PREMIER CONCILE
Makâvamça, cliap. ui, pag. 41, édit. Turnour.
« Le vainqueur, cinq fois victorieux du péché, le vainqueur doué des cinq perceptions, ayant accompli absolument tout ce qu’il avait à faire en ce monde, dans la ville de Ivousinàrâ, entre deux arbres Salas réunis, le jour de la pleine lune du mois vésàkha, celte lampe du monde s’éteignit. Sur-le-champ, des religieux mendiants en nombre immense, des kshatlriyas, des brahmanes, des vaiçyas, des soudras et des dieux s’assemblèrent. Les Bhikshous étaient au nombre de sept cent mille, et l’arhat Mahâkâçyapa était le chef de l’assemblée des arhats.
« Ayant accompli les cérémonies requises sur le corps et les reliques, et désireux de propager la grande doctrine, le grand achat, sept jours après que le maître du monde, doué des dix forces, fut entré dans le Nirvana, se rappela que le prêtre Soubhadda, selon ce qu’avait dit
LES TROIS CONCILES
le Bouddha, n’avait pas été régulièrement ordonné; il se rappela aussi que le don des robes qu’il avait reçues du Bouddha le plaçait lui-même sur le pied d’une égalité parfaite, et que le sageMouni avait donné ses instructions pour la propagation de la bonne Loi. En conséquence, ce disciple accompli du Bouddha convoqua, pour former l’Assemblée de la bonne Loi, cinq cents Bhikshous, possédant tous les neuf parties de l’enseignement, çramanas complètement domptés , complètement maîtres d’euxmêmes, d’une grande célébrité, bien choisis. 11 n’en manquait parmi eux qu’un seul, et c’était l’arhat Ànanda. Blais ensuite Ananda ayant été admis lui-même par les autres Bhikshous, les çramanas formèrent l’assemblée, qui n’aurait pu avoir lieu sans lui.
« Après avoir durant sept jours accompli les funérailles, et durant sept jours honoré les reliques, ces sages, qui avaient compassion de l’univers entier, jugèrent que le moment était venu : « Quand nous aurons passé, se « dirent-ils, le temps du varsha à Râdjagriha, faisons « l’Assemblée de la Loi dans ce lieu, et, quand nous y « serons réunis, que personne autre que nous ne puisse « s’y présenter. »
« Alors ces religieux mendiants, consolant les afflictions, parcoururent le populeux Djamboudvîpa, en le traversant en tous sens ; et dans le mois d’asâla, pendant la croissance de la lune, qui était la saison la meilleure, ils se réunirent à Râdjagriha, cité qui présentait les conditions les plus favorables. Là ces religieux, le grand Kâçyapa et les autres, voulant faire leur varsha, fermes dans leur projet, connaissant à fond la doctrine du Bouddha, passèrent le premier mois du varsha; et ils s’adres-
APPENDICE
sèrent à Adjâtaçatrou, demandant au maître de la terre de faire faire les réparations nécessaires aux vihàras : « C’est ici que nous voulons faire l’Assemblée de la Loi. « — Que vous faut-il? dit le monarque. — Que le roi « nous fasse, dirent-ils, une salle de réunion. » — Et quand ils eurent indiqué le lieu, le roi leur fit construire une salle charmante et semblable au temple des dieux, près de la montagne Vôbhara, à l’entrée de la grotte Saltapanni. Quand la salle fut achevée, le roi y fit placer de superbes tapis, en nombre égal à celui des religieux. Afin que le grand arhat, le président placé au nord eût le visage tourné au midi, c’est au nord qu’on fit mettre le siège qu'il devait occuper. Au milieu de cette salle, et tourné à l’est, on plaça le siège de la Loi, la tribune de la prédication, digne d’être occupé par le Sougâta luimême.
« Le roi dit alors aux religieux : « Notre œuvre est faite. » Les religieux s’adressèrent ensuite à l’arhat Ananda, qui était encore sous l’empire des passions, et ils lui dirent : « Ananda, demain a lieu la réunion ; tu ne peux pas t’y « rendre dans la disposition où tu es; il faut t’exercer « sans relâche, et devenir ainsi tout ce que tu dois être.» L’arhat, ainsi averti, fit un effort héroïque qui le purifia, et il atteignit complètement la condition d’un arhat.
« Dès le second jour du second mois du varsha, les religieux purent tenir leurs réunions dans cette salle splendide.
« Réservant à l’arhat Ananda le siège qui avait été préparé pour lui, les religieux s'assirent chacun sur leurs sièges par rang d’ancienneté. Pendant que quelques-uns d’entre eux s’enqucj aient : Où est Ananda? afin qu’il
LES TROIS CONCILES
put manifester sa purification, Ananda, sortant de la terre et arrivant par la voie des cieux, vint se placer sui le siège qui lui avait été spécialement destiné.
« Tous ces religieux, les fermes soutiens de la foi, confièrent à l’arhat Oupâli le soin d’expliquer le vinaya, et l’explication du reste de la Loi fut confiée à Ananda. Le grand arhat, le président, se réserva pour lui-même de faire les questions sur le vinaya, et l’arhat Oupâli fut chargé de faire les réponses. Celui qui était placé sur le siège de l’arhat lui faisait les interrogations concernant le vinaya, et lui, placé dans la tribune de la prédication, donnait toutes les explications demandées. Quand les différentes voies du vinaya avaient été ainsi développées, tous les autres religieux, répétant en chœur le vinaya, acquéraient la science qui apprend à se conduire.
« Le grand arhat, le président, se chargea d’interroger sur la Loi, sur le Dharma, celui qui parmi les nombreux auditeurs du Bouddha avait été le dépositaire des trésors du magnanime; et Ananda, comme Oupâli, remplissant le siège de la Loi, expliqua la Loi tout entière sans la moindre omission. Le Mouni du Vidéha ayant donné toutes ces explications, tous les religieux, répétant en chœur le Dharma, acquirent la science du Dharma.
« Celte assemblée de la Loi, tenue par ces bienfaiteurs du monde entier en faveur du monde entier, dura sept mois, et, grâce au grand arhat Kâçyapa, la doctrine du Sougala fut établie et consolidée pour cinq mille ans. Dans l’excès de la joie, lorsque cette assemblée finit, la terre immense se souleva du fond des abîmes de la mer et se balança six fois.
« Comme toutes ces merveilles avaient été accomplies
APPENDICE
dans le monde par ces maîtres de la Loi, cette première réunion uniquement composée d’arhats, fut appelée la réunion d’arhats. Après avoir fait cette première assemblée, et après bien d’autres bienfaits en faveur du monde, tous ces arhats, lorsqu’ils eurent rempli leur existence, entrèrent dans le Nirvana. Les sages arhats, en dissipant les ténèbres, devinrent les flambeaux du monde ; et ces admirables flambeaux périrent par la mort, éteints comme dans une grande tempête. Cet exemple prouve au sage que cette vie n’est rien.
« C’est la troisième section, appelée la Première Assemblée de la Loi, dans le Mahâvamça, composé pour faire la joie ou la douleur des gens vertueux. »