le Gange avec une armée que la renommée de ses victoires avait considérablement grossie, Trilôtchanapdla, qui sans doute ne s’élait pas attendu à un retour aussi prompt, s’enfuit chez le roi de Màlva.
14. Il en arriva que tout le pays fut à la disposition de l’émir, et que son glaive fil une ample moisson, soit pour la mort, soit pour l’Islam.
to. A voir la facilité avec laquelle les Hindous adoptèrent la loi du Prophète, on ne peut douter que ces conquêtes spirituelles ne s’étendissent principalement sur les Hindous bouddhistes : ils étaient une société religieuse sans lien dogmatique et parlant sans unité; leur conversion ne put résister à la double sommation du glaive et de l’intérêt, de la mort et du tribut.