TROISIÈME CONCILE
Maliâvamça, cbap. v, pag. 41, édit. Iurnoor.
Le Mahàvamea rappelle d'abord fort longuement quelques-uns des faits principaux du rè.ne d Açoka. petit-fils de Tchandragoupla le Sandracottus des Grecs : puis ensuite il raconte la conversion de ce roi, qui, après avoir embrassé le Bouddhisme, prit le surnom de Dhanuâçoka. c'est-à-dire Açoka, Protecteur de la foi. Enfin, arrivant au troisième concile, convoqué pour étouffer de nombreuses hérésies, le Mahâvamça continue :
« Le maître de la terre, ayant envoyé deux messagers pendant sept jours, fit convoquer tous les Bhikshous de son royaume. Le septième jour, s'étant rendu au temple magnifique qu’il avait fait construire, il réunit l'Assemblée des Bhikshous, en les y faisant tous entrer. Avec larhat Tissa, fils de Moggali, le roi. appelant un à un les prêtres hérétiques au milieu de l'Assemblée : « Qu'a « dit le Sougata? » leur demandait le roi. Chacun d'eux répondit, selon sa foi particulière, à la question du maître de la terre , que le Sougata était de la doctrine Sassala et des autres. Mais le roi les lit tous exclure de la communauté. et ceux qui furent ainsi exclus étaient au nombre de soixante mille. Buis, s’adressant aux prêtres orlho- « doxes : Qu'a dit le Sougata? » leur demanda-t-il. — Il « a dit les préceptes de la vérité démontrée. » — A celte réponse des Bhikshous, le maître de la terre demanda encore : « Le Soug iialui-mèmc était-il de celte doctrine? »
LES TROIS CONCILES
— L’arhat Tissa répondit : « Sans doute. » — Alors le roi se réjouit de cette réponse : « Si l’Assemblée des re- « ligieux, ajouta-t-il, peut se purifier par cette doctrine, « que l'Assemblée le fasse et célèbre l’Oupasallia. »
« Le roi, s’étant ainsi entretenu avec l’arhat et ayant protégé l’Assemblée des religieux, se retira dans sa belle capitale. L’Assemblée, dans laquelle la concorde était revenue, put alors célébrer l’Oupasatha.
« L’arhat Tissa ayant, sur plusieurs millions de religieux, choisi mille religieux, doués des six perfections, versés dans la science de la Triple corbeille, et ornés de toutes les vertus, ils formèrent l’Assemblée de la Bonne Loi, et ils la tinrent au vihâra d’Açoka. Ils firent comme avaient fait jadis l’arhat le grand Kâçyapa et l’arhat Yasa. L’arhat Tissa tint comme eux l’Assemblée de la Loi; Tissa prêcha également dans la salle de l’Assemblée sur les moyens de faire disparaître les doutes concernant les points controversés de la doctrine.
« Cette Assemblée de la Loi fut close après neuf mois par les mille Bhikshous sous la protection du roi Açoka. Dans la septième année du règne, le grand arhat Tissa, âgé de soixante-dix ans, accomplit cette importante entreprise, qui, grâce à lui, fut conduite à bon terme. Quand l’Assemblée eut terminé ses travaux, cl que la doctrine fut rétablie, la terre immense trembla, comme si elle eût donné son assentiment et son Sâdhou (C’est bien, Amen).
« Puisque ce protecteur de la foi a quitté le monde de Brahma afin de venir soutenir la foi dans ce monde impur des hommes, qui pourrait hésiter à servir la foi parmi ceux qui pourront la servir?
« C’est la cinquième section appelée « la Troisième
APPENDICE
Assemblée de la Loi, » dans le Mahûvamça , composé pour la joie ou la douleur des gens vertueux. »
Afin de compléter ces renseignements extraits du Mahûvamça, je dois dire, puisque l'occasion m’en est offerte, que tout ce qui concerne les Conciles sera bientôt élucidé parfaitement, quand M. Grimblot aura pu tirer de la collection qu’il rapporte les trésors qu’elle renferme. Je veux en donner ici une idée un peu plus complète que je ne l’ai fait à plusieurs reprises dans le cours de cet ouvrage. (Voir plus liant, pages SÛT et 554.)
La collection de notre consul à Ceylan peut se partager en deux grandes divisions : la première qui regarde les ouvrages canoniques de la Triple Corbeille; la seconde, qui regarde les grammaires et les dictionnaires destinés à expliquer et à maintenir la pureté des textes orthodoxes. Tous ces ouvrages, au nombre de quatre-vingtsept, sont en Fàli, la langue sacrée de Ceylan, de Siam et de Birmanie, et ils se répartissent à peu près également entre ces deux grandes divisions religieuses et philologiques.
Dans le Canon des Bouddhistes du Sud, le Vinaya ou la discipline tient toujours la première place; les Soiitras ou les sermons du Bouddha viennent ensuite, sous le nom général de Dharma ou Dhamma; et au dernier rang est placée la métaphysique, ou l’Adhidbarma, c'est-à-dire ce qui vient après le Dharma.
Le Vinayu se compose de cinq ouvrages : le Pârûdjika , le Pôtchitti , le Mahâvagga , le Tchoûlavagga et le Parivârapatha. Ce sont les codes criminel, civil et ascétique des religieux. La collection Grimblot les a tous, à l’exception du dernier, qui est le moins important, en ce
APPENDICE
qu'il n’cst guère qu’un résumé des quatre autres, sous l’orme de demandes et de réponses; c’est en quelque sorte un catéchisme. La collection Grimblot renferme aussi tous les commentaires de Bouddhaghosa sur le Vinay a pitaka, ou la Corbeille delà discipline. Ces gloses ne sont pas l’œuvre propre de Bouddhaghosa ; elles remontent jusqu’à Mahinda et au troisième Concile, tout au moins trois siècles avant l'ère chrétienne. Mahinda les avait apportées du Magadha quand il convertit Sinhala, et il les mit en singhalais pour l’usage des indigènes. Bouddhaghosa, vers le milieu du cinquième siècle de notre ère, à peu près au temps de Fa-IIien, fut chargé, comme je l’ai dit, de remettre les Atlhakathas en Pâli; c’est le texte qui nous est resté, ainsi que l’indique le mot même de Pâli, qui ne signifie que texte. M. Grimblot a recueilli toute l’œuvre de Bouddhaghosa, où l’on trouvera les renseignements les plus étendus sur les premiers temps du Bouddhisme.
Le Soulta pitaka ou Corbeille des sermons du Bouddha, appeléaussi leDhamma, comprend cinq ouvrages, comme le Vinaya. Ce sont : le Dîgha nikâija , le Madjdjhima nikâya, le Samyoutta nikâya , Y Angouttara nikâya , et enfin le Kouddaka nikâya , titre général pour représenter l’ensemble de quinze autres ouvrages secondaires, dont je n’énumérerai pas les noms, et dont les principaux sont le Djataka et le Bouddhavamça. La collection Grimblot comprend tous les livres du Soutia pitaka , à l’exception du Samyoutta , et elle comprend également toutes les Atlhakathas ou gloses de Bouddhaghosa sur cette partie des Ecritures.
Enfin M. Grimblot a pu se procurer aussi les sept ou-
APPENDICE
-iôS
'rages 011 ppakaranas qui foi ment YAbhidharma , la mélapliysique. Ce sont : le Dhamma sangani, le Vibhanga, le Kathû vatthou , le Pouggala pannali , le Dhatouhatha , le Yamaha et le DouAa patthûna. Ces sept ouvrages ont été commentés également par Bouddliaghosa ; et ses gloses, quoique plus obscures sur la métaphysique, ne sont pas moins curieuses que tout le reste.
Voilà pour les livres sacrés.
Quant aux ouvrages profanes, grammaires et dictionnaires, ils ne sont pas moins nombreux dans la collection de M. Grimblot ; et, en leur genre, ils sont tout aussi importants. Les principaux sont les Soûlras de Kalch- Ichâyana avec les recueils de racines et tous les commentaires qui les élucident. Katchtchâyana iKatyàyana, en sanscrit) passe pour un des disciples immédiats du Bouddha ; il aurait ainsi précédé Pânini de deux ou trois siècles au moins. Il joue pour la grammaire, Pâlie le même rôle que Pânini pour la grammaire sanscrite; sans en être le fondateur, il lui a donné aussi ses règles et sa méthode définitive. Katchtchâyana a de plus cet avantage sur son émule, qu’il n’a organisé la science de la grammaire qu’en vue du texte sacré; elle devait servir à le rendre plus correct et à le mieux interpréter. On ne sait si c'est Katchtchâyana lui-même qui s’est donné celte mission, ou s’il l’a reçue officiellement du premier Concile. Dans l’une ou l'autre hypothèse, son travail n’en est pas moins utile; et il a fixé irrévocablement les lois de la langue dans laquelle il écrivait. Pour nous, l’œuvre de Katclitchâyana a cet immense intérêt qu’il nous enseignera régulièrement le Pâli, de même que la langue sanscrite nous a ôté enseignée par les grammaires indigènes. Dans
APPENDICE
l'état actuel de ces études, le Pâli ne nous est pas inconnu sans doute ; mais personne ne peut se flatter de le savoir précisément ; et c’est surtout par ses affinités avec le sanscrit qu’on en pénètre les difficultés. Une fois que M. Grimblot nous aura fait connaître les Soûtras de Kalclitchàyana, le Pâli pourra directement nous devenir accessible, et même familier sans trop de peine.
A côté de Katchtchàyana, il est un autre grammairien qui lient, une place à peu près aussi grande dans la collection de M. Grimblot : c’est Moggalana, qui vivait au douzième siècle de notre ère. 11 a tenté sur la grammaire Pâlie une simplification tout à fait analogue à celle que Yopadéva essayait sur la méthode de Pânini. M. Grimblot a rapporté tous les ouvrages de Moggalana, ainsi que les commentaires dont ils ont été l’objet, et les abrégés de toute sorte qui sont destinés à en populariser l’étude.
Enfin, outre les ouvrages liturgiques, outre les ouvrages grammaticaux, la collection de M. Grimblot renferme des documents historiques du plus haut prix, qui forment comme une troisième série , complément des deux autres. C'est d’abord le Dlpavamça, recueil d’annales qui a servi de modèle au Mahàvamça , qu’a publié Turnour; c’est le commentaire du Mahàvamça , dû à Mahànàma lui-même, auteur du Mahàvamça ; c’est bon nombre d’autres ouvrages qui ont conservé d’une manière plus ou moins régulière le souvenir authentique des événements les plus considérables en religion et en politique. A l’aide de tous ces matériaux* on pourra reconstruire solidement l'histoire primitive du bouddhisme et de Ceyian. Ce qui est plus précieux encore, on pourra établir la chronologie, chose essentielle, et si rare dans l’Asie en-
Al’ PEXDICE.
tière. Le système des Bouddhistes du Sud est très-simple et très-sûr. Ils partent de la mort du Bouddha, et ils comptent par les années des differents princes qui se sont succédé depuis ce moment capital. Comme le récit descend jusqu’à nos jours, ou'du moins jusqu'à la fin du dernier siècle, on peut aisément remonter de proche en proche; et c’est ainsi queîurnour a pu, dans un travail spécial, fixer à l’an 545 avant Jésus-Christ le Nirvana du Talhàgala, comme je l'ai déjà exposé. Bien d’autres dates non moins nécessaires peuvent être également fixées d'une façon aussi certaine. C’est là une utilité incalculable des documents Pâlis, qui sont beaucoup plus méthodiques que leurs analogues sanscrits.
Un peut donc affirmer que celle colieclion, accumulée avec tant de soin et de succès, nous fournira sur le bouddhisme et la rédaction du Sud les données les plus complètes et les plus sures. Je ne puis qu’exprimer tous mes vœux pour que notre savant consul soit mis en mesure de nous communiquer le plus tôt possible les richesses inappréciables qu’il a su conquérir aux dépens de sa fortune et même de sa santé. Il y va de l’honneur de la philologie française dans le domaine des études orientales; il serait bien fâcheux que ce fussent des ressources étrangères qui aidassent M. Grimblot à exploiter une mine aussi féconde, qui n’est due qu’à lui.
TABLE DES MATIÈRES