Saint Basile, Saint Athanase. Saint Cyrille
Sainl Jean Chrvsostome, elc.
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XX INTRODUCTION
ordres habitent le monde céleste supérieur, quelquefois même notre terre où ils sont considérés comme l'âme des arbres, des rochers ou des éléments '.
Ces définitions, si tant est qu'on les ait jugées satisfaisantes aux époques rudimentaires du développement de l'humanité, ne nous conviennent plus aujourd'hui. Elles ont toutes le défaut non pas seulement de nous conduire à anthropomorphiser Dieu, mais de le rattacher d'une manière trop étroite au système de notre planète, comme s'il n'en existait pas d'autre sur l'empyrée et comme s'il n'était pas imprudent, pour ne pas dire absurde, de
l. Les dêvas, suivant la doctrine de Çâkyamouni, sont non seulement très inférieurs aux bouddhas et aux rabats, mais même aux simples religieux qui observent les préceptes de la Loi (Spence Hardy, ,1 Manuel o/Buddhism,?. 36).
croire que les myriades de mondes célestes n'existent que pour le service exclusif de ce grain de sable sur lequel se meut la fourmillière humaine. Je juge légitime de se prononcera cet égard d'une façon encore plus catégorique. De quel droit, en effet, et par suite de quel raisonnement nous permettons-nous de limiter le domaine de l'inconnu à notre système planétaire et même à une foule d'autres systèmes probables dans lesquels le nôtre ne compte guère plus qu'au titre des petits satellites connus aujourd'hui? N'avons-nous pas un sentiment vague mais très légitime que tous les systèmes solaires imaginables ne doivent être que des microcosmes en quelque sorte perdus dans l'immensité du Grand-Tout, et que dans le Grand-Tout il y a bien autre chose que des systèmes solaires? Ce que
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nous considérons comme l'immensité est très probablement un rien à côté de tout ce qui existe, et l'idée même des vastitudes sans fin qui nous terrifie est sans doute une bien faible aperception de ce que doit être le macrocosme divin.
Je me propose de revenir airleurs, avec d'amples développements, sur cette manière d'envisager la notion de Dieu et sur la mesure dans laquelle il convient de nous préoccuper de cette notion. Il ne faut pas oublier que le Bouddhisme a cru devoir reléguer sur un plan très lointain la recherche ambitieuse du mot suprême de la Nature, et que l'un des mérites de cette philosophie a été d'apprendre aux hommes qu'ils doivent travailler à leur rectification morale avant de songer à une énigme dont une curiosité enfantine, coupable
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peut-être, nous invite seule à découvrir prématurément la signification.
La Recherche est sans doute une tâche glorieuse et nous éprouvons le besoin de l'accomplir ; mais une voix secrète, éloquente, persuasive, nous dit, dans notre for intérieur, que la pratique de l'Amour, c'est-à-dire de l'altruisme, prime la Recherche, comme la Foi fondée sur la Révélation intime est au-dessus de la Raison (Fides est supra ratioriem). Rien de plus naturel sans doute que l'être sensible soit désireux de connaître le mot explicatif de sa fin et de sa destinée, qu'il veuille savoir s'il lui est réservé d'acquérir la certitude que sa vie a un but et que ce but peut être atteint. Si la
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vie n'est qu'un accident sans continuité et sans sanction, la morale n'est guère plus qu'une duperie. Les hommes sont dès lors de deux classes : les malins et les naïfs, pour ne pas dire les imbéciles. Les malins sont ceux qui savent pratiquer avec bénéfice les principes de la concurrence vitale et s'assurer, sans encourir de châtiment, la plus haute somme possible de jouissances aux dépens de leurs semblables» Les naïfs sont ceux qui se laissent bercer par les exploiteurs, par les marchands d'indulgences, et qui abandonnent, en échange d'un plat de chimères, la part de satisfaction sur laquelle ils pourraient mettre main basse.
Cette façon de comprendre les choses serait certainement la plus positive, la plus pratique, si dans notre conscience de solennelles protestations
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n'arrivaient à se produire et à nous affirmer qu'elle est trompeuse, mensongère, en tout point grosse d'illusions et de périls. Le bonheur dont nous pouvons jouir en foulant aux pieds les revendications de notre nature idéale est-il réellement le bonheur, dure-t-il quelque peu et vaut-il la peine qu'il nous en a coûté pour l'acquérir? S'il n'existe rien au delà, la satisfaction obtenue par ce système aura été bien maigre en somme, parfois même moins que rien, puisqu'elle aura sans cesse été troublée par les caprices du hasard et bientôt empoisonnée par le remords. Et s'il existe un lendemain de la vie, est-il admissible que nous n'ayons pas à subir les conséquences d'une conduite en révolte flagrante avec les injonctions d'une force morale dont l'existence en nous n'est pas plus douteuse que le
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fait de notre existence et de notre individualité.
Ce lendemain de la vie existe-il réellement? Voilà toute la question. A cette question, il faut répondre que la certitude impétrahle ne saurait être ce qu'on appelle abusivement la certitude absolue, mais une certitude suffisante pour que notre évolution puisse se continuer avec confiance. Le fait d'avoir la certitude d'une félicité éternelle après la mort, et cela au prix dérisoire de quelques pratiques religieuses d'ordinaire assez commodes, non seulement rabaisserait la valeur morale, mais il révolterait les consciences honnêtes : il diminuerait en outre notre besoin de la recherche et du travail.
Pour calmer nos inquiétudes, il doit nous suffire de savoir que la Raison, et non pas l'Insanité ou le Désordre,
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préside au mouvement transformiste sans cesse en activité dans l'univers.
La Raison directrice de la Nature non seulement ne saurait se contredire au point de défaire sans cesse son œuvre, mais elle ne peut être et subsister elle-même qu'à la condition d'en poursuivre le parfait accomplissement. Les hommes se sont longtemps contentés de la promesse que leur ont faite certaines religions, l'islamisme par exemple, d'obtenir, dans un paradis imaginaire, des jouissances du même genre que celles de ce monde. N'ont-ils pas lieu de préférer la conviction que ces jouissances doivent avoir un caractère de beaucoup supérieur à ce que la faiblesse actuelle de nos concepts peut nous fournir les moyens d'imaginer ?
Lorsqu'on attribue au Bouddhisme la pensée que la suprême espérance
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des êtres doit se réduire à une sorte d'anéantissement dans le Grand- Tout, analogue au sort de la goutte d'eau qui tombe dans l'Océan, on fausse odieusement les principes philosophiques de Çàkya-mouni. Rien de ce qui est digne de vivre éternellement, ou en d'autres termes aucune parcelle de la substance divine, ne saurait être détruite. La Loi rationnelle de la Nature nous a doué de la faculté de la sélection, parce que le travail résultant des efforts volontaires était seul digne de s'associer à l'œuvre du Devenir ; elle n'a pas voulu que l'être libre et sensible puisse triompher sans péril. Le triomphe, notre conscience nous dit qu'il doit être obtenu sur nous-même.
A mesure que nos énergies intérieures se développent, nous apercevons d'une manière de plus en plus
distincte, de plus en plus évidente, l'ennemi qu'il faut vaincre. C'est cet ennemi qu'il faut anéantir en soi, pour atteindre à l'état d'émancipation suprême désigné en langage bouddhique sous le nom de nirvana.
Si le Bouddhisme bien compris est absolument étranger à l'idée grossière d'anéantissement qu'on a eu tort de lui attribuer, on peut dire en revanche qu'il condamne d'une façon formelle la misérable et odieuse doctrine de l'étranglement pour la vie {struggle for life), qui n'aboutit pas même à nous garantir les jouissances qu'elle nous incite à convoiter. Si nous rencontrons de loin en loin sur notre route ici-bas quelques joies aussi douteuses que stériles et éphémères, à chaque pas se dresse sur notre chemin, comme une harpie insatiable et nauséabonde, le terrible fléau de
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la Souffrance. La tradition rapporte que le Tathàgata, après avoir longuement réfléchi, a découvert le moyen d'échapper à ce fléau.
Fécondée par le travail de l'esprit chrétien, la découverte du Bouddha a acquis dans ces dernières années une portée religieuse gigantesque qui impose le respect et nous apprend à haïr nos instincts personnels et égoïstes. Aujourd'hui, il ne s'agit plus seulement « d'échapper » à la Souffrance : la Souffrance existe, donc la Souffrance a sa raison d'être; c'est à nous de savoir en tirer parti. Et ne fut-elle qu'un puissant aiguillon pour nous arracher à nos lassitudes morales et nous conduire à la conquête de l'inconnu, que nous ne serions pas en droit d'en condamner, d'en maudire l'invention.
Le néo-bouddhisme, le bouddhisme
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chrétien ne cherche pas plus à détourner de la Souffrance que les premiers adeptes de Jésus n'essayaient de se soustraire au martyre.
L'Ecole de la Souffrance est la plus haute et la plus féconde des écoles philosophiques et religieuses. Heureux ceux qui, dans leur vie, ont eu à supporter la faim et la soif, la pauvreté et les affronts ! Heureux ceux qui ont beaucoup souffert !
Mais comment résister aux assauts incessants de la Souffrance et à l'orage des passions qui tourbillonne sans cesse autour de nous? Comment expliquer et justifier à l'époque actuelle un retour subit et manifeste des esprits supérieurs à la pensée religieuse, alors qu'ils l'avaient laissé déchoir pour s'abandonner, aporétiques et indifférents, au désir de la jouissance immédiate et à la
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pratique du sauve qui peut égoïste ?
Le Bouddhisme, le grand Bouddhisme, nous enseigne que nous pouvons triompher de tous les obstacles par la Recherche méditative accomplie simultanément avec la Rectification morale. Les nécessités de l'ordre systématique de l'univers sont une garantie suffisante pour nous convaincre qu'aucun acte généreux, aucun bon vouloir désintéressé ne se produira en pure perte. Une récompense légitime, une récompense qui exclue toute idée basse et mercenaire, — celle de vivre de la vie du Grand- Tout, après avoir contribué à l'accomplissement de la Loi divine, — il dépend de nous de l'obtenir avec toutes ses conséquences, plus large et plus belle que la pléthore de l'imagination ne saurait la concevoir. L'enseignement de Çàkya-mouni et celui
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de Jésus, ramenés à leur caractère primitif et dégagés de tous les accessoires dangereux dont l'ignorance et les ambitions mesquines les ont rendus solidaires, ont indiqué au monde une seule et même voie pour le salut des êtres : la voie de la Connaissance acquise par l'Amour des créatures et par le travail incessant de la Rectification intime.
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